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Livres
- Histoire
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Pourquoi revenir sur Guizot aujourd'hui ? Parce que nous avons formidablement
besoin de politiques qui soient des penseurs et qui gouvernent autrement
qu'en suivant les sondages et les médias.
Nous avons besoin de Guizot, de Tocqueville et de ceux que l'on
appelait les " doctrinaires ".
François Guizot - Laurent Theis
Ed. Fayard, 553 pages, avril 2008, 27 euros.
La Monarchie de juillet ou " monarchie tricolore " est une des périodes
rares où la France a tenté d'évoluer comme le reste du monde dans
un système politique de transition entre le pouvoir des classes
économiques dirigeantes et le pouvoir populaire qui s'est installé
un peu partout fin XIXe, début XXe.
Cette période a été dominée par la personnalité de François Guizot,
objet d'une nouvelle biographie faisant suite à celle de Gabriel
de Broglie, 1990, et à celle de Pierre Rosanvallon, 1985.
François Guizot a été la tête de file d'un groupe de parlementaires
et d'essayistes baptisés " les doctrinaires ", groupe du centre
et au centre-gauche qui a représenté l'élite politique française
sous la Restauration comme sous la Monarchie de juillet.
Ont été à un moment ou à un autre membres de ce groupe des hommes
aussi remarquables que Tocqueville ou Thiers, mais aussi Barante,
de Broglie, Rémusat, Royer-Collard, Casimir Perier.
Tous ces hommes avaient en commun la volonté d'élaborer un système
durable remettant la France dans le chemin de la modernité - une
constitution, une charte, les libertés publiques, l'éducation généralisée
des masses - et de l'écarter des tentations révolutionnaires comme
des dangers de la réaction et du conservatisme.
Si le personnage de Guizot a dominé cette
période, c'est à la fois par sa très grande intelligence, ses qualités
d'orateur mais c'est surtout par son œuvre dans le domaine de l'éducation
-
Jules Ferry lui a rendu un hommage remarqué comme d'ailleurs tous
ses successeurs.
C'est aussi par sa modernité, et notamment
sa volonté de développer l'industrie, les chemins de fer et les
capacités de concurrence de la France face à l'Angleterre.
La stratégie de François Guizot était simple
:
s'appuyer sur les trois piliers qui lui semblaient les fondements
d'un Etat moderne :
- la classe dirigeante, 250 000 électeurs en 1846,
- les hauts fonctionnaires que les doctrinaires poussaient d'ailleurs
à entrer dans la compétition politique et
- les universitaires dont Guizot pensait que leurs tâches étaient
fondamentales pour éduquer les masses populaires avant de leur donner
le droit de vote.
Cette stratégie s'accommodait d'une tactique fondée sur l'élitisme
électoral et une liberté de la presse qui s'avérait peu dangereuse
jusque dans les années 1838/1840, mais dont il eut fallu tenir compte
à partir de cette date.
Dans les huit dernières années de ce que l'on pouvait appeler son
règne, Guizot n'a pas compris que pour sauver la monarchie tricolore,
il eut fallu simplement passer de 250 000 à 800 000 électeurs, c'est-à-dire
quelques 10 % de la population.
Ce sont ces 10 %, enrichis par Guizot, éduqués par le dynamisme
des lycées et de l'université, tenant entre leurs mains la presse
qui auraient parfaitement pu pérenniser le régime en accédant au
pouvoir.
Ce sont eux qui, après les désordres de l'année 48, ont assuré l'arrivée
au pouvoir de Napoléon III et ont retardé de vingt ans la création
d'une république modérée.
Guizot a laissé derrière lui une œuvre
considérable, une histoire de la révolution d'Angleterre
en huit volumes, la première tentative d'histoire mondiale " L'histoire
de la civilisation en Europe ", plusieurs ouvrages sur l'histoire
de France, du Haut Moyen-âge jusqu'à nos jours, plusieurs essais
politiques, des mémoires en six volumes et plusieurs volumes de
discours, de notes, de rapports ainsi qu'une correspondance considérable.
Guizot a écrit et combattu politiquement jusqu'au début de la IIIe
République où il a été notamment l'un des co-fondateurs de l'école
libre des sciences politiques, aujourd'hui Sciences Po.
En 1873, il voyait revenir au pouvoir un certain nombre d'hommes
avec qui il avait travaillé sous la Monarchie de juillet, consolation
de sa vieillesse.
Pourquoi développer en tête de cette lettre ces quelques notes sur
François Guizot ? C'est parce qu'il nous semble plus que jamais
actuel aujourd'hui.
Si la politique française semble souvent confuse, désordonnée, fluctuante
au gré de l'humeur des sondages et de ses dirigeants, c'est bien
parce que ceux-ci souffrent d'un vrai manque de doctrine, d'armature
intellectuelle, de stratégie fondée sur des convictions et non sur
l'opinion publique.
Nos leaders politiques sortent tous les deux ou trois ans un livre
sans valeur que l'on retrouve chez tous les bouquinistes cinq ans
plus tard à un euro.
C'est de Guizot, de Tocqueville, de Thiers, dont la France manque
cruellement aujourd'hui.
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Les destins tragiques
aident parfois mieux à comprendre l'histoire que les ouvrages les
mieux documentés.
