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Quelques
mots du Président :
Une
démocratie vivante, des libertés politiques réelles,
la défense de l'entreprise privée, l'enrichissement
des citoyens et des entreprises par la réduction de la dépense
publique, c'est le but du laboratoire d'idées
Héritage&Progrès,
"Think tank" et organisme de lobbying de la
société française.
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La
Société Civile veut être mieux entendue du
pouvoir politique.
Celui-ci
doit être son serviteur et avoir pour seul souci d'améliorer
la vie individuelle et collective de ses citoyens. Constater les
dysfonctionnements, proposer des solutions, tout en faisant fructifier
25 siècles de civilisation,
c'est aussi le but d'Héritage&Progrès
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Editorial Décembre 2008
Le pourcentage
d'imbéciles est le même dans toutes les professions : " L'argent
et l'intelligence ne sont pas liés. "
Les propos en italique sont signés de J-K. Galbraith, économiste
américain, qui a publié en 1990 un remarquable petit opuscule
intitulé " Brève histoire de l'euphorie financière "
Trois facteurs selon lui se retrouvent depuis 1930 dans toutes
les crises financières.
- 1 Les financiers s'imaginent
toujours avoir trouvé un instrument quasiment magique qui les entraîne
à fuir le réel : l'effet de levier.
- 2 La mémoire financière
est brève et, en cas de hausse, phagocytée par l'euphorie du moment.
- 3 Le monde politique et économique est dans l'illusion que
l'argent et l'intelligence sont liés.
Dans un monde où 95 % des hommes estiment leurs revenus insuffisants,
la plupart d'entre eux pensent que le maître de sommes gigantesques
- le banquier - possède un génie particulier.
Il n'en est évidemment rien mais il faut que le roi soit nu pour
s'en apercevoir.
La faillite du fonds Madoff permet ainsi de constater qu'une bonne
centaine de dirigeants de fonds spéculatifs, de banques, de chefs
d'entreprises, de très grosses fortunes privées, sont des imbéciles
au sens le plus complet du terme, c'est-à-dire sont incapables de
raisonnement et susceptibles de n'importe quelle crédulité.
C'est apparemment le cas de la très brillante banque espagnole Santander,
de deux des premières banques britanniques, HSBC et RDS, du Néerlandais
FORTIS et d'une banque suisse qui passait pour une des plus puissantes,
l'UBS.
C'est aussi le cas en France de NATIXIS (filiale des Caisses d'Epargnes),
qui perd 450 millions (Philippe Dupont - Président, D. Ferrerro
- Directeur général, J-M. Moriani - Directeur de la banque d'investissement
et de financement), de BNP PARIBAS, 350 millions (Michel Pébereau
- Président, B. Prot - Directeur général, G. Chodron de Courcel
et J-L. Bonnafé - DGA) et d'AXA 100 millions (Henri de Castries
- P.D.G., Denis Duverne - Directeur des finances, Ch. Condron -
P.D.G. AXA Financial Etats-Unis) .
Pourquoi ces financiers réputés compétents
ont-ils fait perdre dans ce seul fonds Madoff un milliard d'euros
aux épargnants français ?
Parce que le fonds Madoff a donné à ses investisseurs depuis une
quinzaine d'années un rendement extraordinairement stable et extraordinairement
élevé de 12 à 13 %.
Et pourquoi ces financiers ont-ils cru
à ce rendement, bien qu'il soit extraordinairement stable
et extraordinairement élevé ? Parce qu'ils aiment tellement l'argent
qu'ils finissent par y croire…
Et pourtant ! Chacun sait que si l'on veut
avoir un rendement élevé de son capital, il faut prendre des risques.
Les fonds placés à la Caisse d'Epargne rapportent 2 à 4 % selon
les époques.
Les obligations des grandes entreprises cotées peuvent rapporter
4 à 5,5 %, exceptionnellement davantage en pleine crise.
Les gérants des meilleurs fonds de placement destinés aux retraites
des salariés américains perçoivent des primes importantes lorsqu'ils
parviennent à des moyennes annuelles de rentabilité de 7 %
Il est donc évident pour toute personne de bon sens que passer de
7 à 13 % est rigoureusement impossible dans le cadre d'un fonds
de placement composé de paniers de valeur mutualisés.
Il faut nécessairement prendre des risques considérables pour aboutir
à un tel résultat.
Nos grandes banques sont sensées avoir des services d'études économiques
sérieux.
Faut-il croire qu'aucun de ces services n'a été capable d'attirer
l'attention des dirigeants de NATIXIS, BNP PARIBAS, AXA, CREDIT
AGRICOLE et SOCIETE GENERALE hier sur l'extraordinaire anomalie
constituée par des rendements de 12 ou 13 % quinze ans de suite
?
La crédulité financière est l'avatar naturel d'une volonté de profit
totalement irrationnelle.
Les groupes sociaux " banquiers ", " ouvriers ", " employés de surfaces
", " agrégés de philosophie " comportent tous la même proportion
d'imbéciles et de gens intelligents. Le
niveau des diplômes n'a aucune signification.
Les admirateurs de Lénine, Staline, Mao Tsé Toung, Castro
ont été proportionnellement aussi nombreux chez les diplômés de
l'Ecole Normale Supérieure que chez les ouvriers. Peut-être un peu
plus car la CGT, le premier syndicat de salariés français, n'a jamais
représenté plus de 50 % des votants aux dernières prud'homales alors
que les diplômés de l'ENS…
Quant à nous, Français moyens, n'avons-nous
pas souvent versé dans la même crédulité en pensant que nos entreprises
et nos banques pouvaient nous donner régulièrement 10 ou 15 % d'intérêts
?
L'étendue de la crise financière d'aujourd'hui surprend, accable,
consterne. Et elle est très loin d'être terminée.
Le dernier numéro de la revue " Agefi " indique que, pour la première
fois, le volume des CDS (Credits Default Swaps) a diminué de 1 %
au 1er semestre 2008. C'est extrêmement peu puisqu'il avait connu
une croissance moyenne de 45 % au cours des six derniers semestres.
Mais, dans le même temps, la banque des règlements internationaux
indique que
" L'encours notionnel mondial des dérivés de gré à gré poursuit
son expansion. Il atteint le montant pharamineux de 863 000 milliards
de dollars, en hausse de 21 % au 1er semestre 2008 ".
Qui peut encore croire que la crise systémique
a atteint son sommet en novembre et qu'après six mois difficiles,
l'économie repartira au second semestre 2009 ? 50
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Editorial Novembre 2008
A
crise nouvelle, remèdes nouveaux.
Comparer la crise de 1929 à celle
d'aujourd'hui est un non-sens.
