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Quelques mots du Président :

Une démocratie vivante, des libertés politiques réelles, la défense de l'entreprise privée, l'enrichissement des citoyens et des entreprises par la réduction de la dépense publique, c'est le but du laboratoire d'idées
Héritage
&Progrès,
"Think tank" et organisme de lobbying de la société française.

 

 

La Société Civile veut être mieux entendue du pouvoir politique.
Celui-ci doit être son serviteur et avoir pour seul souci d'améliorer la vie individuelle et collective de ses citoyens. Constater les dysfonctionnements, proposer des solutions, tout en faisant fructifier 25 siècles de civilisation,
c'est aussi le but d'Héritage&Progrès

 



Editorial Décembre 2008

Le pourcentage d'imbéciles est le même dans toutes les professions : " L'argent et l'intelligence ne sont pas liés. "

Les propos en italique sont signés de J-K. Galbraith, économiste américain, qui a publié en 1990 un remarquable petit opuscule intitulé " Brève histoire de l'euphorie financière "
Trois facteurs selon lui se retrouvent depuis 1930 dans toutes les crises financières.
- 1 Les financiers s'imaginent toujours avoir trouvé un instrument quasiment magique qui les entraîne à fuir le réel : l'effet de levier.
- 2 La mémoire financière est brève et, en cas de hausse, phagocytée par l'euphorie du moment.
- 3 Le monde politique et économique est dans l'illusion que l'argent et l'intelligence sont liés.
Dans un monde où 95 % des hommes estiment leurs revenus insuffisants, la plupart d'entre eux pensent que le maître de sommes gigantesques - le banquier - possède un génie particulier.
Il n'en est évidemment rien mais il faut que le roi soit nu pour s'en apercevoir.
La faillite du fonds Madoff permet ainsi de constater qu'une bonne centaine de dirigeants de fonds spéculatifs, de banques, de chefs d'entreprises, de très grosses fortunes privées, sont des imbéciles au sens le plus complet du terme, c'est-à-dire sont incapables de raisonnement et susceptibles de n'importe quelle crédulité.
C'est apparemment le cas de la très brillante banque espagnole Santander, de deux des premières banques britanniques, HSBC et RDS, du Néerlandais FORTIS et d'une banque suisse qui passait pour une des plus puissantes, l'UBS.
C'est aussi le cas en France de NATIXIS (filiale des Caisses d'Epargnes), qui perd 450 millions (Philippe Dupont - Président, D. Ferrerro - Directeur général, J-M. Moriani - Directeur de la banque d'investissement et de financement), de BNP PARIBAS, 350 millions (Michel Pébereau - Président, B. Prot - Directeur général, G. Chodron de Courcel et J-L. Bonnafé - DGA) et d'AXA 100 millions (Henri de Castries - P.D.G., Denis Duverne - Directeur des finances, Ch. Condron - P.D.G. AXA Financial Etats-Unis) .
Pourquoi ces financiers réputés compétents ont-ils fait perdre dans ce seul fonds Madoff un milliard d'euros aux épargnants français ?
Parce que le fonds Madoff a donné à ses investisseurs depuis une quinzaine d'années un rendement extraordinairement stable et extraordinairement élevé de 12 à 13 %.
Et pourquoi ces financiers ont-ils cru à ce rendement, bien qu'il soit extraordinairement stable et extraordinairement élevé ? Parce qu'ils aiment tellement l'argent qu'ils finissent par y croire…
Et pourtant ! Chacun sait que si l'on veut avoir un rendement élevé de son capital, il faut prendre des risques. Les fonds placés à la Caisse d'Epargne rapportent 2 à 4 % selon les époques.
Les obligations des grandes entreprises cotées peuvent rapporter 4 à 5,5 %, exceptionnellement davantage en pleine crise.
Les gérants des meilleurs fonds de placement destinés aux retraites des salariés américains perçoivent des primes importantes lorsqu'ils parviennent à des moyennes annuelles de rentabilité de 7 %
Il est donc évident pour toute personne de bon sens que passer de 7 à 13 % est rigoureusement impossible dans le cadre d'un fonds de placement composé de paniers de valeur mutualisés.
Il faut nécessairement prendre des risques considérables pour aboutir à un tel résultat.
Nos grandes banques sont sensées avoir des services d'études économiques sérieux.
Faut-il croire qu'aucun de ces services n'a été capable d'attirer l'attention des dirigeants de NATIXIS, BNP PARIBAS, AXA, CREDIT AGRICOLE et SOCIETE GENERALE hier sur l'extraordinaire anomalie constituée par des rendements de 12 ou 13 % quinze ans de suite ?
La crédulité financière est l'avatar naturel d'une volonté de profit totalement irrationnelle.
Les groupes sociaux " banquiers ", " ouvriers ", " employés de surfaces ", " agrégés de philosophie " comportent tous la même proportion d'imbéciles et de gens intelligents. Le niveau des diplômes n'a aucune signification.
Les admirateurs de Lénine, Staline, Mao Tsé Toung, Castro ont été proportionnellement aussi nombreux chez les diplômés de l'Ecole Normale Supérieure que chez les ouvriers. Peut-être un peu plus car la CGT, le premier syndicat de salariés français, n'a jamais représenté plus de 50 % des votants aux dernières prud'homales alors que les diplômés de l'ENS…
Quant à nous, Français moyens, n'avons-nous pas souvent versé dans la même crédulité en pensant que nos entreprises et nos banques pouvaient nous donner régulièrement 10 ou 15 % d'intérêts ?
L'étendue de la crise financière d'aujourd'hui surprend, accable, consterne. Et elle est très loin d'être terminée.
Le dernier numéro de la revue " Agefi " indique que, pour la première fois, le volume des CDS (Credits Default Swaps) a diminué de 1 % au 1er semestre 2008. C'est extrêmement peu puisqu'il avait connu une croissance moyenne de 45 % au cours des six derniers semestres. Mais, dans le même temps, la banque des règlements internationaux indique que
" L'encours notionnel mondial des dérivés de gré à gré poursuit son expansion. Il atteint le montant pharamineux de 863 000 milliards de dollars, en hausse de 21 % au 1er semestre 2008 ".

Qui peut encore croire que la crise systémique a atteint son sommet en novembre et qu'après six mois difficiles, l'économie repartira au second semestre 2009 ? 50



Editorial Novembre 2008

A crise nouvelle, remèdes nouveaux.

Comparer la crise de 1929 à celle d'aujourd'hui est un non-sens.
La science, les techniques, les équipements industriels, les biens de consommation, les systèmes de crédit, tout ce qui fonde le système économique mondial a tellement évolué dans les 80 dernières années que l'idée même de vouloir comparer des crises séparées de près d'un siècle est aberrante.
De même, se raccrocher à la grande négociation de Bretton Woods qui a fixé le fonctionnement du système économique mondial au lendemain de la guerre de 1940, pour penser une nouvelle organisation conçue par les vingt plus grandes puissances économiques du monde, c'est confondre un symbole, une image, et une réalité.
Bretton Woods n'était pas un accord international. C'était une organisation conçue par les Etats-Unis avec l'accord du Royaume-Uni et de la Suisse à un moment de l'histoire où aucun autre pays n'avait de pouvoir financier, ni le Japon, l'Allemagne, l'Italie, la Russie et la France, tous ruinés par la guerre, ni la Chine, l'Inde et l'Asie sans existence économique. D'ailleurs, Bretton Woods est mort en 1971 lorsque les Etats-Unis ont abandonné la convertibilité du dollar en or.
Pour bien comprendre les raisons qui font de la crise de 2007/2008 une crise totalement nouvelle que la plupart des économistes ont été incapables de prévoir, un chiffre donné par un grand banquier, M. André Levy-Lang, éclaire et explique le paysage :
" Aux Etats-Unis, l'ensemble de la dette portée par le système financier a atteint des sommets historiques. Elle est passée du 10ème de la dette non financière en 1980, à dix fois cette dette en 2007. " (Crise bancaire et risque systémique pp. 53 et suivantes, rapport Ramsès 2009.)
Ce n'est pas pour faire image que M. Levy-Lang a cité deux fois le chiffre de 10 :
10 % de la dette non financière en 1980,
10 fois cette dette en 2008.
Cela veut dire que la dette non financière a été multipliée par cent.

C'est une réalité tirée de la totalisation des bilans de ce que l'on appelle aujourd'hui la sphère financière, une sphère distincte de la sphère bancaire mais hélas totalement interdépendante.

Une seconde donnée permet d'éclairer la réalité des risques encourus par le système financier.
Le gouvernement américain après avoir fourni à City Bank 20 milliards de dollars pour augmenter sur le champ ses fonds propres lui a fourni une garantie de 306 milliards de dollars sur ses produits structurés.
A titre de comparaison, les prélèvements obligatoires de l'Etat français sont aujourd'hui du même ordre, environ 300 milliards d'euros.
Or, même si City Bank est aujourd'hui la première banque américaine, elle représente sans doute moins de 5 % du total des établissements financiers américains.
Cela veut dire que le risque encouru par le gouvernement américain, pour sauver son système financier, peut parfaitement se monter à 6 000 milliards de dollars.
En fait, ces chiffres qui donnent le vertige sont encore très éloignés de la réalité.
La réalité c'est que l'ensemble des produits dits structurés (on désigne globalement par ce terme tous les produits financiers qui ne sont pas directement liés à un client, particulier ou entreprise), représente des montants 5 ou 6 fois plus importants. Le bon grain et l'ivraie y sont si mélangés que tous ont besoin de garanties.