C'est ainsi que les anciens révolutionnaires, les émigrés revenus
au pays, les prisonniers de guerre, les déportés " de hasard " sont
les témoins irréfutables du " socialisme réel ".
Le pacte des assassins - Max Gallo
Ed. Fayard, 364 pages, février 2008, 20,90
euros.
" Cet ouvrage s'inspire de la vie de Margarete Buber-Neumann,
figure héroïque du XXe siècle. Militante communiste allemande, elle
se réfugia en URSS pour fuir le nazisme. Staline la déporta en Sibérie
puis, pour honorer le pacte germano-soviétique " le pacte des Assassins
", il la livra aux nazis qui la déportèrent à Ravensbrück. Elle
fut en 1949 le grand témoin à charge contre les totalitarismes complémentaires,
le rouge et le noir. Ses livres - Déportée en Sibérie, Déportée
à Ravensbrück (Ed. du Seuil 1986 et 1988) m'ont nourri. Mais les
personnages de ce roman sont imaginaires s'ils doivent cependant
tout à l'histoire. " C'est ainsi que Max Gallo présente cet
ouvrage écrit effectivement comme un roman mais dont chaque personnage
correspond à une réalité.
On peut même deviner les noms réels en changeant souvent une ou
deux lettres seulement dans les patronymes.
Pour beaucoup de ceux qui seraient un peu
rebutés par un ouvrage purement historique, c'est un excellent moyen
de rentrer dans la révolution soviétique et de comprendre qu'elle
était dès l'origine grosse des désastres qui ont suivi.
Tout était dit, su et donc tout pouvait être compris du vivant
de Lénine.
Pourquoi a-t-il fallu attendre les années
70, et finalement la chute du mur, pour ouvrir les yeux et l'esprit
de centaines de brillants esprits " de gauche ", c'est un mystère
que la lecture des grands philosophes de l'antiquité aide mieux
à comprendre que celle des contemporains.
A ce propos, je relisais récemment dans un livre de J-T. Desanti,
philosophe communiste ayant abjuré dans les années 70, une phrase
sur le procès Kravchenko (1949). Commentant son attitude à l'époque
- il avait témoigné contre Kravchenko et nié l'existence des camps
de la mort en URSS - il écrivait : " Lorsque je voyais l'état de
nervosité et d'agitation de Victor Kravchenko, j'étais sûr qu'il
mentait et que son livre était effectivement dicté par les Américains.
" Eh bien oui, Monsieur Desanti, on peut être nerveux et agité
quand une meute d'" intellectuels " français jugent votre description
de l'URSS entièrement fausse et vous couvre d'injures alors que
vous dites la vérité. 45
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Les ravages des lieux
communs fondent la bêtise. La repentance en fait partie. Elle est
fondée sur une analyse du passé d'abord partielle et partiale, ensuite
sortie de son contexte comme si les décisions de Jules Ferry devaient
être jugées à la même aune que celle de Gaston Deferre. Le politiquement
correct des repentants ne résiste pas aux plus simples des travaux
historiques.
Pour en finir avec le repentance
coloniale - Daniel Lefeuvre,
Ed. Flammarion, Coll. Champs actuel, 230
pages, février 2008, 7 euros.
Ce livre de petit format écrit large est aussi facile à lire qu'un
ouvrage moitié moins épais.
On y trouve pourtant une foule d'informations historiques qui
permettent de contredire, à tout le moins de nuancer et d'analyser,
les contrevérités de la repentance coloniale.
" Tout comme les saignées de Diafoirus témoignaient de l'incapacité
du bon docteur à formuler un diagnostic exact de la maladie, le
prêche des sectateurs de la repentance coloniale repose sur une
suite d'ignorances, d'occultations et d'erreurs, voire de contrevérités...
Les hommes du passé sont jugés à l'aune des critères moraux, voire
judiciaires d'aujourd'hui. Colbert, Gambetta, Jules Ferry, Bugeaud,
Gallieni, Lyautey et bien d'autres encore relèveraient ainsi d'un
nouveau Nuremberg. On sombre là dans le
" sacrilège de l'anachronisme " ce péché mortel des historiens
dénoncés naguère par Lucien Febvre... " Il faut condamner la colonisation
solennellement en portant sur elle un jugement historique et politique
la désignant comme un crime, un crime contre l'humanité, la civilisation
et les droits de l'homme " exige Gilles Manceron dans les dernières
pages de " Marianne et les colonies ".
Comment ne pas sourire ? Fils d'Auvergnate et de Breton, dois-je
demander le repentir des Italiens pour les crimes qui ont accompagné
la conquête romaine de la Gaulle et pour l'acculturation et l'ethnocide
que les occupants français ont imposé à mes ancêtres bretons ?...
Comme Marc Bloch aimait à le rappeler,
la compréhension du présent repose sur la connaissance du passé.
Falsifier l'histoire c'est tromper les citoyens, c'est fausser leur
jugement.
Sur un sujet aussi douloureux que le passé colonial de la France,
et compte tenu de l'importance des enjeux, comment se résigner au
silence ? Comment ne pas être tenté d'apporter quelques rectifications
à ce bric-à-brac intellectuel ? C'est l'ambition de ce petit livre
dont l'Algérie coloniale constitue le centre de gravité - autant
dire qu'il ne prétend nullement à l'exhaustivité. "
Un exemple : il est dit partout dans la presse que c'est
la main-d'œuvre algérienne qui a reconstruit et développé la France
après la seconde guerre mondiale à la demande pressante du patronat
français qui en avait un urgent besoin.
