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Livres d'économie


Après avoir refusé ou critiqué le marché durant trente ans, voici qu'économistes et politiques ont trouvé un nouveau bouc émissaire : le marché financier
.
Le marché tout court est maintenant accepté, le marché financier est honni.
Deux ouvrages traitent de cette question. L'un "Le grand méchant marché" connaît parfaitement le sujet et l'élève au niveau de la pensée économique, l'autre, Les déséquilibres financiers internationaux de Anton Brender et Florence Pisani, plus modeste et plus factuel, montre que les risques de la mondialisation financière sont faibles.

Le grand méchant marché. Décryptage d'un fantasme français - Augustin Landier et David Thesmar
Editions Flammarion - Collection Champs actuel - 178 pages - février 2008 - 6 euros -

Dans la même collection que " La repentance coloniale ", voici un remarquable petit livre d'une extrême clarté qui aurait mérité le prix du livre libéral.
Ses auteurs ont reçu le prix du meilleur jeune économiste décerné en 2007 par Le Monde et le Cercle des Economistes. Il s'agit sans doute de l'ouvrage économique le plus libéral publié en France depuis une dizaine années et c'est un hommage inattendu que notre grand quotidien de gauche leur a rendu.
L'un des auteurs, agrégé de mathématiques et diplômé du MIT enseigne la finance à l'Université de New York,
l'autre ancien élève de l'X et de l'ENSAE, docteur en sciences économiques, est professeur à HEC.
Ce livre commence par une dénonciation rigoureuse du lieu commun (de la bêtise) selon lequel toute l'économie financière et boursière est dominée par la dictature des 15 % de profits.
" Les marchés financiers dit-on exigent des rendements de courts termes élevés et forcent donc nos managers à sacrifier la croissance de long terme pour dégager des profits immédiats...
La tyrannie de la finance condamne les entreprises à un capitalisme sans projets...
Les investisseurs institutionnels forcent les entreprises à dégager des rendements absurdement élevés - la fameuse dictature des 15 % - ce qui conduit à un véritable gâchis industriel...

Etonnante unanimité : patrons, politiques, économistes et intellectuels de tous bords se retrouvent côte à côte pour vilipender le nouveau bouc émissaire.
Qu'en est-il ? Regardons l'ensemble des entreprises cotées en bourse en 2003 et en 2004 aux Etats-Unis, temple de la prétendue myopie financière mondiale. Soit un peu plus de 6 000 entreprises. Un tiers d'entre elles font cette année-là des pertes.
Le marché pénalise-t-il ces entreprises non profitables qui présentent à leurs actionnaires des rendements négatifs ?Il n'en est rien.
Pour l'établir calculons le " Market-to-Book ratio " de ces entreprises déficitaires, c'est-à-dire le rapport de la valeur de marché de l'entreprise et de sa valeur comptable.
Si une entreprise est punie par la Bourse, son market-to-book ratio devrait être peu élevé.
Or ce qu'on observe c'est que ce ratio des entreprises faisant des profits négatifs est très significativement plus élevé que celui des entreprises profitables, de 50 % pour être précis.
Quelle est la raison de cet apparent paradoxe ? Elle est simple.
Les entreprises non profitables sont plus jeunes et dépensent en moyenne trois fois plus en recherche et développement. C'est donc la promesse de profits futurs dus à l'innovation qui fonde l'enthousiasme boursier pour ces entreprises aujourd'hui déficitaires.
"
S'il est un livre économique à lire cette année, c'est celui-là. 44

Les déséquilibres financiers internationaux de Anton Brender et Florence Pisani,
Editions La Découverte - 119 pages - mai 2007 - 8,50 euros

On aurait pu s'attendre chez cet éditeur clairement classé à gauche une charge contre les déséquilibres et les crises du capitalisme financier d'aujourd'hui. Il n'en est rien.
Les ressorts des grands déséquilibres des dernières années sont parfaitement expliqués : déficits commerciaux américains, dettes des Etats-Unis mais aussi de nombre de pays européens, soutien par la Chine de la dette américaine, profond déséquilibre du Japon. Mais les auteurs soulignent que tout cela ne présente pas de risques fondamentaux ni même très importants.
Très documenté, ce petit ouvrage explique parfaitement le rôle des autorités monétaires américaines et asiatiques, l'affectation des ressources des grands pays pétroliers, la réponse des ménages américains et européens aux variations des taux d'intérêt, les équilibres internationaux qui se maintiennent car chacun a intérêt à protéger la situation existante.
Notons que les deux auteurs enseignent à Paris Dauphine et sont les économistes du Groupe DEXIA. 44
L'économie ne ment pas - Guy Sorman
Editions Fayard - 333 pages - février 2007 - 20 euros

On ne présente pas Guy Sorman.
Son esprit didactique et son souci de clarté font que tous ses ouvrages sont très agréables à lire.
Le revers de la médaille est une certaine simplification de la pensée et un esprit de synthèse qui tend à éliminer ce qui ne cadre pas avec la démonstration.
Et la démonstration est ici assez claire : Les économistes de tous les pays du monde aboutissent à des résultats à peu près identiques, du moins pour l'essentiel.
L'économie est donc devenue une science et cette science confirme en gros les intuitions de l'économie libérale, en tout cas dans ses aspects les plus proches de Schumpeter. 44

Mémoires d'Alan Greenspan - Le temps des turbulences

Editions JC Lattès septembre 2007 - 677 pages - 26.00 euros

Un livre peut-il ressembler autant à la photo de son auteur donnée en couverture ?
Des yeux d'une étonnante intelligence, des lunettes trop larges à la Woody Allen, une cravate rouge parce que même à 80 ans pourquoi ne pas se faire se plaisir ? Un petit costume gris parce qu'on reste banquier toute sa vie et puis l'air tranquille de celui qui en a tellement vu !