Il s'agit donc aujourd'hui d'une crise entièrement nouvelle et donc totalement incomparable avec toutes les crises antérieures aux années 1980.
Ce qui est aujourd'hui le plus grave, c'est ce caractère à la fois entièrement nouveau et d'une ampleur sans précédent, de la crise.
Le monde politique, y compris les parlementaires et les ministres réputés les plus intelligents, ne la comprend pas.
Les ministres des finances des grands pays de l'OCDE ont proposé et pris des mesures contradictoires ou différentes d'un mois sur l'autre.
Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de leur ministre des finances M. Paulson, ont montré non pas une valse hésitation, mais un véritable désarroi.
Le gouvernement français a manifesté une totale absence de réalisme en voulant faire remplacer les banquiers par les préfets. Des conférences devraient avoir lieu dans chaque département entre préfets et banquiers locaux pour se saisir de tous les litiges touchant au crédit et les faire remonter à Paris auprès de M. Ricol.
Sachant que la France compte 2,5 millions d'entreprises et que les ménages demandent 1 million de crédits " longs " (logements ou autre) chaque année, M. Ricol devra rapidement engager 10 000 salariés pour faire face à la demande. Toute plaisanterie devrait être écartée d'un sujet aussi grave.
La vérité, c'est que les plus grands banquiers interrogés sur la gravité de la crise et le moyen d'en sortir répondent aux abonnés absents.
Les meilleurs économistes font de même.
Les gouvernants font semblant.
C'est pourquoi une seule chose est certaine : l'année 2009 sera très lourde, plus lourde qu'on ne le dit pour ne pas en rajouter au désarroi général. Une reprise est certaine.
La prévoir pour 2010, 2011 ou 2012 est totalement aléatoire.
L'Europe, comme trop souvent en retard d'une guerre, ne pense qu'à une nouvelle réglementation du système financier. Elle ne s'aperçoit pas que celui-ci est déjà mort.
La moitié des hedges founds aura fait faillite en 2008.
La plus grande partie des produits structurés disparaît d'elle-même puisque leur marché n'existe plus.
A crise entièrement nouvelle, remèdes entièrement nouveaux.
Le temps de la prospective est venu.
L'espérance réside dans la très grande souplesse de l'économie américaine et le très grand pragmatisme des dirigeants du pays qui ne s'embarrassent guère de savoir si une politique est " de droite " ou " de gauche ". Elle réside aussi dans l'économie chinoise dont les dirigeants sont tout aussi pragmatiques et qui peuvent rapidement remplacer la dynamique d'une exportation à prix cassés par la relance des équipements publics et de la consommation intérieure. 49



Editorial Octobre 2008


Comprendre la sphère et la crise financière

La lecture des journaux financiers rend la plupart d'entre nous interloqués.
Que signifient, en effet, tous ces termes d' " asset management, Hedge founds, private equity, fonds de pension, fonds souverains, fonds européens UCITS, SIV, titrisation, produits dérivés, achats à découvert, options, swaps, CDS, CDO, CMO, ARM, taux variables capés, LVO, prime d'illiquidité… ".
Il est indispensable aujourd'hui d'acheter le petit " Que sais-je ? " de Bertrand Jacquillat sur les 100 mots de la finance. On n'y trouvera malheureusement pas d'analyse systémique de la sphère financière.
Tentons de la définir en partant de l'image simple des trois cercles de l'économie :
1 Le premier cercle est celui des entreprises qui produisent, investissent, épargnent et distribuent des salaires à leur personnel, c'est-à-dire aux ménages.
Ces entreprises et ces ménages sont engagés dans une sorte de mouvement permanent de progression, d'invention, de croissance. Toute idée d'arrêter ce mouvement (le mythe de la croissance zéro du Club de Rome ou de l'écologie économe) contredit la nature même de l'humanité. Donnons une valeur de 100 à ce premier cercle. Cette croissance a besoin de crédits, donc conduit à un second cercle, celui des banques.

2 Le second cercle est constitué par l'ensemble du système bancaire.
Ce système distribue les crédits nécessaires au financière développement des entreprises et à la consommation des ménages.
L'endettement des ménages américains et britanniques représente 110 % du PIB des deux pays, celui des ménages européens 40 à 80 %.
Les crédits demandés par les entreprises ne peuvent que croître en fonction de la concurrence et de la mondialisation. Ce cercle constitué par l'ensemble des banques commerciales classiques est en prise directe avec le premier cercle, celui de l'économie réelle.
Les crédits accordés aux particuliers comme aux entreprises sont des produits dont les valeurs sont connues et appréciées par rapport à la qualité des emprunteurs.
Ce second cercle représente en valeur un chiffre d'affaires trois fois et demi supérieur au premier car c'est tout l'ensemble de l'économie mondiale, et plus particulièrement de l'Occident, qui vit à crédit.
Les liquidités nécessaires aux banques pour financer ces crédits sont fournies pour une faible part par les pays développés et pour l'essentiel par les grands producteurs de pétrole et de matières premières, les excédents des pays émergents qui s'industrialisent rapidement, Chine, Inde, dragon asiatique…
Donnons une valeur symbolique de 350 à ce second cercle.

3 Le troisième cercle est celui de la finance.
Les entreprises qui le constituent sont les gestionnaires d'actifs, les banques d'affaires, les " Fonds " de toute nature, au total quelques 5 000 sociétés.
Ce troisième cercle s'est constitué progressivement depuis vingt-cinq à trente ans à partir d'une idée simple développée par l'ensemble des banques commerciales classiques : se défaire en tout ou en partie, des risques des crédits qu'elles ont accordés.
Ces crédits sont de plus en plus importants.
L'ensemble des Nations occidentales vit de plus en plus à crédit et, consciemment ou non, les banques ont pensé utile, puis nécessaire, puis indispensable de se défausser de leurs risques sur un troisième cercle : celui de la sphère financière.
Celle-ci se compose aujourd'hui de milliers de sociétés, parfois filiales de banques, parfois indépendantes, souvent liées par un interbancaire complexe mais fonctionnant de façon autonome.
Les entreprises de cette sphère fonctionnent sur un marché bien particulier, le marché financier où l'offre et la demande ne sont plus des produits dont on peut apprécier la quantité et la qualité.
L'offre de ces entreprises, c'est une technique particulière, celle des " paris " fondés sur les calculs de probabilité.
La demande est considérable car ces techniques de " paris " fonctionnent sur le court terme, d'une journée à deux mois, très rarement trois mois.
Elles s'appliquent à tous les types de crédits comme à tous les produits financiers : actions, obligations, titres de toute nature, monnaie, matière première…
Ces techniques sont largement dominées par des hommes formés aux mathématiques et aux statistiques.
Ils manient parfaitement les algorithmes algébriques, le calcul des probabilités, l'analyse statistique des corrélations multi-variées.
Ils sont le plus souvent issus en France de Polytechnique, mais la plupart des grandes business schools mondiales ont des doctorats spécialisés dans ces techniques.
La demande quant à elle est considérable.
Les banques estiment que leur intérêt est de mutualiser au maximum leurs crédits par la technique aujourd'hui généralisée de la " titrisation ".
Cette technique permet un mélange maximum de titres représentant les crédits les plus variés fondus dans un magma permettant de mélanger les risques les plus forts avec les risques les plus faibles, et donc d'empêcher toute notation, toute évaluation de la réalité de ces risques.
Or toutes ces sociétés financières n'achètent pratiquement jamais de façon durable, mais à crédit, à terme, à découvert, à option pour revendre aussi vite à d'autres.
Ainsi, la demande est, sinon illimitée, du moins dix fois plus importante que la demande de crédits de l'économie réelle.
Disons que la troisième sphère représente un volume de 5 à 600.

A titre d'exemple, trois chiffres sont cités par George Soros dans son ouvrage sur la crise financière : " La valeur nominale totale des CDS (Credit default swaps) en cours est estimée à 42 600 milliards de dollar. A titre de comparaison, la capitalisation boursière du pays est de 18 500 milliards de dollars, le marché des valeurs du trésor de 4 500 milliards seulement. "

Cette troisième sphère prend naturellement beaucoup de risques puisqu'elle ne fonctionne que sur le pari et la probabilité.
De plus, elle travaille avec des marges faibles, mais des sommes considérables.
Les banques en effet, si elles consentent des crédits sur une base par exemple de 5 %, ne vont pas s'en défaire à 7 ou 8 %. La marge de la sphère financière sera plutôt de 0,5 à 1,5 %. Mais, parallèlement, son investissement sera très faible -- elle ne travaille qu'à terme et à crédit - tandis que son profit sera très fort : une option payée 1 peut rapporter 10 ou 20.
" La titrisation a entraîné un développement considérable du recours à l'effet de levier. Alors que le dépôt de garantie est fixé à 10 % pour les obligations ordinaires, les obligations de synthèse émises par les CDS ne requièrent qu'un dépôt de 1,5 %... Tout cela ne pouvait que mal finir. " (G. Soros, page 21).

Les grands patrons de nos banques font parfois sourire lorsqu'ils estiment que plafonner leur niveau de rémunération à 500 000 euros est dangereux car ils risqueraient de filer à l'étranger où leurs talents seraient beaucoup mieux reconnus.
Le talent, par exemple, de la direction générale du Crédit Agricole qui s'est fait convaincre par de très brillants mathématiciens qu'il existait des fonds dits " de performance absolue " où les gains étaient garantis à 100 %, dans tous les cas de figure, y compris l'écroulement de la Bourse et des marchés financiers.
Ils en ont pris pour quelques 8 milliards et en ont donc perdu 4… Quel talent !

Cette analyse des trois sphères de l'économie, 100 pour l'économie réelle, 350 pour le système bancaire traditionnel, 5 à 600 pour la sphère financière est purement descriptive et, nous en avons bien conscience, très sommaire.
Elle n'apporte aucune solution à la crise actuelle.
Elle se borne à l'expliquer.
Toutefois, cela conduit naturellement à mettre en valeur le seul remède possible : certainement pas de refinancer les banques et la sphère financière responsables de ce gâchis. Il faut le faire dans l'immédiat mais il serait catastrophique de ne pas remédier aux vices profonds du système.
Ni l'économie, ni la finance ne doivent être soumises aux sciences du hasard et de la probabilité.
L'argent doit être prêté à des entreprises et à des hommes sur des projets et non sur des algorithmes.

La réforme en profondeur de l'ensemble de la sphère financière est indispensable.

Si elle n'est pas entreprise et pour partie réalisée dès le début de l'année 2009, ce sera une crise pour rien… ou pour en préparer une autre bien pire encore. Mais nous ne connaissons pas encore la profondeur de celle-ci ! 48

La rentrée politique
Un théâtred'ombres,
Lademain une crise sociale ?