" Il ne s'agit pas de nier l'exploitation
dont ces travailleurs ont fait l'objet, ni de taire les conditions
d'existence pénibles que beaucoup ont dû supporter. "
Mais il est indispensable de rappeler quelques faits, des faits
et non des opinions.
Le patronat français a demandé à de nombreuses reprises à autoriser
en priorité les immigrés européens à venir travailler en France.
C'est le statut de l'Algérie qui a empêché les entreprises françaises
d'engager des Européens dans la mesure où les
Algériens étaient considérés comme Français et donc prioritaires.
De Gaulle qui voyait parfaitement le danger de cette immigration
avait annexé aux accords d'Evian une autorisation d'immigration
algérienne limitée à 12 000 par an.
C'est Abdelaziz Bouteflika qui a tout fait pour obtenir le relèvement
de ce contingent à 35 000 par an et à plaider pour le regroupement
familial instauré par Jacques Chirac.
Daniel Lefeuvre, spécialiste de l'Algérie coloniale et professeur
d'histoire à l'Université Paris VIII, n'a pas voulu faire un travail
exhaustif ni sur l'Algérie ni sur la colonisation. Simplement,
à l'aide des véritables outils de l'historien - analyses et confrontations
des sources, analyse du contexte, il a montré dans une douzaine
de chapitre les inepties et les aberrations issues des réquisitoires
des repentants. 45
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Sous la direction de Renaud Escande - Le livre noir de la révolution
française
Editions du Cerf, janvier 2008, 878 pages,
44 euros.
Il faut féliciter M. Renaud Escande, et les Editions du Cerf,
de l'idée qu'ils ont eu de réunir les 56 articles de 15 à 20 pages
chacun qui présentent une vision de la révolution française radicalement
différente des manuels scolaires.
Il faut par contre regretter et même déplorer que ce travail n'ait
pas été conçu de façon un peu plus rigoureuse, ce qui aurait permis
à la fois de mieux comprendre le tableau général de la révolution
et de désarmer les critiques que ne manquera pas de susciter cet
ouvrage.
Non qu'il faille craindre les critiques, bien au contraire.
Cette remise à l'endroit de la révolution a déjà été entreprise
avec une redoutable efficacité par François Furet et quelques autres.
Que la révolution ait été un désastre humain,
social, économique et même politique, il est aisé de le démontrer.
Il aurait été plus aisé de le faire avec un ouvrage comprenant non
pas deux grands chapitres et quelques extraits d'anthologie, mais
une dizaine de chapitres solidement structurés autour
soit d'une chronologie, soit d'une thématique rigoureuse.
Au lieu de cela, nous avons une accumulation de textes autour de
deux grandes parties
1 LES FAITS,
2 LE GENIE dont les titres eux-mêmes donnent une idée entièrement
fausse du contenu.
Le chapitre sur " LES FAITS " comporte beaucoup plus d'opinions
que de faits.
Quant au titre sur " LE GENIE ", on ne voit vraiment pas son
rapport avec le contenu.
Cette seconde partie regroupe essentiellement des opinions d'auteurs
connus, tel que Rivarol, Demestre, Châteaubriant, Balzac, Baudelaire,
Barbey d'Aurevilly, Léon Blois etc.
Certains textes sont les textes d'auteur eux-mêmes, d'autres sont
des essais sur ces auteurs et leurs visions de la révolution.
Mélange d'autant plus regrettable que l'on
aurait aimé, souvent, ne lire que les auteurs et non leurs interprètes.
Le tout est d'un fouillis invraisemblable.
Espérons que cela donnera l'idée à de bons historiens de reprendre
complètement ce concept et cet ouvrage et d'en tirer un " Vrai livre
noir sur la révolution française ".
Cela ne retire rien au désir de recommander la lecture de cet
ouvrage qui, tel quel, représente déjà un formidable progrès sur
les " balivernes " lues depuis notre enfance sur ce sujet.
Il est sûr que la révolution a créé en
France une pauvreté sans précédent avec la suppression
complète de toutes les aides sociales qui n'étaient fournies que
par l'Eglise, les biens du clergé ayant été nationalisés et vendus
sans qu'aucune formule de remplacement n'ait été mise en place.
La révolution a créé la conscription et
le service militaire obligatoire, extraordinaire innovation
en Europe, ce qui a formidablement renforcé le pouvoir des Etats
centraux et provoqué dans les campagnes un véritable désastre.
La révolution a créé la terreur au niveau
réel et au niveau conceptuel : qui n'a pas mes idées mérite la mort.
Concept généralisé par la révolution russe au niveau du communisme
mondial, puis par le nazisme.
Les destructions se sont chiffrées en centaines de milliards
et ceci, pour quel profit politique ?
Pour mettre Bonaparte au pouvoir (2 millions de morts), pour créer
une extraordinaire instabilité constitutionnelle (8 constitutions
successives, 3 révolutions ultérieures, un anti-cléricalisme désuet,
une tradition du combat de rue contre le réformisme universel des
pays développés.)
François Furet, son équipe et son courant
de pensée ont été les premiers à remettre la révolution à l'endroit
en montrant clairement qu'elle avait duré de 1789 à 1914 et que
la France avait mis 120 ans à s'en remettre en en gardant hélas
des séquelles durables.