" Bob le chef de l'équipe de sécurité qui m'escortait dans mes voyages à l'étranger m'a arrêté dans le couloir la mine sombre : le commandant de bord aimerait vous voir Monsieur le Président me dit-il à voix basse. Deux avions ont percuté le world Trade Center."
Nous retournions à Zurich et ils n'en expliqueraient pas la raison aux passagers
Il n'y avait plus de moyens de communiquer avec le sol.
Dans l'impossibilité de connaître la suite des évènements, il ne me resta plus qu'à cogiter et à regarder par le hublot pendant les trois heures et demies suivantes.
Ces attentats annonçaient-ils une conspiration de plus grande envergure ?
Cette agression risquait de provoquer un grand chambardement dans le pays, l'éventualité d'une crise n'était que trop évidente.
Le pire, que je jugeais improbable, eut été un effondrement du système financier. La réserve fédérale est responsable des systèmes de paiement électronique grâce auxquels sont virés plus de 4 000 milliards de dollars par jour sous forme de fonds et de titres à travers tout le pays et le reste du monde. Nous avions toujours pensé que le meilleurs moyen de paralyser l'économie américaine eut été de démanteler ces systèmes de paiement...
Durant la guerre froide, par mesure de précaution en cas d'attaque nucléaire, la réserve fédérale avait multiplié les redondances dans le matériel de communication et l'électronique dont dépendait le système monétaire.
Nous disposons de toutes sortes de sauvegarde : ainsi, les données d'une banque de la réserve fédérale sont conservées dans une autre de ces banques distantes de plusieurs centaines de kilomètres ou dans quelques lieux retirés... Ce qui m'inquiétait, c'était la peur suscitée par cette attaque. Si les acteurs se retirent de la vie économique quotidienne - investisseurs, entreprises, consommateurs - ils provoquent un effet boules de neige. Ce sont des états psychologiques de ce genre qui déclenchent les paniques et les récessions."


N'oublions pas qu'Alan Greenspan qui a activement participé à la campagne électorale de Ronald Reagan a servi successivement quatre Présidents des Etats-Unis, Reagan, Bush père, Clinton et GW Bush. 39

Christian Laval -L'homme Economique

Ed. Gallimard - mars 2007 - 396 pages - 24.90 euros

Parmi les ouvrages critiques du capitalisme, il en ait de bien mauvais et il en ait d'excellents.
Parmi les plus mauvais, citons " le divin marché " de D.R. Dufour. Abusé par les quelques pages d'introduction, nous l'avons lu pour découvrir une vulgate lacaniène mêlée à une critique systématique de la vie moderne : médiocrité de la télévision, populisme politique, romans photos et autres.
Ce philosophe résume sa pensée par " tous les mêmes, tous des cons... " ce qu'il écrit en terme plus philosophique :
l'autre ? mais quel autre ? Nous vivons aujourd'hui dans l'univers du même, mêmes habitudes, même discours, le même et partout, partout chez lui.
Bien entendu, seul notre brillant, Monsieur Dufour, est différent.
On peut penser que son mépris pour ses contemporains n'égale que son faible niveau intellectuel. Mais enfin, il a trouvé un éditeur...
Nous n'avons cité ce triste auteur que pour mettre en valeur l'excellente critique du capitalisme et du néo-libéralisme due à Christian Laval.
Celui-ci, spécialiste de la pensée utilitariste (Jérémie Bentham) est également l'auteur d'un excellent ouvrage sur l'ambition sociologique et d'une critique contemporaine renouvelée de Marx.
Son ouvrage ne cache pas ses intentions : il souhaite une remise en cause assez radicale des principes qui gouvernent nos économies libérales ;
cela ne l'empêche pas bien au contraire de procéder à une analyse très fine des origines du développement du capitalisme depuis la mutation de la pensée médiévale et l'ascension de la classe des marchands et des banquiers reconnue progressivement et avec beaucoup de réticence par l'église.
Puis c'est la fable de Mandeville dont on connait l'influence sur Adams SMITH, l'apologie de l'action, l'axiomatique de l'économie et l'ordre spontané des intérêts.
Cette analyse très complète de la naissance du capitalisme et de son aboutissement jusqu'à aujourd'hui est d'une grande intelligence.
C'est un panorama des trois derniers siècles d'une grande honnêteté intellectuelle qui ne vise jamais à montrer les limites du néo-libéralisme mais simplement à comprendre sa victoire.
Et ceci, d'autant plus que la conclusion ne s'ouvre ni par une condamnation ni par l'esquisse d'une nouvelle utopie socialisante mais par un constat relativement amer :
" L'homo économicus n'est pas dernière nous il est devant nous ".
Suivent quelques pages où l'auteur montre que nous sommes dans une phase aigüe de néo libéralisme qui semble triompher de tout mais qui est peut-être au contraire au bord d'un basculement provoqué par la primauté de la guerre commerciale, de la prédation économique, de la précarité de l'être.
La conclusion s'appuie davantage sur les idées d'Hannah Arrendt, du Marx utopique, de Marcel Mauss, de Foucauld et de l'Ecole Freudienne.
Quelles conclusions tirer de cet ouvrage ? Sans doute pas celles de l'auteur.
Son analyse du développement du capitalisme jusqu'à aujourd'hui est parfaite.
Sa conclusion semble extrêmement faible.
Il eut été beaucoup plus crédible en développant les idées d'une Gauche moderne inspirée des Pays de l'Europe du Nord et du mode anglo-saxon que des références à Marx et à Lacan. encore que sa lecture de Marx nous a semblé aussi intéressante que novatrice. 39

Jean-Paul Betbèze et Christian Saint-Etienne - Une stratégie PME pour la France
La Documentation Française (Conseil d'analyse économique), 163 pages, 12 euros.