Editorial Septembre 2008

La rentrée politique
Un théâtre d'ombre,
demain une crise sociale?

Toute réforme doit être jaugée à l'aune de la diminution de la dette publique.
Rien de changé dans la vie politique de la rentrée.
Le gouvernement continue à parler de réformes à longueur de journée alors qu'il ne concentre pas ses efforts sur la seule réforme qui permettrait de donner des marges de manœuvre à l'économie et au pouvoir d'achat :
l'équilibre des comptes publics et la réduction de la dette.
Il faut sans cesse revenir à l'essentiel, parfaitement résumé dans le rapport de la commission Pébereau
" Rompre avec la facilité de la dette publique ".
Cette dette atteignait 1 067 milliards d'euros en 2004, 1 250 aujourd'hui. Soit une augmentation de 17 % en trois ans et demi. 46 à 51 milliards, ce sera le coût des seuls intérêts de cette dette selon le taux que nous consentiront les grands fonds nationaux ou privés qui dominent la finance mondiale.
Ce chiffre est à comparer :
- 20 milliards, le budget de l'enseignement supérieur et la recherche,
- 31 milliards, le budget du Ministère du travail, des affaires sociales, du traitement du chômage,
- 36 milliards, le coût de la Défense nationale.
C'est assez dire que la France n'a strictement aucune marge de manœuvre.
On est vraiment lassé, voire indigné, de voir que, de trimestre en trimestre, l'équilibre de nos comptes publics est repoussé, avant-hier à 2009, hier à 2010, aujourd'hui à 2011, demain... ?

La réforme en France : voter une nouvelle loi, inventer un nouvel impôt.
Pendant ce temps, la vie politique française continue avec les deux piliers habituels qui soutiennent son action :
faire des lois, créer des impôts.
La plupart des lois proposées par le Gouvernement sont inutiles et masquent plutôt le refus de prendre les décisions que permet déjà la législation actuelle.
Elles masquent aussi la faiblesse ou l'absence de courroies de transmission solides entre le gouvernement et l'administration.
Le prochain projet de loi sur le logement est hélas l'illustration flagrante des ces deux vices du système politique français.
Plusieurs articles du projet sont consacrés à un timide début de réforme du système HLM. Ils sont inutiles puisque, aujourd'hui, le ministre peut retirer son agrément à tout organisme HLM qui remplirait trop mal son rôle.
Mais rien sur la réforme profonde du système, ni sur le maintien dans les lieux.
D'autres articles sont consacrés à la lutte contre l'habitat indigne, les quartiers dégradés, l'insalubrité etc.
A croire que l'inculture législative règne dans les milieux dirigeants.
Il existe une bonne dizaines de lois sur le sujet depuis la grande époque Claudius Petit - Sudreau.
Prévoir dans la loi un " programme national " de plus et un " plan " de plus est totalement inutile.
Une petite avancée législative est certes prévue dans deux articles du texte pour améliorer l'offre foncière et l'aménagement privé. Elle aura moins de portée que n'aurait eu le changement de quelques hauts fonctionnaires de l'équipement adeptes forcenés de la planification urbaine. Ou la rédaction d'une circulaire impérative précisant aux DDE qu'elles doivent tout faire pour améliorer l'offre foncière et libérer les initiatives des constructeurs et des élus dans tous les domaines.
Quant à l'inventivité fiscale de nos ministres et de l'administration, elle n'était pas à démontrer mais huit nouvelles taxes créées ou en projets immédiats illustrent la " créativité " de nos élites : il n'est de bonne réforme que de nouvelle taxation.
François Fillon - et Laurence Parisot semblent avoir mis un terme à ce prurit fiscal... jusqu'à quand ?

Une crise sociale possible.
Nous évoquions en juin une réelle inquiétude pour la rentrée sociale de septembre. Rien ne s'est produit.
L'opinion publique, les syndicats et les associations semblent assommés par une crise financière indéchiffrable, voisine de 1 000 milliards de dollars, peut-être davantage. Ici les chiffres n'ont plus aucun sens.
Chacun sait qu'elle aura des répercussions sur l'économie, la croissance et le pouvoir d'achat.
Mais dans le même temps, l'écart se creuse entre les privilégiés, les classes moyennes et les classes populaires. Chaque mois parvient une nouvelle information sur la rémunération des présidents des grands groupes cotés, les parachutes dorés dont ils bénéficient lors de leurs départs, contraints ou volontaires, leurs stock-options, leurs retraites.
Nicolas Sarkozy, candidat, avait promis de les taxer(1). Qu'en est-il ?

Les cadres " très " supérieurs quittent leur job avec deux ou trois ans de salaires, parfois plus.
La grande masse des cadres et des classes moyennes voit ses salaires stabilisés avec la mondialisation.
La France est absolument contrainte à réaliser des réformes. Mais, on l'a vu, les moyens financiers n'existent plus pour en amortir le coût. La révolution de 1789 est née de la crise des farines. Les événements de 1968, d'une étincelle dans une cité universitaire de Nanterre.
Le Président et son gouvernement doivent travailler sur une réduction drastique de la dépense publique, c'est-à-dire de la dette, et donc des trois budgets de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité Sociale. L'hyperactivité présidentielle,
l'agitation frénétique de Jean-Louis Borloo,
la passion écologique de Nathalie Kosciusko-Morizet,
la lutte des présidentiables du Sénat pour triompher au jeu " Qui veut gagner des millions ? ",
les quarante réformes en cours créent un brouillage des ondes où tout devient inaudible.
Pour les Français, la seule chose qui compte au moment où la crise économique et financière crée une angoisse bien justifiée, c'est le maintien de leur pouvoir d'achat et l'augmentation de celui des plus faibles.
Attention à l'étincelle. Il n'est pas toujours vrai que le feu peine à prendre en période de crise ; et il peut s'étendre vite dès que celle-ci semble achevée, à tout le moins contenue.
La perte de 23 sénateurs n'est pas un signe négligeable.

(1) Rappelons les 5,6 millions d'euros perçus par Serge Tchuruk, les 6 millions de Pat Russo et, plus récemment, le départ du DG de Sanofi-Aventis, M. Gérard Le Fur qui, resté moins de deux ans à son poste part avec 2,7 millions d'euros, plus une part à négocier, plus un supplément de 150 000 euros bruts mensuels (1 million de francs chaque mois) durant trente mois, plus des stock-options dont le montant reste secret. On croit rêver ! 47


Editorial Juillet 2008

Société civile, ne jamais baisser la garde devant la société politique

Entendons-nous bien : il n'est pas question de tomber dans une critique démagogique et populiste de la société politique, du parlementarisme, des systèmes électifs et des hommes qui dirigent nos régions, nos départements et nos communes.
La France, comme toutes les Nations, a besoin d'un système politique où deux ou trois grands partis permettent d'évacuer les passions collectives et de donner une issue à des frustrations croissantes par des alternances réalistes. Par ailleurs, ce sont bien les Français, chacun d'entre nous, qui élisent les parlementaires et les dirigeants territoriaux qui nous gouvernent.
Et ce n'est pas " par défaut " que nous les élisons car c'est nous qui, dès le départ de leur carrière, au plus petit niveau de la commune ou du canton, les encourageons à nous représenter et à monter de plus en plus haut pour mieux le faire.
Nos politiques sont les nôtres. L'exemple même en est notre Président. Nous l'avons bien élu avec plus de 53 % de nos suffrages.
Nous l'avons élu pour réformer et il le fait.
Il est clair après douze mois de pouvoir qu'il a fait bouger les lignes et que les 64 réformes qu'il s'enorgueillit d'avoir lancées sont bien en cours.
Echecs, difficultés, sondages en berne n'ont pas découragé notre Président.
La réforme de l'Etat, la révision des politiques publiques, la modernisation du code du travail et de nos structures économiques restent ses priorités. La société civile n'en a pas d'autres.
Les priorités du Président sont les siennes mais, très simplement, elle constate que les moyens de les atteindre peuvent être différents, les méthodes autres, les objectifs mieux cernés, les étapes mieux précisées.
C'est pourquoi, après vingt ans d'immobilisme, chacun hésitait dans les milieux réformateurs et libéraux à critiquer le Président, son entourage, son gouvernement et sa majorité puisqu'enfin les élections avaient porté au pouvoir un homme et un ensemble majoritaire capables, cette fois, de faire bouger la France.
Nous avions oublié que cet ensemble restait totalement partie intégrante de la société politique.
Ne parlons pas ici de défauts ou de qualités mais simplement des caractéristiques propres de cette société politique. Elles sont connues.
Ses grands dirigeants sont des chefs de meutes qui chassent en groupe mais restent solitaires.
Chacun d'eux croit détenir toute la vérité et pense être seul à pouvoir l'imposer, le premier plus que les autres.
La société politique quant à elle a un seul objectif prioritaire : l'élection, avec un objectif secondaire, la réélection.
D'où la nécessité de ménager la Droite et la Gauche et de se situer à l'hyper-centre en se souciant toujours un peu plus de la critique que de l'approbation :
- la majorité estime l'ISF stupide mais une minorité, dangereuse, refuse sa suppression ;
- la majorité estime les 35 heures stupides, mais une minorité y tient fermement ;
- la majorité sait parfaitement que les retraites ne seront plus payées sans travailler quarante et un ans, mais un grand nombre de salariés peu qualifiés, peu autonomes dans un travail souvent répétitif ou pénible s'y opposent ;
et mille exemples de ce type peuvent être pris.
Le monde de l'entreprise, le monde syndical et associatif, les élites que secrète spontanément la société civile ont d'autres méthodes car elles ne vivent que de leurs résultats et non de l'élection et de l'argent des autres.
Certes, quelques chefs d'entreprise du CAC 40 et quelques patrons de syndicats peuvent prolonger au-delà de trois ou quatre ans des échecs patents. Ce n'est jamais le cas des 3 millions de petits patrons et d'exploitants.
L'échec financier, l'absence de résultats, conduisent à la faillite ou à la déchéance.
La société politique peut, au contraire, augmenter les impôts à plus de 50 % du revenu national ou emprunter trente ans de suite tout en s'assurant une retraite dorée.
Les plus conscients, les plus sages, le savent et le regrettent.
Un de mes amis politique - un sage - me disait récemment :
" Nous sommes des infirmes, travailleurs, dévoués, souvent compétents mais il nous manque un membre : la sanction. Si nous échouons, il nous reste toujours l'emprunt ou l'impôt. "
C'est pourquoi Alain Lambert, ancien président de la Commission des finances du Sénat a claqué la porte du Président de la République et a rappelé la seule réforme qu'il lui semblait indispensable de réaliser : l'inscription dans la constitution de l'équilibre budgétaire des dépenses publiques hors investissement. Cette inscription devant être naturellement assortie de sanctions sans échappatoire. 46