Un bon livre donc. Mais à refaire.
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François Denord - Néo-libéralisme version française; histoire d'une
idéologie politique
Editions Demopolis, septembre 2007, 376
pages, 24 euros.
Voici sans doute le meilleur ouvrage paru depuis très longtemps
pour comprendre notre temps.
Pour les moins de 50 ans qui veulent comprendre l'histoire de leurs
parents et de leurs grands-parents, l'histoire de l'exception française,
le poids de la guerre 1914/18, de la crise de 1929, du Front Populaire,
de Vichy et de la résistance, l'histoire intellectuelle des 80
dernières années est décrite ici avec la vivacité et la fraîcheur
d'un contemporain.
L'auteur navigue dans cette histoire avec
une telle vérité qu'on croirait lire des mémoires plutôt qu'un ouvrage
d'historien.
En outre, il sera lu avec passion par tous ceux qui ont aujourd'hui
70 ans ou plus, et qui retrouveront l'histoire de leur jeunesse
et de leurs parents à travers l'histoire des idées politico-économiques
de 1918 à nos jours.
- Le déclin : deux guerres mondiales et
la crise de 1929
A travers cette histoire des idées économiques et politiques dominantes
du siècle, on comprend mieux les bouleversements apportés par les
événements de 1914 à 1958.
La guerre a introduit, en France comme ailleurs, une économie
totalement dirigée, organisée aussi bien par des hommes de droits
que par les socialistes réformistes ralliés à l'union nationale
: Albert Thomas par exemple.
La vie politique des années 1920/1935 a été quelque chaotique :
de la chambre bleue horizon au Front Populaire, en passant par le
bloc des gauches, la montée d'un socialisme écartelé entre marxisme
et réformisme, les tentations traditionalistes (l'Action française)
et fascistes.
Cette époque a donné naissance à deux grands
courants doctrinaux : le planisme et le retour au libéralisme.
On ne peut rien comprendre ni à Vichy ni au Conseil national
de la résistance si l'on n'a pas suivi les multiples courants
du planisme qui, de la SFIO aux démocrates chrétiens, des corporatistes
aux syndicalistes réformateurs, du patronat aux hauts fonctionnaires
membres de X crises ont façonné ce qui a donné la planification
à la française, le dirigisme et l'étatisme qui ont dominé la politique
économique française jusqu'à aujourd'hui.
- Le retour : le colloque Walter Lippman
et la Cité Libre.
C'est pourtant à la même époque, mais surtout dans les années 1935/39,
que les idées libérales balayées par le fascisme, le communisme,
la longue crise de 1929/33 relèvent la tête et trouvent quelques
remarquables têtes pensantes qui vont lui redonner vie et finalement
gagner la bataille idéologique de l'après-guerre :
Friedrich Hayek, L. von Mises, W. Röpke, Walter Lippmann, Jacques
Rueff, Raymond Aron, Charles Rist, Louis Baudin...
Le grand colloque organisé par Walter Lippmann
durant quatre jours en août 1938 a réuni la majorité des grands
esprits de l'époque allant du libéralisme le plus traditionnel au
économistes et aux hauts fonctionnaires qui octroient à l'Etat un
rôle de régulateur juridique mais aussi un droit d'intervention
plus ou moins large.
Ce colloque a connu un très grand succès
dans la mesure où il proposait des solutions finalement assez larges
et consensuelles mais radicalement opposées au communisme comme
au fascisme.
Ce succès comportait d'ailleurs l'ambiguïté qui a marqué tout le
mouvement libéral dans les 60 ans qui ont suivi et qui ont révélé
les deux grandes tendances du libéralisme radical et du néo-libéralisme.
- La réussite d'un travail international
de fond : la société du Mont Pèlerin.
La société du Mont Pèlerin, qui a regroupé à partir de 1947 tous
les grands esprits du libéralisme autour de Friedrich Hayek, réunissait
en France dans les années 1950 Jacques Rueff (rappelons-nous
du plan Pinay-Rueff), Bertrand de Jouvenel, Louis Baudin, Louis
Rougier, Maurice Allais, Ernest Mercier, Raymond Aron, Raoul Audoin,
traducteur de von Mises, de Hayek et quelques grands patrons comme
Edmond Giscard d'Estaing et Jacques Georges-Picot.
L'action de la société du Mont Pèlerin a été prolongée en France
par la création autour de Claude Armel et Jacques Garello de
l'ALEPS (Association pour la liberté économique et le progrès
social) en 1966, qui organise depuis 1968 une semaine et une université
d'été de la pensée libérale.
A côté de l'ALEPS, d'autres think tanks
d'inspiration libérale se sont créés : l'Institut supérieur du travail,
l'Institut de l'entreprise, le groupe informel des " Nouveaux économistes
", l'Institut de prévisions REXECO, ETHIC, Groupement patronal d'entreprise
personnelle, la revue Commentaire... .
- Libéralisme et pratique de la politique.
L'ouvrage de François Denord s'arrête à 1980.
A cette date, l'histoire politique française change avec l'arrivée
de François Mitterrand au pouvoir.
Etonnant paradoxe puisque, à cette date, dans le monde entier, le
libéralisme et particulièrement le néo-libéralisme a gagné.