Cet ouvrage de Christian Saint-Etienne, auteur d'une dizaine d'ouvrages bien connus des spécialistes de l'économie libérale et de Jean-Paul Betbèze, chef économiste du Crédit Agricole, constitue, hélas, le " nième " rapport sur le sujet. Toutes les majorités politiques connaissent parfaitement ce problème car toutes ont fait établir X rapports sur ce sujet mais hélas, rien ne change.
La France connaît un déficit très important d'entreprises de taille moyenne.
Or, on le sait, ce sont ces entreprises qui créent l'emploi, qui sont à l'origine de la majorité des gains de productivité, qui sont les plus innovantes et qui sont le fer de lance de ces exportations.
Le rapport ci-dessus a le grand mérite d'une analyse aussi claire que pédagogique et d'un ensemble de propositions dont tout gouvernement devrait s'inspirer.
27

Timothy B. Smith - La France injuste
Ed. Autrement, Coll. Frontières, traduit de l'anglo-canadien, 350 pages, 22 euros.

T. B. Smith est professeur d'histoire contemporaine à l'Université de l'Ontario au Canada.
Son regard, comme celui de nombre de nord-américains, est particulièrement intéressant car, vue d'outre Atlantique, l'exception française est traitée avec un étonnement parfois amusé.
L'auteur est visiblement de tendance sociale-démocrate modérée.
Son travail et sa critique du modèle social français sont d'autant plus intéressants qu'il est vraiment sans parti pris.
De plus, il écrit dans cet ouvrage, des choses qu'un Français ne peut pas dire :
" Trois à quatre millions de familles logent dans ce que les Français appelle par euphémisme des quartiers difficiles.
On estime que la moitié des délits déclarés, vols et vandalismes, se passent dans ces 45 zones.
Les loyers modérés ont un prix social prohibitif.
Beaucoup d'offices HLM administrés au niveau local sont le siège de magouilles politiques, de scandales financiers et de clientélisme...
N'importe quel homme politique français sait aujourd'hui que les quartiers HLM qui ceinturent les grandes villes devraient être progressivement supprimés et leurs habitants réintégrés dans des communautés de leur choix... "

Un auteur français oserait-il dire la même chose ? Il devra en tout cas nuancer son style sous peine d'attaque en justice !!! 27
Claude Monnier - L'agriculture française en proie à l'écologisme, moissons interdites,
Ed. L'Harmattan, 240 pages, 21 euros.

L'ouvrage débute par deux chapitres sur la marée verte, le mouvement écologique populaire et l'ensemble des facteurs émotifs qui dominent une opinion publique naturellement peu apte au raisonnement scientifique.
Il traite ensuite de l'agriculture biologique, du grand bond en arrière qu'elle constitue et des deux postulats assez absurdes sur lesquels il repose :
- premier postulat, il est toujours possible de faire la différence entre naturel et artificiel,
- second postulat, le naturel est toujours supérieur à l'artificiel.

Tous les problèmes techniques de l'agriculture sont ensuite traités par un auteur qui possède trois qualités rendant ses démonstrations très solides.
Claude Monnier a en effet été un agriculteur à part entière de 1945 à 2000, longue période qui a vu les changements radicaux de l'agriculture.
Il est ingénieur agronome et les recherches moléculaire et génétique lui sont parfaitement connues.
Il a enfin été membre de l'académie d'agriculture et conseil de nombre d'organismes agricoles qui lui ont fait suivre de près la politique agricole commune et ses évolutions récentes.
Un livre à lire par tous ceux qui ne veulent pas être prisonniers des idées reçues. 27

Rapport de la commission présidée par Michel Pébereau- Rompre avec la facilité de la dette publique
La Documentation Française, janvier 2006, 8 euros.

Le rapport Pébereau devrait être au cœur de la campagne présidentielle 2006/2007.
Les candidats vraiment décidés à la " rupture " ont un formidable argumentaire dans ce rapport pour lequel ils peuvent se contenter de prendre les graphiques les plus significatifs.
Avec 20 graphiques et 3 tableaux, on peut constituer un manifeste électoral plus solide que 100 discours.

Citons, en chiffres, quelques uns de ces graphiques qui offrent évidemment l'avantage d'être beaucoup plus parlants.

Besoin de financement des régimes obligatoires de retraites (hypothèse d'un chômage stable à 9 %) :
2010 : 22 milliards d'euros
2040 : 130 milliards d'euros.

Evolution du nombre d'heures travaillées par habitant entre 1970 et 2002 (en pourcentage) :

Etats-Unis + 20
Moyenne OCDE _ 2
Moyenne Europe des 15 _ 12
France _ 23

Evolution des effectifs de la fonction publique (Etat + territoriale + hospitalière) :

1982 4 025 000
1992 4 330 000
2003 4 981 000


Evolution de la dette publique dans l'Europe des 15 entre 1995 et 2004 (en pourcentage du PIB) :

France + 10,5
Allemagne + 9,4
Royaume-Uni _ 10,3
Espagne _ 16,9
Pays-Bas _ 24,1
Belgique _ 38,3
Irlande _ 52

La France est championne d'Europe.
Le seul paiement de la dette est devenu le second budget de l'Etat qui a dépensé en 2005 (environ) :
- 3 milliards d'euros pour l'agriculture, la pêche et les forêts
- 5 milliards d'euros pour la justice
- 7 milliards d'euros pour la ville et le logement
- 9 milliards d'euros pour les transports, (routes, chemins de fer, ports et voies fluviales)
- 12 milliards d'euros pour la solidarité et l'intégration
- 14 milliards d'euros pour la sécurité 20 milliards d'euros pour l'université, l'enseignement supérieur et la recherche
- 31 milliards d'euros pour le travail
- 36 milliards pour la défense
- 40 milliards d'euros pour la dette publique (Une dépense pour la dette qui représente huit fois le budget de la justice, qui dit mieux ?)

Suzanne Berger - Made in monde. Les nouvelles frontières de l'économie mondiale,
Ed. du Seuil, février 2006, 360 pages.