Editorial Mai 2008


Hyper Président ou grand patron

Dans le monde de l'entreprise, on connaît bien les conditions de réussite d'un grand patron
- 1 avoir une vision prospective claire,
- 2 savoir s'entourer des meilleurs dans chaque domaine, commercial, financier, juridique, technique...,
- 3 savoir déléguer, c'est-à-dire faire confiance, féliciter, accepter les erreurs inévitables des collaborateurs capables de prendre des risques.
Dans le monde politique les conditions du succès sont les mêmes.
La vision prospective défendue par le candidat Nicolas Sarkozy a séduit dès le premier tour une proportion inattendue des électeurs - 31 % et au second tour plus de 53 %.
Certes le talent oratoire du candidat y était pour quelque chose, comme d'ailleurs quelques discours sur le pouvoir d'achat, l'éducation et la recherche que la situation financière ne permettait pas de mettre en œuvre.
Il reste que, pour l'essentiel, la vision des réformes nécessaires et l'esprit libéral qui y présidaient, étaient clairement exprimés.
C'est ainsi que les Français l'ont perçu et que malgré quelques impairs, vite pardonnés, ils ont donné au nouveau chef de l'Etat un niveau de confiance très élevé jusqu'en février.
Ce qui semble malheureusement aujourd'hui clair, c'est que les deux autres conditions, le choix des hommes et surtout la capacité à déléguer, ne sont pas au rendez-vous.
Un gouvernement se compose certes en fonction des apports personnels de chacun pendant la campagne électorale et du poids électoral des tendances. Mais sur les 34 ministres et secrétaires d'Etat, il est indispensable que les postes clés soient donnés à des responsables d'une compétence incontestable et que, pour les autres, la solidité des membres des cabinets puisse suppléer à quelques insuffisances.
Mais là n'est pas l'essentiel.
C'est dans la délégation de pouvoirs et dans la capacité à faire faire que l'expérience d'une année semble hélas peu concluante.
Et l'on ne voit pas comment remédier à une situation qui est la marque très profonde d'un caractère.
Le président, comme un grand patron, doit savoir déléguer et faire confiance pour travailler efficacement avec une douzaine de personnes :
- le premier ministre,
- le président du groupe parlementaire,
- le chef du parti politique majoritaire,
- les cinq à six ministres clé de l'équipe gouvernementale et
- les cinq à six membres clé de son cabinet.
Il doit savoir aussi choisir parmi ceux-ci les hommes capables de s'abstraire du phénomène de cour pour l'informer avec franchise sur les évolutions de l'opinion et du monde économique et politique.
La méthode de travail de notre président est très éloignée de ce mode de gestion de l'entreprise France.
Et son caractère spontané, impulsif, fougueux, conforte sa méthode.
On ne répond pas à une grève d'enseignants, à la télévision, une heure après la dissolution du cortège.
On ne demande pas à chaque enfant du primaire d'adopter un enfant juif assassiné sans avoir pris le temps d'en parler à quelques responsables concernés comme Simone Veil.
On ne décide pas la suppression de la publicité dans l'audiovisuelle publique sans avoir décidé du financement de remplacement.
Un président de la République ne prend pas parti sur les travaux à faire sur la ligne A du RER !

Il est vital que le Président cesse de s'occuper de tout, ce qui a pour conséquence de brouiller les perspectives, d'obscurcir l'horizon et de faire disparaître les priorités.
55 réformes, ce n'est ni trop ni trop peu, ce n'est plus rien, tout simplement parce que la plupart d'entre nous ne comprennent plus où l'on va et qu'on ne peut motiver les hommes sans perspectives.
Le numéro du Point, daté du jeudi 29 mai 2008, consacre une vingtaine de pages à la psychologie de notre Président. Une dizaine d'articles à consommer avec modération car la psychanalyse n'est pas une science exacte.
Toutefois la convergence de tous ces commentaires conduit à un constat assez clair. 45

Editorial Avril 2008


Il n'est pas simple de prévoir ce que sera la situation française dans un an.
Qui aurait pu prévoir en 1957 le retour du général de Gaulle ? ou en 1967 l'arrivée de mai 1968 ?
Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages depuis maintenant près de trois mois.
Il peut certainement rebondir pour trois raisons :

- d'abord parce que c'est un grand professionnel,
- ensuite parce que les Français savent que la plupart des réformes prévues sont indispensables,
- enfin parce qu'il n'existe aucune solution à gauche.
Mais quand ?
Occulter l'essentiel de sa vie privée est indispensable : c'est fait.
Revenir à une certaine distanciation dans l'exercice de la fonction présidentielle est nécessaire : c'est en cours.
Mais attention, il risque d'y perdre du naturel et de la proximité comme il en a déjà perdu en remplaçant des allocutions spontanées sans notes, souvent convaincantes, par la lecture de discours préparés.
On ne change pas de personnage sans dommages.
Le problème de fonds est d'abord un problème de pédagogie et de communication.
La pédagogie des réformes est absolument indispensable. Trop de rapports sont pris pour des projets. Trop de projets sont annoncés de façon imprécise et inquiétante. Trop de détails - souvent faux - sont mis en valeur par une presse toujours prête à critiquer. Trop de véritables réformes, fondamentales pour l'avenir, ont été noyées par des annonces trop nombreuses.
Il faut remettre de l'ordre dans l'ensemble du projet gouvernemental pour rassurer les Français.

Les réformes engagées sont pourtant considérables mais ne donnent aujourd'hui que des résultats infimes :
-la réforme des régimes spéciaux des retraites est faite. Elle a coûté cher en concessions faites à la CGT.
On en sentira les résultats dans trois ans.
-L'autonomie des universités est votée mais aucune méthode de sélection des étudiants n'a été mise en place et les droits d'inscription restent nuls. La débureaucratisation du corps enseignant n'est pas entamée.
-Le plafond fiscal à 50 % est en vigueur mais l'impôt sur la fortune n'a pas été supprimé.
On ne sait donc pas encore si la fuite des capitaux va cesser, encore moins si les milliers de gros revenus qui ont quitté la France ont l'intention d'y revenir.
- La carte judiciaire a été réformée comme la carte hospitalière le sera certainement dès cette année et sans doute aussi la carte militaire. Les inconvénients de ces deux mesures sont frappants ; par contre leurs avantages ne se verront que dans les budgets 2010/2011.
- La fusion UNEDIC - ANPE est faite. Mais la lourdeur administrative des structures ne permettra guère une amélioration radicale de la recherche d'emploi avant un an ou dix-huit mois.
Des réformes considérables sont en cours dans le domaine des relations du travail et de la représentativité syndicale. - -Enfin, les premières mesures de la révision des politiques et des dépenses publiques sont annoncées pour le budget 2009.

Toutes ces réformes sont impopulaires dans la mesure où elles n'apportent aucun revenu dans le portefeuille des Français tandis que la dette publique continue d'augmenter et que les budgets de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité Sociale restent très déficitaires.

Tenir un an et plutôt dix-huit mois sur la même ligne de réforme alors que la conjoncture économique se ressent nécessairement de la crise monétaire mondiale, c'était une tâche facile avec 60 % d'opinion favorable, ce sera évidemment beaucoup plus difficile avec 30 %.
D'autant qu'au malaise populaire s'ajoute le malaise des élites économiques et politiques qui s'inquiètent d'un mode de gouvernance peu cohérent.
Dans un pays démocratique on a besoin de partis politiques forts, de parlementaires appuyant et contrôlant le gouvernement, d'un premier ministre chef d'équipe et d'un Président conduisant l'ensemble.
Or, aujourd'hui, le parti politique, sans chef, est muet. Le Premier Ministre a un rôle effacé, le président et son cabinet s'occupent de tout sans être en prise directe, comme aux Etats-Unis, sur une équipe gouvernementale. La troïka du pouvoir n'est pas manifeste. L'urgence est de la rendre visible. 44


Editorial Mars 2008

Crise financière mondiale et élections municipales françaises

Les Français accordent une telle importance au pouvoir politique - beaucoup plus d'ailleurs qu'à la démocratie - que la journée du lundi 17 mars a vu la presse écrite comme la radio et la télévision, consacrer la totalité des ses éditoriaux et la quasi-totalité de ses premières pages aux résultats des élections municipales.
Dans la même matinée, les gouvernements américain et britannique, la Banque Européenne, le gouvernement japonais organisaient des réunions de crise avec leurs ministres des finances et les meilleurs experts, pour étudier en extrême urgence les moyens de faire face à la crise financière mondiale.
On n'attendait certes pas que la crise financière couvre la moitié des premières pages.
Mais qu'elle soit totalement absente (à l'exception d'une colonne sur cinq dans Le Monde) en dit long sur le nombrilisme de la presse française.

Une crise financière mondiale.
Depuis un an, les banques et compagnies d'assurances distillent trimestre après trimestre des informations concernant leurs risques sur les crédits hypothécaires et les dépréciations nécessaires.
Ces entreprises ont confirmé de début février à aujourd'hui 20 mars 2008 la gravité de leur situation.
En regroupant simplement les informations financières " grand public " données par Les Echos, La Tribune et d'autres, on évalue aujourd'hui les pertes de ces entreprises à :
- Banques américaines 215 milliards de dollars ... 145 milliards d'euros
- Banques européennes ... 81 milliards d'euros
- Compagnies d'assurances et de réassurances américaines ... 40 milliards d'euros
Total : 265milliards d'euros
C'est seulement aujourd'hui que l'on commence à se préoccuper de la situation des assureurs et des réassureurs.