A droite comme à gauche (Bill Clinton,
Tony Blair, G. Schroeder), les libéraux ont remporté la bataille
des idées.
C'est la décennie 1980 qui marque l'aboutissement du processus en
levant les derniers obstacles idéologiques au tournant libéral.
La conclusion de l'auteur ouvre d'ailleurs une vaste matière
à réflexion :
" Devant ces transformations, la position des intellectuels (français)
libéraux est paradoxale. Alors même qu'ils ont contribué au renouveau
idéologique de la droite, ils restent minoritaires dans des structures
partisanes sur lesquelles ils n'ont guère d'emprise...
De manière provocatrice, l'un des membres français de la société
du Mont Pèlerin déclarait récemment :
" la France se retrouve plus socialiste en 2004 qu'en 1981, l'expression
politique du libéralisme n'existe plus. " Ces propos témoignent
également de la distance qui sépare aujourd'hui libéraux radicaux
et néo-libéraux, deux courants qui s'opposent aujourd'hui plus fortement
que dans les années 1930 ou au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Quand il n'y a plus d'adversaires de poids à combattre, pourquoi
sceller une alliance que les uns jugent intellectuellement peu conséquente
tandis que les autres redoutent ses implications sur le plan électoral.
" 40
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Eugen Weber - La France de nos
aïeux
Ed. Fayard, les indispensables de l'histoire,
septembre 2005, 854 pages, 20 euros.
Autre type d'analyse, autre méthode, autre style, voici un ouvrage
considérable écrit par un grand historien américain, spécialiste
de la France rurale et du XIXe siècle.
Cet ouvrage est une somme qui traite de tous les aspects du XIXe
siècle français jusqu'à la guerre de 1914, qui a véritablement créé
une unité nationale encore très imparfaite à la fin du XIXe.
Il faut savoir en effet que, selon une grande enquête du Ministère
de l'instruction publique, près de la moitié des départements était
encore non francophone en 1863 : les départements bretons, le Nord,
six départements de l'Est et quasiment toute la moitié Sud de la
France de Bordeaux à Bâle.
Certes on y parlait français, mais 50 à 80 % de la population continuaient
de parler divers patois ou langues locales incompréhensibles à Paris.
Ce qui frappe surtout dans cet ouvrage,
et dans tous les domaines, c'est la misère.
On ne peut guère avoir une idée de celle-ci aujourd'hui tant les
choses ont radicalement changé de 1920 à nos jours. Le logement
était misérable.
Un ménage sur deux vivait pratiquement dans une seule pièce.
La pauvreté était telle que, en raison de la loi sur les portes
et fenêtres (l'impôt progressif de l'époque), les ménages ouvriers
et ruraux non seulement se limitaient à une fenêtre, mais souvent
ne s'éclairaient que par une porte, ouverte l'été.
Les épidémies de choléra et de dysenterie ont été permanentes, à
Paris et dans les très grandes villes, jusqu'à la guerre de 1914.
Dans les années 1860/1870 : la soupe de gruau, de bouillie d'avoine,
de maïs, de choux, de navets, de pommes de terre, était la base
de l'alimentation. Une mauvaise récolte de pommes de terre condamnait
la moitié de la population à la sous-alimentation.
La modernisation du réseau routier ne se fit vraiment qu'à la
fin du siècle. Il fallait trois jours pour aller de Bar-sur-Seine
à Paris (191 km). L'émigration intérieure et l'urbanisation n'étaient
évidement pas un plaisir mais une contrainte absolue. Il fallait
abandonner son foyer et son village pour survivre.
A lire pour comprendre que la richesse
d'un pays ne se fait pas en trente ans et que les pays sous-développés,
dont nous déplorons le retard, ne pourront en aucun cas le combler
en moins d'un siècle.
Si nous avons connu une formidable période d'expansion de 1950 à
1980, n'oublions jamais qu'elle a été préparée par l'instruction
obligatoire minimum instaurée en 1890 et par 150 ans de progrès
techniques.
A lire aussi pour nous réjouir : dans un temps où l'autocritique
sur le mal français est de règle, il n'est pas mauvais de voir d'où
l'on vient. 37
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Charles Morazé - Un historien engagé
Ed. Fayard, juin 2007, 427 pages, 26 euros.
Les mémoires d'un très grand historien et d'un très grand honnête
homme, ayant incarné toute sa vie une très haute exigence morale.
Il aurait pu avoir les plus hautes fonctions et remplir les plus
grands rôles : à Vichy où il avait refusé de devenir directeur de
cabinet du Maréchal Pétain, en 1945, où il a refusé d'être l'éditorialiste
de l'Aube (le grand journal M.R.P. à la Libération), tout comme
il refusa la direction du Progrès de Lyon.
Auprès du Général de Gaulle, qui lui demanda de diriger les affaires
économiques et sociales du R.P.F., puis d'être le porte-parole du
nouveau gouvernement de la Vème République.
Créateur de la célèbre 6ème section de l'Ecole pratique des hautes
études en sciences sociales (E.H.E.S.S.), il fut aussi l'introducteur
des sciences sociales à l'Ecole Polytechnique.
Outre la vie passionnante d'un homme qui
a vécu à la fois près des puissants et près des plus grandes intelligences,
ses mémoires sont les mémoires intellectuelles du siècle où l'on
retrouve tous les vrais grands: Lucien Febvre, Fernand
Braudel, Ernest Labrousse, Gabriel Le Bras, Jean Meynaud, Jacques
Vernant, Paul Rivet, André Malraux, Claude Levy-Strauss, Marc Bloch,
Jean Guehenno, Jérôme Carcopino.