Le livre de Mme Suzanne Berger est extrêmement réconfortant.
Ce professeur de sciences politiques au prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) a étudié durant cinq ans un échantillon de 500 entreprises américaines, européennes et asiatiques pour comprendre les raisons de leur succès et, accessoirement, pour voir si la stratégie des bas salaires et de la sous-traitance vers l'Asie et l'Afrique était une des raisons de leur succès.
Eh bien non. Au contraire. La course aux bas salaires est une stratégie perdante.
C'est l'innovation, le découpage de la chaîne de valeur, l'intelligence de la sous-traitance, l'agilité, la faculté d'adaptation aux changements qui font toujours la différence.

Il n'y a pas de modèle gagnant mais des méthodes de succès très variées avec tout de même le constat qu'un travail en réseau et la concentration sur son métier principal sont les conditions du succès.
De nos jours, une entreprise peut se procurer auprès d'autres firmes la plupart des biens et services qu'elle aurait jadis dû produire elle-même. De ce fait, elle peut centrer toute son activité sur l'innovation dans son cœur de métier essentiel et gagner contre les bas salaires.

Mme Berger cite un fabricant américain de T-shirt, produit que plus personne ne songe à fabriquer en Europe, American Apparel et qui réussit brillamment, en payant 12,5 dollars de l'heure et, en même temps, la gratuité des repas, les cartes d'autobus, une mutuelle pour les soins médicaux, l'assistance juridique et des cours d'anglais pour la main d'œuvre d'origine mexicaine.

On trouvera une foule d'exemples dans ce livre qui est entièrement fondé sur cette enquête auprès d'entreprises et qui pourrait s'appeler :
" Comment rester compétitif en restant chez soi, du moins pour l'essentiel ? ".
La réponse est sans doute en travaillant dans une proximité de plus en plus grande avec les autres, dans son pays comme dans le vaste monde. 25


Jean-Louis Caccomo - L'épopée de l'innovation, innovation technologique et évolution économique

Editions l'Harmattan, 146 pages, mars 2005, 13,50 euros.

L'introduction à l'excellent livre de Jean-Louis Caccomo permet immédiatement de comprendre l'esprit d'un ouvrage indispensable à tout responsable de la recherche et particulièrement de la recherche-développement en France :

" Lorsque nous regardons le passé, nous avons l'impression que l'évolution technologique qui nourrit la croissance économique est le résultat rationnel et planifié de grands programmes qui seraient le fruit de la volonté de décideurs éclairés. C'est en grande partie une pure illusion d'optique. La plupart du temps, les innovations qui ont marqué notre époque moderne et le sort de l'humanité furent le résultat d'essais, d'erreurs et même d'échecs qu'il a bien fallu rattraper pour sauver les mises considérables en jeu. Il s'ensuit toujours une rationalisation ex poste d'un événement singulier. Cet événement singulier est lui-même le fait d'un comportement risqué pris par un acteur tout aussi singulier : l'entrepreneur. "......
" Pour les industriels, l'innovation n'est pas un enjeu académique, c'est une nécessité pour survivre sur des marchés évolutifs et ouverts.
"

C'est d'ailleurs pourquoi dans les grands pays industrialisés la part relative des P.M.E. s'accroît.
C'est pourquoi celles-ci sont en général plus innovantes que les très grandes entreprises.
Fondé sur un très grand nombre d'exemples historiques - de Denis Papin et James Watt aux frères Siemens ou à Thomas Edison - et d'exemples contemporains - l'industrie des semi-conducteurs, l'informatique, les biotechnologies -, le livre de Jean-Louis Caccomo est passionnant notamment dans toute sa seconde partie.
Il y étudie la dimension humaine de l'innovation et les questions qui se posent en France dans ce domaine avec de grands programmes technologiques contestables (Concorde, Super Phoenix, le T.G.V., Bull et l'informatique nationale) et une faiblesse structurelle de l'innovation dans les P.M.E. Celles-ci représentent par ailleurs une part trop faible de notre économie.

Un livre à offrir à notre prochain Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Le lira-t-il ?18

Hernando de Soto - Le mystère du capital, pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs ?

Flammarion, 300 pages, février 2005, 21 euros.

On est un peu étonné du succès de l'ouvrage de H. de Soto et surtout de l'accueil dithyrambique que lui ont réservé les économistes libéraux.
Certes, ce livre est intéressant notamment parce qu'il repose sur un certain nombre d'enquêtes directes réalisées dans divers pays sous-développés, au Pérou, en Haïti, en Egypte et aux Philippines.
Encore faut-il souligner que seuls les deux premiers pays semblent avoir fait de la part de M. de Soto l'objet d'une analyse vraiment approfondie.
Par ailleurs, M. de Soto tire beaucoup de conclusions d'une comparaison entre les colons américains qui ont vu leurs droits de propriété reconnus au fur et à mesure de la conquête de l'Ouest et l'absence de reconnaissance de propriétés réelles mais illégales - extra-légales dit-il - détenues par une grande partie de la population des pays sous-développés.
Citons-le : " Les pauvres du tiers-monde sont plus riches qu'on ne le croit mais les biens qu'ils possèdent constituent un capital mort en raison de l'inadaptation du système juridique de la propriété. Ils ont des maisons mais pas de titre, des récoltes mais pas de bail, des entreprises mais pas d'inscription au registre du commerce. C'est l'absence de ces représentations essentielles qui explique pourquoi ces gens ne parviennent pas à produire assez de capital pour faire fonctionner leur capitalisme national. "
La démonstration de cet ensemble de faits est convaincante. Mais ce qui l'est moins c'est, d'une part, l'explication des raisons pour lesquelles les structures juridiques de la propriété n'existent pas, d'autre part l'analyse de la valeur de ce capital non légalisé.
Lorsque M. de Soto indique que la propriété d'une maison sommaire en bidonville peut aboutir à la création d'un capital hypothécaire, il va un peu loin.
Et si la maison est solide et relativement moderne, c'est que le problème de sa propriété a déjà été résolu.
Le capital ne naît pas seulement du droit. Il naît d'un ensemble de valeurs, de compétences, de connaissances... qui vont permettre au droit de développer un capital et ses bénéfices.
Légaliser massivement des structures de faibles valeurs ne donnera pas nécessairement de grands résultats.
La démonstration de M. de Soto n'est pas inutile mais il nous semble beaucoup plus important de mobiliser le capital effectivement disponible dans de nombreux pays sous-développés, capital qui préfère partir dans les pays riches, s'investir dans des valeurs sûres ou rester thésaurisé que de développer des activités nationales souvent d'ailleurs pour les mêmes raisons : le poids d'un Etat au mieux inefficace ou pire prédateur.