La science, les techniques, les équipements industriels, les biens
de consommation, les systèmes de crédit, tout ce qui fonde le système
économique mondial a tellement évolué dans les 80 dernières années
que l'idée même de vouloir comparer des crises séparées de près
d'un siècle est aberrante.
De même, se raccrocher à la grande négociation de Bretton Woods
qui a fixé le fonctionnement du système économique mondial au lendemain
de la guerre de 1940, pour penser une nouvelle organisation conçue
par les vingt plus grandes puissances économiques du monde, c'est
confondre un symbole, une image, et une réalité.
Bretton Woods n'était pas un accord international. C'était une organisation
conçue par les Etats-Unis avec l'accord du Royaume-Uni et de la
Suisse à un moment de l'histoire où aucun autre pays n'avait de
pouvoir financier, ni le Japon, l'Allemagne, l'Italie, la Russie
et la France, tous ruinés par la guerre, ni la Chine, l'Inde et
l'Asie sans existence économique. D'ailleurs, Bretton Woods est
mort en 1971 lorsque les Etats-Unis ont abandonné la convertibilité
du dollar en or.
Pour bien comprendre les raisons qui font de la crise de 2007/2008
une crise totalement nouvelle que la plupart des économistes ont
été incapables de prévoir, un chiffre donné par un grand banquier,
M. André Levy-Lang, éclaire et explique le paysage :
" Aux Etats-Unis, l'ensemble de la dette portée par le système
financier a atteint des sommets historiques. Elle est passée du
10ème de la dette non financière en 1980, à dix fois cette dette
en 2007. " (Crise bancaire et risque systémique pp. 53 et suivantes,
rapport Ramsès 2009.)
Ce n'est pas pour faire image que M. Levy-Lang a cité deux fois
le chiffre de 10 :
10 % de la dette non financière en 1980,
10 fois cette dette en 2008.
Cela veut dire que la dette non
financière a été multipliée par cent.
C'est une réalité tirée de la totalisation des bilans de ce que
l'on appelle aujourd'hui la sphère financière, une sphère distincte
de la sphère bancaire mais hélas totalement interdépendante.
Une seconde donnée permet d'éclairer la réalité des risques encourus
par le système financier.
Le gouvernement américain après avoir fourni à City Bank 20 milliards
de dollars pour augmenter sur le champ ses fonds propres lui a fourni
une garantie de 306 milliards de dollars sur ses produits structurés.
A titre de comparaison, les prélèvements obligatoires de l'Etat
français sont aujourd'hui du même ordre, environ 300 milliards d'euros.
Or, même si City Bank est aujourd'hui la première banque américaine,
elle représente sans doute moins de 5 % du total des établissements
financiers américains.
Cela veut dire que le risque encouru par le gouvernement américain,
pour sauver son système financier, peut parfaitement se monter à
6 000 milliards de dollars.
En fait, ces chiffres qui donnent le vertige
sont encore très éloignés de la réalité.
La réalité c'est que l'ensemble des produits dits structurés (on
désigne globalement par ce terme tous les produits financiers qui
ne sont pas directement liés à un client, particulier ou entreprise),
représente des montants 5 ou 6 fois plus importants. Le bon grain
et l'ivraie y sont si mélangés que tous ont besoin de garanties.
Il s'agit donc aujourd'hui d'une crise
entièrement nouvelle et donc totalement incomparable avec toutes
les crises antérieures aux années 1980.
Ce qui est aujourd'hui le plus grave, c'est ce caractère à la fois
entièrement nouveau et d'une ampleur sans précédent, de la crise.
Le monde politique, y compris les parlementaires et les ministres
réputés les plus intelligents, ne la comprend pas.
Les ministres des finances des grands pays de l'OCDE ont proposé
et pris des mesures contradictoires ou différentes d'un mois sur
l'autre.
Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de leur ministre des finances
M. Paulson, ont montré non pas une valse hésitation, mais un véritable
désarroi.
Le gouvernement français a manifesté une totale absence de réalisme
en voulant faire remplacer les banquiers par les préfets. Des conférences
devraient avoir lieu dans chaque département entre préfets et banquiers
locaux pour se saisir de tous les litiges touchant au crédit et
les faire remonter à Paris auprès de M. Ricol.
Sachant que la France compte 2,5 millions d'entreprises et que les
ménages demandent 1 million de crédits " longs " (logements ou autre)
chaque année, M. Ricol devra rapidement engager 10 000 salariés
pour faire face à la demande. Toute plaisanterie devrait être écartée
d'un sujet aussi grave.
La vérité, c'est que les plus grands banquiers interrogés sur la
gravité de la crise et le moyen d'en sortir répondent aux abonnés
absents.
Les meilleurs économistes font de même.
Les gouvernants font semblant.
C'est pourquoi une seule chose est certaine : l'année 2009 sera
très lourde, plus lourde qu'on ne le dit pour ne pas en rajouter
au désarroi général. Une reprise est certaine.
La prévoir pour 2010, 2011 ou 2012 est totalement aléatoire.
L'Europe, comme trop souvent en retard
d'une guerre, ne pense qu'à une nouvelle réglementation du système
financier. Elle ne s'aperçoit pas que celui-ci est déjà mort.
La moitié des hedges founds aura fait faillite en 2008.
La plus grande partie des produits structurés disparaît d'elle-même
puisque leur marché n'existe plus.
A crise entièrement nouvelle, remèdes entièrement
nouveaux.
Le temps de la prospective est venu.
L'espérance réside dans la très grande souplesse de l'économie
américaine et le très grand pragmatisme des dirigeants du pays qui
ne s'embarrassent guère de savoir si une politique est " de droite
" ou " de gauche ". Elle réside aussi dans l'économie chinoise dont
les dirigeants sont tout aussi pragmatiques et qui peuvent rapidement
remplacer la dynamique d'une exportation à prix cassés par la relance
des équipements publics et de la consommation intérieure. 49
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Editorial Octobre 2008
Comprendre la sphère et la crise financière
La lecture des journaux financiers
rend la plupart d'entre nous interloqués.
Que signifient, en effet, tous ces termes d' " asset management,
Hedge founds, private equity, fonds de pension, fonds souverains,
fonds européens UCITS, SIV, titrisation, produits dérivés, achats
à découvert, options, swaps, CDS, CDO, CMO, ARM, taux variables
capés, LVO, prime d'illiquidité… ".
Il est indispensable aujourd'hui d'acheter le petit " Que sais-je
? " de Bertrand Jacquillat sur les 100 mots de la finance. On n'y
trouvera malheureusement pas d'analyse systémique de la sphère financière.
Tentons de la définir en partant de l'image
simple des trois cercles de l'économie :
1 Le
premier cercle est celui des entreprises qui produisent, investissent,
épargnent et distribuent des salaires à leur personnel, c'est-à-dire
aux ménages.