Parmi les grands livres de Charles Moraz, il faut rappeler :
" La France bourgeoise ", " La logique de l'histoire ", " Les bourgeois
conquérants ", " Les origines sacrées des sciences modernes ". 37
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Tzvetan Todorov - L'esprit des lumières
Ed. Robert Laffont, 133 pages, 12 euros.
Les aventuriers de l'absolu
Ed. Robert Laffont 275 pages,
20 euros.
T. Todorov, historien et moraliste, est connu pour ses essais
sur la pensée humaniste et sa volonté de concilier une pensée
rationaliste issue tout droit du siècle des lumières et une recherche
d'absolu moral dont il a fait l'éloge à l'occasion d'une biographie
de Germaine Tillon, de Marina Tsvetaeva " Vivre dans le feu ",
de Oscar Wilde et de Rainer maria Rilke.
Il est intéressant de lire simultanément ces deux ouvrages, dont
l'un reflète la volonté de construire l'avenir sur la raison
et de s'appuyer sur les grandes valeurs des lumières : individualisme,
liberté, laïcité, vérité, universalité ;
et l'autre refuse d'abandonner le royaume de l'absolu : la passion,
le romantisme, la beauté, la soif spirituelle, l'aspiration à
la vie éternelle.
Todorov, exilé très jeune de Bulgarie, familier des ravages de
l'idéologie marxiste, apparaît dans ces deux livres comme un homme
tranquille qui ne cesse de faire l'éloge de la raison tout en
voulant la compléter par des vertus morales nécessairement passionnelles.
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Philippe
Simiot,Le banquier et le perroquet, (roman),
Editions Albin Michel, 410 pages, 20 euros.
Un roman exceptionnel
Capitaine d'un navire pourchassé par les Anglais, le Bordelais
Etienne Girard trouve refuge à Philadelphie le 4 juillet 1776, jour
de la Déclaration d'indépendance des treize Etats d'Amérique.
Trente ans plus tard, il est l'homme le plus riche des Etats-Unis.
Devenu armateur, il commerce de l'Alaska à la Chine, rachète la
Banque des Etats-Unis et finance la guerre de 1812 contre l'Angleterre.
Cette incroyable fortune, il la doit autant à un travail acharné
qu'à une vision originale du commerce nourrie de la philosophie
des Lumières.
Homme singulier, cynique et attachant, Etienne devenu le citoyen
américain " Stephen Girard ", incarne ce rêve de puissance qu'aucune
multinationale ne peut revendiquer.
Solitaire mais sachant s'entourer de fidèles, le vrai compagnon
de sa vie sera pourtant un perroquet, Macao, dont le cri de guerre
est : " Au travail ! "
Alliant le talent du romancier à la précision de l'historien,
Philippe Simiot redonne vie à ce Français méconnu, devenu le premier
milliardaire américain, et nous offre une vision passionnante de
la naissance d'une grande Nation.
Un des grands intérêts de cet ouvrage est de situer cette aventure
au moment de la naissance des Etats-Unis, c'est-à-dire entre 1776
et les années qui suivront l'adoption de la constitution dont on
sait le caractère sacré aux yeux des Américains.
C'est aussi le fait de montrer l'influence des intellectuels
et des économistes sur les hommes d'affaires de l'époque. "
Turgot et son maître Vincent de Gournay, des hommes qui savaient
de quoi ils parlaient, qui avaient administré des provinces et commercé
eux-mêmes, ainsi Gournay, un marchant de Saint-Malo, auteur de "
laisser-faire, laisser passer".
Enfin, je ne vous apprendrai pas que ces
principes repris par l'Ecossais Adam Smith, ont fait également la
fortune de l'Angleterre.
Les notations politiques ne sont pas les moins intéressantes :
" M. de Talleyrand - Périgord, à l'esprit aisé et brillant, clair
et plein de grâce ; il a le talent d'embellir sa conduite et de
laisser dans l'ombre ses manquements. Comme tous ceux qui ont trop
de facilité, il éprouve de la difficulté à inspirer confiance. "
Et encore, à propos de John Adams et de Thomas Jefferson : "
Je n'ai pas voulu assombrir le bonheur de X mais je crois, moi,
que les vrais hommes politiques, ceux qui veulent et gagnent
le pouvoir, sont des êtres au sang froid, bons calculateurs, capables
de résister aux sentiments. Je les sens pareils au marchand que
je suis : leur marchandise est la confiance du peuple et leur profit
le pouvoir. Un marchand sentimental est vite ruiné. Un politicien
qui a du sentiment n'arrive pas au sommet. "
La gestation longue et difficile de la constitution américaine,
par des hommes qui devaient consacrer leur temps à leurs affaires,
au commerce et à l'agriculture en même temps qu'à la politique,
sa naissance puis sa ratification par les quatorze Etats est relatée
par un auteur dont on peut penser qu'il a vraiment vécu ces événements.
Nous rendons compte ici de peu de romans
; celui-là est vraiment exceptionnel.25
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Yves
Santamaria - Le pacifisme, une passion française
Editions Armand Colin, 350 pages, février
2005.