Un livre qui en tout cas fait réfléchir et ouvre la discussion.18
Charles Gave Un libéral nommé Jésus, parabole économique
Bourin Editeur, 188 pages, avril 2005, 12 euros.

Charles Gave est l'auteur d'un premier ouvrage remarquable dont nous avions rendu compte en son temps
" Des lions (les entrepreneurs) menés par des ânes (les politiques) ".

Cet ouvrage avait notamment le mérite d'accompagner chaque analyse et chaque raisonnement par un ou plusieurs tableaux de chiffres irréfutables.
Il faut relire ce livre qui annonçait la stagnation européenne et la crise politique et économique qui devait intervenir de façon inéluctable en France et en Allemagne : nous y sommes.
Charles Gave se livre à un autre travail dans ce livre court, précis, imagé par toute une série de paraboles tirées de l'Evangile.
C'est à la fois un régal pour l'esprit, un livre plein d'humour, une analyse solide des fondements de notre économie et de notre civilisation : " J'imagine notre civilisation comme un linteau de porte qui repose sur deux piliers en bois anciens et précieux : d'un côté la logique grecque, de l'autre la morale judéo-chrétienne. Et le linteau, c'est notre civilisation. Sous ce linteau, depuis 2000 ans, tous les progrès sont passés. Or des termites rongent chacun de ces deux piliers. Analyser et dénoncer cette évolution est difficile. Ceux qui rongent tranquillement le second pilier gèlent tout débat : ils interdisent à quiconque à l'exception d'eux-mêmes de parler de morale. Or toute société repose sur une tension entre le conformisme - adhésion à la morale dominante - et la transgression. Antigone désobéit et paye de sa vie sa transgression. Le combat de Lincoln contre l'esclavage est un bel exemple. Briser la norme sans en payer le prix est devenu la norme. Chacun se voit en poète maudit mais exige en même temps d'être payé par le Ministère de la culture. Villon, Verlaine, où êtes-vous ? "
L'analyse économique mêlée et même fondée sur l'analyse morale est un exercice difficile.
Charles Gave s'y livre avec une maestria étonnante.

Et puis ce livre est si gai et si plein d'humour... C'est un plaisir rare. Achetez-le vite, achetez-en dix exemplaires pour le donner à vos amis et à vos enfants. 18
Yves Guyot - La tyrannie collectiviste
Editions Les Belles Lettres, Bibliothèque classique de la liberté, collection dirigée par Alain Laurent,
300 pages, 23 euros.


Député, ministre, rédacteur en chef du célèbre " Journal des économistes ", essayiste et pamphlétaire, Yves Guyot est tiré de l'oubli par Alain Laurent qui reprend dans ce livre de larges extraits de deux ouvrages rédigés par l'auteur en 1893 et 1894.
Soixante ans plus tard, M. Guyot écrit dans le style simple, direct, imagé qu'adoptait déjà Bastiat et qui était d'ailleurs celui de la plupart des économistes de l'époque.
Lorsqu'on a des idées claires et que ces idées peuvent être facilement défendues tout simplement parce qu'elles collent à la réalité, on peut les énoncer et les défendre avec une grande simplicité.

Alain Laurent et Les Belles Lettres font une œuvre utile qu'il faut d'autant plus saluer qu'aucun éditeur ne prendrait aujourd'hui le risque de sortir de tels ouvrages. Et pourtant, qu'ils sont rafraîchissants.
17

Maria Nowak - On ne prête pas qu'aux riches - Le microcrédit

Editions J-C. Lattès, 270 pages, 16 euros.

Maria Nowak a découvert le microcrédit, comme beaucoup d'autres, au Bangladesh, où l'on connaît l'extraordinaire développement de la banque des pauvres.
Fondée en 1983, la Graminne Bank comptait 200 000 clients l'année de sa fondation et 3,4 millions vingt ans après, son taux de remboursement des crédits étant de 98,7 %.

C'est sur la base de ce concept que le microcrédit s'est développé en Afrique de l'ouest, en Europe centrale et orientale et dans presque tous les pays du monde, y compris - mais beaucoup plus difficilement - en Europe et en France.
Le mot de " capital " n'est quasiment jamais évoqué en France car il a été marqué au fer rouge par Karl Marx et ses disciples qu'ils soient communistes ou socio-démocrates.

Il est étrange de constater qu'à propos de la pauvreté on parle de santé, de formation, de logement, de minima sociaux, de prime pour l'emploi mais jamais de capital.

Qu'en dit Maria Nowak : " Il est plus facile de faire la charité que de défendre la justice sociale.
Pourtant, si l'on s'intéresse à l'homme, si l'on prône la dignité humaine et le droit au travail, c'est bien de capital qu'il faudrait parler.
L'intérêt du microcrédit est qu'il ouvre l'accès au capital à des millions de gens... Il permet de partager l'avenir et non le présent....
Il se fonde sur des données universelles pour ne pas dire élémentaires : Le respect de l'homme et de sa capacité d'entreprendre.
La nécessité de combiner travail et capital pour créer de la richesse.
L'importance de la confiance et de l'échange pour fonder des relations économiques et sociales.
Le besoin de mettre en accord acte et parole pour sortir d'une schizophrénie collective.
Microcrédit et microfinance élargissent leur champ et démontrent l'intérêt pour les banques de s'ouvrir progressivement à ce nouveau marché.
L'idée d'une véritable démocratisation de la finance commence à faire son chemin dans l'opinion publique. "


Cet ouvrage passionnant fait le tour d'un problème essentiel : comment permettre à chacun d'être utile et de développer sa créativité dans les sphères les plus individuelles et familiales en ayant accès à ce qui reste un bien extraordinairement rare dans nos sociétés pourtant si riches : le capital.