Ces entreprises et ces ménages sont engagés dans une sorte de mouvement
permanent de progression, d'invention, de croissance. Toute idée
d'arrêter ce mouvement (le mythe de la croissance zéro du Club de
Rome ou de l'écologie économe) contredit la nature même de l'humanité.
Donnons une valeur de 100 à ce premier cercle. Cette croissance
a besoin de crédits, donc conduit à un second cercle, celui des
banques.
2 Le second cercle est constitué par l'ensemble
du système bancaire.
Ce système distribue les crédits nécessaires au financière développement
des entreprises et à la consommation des ménages.
L'endettement des ménages américains et britanniques représente
110 % du PIB des deux pays, celui des ménages européens 40 à 80
%.
Les crédits demandés par les entreprises ne peuvent que croître
en fonction de la concurrence et de la mondialisation. Ce cercle
constitué par l'ensemble des banques commerciales classiques est
en prise directe avec le premier cercle, celui de l'économie réelle.
Les crédits accordés aux particuliers comme aux entreprises sont
des produits dont les valeurs sont connues et appréciées par rapport
à la qualité des emprunteurs.
Ce second cercle représente en valeur un chiffre d'affaires trois
fois et demi supérieur au premier car c'est tout l'ensemble de l'économie
mondiale, et plus particulièrement de l'Occident, qui vit à crédit.
Les liquidités nécessaires aux banques pour financer ces crédits
sont fournies pour une faible part par les pays développés et pour
l'essentiel par les grands producteurs de pétrole et de matières
premières, les excédents des pays émergents qui s'industrialisent
rapidement, Chine, Inde, dragon asiatique…
Donnons une valeur symbolique de 350 à ce second cercle.
3 Le troisième cercle est celui de la finance.
Les entreprises qui le constituent sont les gestionnaires d'actifs,
les banques d'affaires, les " Fonds " de toute nature, au total
quelques 5 000 sociétés.
Ce troisième cercle s'est constitué progressivement depuis vingt-cinq
à trente ans à partir d'une idée simple développée par l'ensemble
des banques commerciales classiques : se
défaire en tout ou en partie, des risques des crédits qu'elles ont
accordés.
Ces crédits sont de plus en plus importants.
L'ensemble des Nations occidentales vit de plus en plus à crédit
et, consciemment ou non, les banques ont
pensé utile, puis nécessaire, puis indispensable de se défausser
de leurs risques sur un troisième cercle : celui de la sphère financière.
Celle-ci se compose aujourd'hui de milliers de sociétés, parfois
filiales de banques, parfois indépendantes, souvent liées par un
interbancaire complexe mais fonctionnant de façon autonome.
Les entreprises de cette sphère fonctionnent sur un marché bien
particulier, le marché financier où l'offre et la demande ne sont
plus des produits dont on peut apprécier la quantité et la qualité.
L'offre de ces entreprises, c'est une technique
particulière, celle des " paris " fondés sur les calculs de probabilité.
La demande est considérable car ces techniques de " paris " fonctionnent
sur le court terme, d'une journée à deux mois, très rarement trois
mois.
Elles s'appliquent à tous les types de crédits comme à tous les
produits financiers : actions, obligations, titres de toute nature,
monnaie, matière première…
Ces techniques sont largement dominées par des hommes formés aux
mathématiques et aux statistiques.
Ils manient parfaitement les algorithmes algébriques, le calcul
des probabilités, l'analyse statistique des corrélations multi-variées.
Ils sont le plus souvent issus en France de Polytechnique, mais
la plupart des grandes business schools mondiales ont des doctorats
spécialisés dans ces techniques.
La demande quant à elle est considérable.
Les banques estiment que leur intérêt est de mutualiser au maximum
leurs crédits par la technique aujourd'hui généralisée de la " titrisation
".
Cette technique permet un mélange maximum de titres représentant
les crédits les plus variés fondus dans un magma permettant de mélanger
les risques les plus forts avec les risques les plus faibles, et
donc d'empêcher toute notation, toute évaluation de la réalité de
ces risques.
Or toutes ces sociétés financières n'achètent pratiquement jamais
de façon durable, mais à crédit, à terme, à découvert, à option
pour revendre aussi vite à d'autres.
Ainsi, la demande est, sinon illimitée,
du moins dix fois plus importante que la demande de crédits de l'économie
réelle.
Disons que la troisième sphère représente un volume de 5 à 600.
A titre d'exemple, trois chiffres sont cités par George Soros dans
son ouvrage sur la crise financière : " La valeur nominale totale
des CDS (Credit default swaps) en cours est estimée à 42 600 milliards
de dollar. A titre de comparaison, la capitalisation boursière du
pays est de 18 500 milliards de dollars, le marché des valeurs du
trésor de 4 500 milliards seulement. "
Cette troisième sphère prend naturellement beaucoup de risques
puisqu'elle ne fonctionne que sur le pari et la probabilité.
De plus, elle travaille avec des marges faibles, mais des sommes
considérables.
Les banques en effet, si elles consentent des crédits sur une base
par exemple de 5 %, ne vont pas s'en défaire à 7 ou 8 %. La marge
de la sphère financière sera plutôt de 0,5 à 1,5 %. Mais, parallèlement,
son investissement sera très faible -- elle ne travaille qu'à terme
et à crédit - tandis que son profit sera très fort : une option
payée 1 peut rapporter 10 ou 20.
" La titrisation a entraîné un développement considérable du
recours à l'effet de levier. Alors que le dépôt de garantie est
fixé à 10 % pour les obligations ordinaires, les obligations de
synthèse émises par les CDS ne requièrent qu'un dépôt de 1,5 %...
Tout cela ne pouvait que mal finir. " (G. Soros, page 21).
Les grands patrons de nos banques font parfois sourire lorsqu'ils
estiment que plafonner leur niveau de rémunération à 500 000 euros
est dangereux car ils risqueraient de filer à l'étranger où leurs
talents seraient beaucoup mieux reconnus.
Le talent, par exemple, de la direction générale du Crédit Agricole
qui s'est fait convaincre par de très brillants mathématiciens qu'il
existait des fonds dits " de performance absolue " où les gains
étaient garantis à 100 %, dans tous les cas de figure, y compris
l'écroulement de la Bourse et des marchés financiers.
Ils en ont pris pour quelques 8 milliards et en ont donc perdu 4…
Quel talent !
Cette analyse des trois sphères de l'économie, 100 pour l'économie
réelle, 350 pour le système bancaire traditionnel, 5 à 600 pour
la sphère financière est purement descriptive et, nous en avons
bien conscience, très sommaire.
Elle n'apporte aucune solution à la crise actuelle.
Elle se borne à l'expliquer.