Ces chiffres ont peu de signification si on ne les compare pas à d'autres grandeurs.
265 milliards c'est à peu près le total des impôts prélevés en France par l'Etat et les collectivités locales, y compris les cotisations sociales : 290 milliards en 2006.
Toutefois, ces chiffres ne tiennent pas compte des besoins financiers, beaucoup plus importants, qui risquent de se produire avec les prêts aux entreprises consentis ces dernières années à des conditions défiant toute prudence.
Ces crédits, comme ceux de l'immobilier, ont été titrisés et ont été à l'origine d'autres produits dérivés de ces crédits titrisés.
Si les crédits immobiliers ont donné naissance à 241 milliards de dépréciation, il est possible que des sommes non pas équivalentes mais supérieures apparaissent au fur et à mesure de l'année 2008 lorsque les crédits bancaires vont se réduire et laisser apparaître, en raison de la défaillance des entreprises, les mêmes effets que le crédit hypothécaire.

Ceci avec trois conséquences :
- une forte baisse de la valeur du dollar passée de 1 euro en 2001 à 1,60 euro le 17 mars 2008.
- une baisse parallèle des réserves monétaires mondiales puisqu'aujourd'hui, 60 % des réserves des banques centrales sont en dollars contre 27 % en euros, 5 % en yens, 8 % en francs suisses et en livres sterling réunis.
- une réduction dans l'avenir des crédits au commerce et à l'industrie, comme de l'ensemble des crédits à la construction.
Toutes les conditions d'une crise mondiale sont réunies.
Certes les banques centrales savent y faire face mais à quel prix à court terme et avec quelle perspective à moyen et long terme ?
N'oublions pas la stagnation de l'économie japonaise durant 7 ou 8 ans malgré un taux de la banque centrale voisin de 0 %.

Pourquoi rappeler la gravité de cette situation ? Tout simplement parce que le Président de la République avait parfaitement compris dans l'année précédent les élections que l'augmentation du pouvoir d'achat ne pouvait venir que de la croissance et que celle-ci était totalement liée à des réformes structurelles profondes.
La crise actuelle mondiale ne l'y aide pas.
Peut-il encore réaliser ces réformes dans le contexte d'impopularité qui est le sien et après des élections municipales qui ont montré un évident virage à Gauche et, plus encore, une désaffection certaine du corps électoral manifesté par l'abstention ?
Nicolas Sarkozy a montré dans le passé qu'il était un formidable " animal " politique. Il a bien sûr parfaitement compris d'où venait sa baisse de popularité. La pente ne sera pas facile à remonter mais elle peut l'être.
On ne peut que souhaiter sa réussite car il n'existe aucune autre solution à moyen terme.
Soutenir le Président et le gouvernement, c'est soutenir les réformes indispensables pour adapter la France à la concurrence internationale, réduire la dette et le chômage et reprendre avec l'équilibre budgétaire les moyens de relancer l'investissement.43


Editorial Février 2008

Après huit mois de gouvernement les Français sont-ils mécontents ? Oui.

Une série de sondages portant sur deux périodes successives de 2 et 3 semaines a constaté une chute de confiance envers le Président de la République, variant de 15 à 20 %.
A ce stade, il est absolument inutile - et dangereux - de mettre en avant des explications du type
- " les réformes engagées n'ont pas encore donné de résultats ",
- " la presse est responsable d'une campagne sur le pouvoir d'achat sur lequel le Gouvernement n'a pas de prise ",
- " les médias sont responsables d'une exposition excessive de la vie privée du Président "...
Ces explications valent ce qu'elles valent : bien peu de choses.

Il y a deux raisons et deux raisons parfaitement claires à la chute de la côte de confiance du Président :
1. les axes essentiels du projet de réforme présidentiel sont devenus quasiment illisibles en moins d'un mois. Trop de réformes tuent la réforme ;

2. la vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français comme très éloignée de la leur.
Le projet de réforme présidentiel est devenu quasiment illisible en un mois.

Lors de notre dernier éditorial, nous avions voulu montrer l'importance et la cohérence des réformes autour de douze lois ou décrets pris en 2007 et de six chantiers dont on savait qu'ils allaient s'ouvrir dès le premier trimestre 2008.
Cela faisait déjà beaucoup et nous avions bien noté que toutes ces mesures étaient parfois incomplètes et constituaient de simples cadres à remplir ultérieurement.
Deux éléments ont depuis brouillé les cartes au lieu d'éclaircir le paysage : la conférence de presse du Président et le rapport Attali.
Au cours de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a fait un exposé trop long - près de 50 minutes - en ne laissant aux journalistes que le même temps, ce qui était insuffisant lorsqu'on invite 300 personnes. 20 questions posées équivalent à 280 personnes frustrées.
De plus, sur le fonds, le discours du Président a été peu compréhensible.
Les Français sont prêts à accepter toutes les réformes si elles sont clairement exprimées autour d'idées fortes qui les concernent clairement :
- comment améliorer leur situation et leur revenu,
- comment améliorer le destin de leurs enfants :
- Diminuer un endettement insupportable qui conduit bientôt à faire du paiement des intérêts le premier budget de l'Etat et interdit les investissements productifs (l'Etat en faillite).
- Augmenter les salaires et réduire massivement le chômage en conduisant une vraie politique de croissance à 3 % ou plus (la réforme aujourd'hui pour la croissance demain).
Tous les chefs d'entreprise savent bien que, pour faire adhérer l'ensemble des salariés à une politique, il faut et il suffit d'expliquer longuement et clairement les axes de cette politique, de répéter ces explications et de montrer les perspectives positives attendues. Au lieu de cela, nous avons entendu des propos relativement hétéroclites que, sur les conseils d'Henri Guaino, le président a articulé autour d'un thème intellectuel particulièrement fumeux " La politique de civilisation ".
Citer Victor Hugo, Jaurès, Blum, Mendès-France, Pinay ou de Gaulle est toujours utile.
Citer Edgar Morin, intellectuel particulièrement abscons, ancien communiste resté résolument socialiste, auteur récent de trois volumes hermétiques destinés à montrer que notre société est complexe et que, par conséquent, aucune solution n'est simple, c'est courir à la catastrophe.
Pour afficher un haut niveau de réflexion philosophique et sociologique, M. Guaino aurait peut-être intérêt à s'appuyer davantage sur Alexis de Tocqueville que sur Edgar Morin.
L'idée " pompeuse " de politique de civilisation est à cent lieues des préoccupations des Français et notamment des cadres qui ont massivement voté Sarkozy :
réduire la dette pour pouvoir investir, augmenter la croissance pour augmenter le pouvoir d'achat.

Enfin est arrivé le rapport Attali : " 300 décisions, autour de 20 réformes fondamentales ".
Et là, le Président a commis une erreur certaine en indiquant qu'il approuvait d'emblée l'ensemble du rapport et qu'il en mettrait en œuvre l'essentiel. C'était la phrase de trop.
D'abord parce qu'un rapport s'étudie avec d'être approuvé ou critiqué.
Ensuite, parce qu'aucun rapport n'est à prendre ou à laisser dans sa totalité.
Enfin parce que l'ensemble des réformes doit correspondre dans un pays démocratique non pas à un rapport de techniciens, quelle que soit sa valeur, mais à un programme électoral et à une majorité parlementaire.
Jacques Attali n'a strictement aucune légitimité à dire que son rapport est à prendre ou à laisser. C'est au Président et au Parlement de prendre et de laisser ce qui leur semble souhaitable.

La vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français décalée et très éloignée de la leur.
Les Français - contrairement aux Américains et aux Anglais - ont la sagesse, en règle générale, d'autoriser leurs dirigeants politiques à avoir la vie privée qu'ils souhaitent.
Peu de gens se seraient préoccupés d'une liaison du Président avec telle ou telle femme : c'est son choix.
Par contre, ce qui n'est pas passé, c'est la rapidité d'une part, l'affichage de l'émoi amoureux et du coup de foudre d'autre part.
Les turbulences de son second mariage et l'annonce impromptue du divorce ont déjà surpris. Le " coup de foudre " et le remariage trois mois plus tard ont semblé à beaucoup un signe de jeunesse inquiétant.
C'est sans doute cette question de la vie privée qui empêchera - combien de temps ? la remontée de la confiance, quelle que soit l'efficacité de la politique présidentielle.
" Amour, sur ma vertu prends un peu moins d'empire ", faisait dire Corneille à Eurydice.
Un disque va sortir. Mille journalistes vont reprendre les paroles de chansons qui, comme toutes les chansons, parlent d'amour.
Qu'il le veuille ou non, quelles que soient les précautions prises, le Président s'installe pour un an dans un maelström médiatique où vaudeville et show-biz, vont nécessairement chevaucher en permanence la politique économique et sociale. Elle risque de passer au second plan et de devenir inaudible, comme les deux derniers discours sur l'Europe et sur la politique des banlieues.
Dans le monde qui est le nôtre, le vrai pouvoir appartient aux médias.
Quel dommage !

Pour la première fois depuis l'arrivée du Général de Gaulle et le plan Rueff-Pinay, un président faisait bouger les lignes. Son bilan en neuf mois était déjà considérable.
Une série de réformes réputées impossibles était lancée :
- les régimes spéciaux de retraite,
- le droit du travail et la fin du contrat par consentement mutuel,
- le maintien des jeunes de 16 h 30 à 18 h 30 pour les devoirs à l'école,
- la réduction forte du nombre des fonctionnaires,
- un début d'autonomie des universités, etc.
Les ministres et leurs cabinets avaient des feuilles de route précises.
Une vague législative et surtout une impulsion politique très forte était donnée
.
Il est évident que Nicolas Sarkozy ne va rien abandonner de sa stratégie dans les mois qui viennent. C'est avec anxiété que nous attendons la suite... en misant sur le talent politique indéniable de notre Président. 42



Editorial Décembre 2007


Bilan de l'année 2007 et de sept mois de gouvernement

Les douze années de présidence de Jacques Chirac ont été si routinières que le contraste avec les sept premiers mois de gouvernement Sarkozy en est presque... aveuglant.
Douze grandes réformes ont été réalisées, sept d'entre elles sont partielles ou incomplètes.