On comprend bien aussi, à la lire, pourquoi il est si difficile de développer ce système dans le contexte de l'Etat providence qui domine aujourd'hui l'Europe. 16

Jean-Marcel Jeanneney et Georges Pujals - Les économies de l'Europe occidentale

Editions Fayard et O.F.C.E., 762 pages, 26 euros.

Voilà un bien gros livre que nous recommandons uniquement à ceux dont la profession est vraiment la recherche et l'enseignement économique mais dont il est bien dommage qu'il n'est pas été conçu pour intéresser d'autres acteurs.

La présentation en est triste et l'on ne peut que recommander dans le futur aux auteurs de faire appel à un ou une maquettiste de qualité.
Peut-être peut-on aussi leur recommander de choisir ce qui mérite d'être imprimé et ce qui n'a vraiment que peu d'intérêt.
Des données de comptabilité nationale trimestrielle sur 30 ans, est-ce bien raisonnable, est-ce bien utile ?
Le trop-plein d'informations rend certaines pages totalement illisibles et l'on s'interroge vraiment sur les raisons qui ont poussé à les éditer.
Par contre, pourquoi donner de longues séries de productions industrielles sans aucun détail ou avec un niveau de détail extrêmement mince (B.T.P., énergie, automobile, agro-alimentaire) et détailler la production de blé, de riz, de charbon ou de pétrole ?
Sont-ce des chiffres significatifs des économies de l'Europe occidentale.
Encore une fois, l'ensemble des graphiques et tableaux est assez peu parlant.
On a en tout cas vu beaucoup mieux.
Cette critique paraîtra peut-être sévère. Elle n'est due qu'au grand intérêt que nous trouvons à des ouvrages de ce genre.
C'est pourquoi nous souhaitons voir les auteurs et l'éditeur procéder pour d'autres éditions à un travail de fond et à un travail de présentation qui permettront à un public cultivé et sensible à l'importance de l'économie de s'intéresser à ce type d'ouvrage.16

Jacques Marseille - La guerre des deux France

Editions Perrin, Collection de poche Tempus, 260 pages, janvier 2005, 8 euros.

Ce livre est une réédition de l'ouvrage de Jacques Marseille publié chez Plon en janvier 2004.
Clair, rigoureux et sans idéologie, il se décompose en trois grandes parties qui s'enchaînent très logiquement :

1 - Un rappel de l'évolution économique comparée des années 1950/75 et 1975/2000.
Cette comparaison n'est pas à l'avantage des 25 dernières années.
Elle montre toutefois que les progrès ont continué et que la sinistrose généralisée n'est pas de mise.

2 - Pendant cette période, la France s'est profondément transformée et nos entreprises ont dû s'adapter à la mondialisation et y ont largement réussi.
Il existe aujourd'hui tout un secteur qui travaille de plus en plus efficacement qui s'est largement ouvert sur l'extérieur et qui gagne.

3 - Par contre en face de cette France courageuse, l'Etat est incapable de se réformer et un poids excessif de la fiscalité pèse sur les entreprises en même temps qu'une complexité et une lourdeur administrative croissantes.

Enfin, la France s'est avérée absolument incapable d'adapter l'éducation nationale.
C'est surtout au niveau du collège d'une part, de l'université et de la recherche d'autre part que nous avons pris un grand retard par rapport à la plupart des pays européens et aux Etats-Unis.

Un livre à relire dans cette édition de poche car rien n'a vieilli dans l'analyse de M. Marseille dont nous attendons avec impatience le prochain ouvrage.16

Jean-Paul Fitoussi - La politique de l'impuissance

Editions Arléa, 159 pages, 17 euros.

Jean-Paul Fitoussi est socialiste et ne le cache pas.
C'est pourquoi il déplore que François Mitterrand et le parti socialiste n'aient pu rompre avec le capitalisme en 1981 et n'aient décidé à partir de 1982 qu'une simple gestion du système au lieu de sa transformation.

De ce fait, Fitoussi estime que les socialistes se sont donnés des gardes fous avec l'Europe, la mondialisation, les critères de Maastricht, l'obligation de lutter contre l'inflation etc...

Nous suivons et nous encaissons les aléas de la politique américaine au lieu de développer une politique différente fondée sur une philosophie et une stratégie différente.
Mais laquelle ? M. Fitoussi est là-dessus aussi impuissant que le titre de son livre.
Quelle nouvelle politique ?
Avec quel système monétaire international ?
Avec quelle Europe ?
Vivre dans le réel c'est, ne pas seulement critiquer, mais proposer et proposer dans le réel, avec des moyens réels, avec les rapports de force existants ou en proposant d'autres rapports de force réalistes.

Cet ouvrage de M. Fitoussi certes enrichissant par les questions qu'il pose ne va malheureusement pas plus loin que son ouvrage précédent où il développait l'idée qu'une autre politique était possible mais que personne n'osait la mettre en place.
Pourquoi ? Peut-être parce qu'elle était impossible....
16
Frédéric Bastiat - Sophismes économiques
Editions Les belles Lettres, 290 pages.