Toutefois, cela conduit naturellement à mettre en valeur le seul
remède possible : certainement pas de refinancer les banques et
la sphère financière responsables de ce gâchis. Il
faut le faire dans l'immédiat mais il serait catastrophique de ne
pas remédier aux vices profonds du système.
Ni l'économie, ni la finance ne doivent
être soumises aux sciences du hasard et de la probabilité.
L'argent doit être prêté à des entreprises et à des
hommes sur des projets et non sur des algorithmes.
La réforme en profondeur de l'ensemble de la sphère financière est
indispensable.
Si elle n'est pas entreprise et pour partie réalisée dès le début
de l'année 2009, ce sera une crise pour rien… ou pour en préparer
une autre bien pire encore. Mais nous ne connaissons pas encore
la profondeur de celle-ci ! 48
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La
rentrée politique
Un
théâtred'ombres,
Lademain une crise sociale ?
Editorial Septembre 2008
La rentrée
politique
Un théâtre d'ombre,
demain une crise sociale?
Toute réforme doit être jaugée
à l'aune de la diminution de la dette publique.
Rien de changé dans la vie politique de la rentrée.
Le gouvernement continue à parler de réformes à longueur de journée
alors qu'il ne concentre pas ses efforts sur la seule réforme qui
permettrait de donner des marges de manœuvre à l'économie et au
pouvoir d'achat :
l'équilibre des comptes publics et la réduction de la dette.
Il faut sans cesse revenir à l'essentiel, parfaitement résumé dans
le rapport de la commission Pébereau
" Rompre avec la facilité de la dette publique ".
Cette dette atteignait 1 067 milliards d'euros en 2004, 1 250
aujourd'hui. Soit une augmentation de 17 % en trois ans et demi.
46 à 51 milliards, ce sera le coût des
seuls intérêts de cette dette selon le taux que nous
consentiront les grands fonds nationaux ou privés qui dominent la
finance mondiale.
Ce chiffre est à comparer :
- 20 milliards, le budget de l'enseignement supérieur et la recherche,
- 31 milliards, le budget du Ministère du travail, des affaires
sociales, du traitement du chômage,
- 36 milliards, le coût de la Défense nationale.
C'est assez dire que la France n'a strictement aucune marge de manœuvre.
On est vraiment lassé, voire indigné, de voir que, de trimestre
en trimestre, l'équilibre de nos comptes publics est repoussé, avant-hier
à 2009, hier à 2010, aujourd'hui à 2011, demain... ?
La réforme en France : voter une nouvelle loi, inventer un nouvel
impôt.
Pendant ce temps, la vie politique française continue avec les
deux piliers habituels qui soutiennent son action :
faire des lois, créer des impôts.
La plupart des lois proposées par le Gouvernement
sont inutiles et masquent plutôt le refus de prendre les décisions
que permet déjà la législation actuelle.
Elles masquent aussi la faiblesse ou l'absence de courroies
de transmission solides entre le gouvernement et l'administration.
Le prochain projet de loi sur le logement est hélas l'illustration
flagrante des ces deux vices du système politique français.
Plusieurs articles du projet sont consacrés à un timide début de
réforme du système HLM. Ils sont inutiles puisque, aujourd'hui,
le ministre peut retirer son agrément à tout organisme HLM qui remplirait
trop mal son rôle.
Mais rien sur la réforme profonde du système, ni sur le maintien
dans les lieux.
D'autres articles sont consacrés à la lutte contre l'habitat indigne,
les quartiers dégradés, l'insalubrité etc.
A croire que l'inculture législative règne dans les milieux dirigeants.
Il existe une bonne dizaines de lois sur le sujet depuis la grande
époque Claudius Petit - Sudreau.
Prévoir dans la loi un " programme national " de plus et un " plan
" de plus est totalement inutile.
Une petite avancée législative est certes prévue dans deux articles
du texte pour améliorer l'offre foncière et l'aménagement privé.
Elle aura moins de portée que n'aurait eu le changement de quelques
hauts fonctionnaires de l'équipement adeptes forcenés de la planification
urbaine. Ou la rédaction d'une circulaire impérative précisant
aux DDE qu'elles doivent tout faire pour améliorer l'offre foncière
et libérer les initiatives des constructeurs et des élus dans tous
les domaines.
Quant à l'inventivité
fiscale de nos ministres et de l'administration, elle n'était pas
à démontrer mais huit nouvelles taxes créées ou en projets immédiats
illustrent la " créativité " de nos élites :
il n'est de bonne réforme que de nouvelle taxation.
François Fillon - et Laurence Parisot semblent avoir mis un terme
à ce prurit fiscal... jusqu'à quand ?
Une crise sociale possible.
Nous évoquions en juin une réelle inquiétude pour la rentrée sociale
de septembre. Rien ne s'est produit.
L'opinion publique, les syndicats et les associations semblent assommés
par une crise financière indéchiffrable, voisine de 1 000 milliards
de dollars, peut-être davantage. Ici les
chiffres n'ont plus aucun sens.
Chacun sait qu'elle aura des répercussions sur l'économie, la
croissance et le pouvoir d'achat.
Mais dans le même temps, l'écart se creuse entre les privilégiés,
les classes moyennes et les classes populaires. Chaque mois parvient
une nouvelle information sur la rémunération des présidents des
grands groupes cotés, les parachutes dorés dont ils bénéficient
lors de leurs départs, contraints ou volontaires, leurs stock-options,
leurs retraites.
Nicolas Sarkozy, candidat, avait promis de les taxer(1). Qu'en est-il
?
Les cadres " très " supérieurs quittent leur job avec deux ou trois
ans de salaires, parfois plus.
La grande masse des cadres et des classes moyennes voit ses salaires
stabilisés avec la mondialisation.
La France est absolument contrainte à réaliser des réformes. Mais,
on l'a vu, les moyens financiers n'existent plus pour en amortir
le coût. La révolution de 1789 est née
de la crise des farines. Les événements de 1968, d'une étincelle
dans une cité universitaire de Nanterre.
Le Président et son gouvernement doivent travailler sur une réduction
drastique de la dépense publique, c'est-à-dire de la dette, et donc
des trois budgets de l'Etat, des collectivités locales et de la
Sécurité Sociale. L'hyperactivité présidentielle,
l'agitation frénétique de Jean-Louis Borloo,
la passion écologique de Nathalie Kosciusko-Morizet,
la lutte des présidentiables du Sénat pour triompher au jeu " Qui
veut gagner des millions ? ",
les quarante réformes en cours créent un brouillage des ondes où
tout devient inaudible.
Pour les Français, la seule chose qui compte au moment où la crise
économique et financière crée une angoisse bien justifiée, c'est
le maintien de leur pouvoir d'achat et l'augmentation de celui des
plus faibles.