Le titre de l'ouvrage de M. Santamaria ne correspond malheureusement
pas au contenu de l'ouvrage, ce qui n'empêche pas le grand intérêt
de son livre.
Le pacifisme n'est pas une passion française : Le succès
inattendu de Napoléon III, le départ de la guerre de 1870, l'enthousiasme
de la revanche en 1914 et bien d'autres faits indiquent que le pacifisme
n'est pas une passion française tout en étant, bien sûr le fait
d'une forte minorité qui a trouvé son expression en 1939 avec Munich.
Cela dit, le livre de Yves Santamaria est extrêmement intéressant,
surtout pour toute la partie contemporaine, 1947 à aujourd'hui,
où le pacifisme pro-communiste et l'anti-américanisme se sont effectivement
appuyés sur un pacifisme voulant ignorer toutes les réalités d'abord
de la guerre froide, ensuite de la dangerosité du monde.
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Jean-Marie
Le Breton - Grandeur et destin de la vieille Europe, 1942-2004
Editions l'Harmattan, 300 pages, mars 2004,
27 euros.
Nous avons regretté de ne pas avoir connu cet ouvrage quelques
mois avant le référendum sur le traité constitutionnel européen.
Il ne pouvait changer l'opinion de personne mais il pouvait faire
comprendre avec profit l'enracinement de nos conceptions et de
nos visions de l'Europe dans une histoire extraordinairement riche
et complexe.
Il est toujours extrêmement utile de replacer ses idées dans le
contexte de l'histoire.
Oublier ou refuser son histoire, c'est se condamner à ne pas
comprendre l'avenir.
La Russie et la Turquie sont deux bons exemples du refus de l'histoire
et, d'une manière ou d'une autre, du refus de l'avenir.
N'oublions pas la longue histoire de la vieille Europe. 18
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Jacques
Rhétoré - Les chrétiens aux bêtes
Editions Cerf, 397 pages, 29 euros.
Au moment où l'on va célébrer les 90 ans du génocide des Chrétiens
de Turquie, ce livre est un témoignage brut,
ni revu ni corrigé ni complété, écrit par un dominicain témoin
des massacres de 1915 à 1920.
Il est difficile d'en rendre compte car les horreurs, les tortures
et les supplices décrits à longueur de page dépassent l'imagination.
Mais, on le sent à chaque instant, tout est vrai, rien n'est exagéré.
Venant après la lecture de l'ouvrage de M. Laval sur Koestler on
comprend que ce dernier ait consacré vingt ans de sa vie à tenter
de comprendre la folie humaine.
Un peuple qui ne reconnaît pas son histoire est incapable de
progresser. On le voit aujourd'hui en Russie.
Tant que les Turcs n'auront pas reconnu les horreurs de cette période,
il n'est pas pensable de les voir entrer en Europe.
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Jean Sévillia - Quand les catholiques étaient hors la loi
Editions Perrin, 324 pages, février 2005,
21 euros.
Jean Sévillia s'était fait connaître par deux excellents livres
publiés en 2000 et 2003 : " Le terrorisme intellectuel " et surtout
" Historiquement correct ".
Dans ce dernier ouvrage, il reprenait les grands traits des programmes
d'histoire enseignés dans les collèges et les lycées et montrait
combien ces programmes donnaient une idée extraordinairement fausse
du Moyen-âge, des périodes très différentes de la monarchie, de
la révolution française et du 19ème siècle.
Le livre qu'il vient de consacrer aux luttes de la troisième
République contre l'église catholique, luttes incessantes depuis
1881 et particulièrement violentes de 1900 à 1905, vient à point
au moment où l'on va fêter les cent ans de la législation finale
sur la laïcité.
1905 n'est en effet que l'aboutissement d'une bataille continue
contre l'enseignement catholique, les congrégations religieuses,
les écoles primaires publiques et l'enseignement supérieur.
On a totalement oublié aujourd'hui que de 1880 à 1889, la France
a vécu un troisième épisode iconoclaste avec enlèvement de tous
les signes extérieurs religieux dans les écoles mais aussi démontage
généralisé des statues, des croix et des calvaires installés sur
la voie publique.
Si l'Eglise et l'Etat sont parvenus à un compromis c'est après
une lutte anticléricale extrêmement violente qui s'est d'ailleurs
prolongée jusqu'en 1914, mais qui s'était un peu calmée non pas
en 1905 mais autour des années 1910.
On signalera à cet égard un ouvrage publié par les Editions de l'Atelier
: La séparation des Eglises et de l'Etat par Jean-Marie Mayeur et
le livre de Jacqueline Lalouette : La séparation des Eglises et
de l'Etat. Genèse et développement d'une idée, (1789-1905).
Ce dernier livre est écrit par une historienne qui montre bien elle
aussi que cette loi a été conçue dans la lutte et même dans la
haine entre la République et l'Eglise.
Il a fallu finalement plusieurs incidents mortels pour que le Parlement
reprenne un peu de sagesse et que la loi de 1905 recherche un certain
équilibre sans pour autant mettre fin à un combat qui ne s'est achevé
qu'avec la guerre de 1914.
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Laurent Beccaria - Toute une vie : Hélie de Saint Marc
Editions Les Arènes, 280 pages, octobre
2004, 27,80 euros.