De 1935 aux années 70, il était de bon ton d'offrir à des amis intéressés par la réflexion économique et politique " Les propos de monsieur Barenton confiseur ". Livre amusant et juste.
Il faut maintenant offrir à tous vos amis les délicieux et profonds " Sophismes économiques " de Bastiat. Vous trouverez là une quarantaine de petits textes allant de 1 à 4 pages qui sont un véritable régal pour l'esprit, écrit dans une langue brève et précise plus proche de celle du XVIIIème que de celle des Romantiques.
Chacun se souvient, espèrons-le, d'au moins un de ces propos : " La pétition des fabricants de chandelles ", illustration même du protectionnisme où les entrepreneurs de bougies réclament la pose obligatoire de rideaux et de volets pour empêcher que le soleil ne les concurrence.
Ce texte, le troisième de la bibliothèque classique de la liberté, conçu et dirigé par Alain Laurent, est sans conteste le meilleur des trois.
Encore une fois, offrez-le autour de vous et surtout à ceux qui ignorent tout du libéralisme et qui seront ainsi mieux informés que par de longs discours.14


Jean-Luc Gréau -
L'avenir du capitalisme
Editions Gallimard, janvier 2005, 303 pages.

Jean-Luc Gréau a voulu ici écrire un livre ambitieux dont on ne peut que recommander la lecture bien que son diagnostic sur les problèmes du capitalisme nous semble plus intéressant que les remèdes qu'il préconise.
Le diagnostic est bon : d'abord la situation américaine qui avec ses considérables déficits publics et déficits commerciaux généralise un système d'endettement dangereux pour toute l'économie mondiale.
Ensuite, le développement du libre échange qui met directement l'économie des pays développés en concurrence avec la Chine, l'Inde et l'Asie du sud.
Enfin, le fonctionnement de la bourse trop axée sur la performance et insuffisamment novatrice pour financer les PME. Ces critiques sont justes mais ne sont-elles pas largement inhérentes au système lui-même et ce système ne développe-t-il pas une faculté d'adaptation qui lui permet de rebondir à chaque crise ?
Les solutions que développe monsieur Gréau semblent très théoriques. Ce n'est que sur la concurrence OCDE-Asie que son point de vue a des chances d'être partiellement adopté mais peut-être davantage par le marché monétaire que par de nouvelles restrictions commerciales.13

 


Jean de Kervasdoué -
L'hôpital vu du lit
Editions du Seuil, octobre 2004, 167 pages.

Ce livre est d'abord le récit d'un très grave accidenté qui en une cinquantaine de pages relate son aventure :
le succès de son opération, la qualité des soins qui lui ont été prodigués mais, dans le même temps, le manque de conscience professionnelle, l'absurde rigidité des statuts des personnels hospitaliers, la gabegie financière de l'hôpital.
Ce récit est d'autant plus important que cet accidenté n'est pas n'importe qui : ancien directeur de cabinet de monsieur Bérégovoy, créateur et titulaire de la chaire d'économie de la santé au CNAM, auteur d'une dizaine d'ouvrages sur le sujet, conseiller de la Mutualité Française.
Son témoignage en a d'autant plus de force.
Disons, pour résumer, que si l'auteur n'est pas devenu un libéral partisan du système de soins américains, il a au moins changer assez radicalement de point de vue sur la gestion de l'hôpital, sur le statut des fonctionnaires, sur un système bureaucratique au service de ses agents et non des malades, sur l'absence totale de contrôles financiers pour 70 % des dépenses, sur notre système de Sécurité Sociale plus percé que le tonneau de Danaïdes. 13

Robert J. Barro - Rien n'est Sacré ! des idées en économie pour le nouveau millénaire Editions Economica, 161 pages, septembre 2004.

Voici un livre délicieux, tranquille promenade en économie par un beau dimanche d'automne. Ce sont de libres propos d'un des tous premiers économistes américains, professeur à l'université de Stanford, dont un premier ouvrage avait été traduit en France en 2000 " Les facteurs de la croissance économique ".
Robert Barro nous emmène d'abord prendre le thé ou l'apéritif avec les plus grands de ses maîtres ou de ses contemporains : Milton Friedman, Adam Smith, George Stigler et l'Ecole de Chicago, Gary Becker, Robert Mundell, Bob Lucas, Larry Summers...
Et puis nous partons flâner avec lui dans tous les domaines de la vie économique dont il nous montre qu'ils sont innombrables : la beauté, l'obésité, la criminalité, la restriction des naissances et l'avortement, la drogue (Barro est partisan de la légalisation accompagnée d'une très forte taxation et réglementation), l'éducation et la méritocratie, les droits de propriété intellectuels à propos de la musique, de la pharmacie et des logiciels etc...
Ce livre, court, dense et bref, nous emmène aussi en moins de trente pages autour du monde de l'Allemagne de l'Est au Congo, du Chili au Mexique, de la Russie à l'Asie.
Il termine enfin par un petit traité de politique budgétaire, de politique monétaire et de macroéconomie qui comporte une évaluation des présidents des Etats-Unis selon la qualité de leur gestion et de leur aptitude à avoir améliorer les difficultés de vie de la population.
On ne peut pas faire plus simple et plus intelligent à la fois. 12

Johan Norberg - Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste
Editions Plon, 271 pages, décembre 2003.


Chaque jour, nous dit l'auteur, les choses s'améliorent. Les inégalités à l'échelle mondiale se réduisent et ce n'est pas une coïncidence. A l'exception de l'Afrique subsaharienne qui sombre dans la misère en raison d'une très mauvaise gouvernance, d'une administration pléthorique et d'un décalage de civilisation difficilement récupérable, tous les pays de la planète progressent.
L'ouvrage a ceci de particulièrement intéressant que chaque page y est appuyée par des statistiques, des tableaux, des comparatifs de chiffres absolument incontestables.
Cet économiste suédois dont l'ouvrage a déjà été traduit en sept langues est un partisan raisonné et raisonnable de la mondialisation et de la libéralisation qui défend en même temps le droit de choisir sa culture et le refus de la standardisation, ce qui n'a rien à voir avec un quelconque ministère conservateur des cultures nationales.