Attention à l'étincelle. Il n'est pas toujours
vrai que le feu peine à prendre en période de crise ; et il peut
s'étendre vite dès que celle-ci semble achevée, à tout le moins
contenue.
La perte de 23 sénateurs n'est pas un signe négligeable.
(1) Rappelons les 5,6 millions d'euros
perçus par Serge Tchuruk, les 6 millions de Pat Russo et, plus récemment,
le départ du DG de Sanofi-Aventis, M. Gérard Le Fur qui, resté moins
de deux ans à son poste part avec 2,7 millions d'euros, plus une
part à négocier, plus un supplément de 150 000 euros bruts mensuels
(1 million de francs chaque mois) durant trente mois, plus des stock-options
dont le montant reste secret. On croit rêver ! 47
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Editorial Juillet 2008
Société
civile, ne jamais baisser la garde devant la société politique
Entendons-nous bien : il n'est pas question de tomber dans une critique
démagogique et populiste de la société politique, du parlementarisme,
des systèmes électifs et des hommes qui dirigent nos régions, nos
départements et nos communes.
La France, comme toutes les Nations, a besoin d'un système politique
où deux ou trois grands partis permettent d'évacuer les passions
collectives et de donner une issue à des frustrations croissantes
par des alternances réalistes. Par ailleurs, ce sont bien les
Français, chacun d'entre nous, qui élisent les parlementaires et
les dirigeants territoriaux qui nous gouvernent.
Et ce n'est pas " par défaut " que nous les élisons car c'est nous
qui, dès le départ de leur carrière, au plus petit niveau de la
commune ou du canton, les encourageons à nous représenter et à monter
de plus en plus haut pour mieux le faire.
Nos politiques sont les nôtres. L'exemple même en est
notre Président. Nous l'avons bien élu avec plus de 53 % de nos
suffrages.
Nous l'avons élu pour réformer et il le
fait.
Il est clair après douze mois de pouvoir qu'il a fait
bouger les lignes et que les 64 réformes qu'il s'enorgueillit d'avoir
lancées sont bien en cours.
Echecs, difficultés, sondages en berne n'ont pas découragé notre
Président.
La réforme de l'Etat, la révision des politiques
publiques, la modernisation du code du travail et de nos structures
économiques restent ses priorités. La société civile n'en a pas
d'autres.
Les priorités du Président sont les siennes mais, très simplement,
elle constate que les moyens de les atteindre peuvent être différents,
les méthodes autres, les objectifs mieux cernés, les étapes mieux
précisées.
C'est pourquoi, après vingt ans d'immobilisme, chacun hésitait dans
les milieux réformateurs et libéraux à critiquer le Président, son
entourage, son gouvernement et sa majorité puisqu'enfin les élections
avaient porté au pouvoir un homme et un ensemble majoritaire capables,
cette fois, de faire bouger la France.
Nous avions oublié que cet ensemble restait totalement partie intégrante
de la société politique.
Ne parlons pas ici de défauts ou de qualités mais simplement des
caractéristiques propres de cette société politique. Elles sont
connues.
Ses grands dirigeants sont des chefs de meutes qui chassent en groupe
mais restent solitaires.
Chacun d'eux croit détenir toute la vérité
et pense être seul à pouvoir l'imposer, le premier plus
que les autres.
La société politique quant à elle a un
seul objectif prioritaire : l'élection, avec un objectif
secondaire, la réélection.
D'où la nécessité de ménager la Droite et la Gauche et de se situer
à l'hyper-centre en se souciant toujours un peu plus de la critique
que de l'approbation :
- la majorité estime l'ISF stupide mais une minorité, dangereuse,
refuse sa suppression ;
- la majorité estime les 35 heures stupides, mais une minorité y
tient fermement ;
- la majorité sait parfaitement que les retraites ne seront plus
payées sans travailler quarante et un ans, mais un grand nombre
de salariés peu qualifiés, peu autonomes dans un travail souvent
répétitif ou pénible s'y opposent ;
et mille exemples de ce type peuvent être pris.
Le monde de l'entreprise, le monde syndical et associatif, les
élites que secrète spontanément la société civile ont d'autres méthodes
car elles ne vivent que de leurs résultats et non de l'élection
et de l'argent des autres.
Certes, quelques chefs d'entreprise du CAC 40 et quelques patrons
de syndicats peuvent prolonger au-delà de trois ou quatre ans des
échecs patents. Ce n'est jamais le cas des 3 millions de petits
patrons et d'exploitants.
L'échec financier, l'absence de résultats, conduisent à la faillite
ou à la déchéance.
La société politique peut, au contraire, augmenter les impôts à
plus de 50 % du revenu national ou emprunter trente ans de suite
tout en s'assurant une retraite dorée.
Les plus conscients, les plus sages, le savent et le regrettent.
Un de mes amis politique - un sage - me disait récemment :
" Nous sommes des infirmes, travailleurs,
dévoués, souvent compétents mais il nous manque un membre : la sanction.
Si nous échouons, il nous reste toujours l'emprunt ou l'impôt. "
C'est pourquoi Alain Lambert, ancien président
de la Commission des finances du Sénat a claqué la porte du Président
de la République et a rappelé la seule réforme qu'il lui semblait
indispensable de réaliser : l'inscription dans la constitution de
l'équilibre budgétaire des dépenses publiques hors investissement.
Cette inscription devant être naturellement assortie de sanctions
sans échappatoire. 46
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Editorial Mai 2008
Hyper Président ou grand patron
Dans le monde de l'entreprise, on connaît bien les conditions de réussite
d'un grand patron
- 1 avoir une vision prospective
claire,
- 2 savoir s'entourer des
meilleurs dans chaque domaine, commercial, financier, juridique, technique...,
- 3 savoir déléguer, c'est-à-dire
faire confiance, féliciter, accepter les erreurs inévitables des collaborateurs
capables de prendre des risques.
Dans le monde politique les conditions du succès sont les mêmes.
La vision prospective défendue par le candidat Nicolas Sarkozy
a séduit dès le premier tour une proportion inattendue des électeurs
- 31 % et au second tour plus de 53 %.
Certes le talent oratoire du candidat y était pour quelque chose,
comme d'ailleurs quelques discours sur le pouvoir d'achat, l'éducation
et la recherche que la situation financière ne permettait pas de mettre
en œuvre.
Il reste que, pour l'essentiel, la vision des réformes nécessaires
et l'esprit libéral qui y présidaient, étaient clairement exprimés.
C'est ainsi que les Français l'ont perçu et que malgré quelques impairs,
vite pardonnés, ils ont donné au nouveau chef de l'Etat un niveau
de confiance très élevé jusqu'en février.
Ce qui semble malheureusement aujourd'hui clair, c'est que les
deux autres conditions, le choix des hommes et surtout la capacité
à déléguer, ne sont pas au rendez-vous.