Douze grandes réformes...
1. Les deux lois de juillet et de décembre 2007 sur les heures supplémentaires et le rachat des RTT correspondent bien à l'idée simple et vraie que pour gagner plus il faut travailler plus. La critique constatant que les entreprises sont libres ou non de donner des heures supplémentaires reste juste. Mais on constate déjà que sur les fameux " 14 milliards de cadeaux fiscaux ", près de six milliards concernent ces heures supplémentaires. C'est donc que la mesure a été très efficace.

2. La loi sur l'exonération des intérêts des emprunts pour l'accession à la propriété est également une excellente mesure. C'est un relais plus efficace et plus juste qui devrait se développer avec la diminution vraisemblable des niches fiscales Robien et Borloo.

3. Le plafonnement de la fiscalité personnelle à 50 % du revenu doit permettre de freiner considérablement les sorties du territoire provoquées par l'impôt sur la fortune.
Rappelons que cette fuite de capital est de l'ordre d'un milliard d'euros par an.
Si on la diminue de moitié ce sera déjà un très beau résultat.

4. La suppression des droits de succession pour 80 % des ménages est une excellente mesure.
Il ne faudrait pas aller plus loin car le maintien de droits sur les successions importantes est une mesure qui allie justice et efficacité aux yeux de tous les gouvernements de philosophie libérale.

5. La réforme des régimes spéciaux de retraite permettra d'économiser environ 5 milliards d'euros par an, ou plus exactement 4, car les compensations obtenues par les bénéficiaires de ces régimes sont de l'ordre de 1 milliard. L'essentiel était d'unifier le système. Des réformes ultérieures seront alors plus faciles à prendre.

6. La réforme de la carte judiciaire était indispensable. Elle a été menée tambour battant.
Restent à prendre toutes les mesures d'aménagement pour une application juste et proche des citoyens.
Il faut saluer le courage du ministre qui a affronté toutes les professions judiciaires.

7. L'autonomie des universités était une mesure strictement indispensable.
Chacun sait qu'actuellement toutes les écoles, grandes moyennes ou petites, permettent mieux l'accès à l'emploi que des universités surpeuplées, encombrées de faux étudiants et paupérisées...
Il était plus que temps d'adopter cette réforme pour redonner un minimum de valeurs aux diplômes universitaires, en tout cas aux diplômes des meilleures universités puisque la concurrence va enfin s'établir.

8. Une première réforme du Code du travail est passée un peu inaperçue parce qu'elle a consisté à réécrire les textes avec obligation de rendre la loi accessible et intelligible.
Certains textes passent du domaine législatif au domaine réglementaire.
On s'apercevra dès l'an prochain de son importance. Cet énorme travail qui porte sur plus de 2 500 pages n'attendait que le gouvernement pour être examiné au Sénat puis à l'Assemblée.

9. La réforme des minima sociaux a été engagée sur un plan expérimental par la création du Revenu Social d'Activité (RSA) dans vingt-sept départements.
Cette réforme est fondamentale car elle touche environ 1,2 million d'allocataires.

10. Un petit début de réforme de l'assurance maladie a été engagé avec une franchise très limitée et plafonnée annuellement.

11. La fusion des Assedic et de l'ANPE est prête, elle sera examinée au parlement le 8 janvier 2008.

12. L'obligation d'un service public minimum en cas de grèves.
Cette réforme est pour l'instant une simple loi cadre qui demande un règlement détaillé pour chaque entreprise nationale concernée. Elle devrait aussi être étendue à l'école et sans doute à d'autres secteurs.

Douze grandes réformes... parfois incomplètes
Il s'agit bien sûr des trois précédentes, mais aussi de réformes qui passent pour achevées alors qu'elles constituent de simples cadres:
Les régimes spéciaux de retraite devront nécessairement subir d'autres adaptations en même temps d'ailleurs que le régime général.
Elles seront plus faciles puisque les règles de base sont maintenant admises.

La carte judiciaire a été réformée non pas, comme on l'a dit, à la hussarde, mais selon un schéma général que pratiquement tous les ministres précédents avaient approuvé.
Il reste que l'application va demander un travail intense et continu durant au moins deux ans.

L'autonomie des universités n'aura jamais aucun sens si elle n'est pas accompagnée d'un minimum de sélections et d'un coût d'inscription significatif.
Les étudiants considèrent comme normal de payer un permis de conduire 1 500 euros ou plus, et scandaleux de payer 150 euros pour être admis à tous les avantages de l'enseignement supérieur !!!

La fusion des Assedic et de l'ANPE regroupe deux monstres bureaucratiques peu efficaces.
Il reste d'ailleurs à côté les missions locales et diverses associations qui tentent de pallier à ces insuffisances.
C'est tout le système qui doit être revu car le chômage ne baissera pas d'un iota avec cette fusion.


Six chantiers essentiels sont ouverts : ils seront conclus en 2008
1. La réforme institutionnelle. Le comité présidé par Edouard Balladur a remis ses conclusions. Elles feront l'objet en 2008 d'un texte qui devrait en retenir l'essentiel avant d'aboutir à une réforme constitutionnelle à Versailles.

2. La réforme de l'Etat. Pour la première fois, celle-ci n'a été confiée ni à un secrétariat d'Etat, ni à un ministère, mais à la Présidence de la République, le Secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant en portant le poids.
C'était la seule condition pour que cette réforme éternellement repoussée voit enfin le jour.
Vingt-six équipes d'auditeurs mêlant des hauts fonctionnaires et des cabinets privés ont passé en revue l'organisation et les missions de huit ministères avant la fin novembre.
Tous les autres services publics sont en cours d'examen avec l'objectif de terminer en mai/juin. Un premier conseil de modernisation des politiques publiques a eu lieu en décembre. Deux autres suivront.
L'essentiel de la réforme sera connu en juin et le budget 2008 sera fondé sur ces nouvelles données.

3. La compétitivité française et le rapport de Jacques Attali.
Le Président de la République a souhaité que cette étude soit très étendue, couvre tous les aspects de la compétitivité y compris les aspects sociaux et culturels pour aboutir à un rapport ayant la même importance que le rapport Rueff-Armand demandé par le Général de Gaulle en 1958.
Il faut évidemment attendre pour en mesurer l'importance et le caractère pratique.

4. La modernisation du marché du travail.
Dans ce domaine, c'est le MEDEF et les principaux syndicats de salariés qui ont commencé à travailler avant la présidentielle. Ce travail a été poursuivi toute l'année sachant que le Président de la République estimait indispensable d'aboutir à un accord fin 2007 début 2008.
En effet, c'est de la fluidité du marché du travail que dépend en grande partie la baisse du chômage.
Tous les exemples étrangers le montrent.
Or, à la dernière réunion du 7 décembre, tous les syndicats pensaient qu'un accord était possible sous un mois.

5. La politique du logement.
Là encore, le retour à une véritable économie de marché, la réforme du système HLM et la libération d'une offre foncière abondante sont les conditions du développement de la construction.
Dans un discours prononcé à Vandoeuvre courant décembre, le Président de la République a tracé les grandes lignes de la réforme.
La réécriture complète du Code de l'urbanisme ne se fera pas avant 2009. Mais plusieurs réformes de l'urbanisme opérationnel et du secteur HLM seront réalisées en 2008.

6. Un plan Marshall pour les banlieues.
L'intention est évidemment plus que louable, la réalité semble pour l'instant... extrêmement limitée.
Le problème de nos banlieues, et des zones urbaines sensibles, est d'une extrême gravité.
On en connaît toutes les données depuis vingt-cinq ans.
La dernière émeute de Villiers-le-Bel où, pour la première fois, au moins cinq criminels ont utilisé des armes à feu et blessé des CRS et des gendarmes ont rappelé l'urgence du problème. Nous avons déjà dans d'autres chroniques longuement évoqué les questions à traiter. Il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui on en est très loin.


Deux contre-réformes ne peuvent avoir que des conséquences négatives et graves
1. Le Grenelle de l'environnement.
Qu'il faille sacrifier à la pensée politiquement correcte, aux grands mouvements d'opinion et à la pression médiatique pour se faire élire, c'est une chose.
Qu'il faille y céder est une autre chose.
Nous ne pensons d'ailleurs pas que le Président de la République et son gouvernement ont tout cédé devant la vague de l'écologisme médiatique. Au contraire, il nous semble qu'avec beaucoup de prudence, la plupart des " décisions " ont été transformées en " orientations " qui seront revues et appliquées avec prudence dans le temps. Il reste qu'en donnant la parole principalement aux adeptes du principe de précaution et à des associations qui ne réalisent aucun travail scientifique sérieux, le gouvernement peut se diriger dans des voies sans issues.
C'est un peu le cas de la loi sur le droit opposable au logement votée sans aucune réforme du système HLM et se heurtant tout simplement à l'absence de logements.
Faudra-t-il demain acheter une grande partie de nos semences et même de notre nourriture à l'étranger parce qu'on aura bloqué la modernisation de notre culture ?
La partie principale de la réduction des gaz à effet de serre vise le bâtiment et les transports.
Dans ces deux domaines, les objectifs ne tiennent aucun compte des prix.
Or chacun sait que, pour parvenir à une très forte réduction de la facture énergétique, le coût du bâtiment doit augmenter d'environ 25 %.
A un moment où le marché du logement est saturé par la hausse des prix des huit dernières années, qui paiera ?
Pour ce qui concerne les transports, chacun sait que le transfert de la route vers le rail est un mythe absolu et que le coût en est rédhibitoire.