Norberg cite Mario Vargas Llosa qui, parlant de la culture française, écrit : " La menace qui pèse sur Flaubert et Debussy ne vient pas des dinosaures de Jurassic Parc mais de la bande de petits démagogues et chauvinistes qui parlent de la culture française comme s'il s'agissait d'une momie qui ne peut être retirée de sa chambre parce que l'exposition à l'air frais la ferait se désintégrer." 12

Philippe Simonnot - Les personnes et les choses
Editions Les Belles lettres, 428 pages, octobre 2004.

Philippe Simonnot ne cessera jamais de nous surprendre, c'est-à-dire de nous faire penser autrement. Peu de gens en sont capables.
Simonnot écrit facilement, clairement, sans complications de langage et sans encombrements ni juridiques ni mathématiques, cela pourrait rendre sa lecture facile. Mais ce n'est pas le cas.
Il faut emporter le livre de Simonnot en vacances ou pour un long week-end et, comme pour ses fameuses 39 leçons d'économie contemporaine, se dire qu'on le lit pour réfléchir et non pour confirmer quelques pressentiments.
Feuilleter un livre avant de le lire est souvent un plaisir.
Et l'envie de tout lire peut venir des premières pages de l'annexe de l'ouvrage (page 401 et suivantes) sur l'altruisme et l'envie. " Pour le dire en un seul mot, l'économiste est-il capable de rendre compte de l'altruisme sous toutes ses formes (charité, amour, amitié, dévouement) ? Tout utilitariste qu'il fût, Bentham a été l'un des premiers à penser en termes scientifiques le plaisir qu'une personne pouvait trouver au spectacle de la jouissance ou de la souffrance d'autrui. On se souvient que, dix-sept ans avant d'écrire " La richesse des nations " et d'inventer, sinon le mécanisme, du moins la formule de la " main invisible ", Adam Smith avait écrit " La théorie des sentiments moraux ", qu'il considérait comme son meilleur livre, et qui l'est en effet. Toutefois, il faudra attendre un article de Gary Becker publié dans le " Journal of political economy " en 1974, article malheureusement fort peu connu en France, pour que l'altruisme soit rigoureusement pris en considération dans l'analyse économique."
Les 20 pages qui suivent sont un grand plaisir intellectuel où la division du travail entre les hommes et les femmes dans divers modèles familiaux est expliquée avec autant de malice que de clarté économique. 12

Jean-Marie Chevalier - Jacques Mistral et huit économistes

La raison du plus fort

Editions Robert Laffont 230 pages - Septembre 2004

La raison du plus fort comprend dix articles de 15 à 20 pages extrêmement denses sur tous les aspects de la politique américaine : Force et faiblesse du dollar, Prospérité à crédit, Politique monétaire, marchés financiers, protection sociale, environnement etc...

Les économistes qui se sont associés pour rédiger cet ouvrage sont tous membres du Cercle des économistes et connaissent bien les Etats-Unis. C'est pourquoi leurs analyses sont toujours très nuancées : ils se gardent de prévoir une crise grave aux Etats-Unis malgré les paradoxes de leur économie et les risques réels d'un fonctionnement reposant sur le crédit mondial.

Une phrase résume à notre sens assez bien toute la philosophie d'un ouvrage ou plutôt de dix propos qui ne visent pas à l'unité : " Observant l'évolution des parités depuis New York, une différence psychologique majeure s'impose : la réaction américaine est simple : le dollar monte ? c'est bon signe l'économie est forte. Il baisse? C'est parfait cela va soutenir les exportations et l'emploi. En Europe on se lamentera volontiers d'un euro faible, menace pour l'inflation et preuve du manque de confiance général dans l'avenir du vieux continent. Mais que l'euro se renforce la crainte inverse se propagera : son niveau fait planer les plus noires menaces sur nos exportations et nos emplois, tout cela alimentant un manque de con fiance général dans l'avenir du vieux continent ".

Allons, soyons simples : tant que le dernier africain au fond d'une forêt congolaise ou le dernier indonésien dans la plus petite île fera tout pour avoir un dollar dans sa poche, les Etats-Unis ne feront sans doute pas faillite. 10

Jean de Kervasoué - Carnet de santé de la France
Editions Dunod, 243 pages

Ce gros ouvrage dirigé par Kervasdoué, financé en grande partie par la Mutualité Française, est une somme par laquelle il est indispensable de commencer si l'on veut prendre une vue générale du système de santé français y compris d'ailleurs si l'on veut le comparer avec quelques pays de l'OCDE, ce qui est toujours nécessaire.

En pourcentage du PIB on notera déjà que les Etats-Unis dépensent 13 %, l'Allemagne 10,6, la France 9,5, le Canada 9,1 et le Royaume-Uni 7,3.
Signalons à cet égard le petit Que sais-je ? de madame Béatrice D'Intignano (septembre 2001) qui constitue un panorama très intéressant du sujet.

Ce type d'ouvrage collectif qui veut traiter tous les aspects du sujet est évidemment un peu insuffisant à chaque fois que l'on souhaite des données détaillées sur tel ou tel élément.
Il est par exemple dommage de ne pas y trouver quelques tableaux statistiques complets sur les causes de mortalité ou les dépenses moyennes minima et maxima par type de maladie. Sur le handicap notamment, les données sont bien légères alors qu'il existe une considérable enquête de l'INSEE sur le sujet, enquête dont l'interprétation est certes difficile et nécessite un travail approfondi.

La partie consacrée à la réforme nécessaire de notre politique de santé est limitée.
Si la critique de la réforme Juppé est pertinente, une proposition générale et détaillée des réformes, sensées être cette fois efficaces, fait défaut et c'est dommage.
Ce n'était pas le but de cet ouvrage qui reste un document fondamental que chacun doit avoir dans sa bibliothèque s'il s'intéresse au système de santé français. 10