Un gouvernement se compose certes en fonction des apports personnels
de chacun pendant la campagne électorale et du poids électoral des
tendances. Mais sur les 34 ministres et secrétaires d'Etat, il
est indispensable que les postes clés soient donnés à des responsables
d'une compétence incontestable et que, pour les autres, la solidité
des membres des cabinets puisse suppléer à quelques insuffisances.
Mais là n'est pas l'essentiel.
C'est dans la délégation de pouvoirs et dans
la capacité à faire faire que l'expérience d'une année semble hélas
peu concluante.
Et l'on ne voit pas comment remédier à une situation qui est la marque
très profonde d'un caractère.
Le président, comme un grand patron, doit savoir déléguer et faire
confiance pour travailler efficacement avec une douzaine de personnes
:
- le premier ministre,
- le président du groupe parlementaire,
- le chef du parti politique majoritaire,
- les cinq à six ministres clé de l'équipe gouvernementale et
- les cinq à six membres clé de son cabinet.
Il doit savoir aussi choisir parmi ceux-ci les hommes capables
de s'abstraire du phénomène de cour pour l'informer avec franchise
sur les évolutions de l'opinion et du monde économique et politique.
La méthode de travail de notre président est très éloignée de ce mode
de gestion de l'entreprise France.
Et son caractère spontané, impulsif, fougueux, conforte sa méthode.
On ne répond pas à une grève d'enseignants, à la télévision, une heure
après la dissolution du cortège.
On ne demande pas à chaque enfant du primaire d'adopter un enfant
juif assassiné sans avoir pris le temps d'en parler à quelques responsables
concernés comme Simone Veil.
On ne décide pas la suppression de la publicité dans l'audiovisuelle
publique sans avoir décidé du financement de remplacement.
Un président de la République ne prend pas parti sur les travaux à
faire sur la ligne A du RER !
Il est vital que le Président cesse de s'occuper
de tout, ce qui a pour conséquence de brouiller les perspectives,
d'obscurcir l'horizon et de faire disparaître les priorités.
55 réformes, ce n'est ni trop ni trop peu,
ce n'est plus rien, tout simplement parce que la plupart d'entre nous
ne comprennent plus où l'on va et qu'on ne peut motiver les hommes
sans perspectives.
Le numéro du Point, daté du jeudi 29 mai 2008, consacre une vingtaine
de pages à la psychologie de notre Président. Une dizaine d'articles
à consommer avec modération car la psychanalyse n'est pas une science
exacte.
Toutefois la convergence de tous ces commentaires conduit à un constat
assez clair. 45
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Editorial Avril 2008
Il n'est pas simple de prévoir ce que
sera la situation française dans un an.
Qui aurait pu prévoir en 1957 le retour du général de Gaulle ? ou
en 1967 l'arrivée de mai 1968 ?
Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages depuis maintenant
près de trois mois.
Il peut certainement rebondir pour trois raisons :
- d'abord parce que c'est un grand professionnel,
- ensuite parce que les Français savent que la plupart des réformes
prévues sont indispensables,
- enfin parce qu'il n'existe aucune solution à gauche.
Mais quand ?
Occulter l'essentiel de sa vie privée est indispensable : c'est fait.
Revenir à une certaine distanciation dans l'exercice de la fonction
présidentielle est nécessaire : c'est en cours.
Mais attention, il risque d'y perdre du naturel et de la proximité
comme il en a déjà perdu en remplaçant des allocutions spontanées
sans notes, souvent convaincantes, par la lecture de discours préparés.
On ne change pas de personnage sans dommages.
Le problème de fonds est d'abord un problème
de pédagogie et de communication.
La pédagogie des réformes est absolument indispensable. Trop de
rapports sont pris pour des projets. Trop de projets sont annoncés
de façon imprécise et inquiétante. Trop de détails - souvent faux
- sont mis en valeur par une presse toujours prête à critiquer. Trop
de véritables réformes, fondamentales pour l'avenir, ont été noyées
par des annonces trop nombreuses.
Il faut remettre de l'ordre dans l'ensemble du projet gouvernemental
pour rassurer les Français.
Les réformes engagées sont pourtant considérables mais ne donnent
aujourd'hui que des résultats infimes :
-la réforme des régimes
spéciaux des retraites est faite. Elle a coûté cher
en concessions faites à la CGT.
On en sentira les résultats dans trois ans.
-L'autonomie des universités est votée mais
aucune méthode de sélection des étudiants n'a été mise en place et
les droits d'inscription restent nuls. La débureaucratisation du corps
enseignant n'est pas entamée.
-Le plafond fiscal à 50 % est en vigueur
mais l'impôt sur la fortune n'a pas été supprimé.
On ne sait donc pas encore si la fuite des capitaux va cesser, encore
moins si les milliers de gros revenus qui ont quitté la France ont
l'intention d'y revenir.
- La carte judiciaire a été réformée comme
la carte hospitalière le sera certainement dès cette année et sans
doute aussi la carte militaire. Les inconvénients de ces deux mesures
sont frappants ; par contre leurs avantages ne se verront que dans
les budgets 2010/2011.
- La fusion UNEDIC - ANPE est faite.
Mais la lourdeur administrative des structures ne permettra guère
une amélioration radicale de la recherche d'emploi avant un an ou
dix-huit mois.
Des réformes considérables sont en cours dans le domaine des relations
du travail et de la représentativité syndicale. - -Enfin,
les premières mesures de la révision des politiques et des dépenses
publiques sont annoncées pour le budget 2009.
Toutes ces réformes sont impopulaires dans la mesure où elles n'apportent
aucun revenu dans le portefeuille des Français tandis que la dette
publique continue d'augmenter et que les budgets de l'Etat, des collectivités
locales et de la Sécurité Sociale restent très déficitaires.
Tenir un an et plutôt dix-huit mois sur la même ligne de réforme alors
que la conjoncture économique se ressent nécessairement de la crise
monétaire mondiale, c'était une tâche facile avec 60 % d'opinion favorable,
ce sera évidemment beaucoup plus difficile avec 30 %.
D'autant qu'au malaise populaire s'ajoute
le malaise des élites économiques et politiques qui s'inquiètent d'un
mode de gouvernance peu cohérent.
Dans un pays démocratique on a besoin de partis politiques forts,
de parlementaires appuyant et contrôlant le gouvernement, d'un premier
ministre chef d'équipe et d'un Président conduisant l'ensemble.
Or, aujourd'hui, le parti politique, sans chef, est muet. Le Premier
Ministre a un rôle effacé, le président et son cabinet s'occupent
de tout sans être en prise directe, comme aux Etats-Unis, sur une
équipe gouvernementale. La troïka du pouvoir n'est pas manifeste.