2. La suppression du dépôt de garantie versé lors de la signature d'un bail.
La mauvaise tenue du marché de l'investissement immobilier qu'il faut sans cesse relancer par des mesures de niches fiscales plus ou moins arbitraires (Périssol, Besson, Robien, Borloo) tient essentiellement au fait que cet investissement est d'abord risqué et ensuite peu rentable.
En une seule année, 90 à 100 000 décisions de justice sont prononcées pour expulser un locataire. Sur ce total, environ 25 000 accords amiables interviennent et 9 500 expulsions sont réalisées.
Pour tous les autres, soit le chiffre considérable d'environ 60 000, la procédure peut s'éterniser. Elle dure en moyenne deux ans, parfois cinq ans ou davantage.

Chaque propriétaire ayant connu ce type de difficulté et de procédure en parle à dix autres et en décourage autant. Le dépôt de garantie a d'ailleurs un aspect très bénéfique pour le locataire. Lorsqu'un problème intervient sur quelques semaines, et même sur un mois ou deux, le propriétaire cherchera un accord amiable et une solution d'étalement avant de renvoyer le locataire sachant que le dépôt de garantie lui évite de tout perdre.
Même les formules de Locapass et de fonds de solidarité logement qui mutualisent ce dépôt ne sont souhaitables que si le propriétaire perçoit directement la somme demandée.
Sinon, dans un marché dominé par la rareté, on sait bien que le propriétaire s'arrangera toujours pour obtenir un faux dépôt de garantie : deux mois de loyer d'avance, dessous de table, argent au noir, préférences pour les fonctionnaires ou les gros salaires etc... Ce sont toujours les plus pauvres qui en pâtiront. 41

Editorial
Novembre 2007

Politique de la rustine et exigence de vérité.

1 - Un début de retour d'inflation pose le problème du pouvoir d'achat.
Jacques Marseille qui refuse d'édulcorer sa pensée pour quelque raison que ce soit a publié récemment dans Le Point (15/11/2007) un excellent éditorial intitulé " La politique de la rustine ".
Il dénonce ainsi les multiples rallonges de subventions - et donc d'impôts - que l'Etat se sent obligé de faire lorsque des manifestations " un peu rugueuses " se produisent : les marins pêcheurs, la SNCF et les étudiants hier, les fonctionnaires aujourd'hui.
" Cette politique de la rustine, dit-il, légitime les rapports de force parce qu'elle fait croire à tous les Français que ces manifestations violentes suffisent pour décrocher de l'Etat Père Noël les millions et les milliards qui devraient faire l'objet d'expertise un peu plus raisonnée. "
Qui pourra demain condamner ces minorités qui bloquent l'université, les transports, les tribunaux...
" Qui pourra croire que l'Etat est en faillite s'il peut en quelques heures débloquer des sommes qui ne sont pas si dérisoires. "
Sachant par ailleurs que tous les prix vont augmenter puisque non seulement le pétrole mais toutes les matières premières, notamment agricoles, sont emportés par le mouvement de hausse.
Ce mouvement inévitable est par ailleurs très heureux puisqu'il traduit l'accès de la Chine, de l'Inde et de toute l'Asie à la consommation dont profitait hier uniquement l'Occident.
Et Jacques Marseille conclut : " Aux indications de long terme que donne le marché, il n'est en fait qu'une seule réponse possible et légitime : répercuter dans le prix de vente les coûts de revient qu'ils sont amenés à subir du fait de cette nouvelle donne mondiale. L'Etat ferait mieux de changer les pneus fatigués plutôt que de s'acharner à la pose de rustines."

2 - Une seule réponse, réduire la dépense publique et le coût des monopoles.
Mais comment, alors, augmenter le pouvoir d'achat si tous les prix de détail, et notamment les prix les plus courants - alimentation, habillement - s'envolent ?
Il n'y a bien sûr qu'une seule réponse : réduire le coût de l'Etat, des collectivités locales, des monopoles et des ententes.
La France est littéralement " shootée " à la dépense publique : équipements fastueux, grands stades, grandes bibliothèques, grands opéras, grands théâtres publics, grands festivals, grandes manifestations, grandes fêtes, grandes réceptions, grands travaux, grands musées, rien n'est jamais trop grand pour l'Etat, pour nos maires et présidents de régions et de départements.
De plus, les Français qui n'ont guère de formation économique réclament partout la gratuité au nom de la culture, du loisir et du plaisir. Pour les vieux, pour les jeunes, pour les familles nombreuses, pour les familles monoparentales, pour les handicapés, pour toute catégorie signalée par quelques désavantages... autrement dit, pour tous.
Ils oublient naturellement que la gratuité n'existe pas et que tout a un coût.
Ce coût se retrouvera naturellement dans la TVA, dans la CSG et autres RDS, dans les taxes pétrolières, dans la taxe d'habitation ou tous autres impôts qui sont finalement beaucoup moins payés par les riches que par la totalité de la population, même si elle l'ignore.
En outre, il est clair que certains secteurs sont dans une situation de monopole ou d'entente et ignorent ce qu'est la concurrence. C'est aussi le cas de toute une série de professions réglementées qui vont du notariat aux auto-écoles, en passant par une foule d'entreprises, d'agences publiques et d'administrations qui ne vivent que de normes et de réglementations.
Beaucoup attendent avec impatience le rapport Attali sur les blocages de la croissance en espérant que le Gouvernement portera ensuite le fer sur les obstacles recensés.
En attendant, le Président de la République n'a pas voulu d'un budget de rigueur au moment où les réformes de base allaient être réalisées, c'est-à-dire fin 2007 et courant 2008. Sa position est parfaitement compréhensible.
Mais le budget 2009 devra absolument montrer aux Français que l'on ne peut pas avoir à la fois plus de pouvoirs d'achat, plus d'Etat et plus de collectivités locales.
L'année 2009 sera l'année de la rigueur.
C'est maintenant qu'il faut commencer à en faire la pédagogie.
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Editorial Octobre 2007


Le réveil difficile de la belle endormie.

C'est la France notre belle endormie.
Elle est restée très belle. Les étrangers l'adorent et les Français s'y sentent finalement très bien sauf, sans doute, 15 % de ménages dont les revenus sont trop bas pour suivre le train de la vie sociale courante.
Certes, le niveau de vie n'augmente plus que très faiblement.
Certes, notre belle endormie ne se soucie guère des dettes qu'elle laisse à ses enfants.
Mais enfin, tout cela ne paraissait pas encore assez dramatique pour angoisser la population.
L'inquiétude régnait, sans plus.
Il a fallu les années Chirac marquées par une exceptionnelle inaction, l'échec du référendum européen, la révolte des banlieues en octobre 2005, la réelle stagnation du pouvoir d'achat pour que les Français décident d'un véritable changement politique.
Ce changement s'est incarné dans l'élection de Nicolas Sarkosy.
Sous une forme certes très différente, le vote pour Ségolène Royal et la forte baisse de l'extrême gauche dénotaient aussi ce désir de changement.
Et maintenant qu'il est là, on mesure tout ce qui est à faire, on s'effraye de l'étendue des réformes nécessaires, on s'angoisse des délais et l'on s'interroge déjà sur les résultats des premières mesures avant même leur parution au Journal Officiel.
Car il faut s'attaquer à tout à la fois .
- Au déficit de l'assurance maladie,
- Au déficit actuel des régimes spéciaux et à celui, programmé, du régime général des retraites,
- A l'endettement dont les intérêts représentent le second budget de la Nation
- Au déficit budgétaire
- Au chômage de masse et au faible taux d'activité de la population en âge de travailler
- Aux contrats de travail et à l'ensemble du droit du travail
- A l'investissement des entreprises en très forte baisse depuis dix ans
- A la productivité de la Fonction Publique
- A l'excès des importations provenant de pays hors de tout contrôle social
- A la politique agricole commune
- A l'intégration des immigrés de la première ou de la deuxième génération
- A la rénovation de tout l'urbanisme des banlieues massacrées dans les années 1955/1980
- Au financement des universités et de la recherche
- A l'organisation du primaire pour empêcher 20 % des enfants d'arriver au collège sans la maîtrise de l'écriture et de la lecture.
Et tout cela, dans un cadre international toujours aussi difficile avec les risques des nouveaux états nucléaires (Corée du Nord, Pakistan, Iran), de la puissance grandissante de la Chine, du risque pétrolier mondial, d'une immigration incontrôlable tant que les problèmes de la pauvreté africaines et asiatiques ne seront pas résolus.

Et voilà pourquoi la presse, toujours submergée par le court terme et l'émotion titre chaque matin : mais que fait Sarkosy ?
Sarkosy va trop vite et veut tout faire à la fois.
Sarkosy va trop lentement, il parle mais n'agit pas.
Sarkosy réforme les apparences mais ne s'attaque pas aux réalités financières.
Sarkosy touche à tout mais ne règle vraiment rien.
Sarkosy décide de tout sans consulter... mais non, Sarkosy laisse trop de liberté au Parlement qui ralentit ou modifie trop les textes.

Les libéraux le jugent dirigiste et les dirigistes libéral.
La droite le juge trop sensible à l'ouverture vers la gauche et l'écologie,
la gauche le voit " débaucheur et électoraliste ".

Eh bien, fort heureusement, l'homme paraît blindé. La ligne politique qu'il poursuit semble très claire, on peut l'approuver ou la critiquer mais elle est cohérente :
c'est celle d'un excellent connaisseur de la vie politique qui sait que les réformes échoueront si elles ne sont pas bien adaptées aux circonstances.
C'est " l'anti Turgot ". Turgot nommé Ministre des Finances par Louis XVI avait dans ses cartons dix projets de réformes tous plus importants les uns que les autres. Il n'en a réalisé qu'une et a du quitter son poste très vite car ses projets ne pouvaient être imposés dans une année de disette en pleine révolte des farines et sans l'appui ou du moins la neutralité du peuple et des classes intermédiaires.

Nous sommes dans un régime démocratique où la réforme ne se fait pas sans un certain consensus populaire car les techniques de blocage sont nombreuses, pour ne pas dire innombrables si l'opposition se sent soutenue par la majorité et si elle les utilise toutes : le Conseil d'Etat, le Conseil Constitutionnel, le Parlement et l'obstruction technique des amendements sans oublier l'essentiel : la rue.
Il est vain de recommander à la Presse, prudence, sagesse et raison.
Le dernier numéro de l'Expansion est un bon exemple de l'énervement médiatique.
Rédigé le 15 octobre 2007, c'est-à-dire sept semaines après les quinze jours de vacances du gouvernement, il rédige déjà un cahier spécial sur le bilan provisoire de Sarkosy commenté par François Hollande, François Bayrou et Jean-Pierre Raffarin.
On ne saurait prendre plus de recul et choisir des commentateurs plus objectifs !!!