Voilà un livre qui devrait être lu par tous les esprits manichéens,
souvent bien intentionnés, souvent aussi bien légers qui jugent
des questions sociales et politiques par des appréciations binaires
à cent lieues des réalités:
Les résistants ont été des gens remarquables,
les gens qui ont lutté contre le vietminh étaient d'affreux conservateurs,
les putschistes d'Alger étaient fascistes,
les officiers en général sont des psychorigides qui n'apprécient
pas la douceur de la vie.
Qu'il est facile de juger sur des faits extérieurs, des choix
politiques, qu'il est difficile d'apprécier la profondeur d'un être
humain et les raisons qui le conduisent à des choix très divers
dans la vie, choix d'une autre richesse que ceux qui les jugent.
Et vous, qu'auriez-vous fait sous la torture ? Qu'aurait fait
chacun d'entre nous ?
Voilà pourquoi il faut lire la vie d'Hélie de Saint Marc,
résistant à 19 ans, déporté à 20 ans, commandant de la Légion étrangère
en Indochine puis en Algérie, rallié au putsch des généraux pour
ne pas abandonner des populations civiles et militaires vouées au
massacre parce qu'elles avaient aidé la France, condamné à 10 ans
de réclusion, amnistié 5 ans après et réhabilité.
Au soir de sa vie il constate tous les jours que la vieillesse
et l'enfance se rejoignent :
deux âges métaphysiques dominés par le pourquoi ?
Plus je vieillis, plus je me pose de questions.
Rectitude, intensité, rayonnement, pudeur, attention fraternelle
aux autres : la biographie d'un homme passionnant par sa rigueur
humaine et morale, et comprenant de ce fait bien mal le monde politique.
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Olivier Pétré-Grenouilleau - Les traites négrières. Essai d'histoire
globale
NRF, Editions Gallimard, 473 pages.
Bien que l'auteur nous donne une bibliographie assez considérable
en bas de page, cet ouvrage nous semble vraiment le traité le
plus complet paru sur un sujet dont l'analyse reste toujours aussi
passionnelle.
Il y a eu de tout temps, dans toutes les civilisations, des populations
importantes réduites en esclavage : en général après une défaite
militaire, des guerres de religions, des pogromes raciaux dont la
shoah est évidemment l'exemple le plus meurtrier.
Les traites négrières ont ceci de très particulier qu'elles ont
été organisées par les Africains eux-mêmes agissant en quelque sorte
comme des entrepreneurs privés vendant sur le marché des quantités
d'hommes, de femmes et d'adolescents correspondant aux moyens de
transport mis en œuvre soit par les orientaux vers le Moyen-orient
et l'Asie, soit par les occidentaux vers les Etats-Unis, l'Amérique
du Sud et les Caraïbes.
Les traites occidentales se sont étalées de 1600 à 1840 avec une
pointe très importante dans les années 1750 à 1800. La traite a
été interdite partout entre 1830 et 1850 et s'est achevée dans les
années 60/70.
Elles ont sans doute porté sur environ 12 millions de personnes.
L'ampleur des traites orientales est connue avec moins de précision
que pour celles de l'Occident. Elles se sont produites à la fois
plus tôt et plus tard que l'Occident.
Plus tôt parce que entre le VIIème et le XVème siècle les mouvements
ont été incessants vers la Mer Rouge et l'Océan Indien.
Plus tard parce que c'est surtout au XIXème siècle que les traites
orientales ont pris une ampleur considérable tandis que la traite
Atlantique disparaissait. Les traites orientales ont porté sur environ
17 millions de personnes.
Dans cet ouvrage très complet, tout a été recensé et analysé,
les modes de production, les modes de transport, les données économiques
correspondant du côté de l'Afrique comme du côté des pays acquéreurs,
les révoltes, le début des mouvements abolitionnistes, et le bilan
à la fois démographique, politique, économique pour l'Afrique.14
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Julian Jackson - La France
sous l'occupation
traduit de l'anglais par P. E. Dauzat,
Oxfort University
Press 2001, Editions Flammarion, mars 2004, 850 pages.
Ecrit par un professeur d'histoire à l'université de Londres, spécialiste
du XXème siècle français et auteur d'ouvrages sur le Front populaire
et sur le général de Gaulle, ce livre est une somme absolument
remarquable sur cette période.
Il a la hauteur de vue et le sens de la perspective que peuvent
avoir les grands historiens britanniques et américains sur une période
que les Français ont nécessairement un peu plus de mal à traiter
de façon objective.
Rappelons à cet égard que le meilleur ouvrage sur ce sujet était
auparavant celui de R. Paxton, historien américain, préfacé et complété
par un autre remarquable connaisseur de l'histoire française, Stanley
Hoffmann.
La qualité de cet ouvrage tient beaucoup au fait que l'auteur a
replacé Vichy et la résistance dans le temps long de l'histoire
de France : la défense de la république bourgeoise, l'absence de
renouvellement politique profond après la guerre 14/18, la crise
des années 30, les conséquences du Front populaire, l'appréhension
du problème allemand de Caillaud et Briand à Munich.
L'ouvrage se lit comme un roman. Il est indispensable à qui veut
vraiment comprendre le gaullisme, Mitterrand et toutes les
mémoires de l'occupation qui encombrent encore la France d'aujourd'hui
: mémoires enfouies, mémoires éclatées, mémoires obsessionnelles.
Un très grand livre d'histoire. 12
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