L'urgence est de la rendre visible. 44
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Editorial Mars 2008
Crise
financière mondiale et élections municipales françaises
Les Français accordent une telle importance au pouvoir politique
- beaucoup plus d'ailleurs qu'à la démocratie - que la journée du
lundi 17 mars a vu la presse écrite comme la radio et la télévision,
consacrer la totalité des ses éditoriaux et la quasi-totalité de
ses premières pages aux résultats des élections municipales.
Dans la même matinée, les gouvernements américain et britannique,
la Banque Européenne, le gouvernement japonais organisaient des
réunions de crise avec leurs ministres des finances et les meilleurs
experts, pour étudier en extrême urgence les moyens de faire face
à la crise financière mondiale.
On n'attendait certes pas que la crise financière couvre la moitié
des premières pages.
Mais qu'elle soit totalement absente (à l'exception d'une colonne
sur cinq dans Le Monde) en dit long sur le nombrilisme de la presse
française.
Une crise financière mondiale.
Depuis un an, les banques et compagnies d'assurances distillent
trimestre après trimestre des informations concernant leurs risques
sur les crédits hypothécaires et les dépréciations nécessaires.
Ces entreprises ont confirmé de début février à aujourd'hui 20 mars
2008 la gravité de leur situation.
En regroupant simplement les informations financières " grand public
" données par Les Echos, La Tribune et d'autres, on évalue aujourd'hui
les pertes de ces entreprises à :
- Banques américaines 215 milliards de dollars ... 145 milliards
d'euros
- Banques européennes ... 81 milliards d'euros
- Compagnies d'assurances et de réassurances américaines
... 40 milliards d'euros
Total : 265milliards d'euros
C'est seulement aujourd'hui que l'on commence à se préoccuper de
la situation des assureurs et des réassureurs.
Ces chiffres ont peu de signification si on ne les compare pas à
d'autres grandeurs.
265 milliards c'est à peu près le total des impôts prélevés en
France par l'Etat et les collectivités locales, y compris les cotisations
sociales : 290 milliards en 2006.
Toutefois, ces chiffres ne tiennent pas compte des besoins financiers,
beaucoup plus importants, qui risquent de se produire avec les prêts
aux entreprises consentis ces dernières années à des conditions
défiant toute prudence.
Ces crédits, comme ceux de l'immobilier, ont été titrisés et ont
été à l'origine d'autres produits dérivés de ces crédits titrisés.
Si les crédits immobiliers ont donné naissance à 241 milliards de
dépréciation, il est possible que des sommes non pas équivalentes
mais supérieures apparaissent au fur et à mesure de l'année 2008
lorsque les crédits bancaires vont se réduire et laisser apparaître,
en raison de la défaillance des entreprises, les mêmes effets que
le crédit hypothécaire.
Ceci avec trois conséquences :
- une forte baisse de la valeur du dollar
passée de 1 euro en 2001 à 1,60 euro le 17 mars 2008.
- une baisse parallèle des réserves monétaires
mondiales puisqu'aujourd'hui, 60 % des réserves des banques
centrales sont en dollars contre 27 % en euros, 5 % en yens, 8 %
en francs suisses et en livres sterling réunis.
- une réduction dans l'avenir des crédits
au commerce et à l'industrie, comme de l'ensemble des
crédits à la construction.
Toutes les conditions d'une crise mondiale
sont réunies.
Certes les banques centrales savent y faire face mais à quel
prix à court terme et avec quelle perspective à moyen et long terme
?
N'oublions pas la stagnation de l'économie japonaise durant 7 ou
8 ans malgré un taux de la banque centrale voisin de 0 %.
Pourquoi rappeler la gravité de cette situation
? Tout simplement parce que le Président de la République
avait parfaitement compris dans l'année précédent les élections
que l'augmentation du pouvoir d'achat ne pouvait venir que de la
croissance et que celle-ci était totalement liée à des réformes
structurelles profondes.
La crise actuelle mondiale ne l'y aide pas.
Peut-il encore réaliser ces réformes dans le contexte d'impopularité
qui est le sien et après des élections municipales qui ont montré
un évident virage à Gauche et, plus encore, une désaffection certaine
du corps électoral manifesté par l'abstention ?
Nicolas Sarkozy a montré dans le passé qu'il était un formidable
" animal " politique. Il a bien sûr parfaitement compris d'où venait
sa baisse de popularité. La pente ne sera pas facile à remonter
mais elle peut l'être.
On ne peut que souhaiter sa réussite car il n'existe aucune autre
solution à moyen terme.
Soutenir le Président et le gouvernement,
c'est soutenir les réformes indispensables pour adapter la France
à la concurrence internationale, réduire la dette et le chômage
et reprendre avec l'équilibre budgétaire les moyens de relancer
l'investissement.43
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Editorial Février 2008
Après
huit mois de gouvernement les Français sont-ils mécontents ? Oui.
Une série de sondages portant sur deux périodes successives de 2
et 3 semaines a constaté une chute de confiance envers le Président
de la République, variant de 15 à 20 %.
A ce stade, il est absolument inutile - et dangereux - de mettre
en avant des explications du type
- " les réformes engagées n'ont pas encore donné de résultats ",
- " la presse est responsable d'une campagne sur le pouvoir d'achat
sur lequel le Gouvernement n'a pas de prise ",
- " les médias sont responsables d'une exposition excessive de la
vie privée du Président "...
Ces explications valent ce qu'elles valent : bien peu de choses.
Il y a deux raisons et deux raisons parfaitement
claires à la chute de la côte de confiance du Président :
1. les axes essentiels du projet de réforme présidentiel sont
devenus quasiment illisibles en moins d'un mois. Trop de réformes
tuent la réforme ;
2. la vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français
comme très éloignée de la leur.
Le projet de réforme présidentiel est devenu quasiment illisible
en un mois.
Lors de notre dernier éditorial, nous avions voulu montrer
l'importance et la cohérence des réformes autour de douze lois ou
décrets pris en 2007 et de six chantiers dont on savait qu'ils allaient
s'ouvrir dès le premier trimestre 2008.
Cela faisait déjà beaucoup et nous avions bien noté que toutes ces
mesures étaient parfois incomplètes et constituaient de simples
cadres à remplir ultérieurement.
Deux éléments ont depuis brouillé les cartes
au lieu d'éclaircir le paysage : la conférence de presse du Président
et le rapport Attali.
Au cours de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a fait un exposé
trop long - près de 50 minutes - en ne laissant aux journalistes
que le même temps, ce qui était insuffisant lorsqu'on invite 300
personnes. 20 questions posées équivalent à 280 personnes frustrées.
De plus, sur le fonds, le discours du Président a été peu compréhensible.