Peut-on vraiment juger une politique, et surtout dans un climat aussi nouveau avant au moins un an de travail complet, septembre 2007/septembre 2008 ?
Pour notre part, nous traiterons une par une les solutions mises en œuvre au fur et à mesure que les questions sont posées mais en nous gardant d'une appréciation générale ...... sauf si ...39


Editorial septembre 2007


Pour une juste mesure du temps.

Dans toute action humaine il y a un temps pour la préparation, un temps pour l'action, un temps pour la réponse, un temps pour l'analyse des résultats.
Le Président de la République en parlant du prochain budget a évoqué ces quatre temps.
2008, a-t-il souligné, sera une année de transition car on ne refait pas en six mois le budget d'un Etat accoutumé depuis maintenant trente ans au laxisme et au déficit.
De plus, la réforme est déjà difficile à faire passer dans un pays où chacun la souhaite pour les autres mais jamais pour soi. Elle ne peut être accompagnée en même temps d'un plan de rigueur trop strict.
2009, sera la première année fondée sur un budget entièrement nouveau préparé par tout un travail d'audit conduit ministère par ministère.
C'est cette année-là que l'on pourra juger début 2010.

Mais qu'il est difficile d'échapper à l'agitation du microcosme qu'évoquait Raymond Barre et à la fébrilité de la presse quotidienne qui donne toujours l'image d'un nid de fourmis agité par la hure d'un sanglier.
Tandis que les uns critiquent l'agitation excessive du nouveau président, les autres regrettent déjà le 30 septembre que les résultats ne soient pas au rendez-vous !!!
La réforme d'un Etat moderne, c'est le rocher de Sisiphe !
Chacun de nos codes compte mille à deux mille pages. En outre, chacun d'eux se croise avec les codes voisins.
Dans le domaine de la construction il en est au moins trois : le code de l'urbanisme, le code de l'environnement, le code de la construction. Il faut en rajouter deux autres : le code civil et le code des collectivités locales car celles-ci ont maintenant tout pouvoir en matière d'urbanisme.
La mécanique législative est d'une extrême complexité, qu'il n'est d'ailleurs pas toujours souhaitable de réduire car c'est aussi une des conditions de la démocratie, de la protection du droit des citoyens, de la protection de l'opposition.
Il fallait que l'équipe de Nicolas Sarkozy soit déjà formidablement organisée pour avoir pu traduire dans la réalité, c'est-à-dire dans des décrets d'application, une bonne dizaine de mesures législatives extrêmement lourdes prises entre le 3 juillet et le 5 août par un Parlement convoqué en session extraordinaire.
Et l'on ne mesure pas l'étendue du travail effectué dans chaque ministère alors que toutes les équipes n'ont eu que cinq semaines depuis les vacances.
L'action de Christine Boutin, ministre du logement, qui a vu et revu en septembre la totalité des leaders de la profession (plus de 30 syndicats professionnels et combien d'experts !) et bien avancé la réflexion sur sept à huit réformes importantes de l'urbanisme et de la construction en est un bon exemple.
La précipitation est la plus mauvaise des solutions.
Comme les législations de circonstance nées d'une émotion populaire aussi compréhensible que dangereuse. Imaginons la rentrée et que les étudiants soient dans la rue, leurs droits d'inscription ayant été augmentés librement par chaque université! Aurait-on pu lancer dans ces conditions la réforme des régimes spéciaux ?

La phrase de François Mitterrand " Laissez du temps au temps " est véritablement entrée dans la conscience populaire encore qu'elle ait bien mal servi puisqu'elle a laissé au temps le temps de ne rien faire.

Ayons au moins la patience de laisser à Nicolas Sarkozy les quinze mois qui viennent pour entreprendre ce que nous pourrons juger en 2009 qui marquera le vrai bilan de la réforme. 38
Editorial Juillet 2007

Fin du tout politique, début des réalités : combattre le Diable dans les détails.

Depuis septembre 2006, les Français ont signifié à leurs dirigeants qu'ils croyaient au retour de la politique et à la possibilité d'y trouver une solution à leurs intérêts individuels par le biais de l'intérêt collectif.
Pour parler simple, ils ont dit haut et clair que la politique pouvait servir à quelque chose.
Et ils ont voté pour un président élu avec 53 % des voix et le taux de participation le plus élevé depuis 40 ans.
De plus, deux mois après le second tour des présidentielles, tous les sondages accordent au gouvernement un niveau de confiance de l'ordre de 65 %. Ce sont des conditions exceptionnelles pour réussir une véritable politique de rupture et de réformes dont une grande majorité de Français sent qu'elle est nécessaire.
Mais c'est le 3 juillet, ouverture de la session spéciale du Parlement, que tout commence.
Car tout commence vraiment lorsqu'il y a projet de loi, puis décrets d'application, puis circulaires, puis réalités administratives.
Le Diable se cache dans les détails à tous ces niveaux.
- D'abord le projet de loi.
De l'idée développée dans un discours électoral au projet, la distance est souvent grande.
Le projet lui-même doit s'assurer de trois conformités : avec les textes et la jurisprudence du Conseil d'Etat, avec la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, avec les directives européennes et la jurisprudence de la Cour de justice.
Ce n'est pas une mince affaire.
- Après passage en commissions et vote de l'Assemblée, les décrets d'application se font toujours attendre. Certes, l'administration peut être pressée, voire bousculée et contrainte mais cela prendra toujours quelques mois plutôt que quelques semaines.
- Enfin viendra le temps des circulaires d'application afin que chacun sache au niveau des départements et des communes, comment les textes doivent être interprétés et appliqués.

On le voit, tout cela est un travail redoutable et l'énergie inlassable déployée par notre nouveau Président ne peut hélas en aucun cas remplacer les centaines ou plutôt les milliers de prudences et de temporisations locales.

C'est tout un pays qu'il faut mettre en mouvement et 25 ans de mitterrandisme et de chiraquisme ne nous ont guère habitués à l'ardeur, à l'audace et à la détermination.
Et c'est pourtant à cette seule aune que pourra être jugée l'action présidentielle et législative. 36


Editorial Juin 2007

Le Parlement et la société civile dans un paysage politique entièrement nouveau.
Le Parlement élu les 10 et 17 juin 2007 comptera une majorité de plus de 400 députés, moins de 160 pour l'opposition. Ce phénomène est entièrement nouveau, même si en 1968 la majorité issue de la dissolution était presque aussi forte.
Quelles que soient les interprétations de ce vote, et notamment du taux d'abstention, il est clair qu'il s'agit d'un soutien total au programme et à la personne du Président de la République.
Si les abstentions ont été fortes, elles confirment que les Français loin d'être inquiets par la personnalité très volontariste de Nicolas Sarkozy lui donnent en quelque sorte un blanc-seing en disant :
" Nous ne sommes peut-être pas vos partisans mais nous acceptons de tester une autre politique, la vôtre. "
Ce vote " présidentialiste " nous fait entrer dans un autre régime, le régime présidentiel.
Nous pensons, pour notre part, qu'il s'agit d'une très bonne orientation mais à deux conditions :
- que le Parlement joue son rôle,
- que la société civile sorte de la faiblesse qui est la sienne en France.

Le Parlement d'abord.
450 députés (chiffre probable, le 11 juin, jour où cette lettre est rédigée) c'est évidemment une majorité très hétérogène.
On y trouve des hommes de tradition planificatrice et constructiviste qui ont fait leur carrière politique au début d'un gaullisme marqué par la puissance de l'Etat, de la haute fonction publique et de l'ENA.
Ces hommes sont souvent plus proches d'une partie du parti socialiste que de la droite traditionnelle.
Un deuxième groupe de parlementaires est au contraire de tradition libérale, certains venant du giscardisme et d'autres de l'UDF.
Deux inter-groupes parlementaires représentaient bien cette tendance : Les Réformateurs animés par Hervé Novelli et Génération Entreprise animée par Jean-Michel Fourgous.
Un troisième groupe de parlementaires vient de la démocratie chrétienne : il s'agit d'une bonne partie de l'UDF ralliée à l'UMP par Pierre Méhaignerie et du nouveau centre qui a quitté François Bayrou.
Un petit nombre de députés représentent encore une quatrième tendance : celle qui s'était vivement opposée au traité de Maastricht et qui avait animé le NON au référendum sur la constitution européenne. Ils sont peu nombreux mais représentent une vraie tendance politique.
Enfin un cinquième groupe se revendique sinon de gauche du moins " du très social " : il va des amis de Philippe Seguin hier à Christine Boutin aujourd'hui.
S'ajoutent à ce panorama d'autres clivages liés aux hommes : les premiers fidèles de Nicolas Sarkozy, les derniers fidèles de Jacques Chirac, les proches d'Alain Juppé, de François Fillon, de Dominique de Villepin...
Difficile aujourd'hui de prévoir ce que souhaiteront le Président de la République et le Premier Ministre.
Pour nous, il nous semble indispensable de créer une " respiration parlementaire " très forte redonnant à l'Assemblée Nationale des pouvoirs qu'elle a totalement perdus avec la constitution de 1958.
Ces pouvoirs doivent être clairement affirmés dans une réforme constitutionnelle.
Ils doivent aussi s'exprimer par la création de " courants ", qu'on leur donne ce nom ou qu'on les appelle autrement.
L'essentiel est qu'il existe dans cette énorme majorité des tendances qui expriment clairement la diversité des électeurs et donc des Français.
Il faut, à l'UMP, une droite, un centre et une gauche pour reprendre les images traditionnelles.
Gageons d'ailleurs que nombre de personnalités du centre et de la gauche rejoindront cette majorité car cinq ans c'est long et dix ans plus encore.

Pour une société civile forte.
La société politique tient en France une place considérable, tradition hélas très