Les Français sont prêts à accepter toutes
les réformes si elles sont clairement exprimées autour d'idées fortes
qui les concernent clairement :
- comment améliorer leur situation et leur revenu,
- comment améliorer le destin de leurs enfants :
- Diminuer un endettement insupportable qui conduit bientôt à faire
du paiement des intérêts le premier budget de l'Etat et interdit
les investissements productifs (l'Etat en faillite).
- Augmenter les salaires et réduire massivement le chômage en conduisant
une vraie politique de croissance à 3 % ou plus (la réforme aujourd'hui
pour la croissance demain).
Tous les chefs d'entreprise savent bien que, pour faire adhérer
l'ensemble des salariés à une politique, il faut et il suffit d'expliquer
longuement et clairement les axes de cette politique, de répéter
ces explications et de montrer les perspectives positives attendues.
Au lieu de cela, nous avons entendu des propos relativement hétéroclites
que, sur les conseils d'Henri Guaino, le président a articulé autour
d'un thème intellectuel particulièrement fumeux " La politique de
civilisation ".
Citer Victor Hugo, Jaurès, Blum, Mendès-France, Pinay ou de Gaulle
est toujours utile.
Citer Edgar Morin, intellectuel particulièrement abscons, ancien
communiste resté résolument socialiste, auteur récent de trois volumes
hermétiques destinés à montrer que notre société est complexe et
que, par conséquent, aucune solution n'est simple, c'est courir
à la catastrophe.
Pour afficher un haut niveau de réflexion philosophique et sociologique,
M. Guaino aurait peut-être intérêt à s'appuyer davantage sur Alexis
de Tocqueville que sur Edgar Morin.
L'idée " pompeuse " de politique de civilisation
est à cent lieues des préoccupations des Français et notamment des
cadres qui ont massivement voté Sarkozy :
réduire la dette pour pouvoir investir,
augmenter la croissance pour augmenter le pouvoir d'achat.
Enfin est arrivé le rapport Attali : " 300 décisions, autour
de 20 réformes fondamentales ".
Et là, le Président a commis une erreur
certaine en indiquant qu'il approuvait d'emblée l'ensemble
du rapport et qu'il en mettrait en œuvre l'essentiel. C'était
la phrase de trop.
D'abord parce qu'un rapport s'étudie avec d'être approuvé ou critiqué.
Ensuite, parce qu'aucun rapport n'est à prendre ou à laisser dans
sa totalité.
Enfin parce que l'ensemble des réformes doit correspondre dans un
pays démocratique non pas à un rapport de techniciens, quelle que
soit sa valeur, mais à un programme électoral et à une majorité
parlementaire.
Jacques Attali n'a strictement aucune légitimité à dire que son
rapport est à prendre ou à laisser. C'est au Président et au Parlement
de prendre et de laisser ce qui leur semble souhaitable.
La vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français décalée
et très éloignée de la leur.
Les Français - contrairement aux Américains
et aux Anglais - ont la sagesse, en règle générale, d'autoriser
leurs dirigeants politiques à avoir la vie privée qu'ils souhaitent.
Peu de gens se seraient préoccupés d'une liaison du Président avec
telle ou telle femme : c'est son choix.
Par contre, ce qui n'est pas passé, c'est la rapidité d'une part,
l'affichage de l'émoi amoureux et du coup de foudre d'autre part.
Les turbulences de son second mariage et l'annonce impromptue du
divorce ont déjà surpris. Le " coup de foudre " et le remariage
trois mois plus tard ont semblé à beaucoup un
signe de jeunesse inquiétant.
C'est sans doute cette question de la vie privée qui empêchera -
combien de temps ? la remontée de la confiance, quelle que soit
l'efficacité de la politique présidentielle.
" Amour, sur ma vertu prends un peu moins d'empire ", faisait dire
Corneille à Eurydice.
Un disque va sortir. Mille journalistes vont reprendre les paroles
de chansons qui, comme toutes les chansons, parlent d'amour.
Qu'il le veuille ou non, quelles que soient les précautions prises,
le Président s'installe pour un an dans un maelström médiatique
où vaudeville et show-biz, vont nécessairement chevaucher en permanence
la politique économique et sociale. Elle risque de passer au
second plan et de devenir inaudible, comme les deux derniers discours
sur l'Europe et sur la politique des banlieues.
Dans le monde qui est le nôtre, le vrai
pouvoir appartient aux médias.
Quel dommage !
Pour la première fois depuis l'arrivée
du Général de Gaulle et le plan Rueff-Pinay, un président faisait
bouger les lignes. Son bilan en neuf mois était déjà considérable.
Une série de réformes réputées impossibles était lancée :
- les régimes spéciaux de retraite,
- le droit du travail et la fin du contrat par consentement mutuel,
- le maintien des jeunes de 16 h 30 à 18 h 30 pour les devoirs à
l'école,
- la réduction forte du nombre des fonctionnaires,
- un début d'autonomie des universités, etc.
Les ministres et leurs cabinets avaient des feuilles de route
précises.
Une vague législative et surtout une impulsion politique très forte
était donnée.
Il est évident que Nicolas Sarkozy ne va
rien abandonner de sa stratégie dans les mois qui viennent. C'est
avec anxiété que nous attendons la suite... en misant sur le talent
politique indéniable de notre Président. 42
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Editorial Décembre 2007
Bilan de l'année 2007 et de sept
mois de gouvernement
Les douze années de présidence de Jacques Chirac ont été si routinières
que le contraste avec les sept premiers mois de gouvernement Sarkozy
en est presque... aveuglant.
Douze grandes réformes ont été réalisées, sept d'entre elles sont
partielles ou incomplètes.
Douze grandes réformes...
1. Les deux lois de juillet et de décembre
2007 sur les heures supplémentaires et le rachat des RTT
correspondent bien à l'idée simple et vraie que pour gagner plus il
faut travailler plus. La critique constatant que les entreprises sont
libres ou non de donner des heures supplémentaires reste juste. Mais
on constate déjà que sur les fameux " 14 milliards de cadeaux fiscaux
", près de six milliards concernent ces heures supplémentaires. C'est
donc que la mesure a été très efficace.
2. La loi sur l'exonération des intérêts
des emprunts pour l'accession à la propriété est également
une excellente mesure. C'est un relais plus efficace et plus juste
qui devrait se développer avec la diminution vraisemblable des niches
fiscales Robien et Borloo.
3. Le plafonnement de la fiscalité personnelle
à 50 % du revenu doit permettre de freiner considérablement
les sorties du territoire provoquées par l'impôt sur la fortune.
Rappelons que cette fuite de capital est de l'ordre d'un milliard
d'euros par an.
Si on la diminue de moitié ce sera déjà un très beau résultat.
4. La suppression des droits de succession
pour 80 % des ménages est une excellente mesure.
Il ne faudrait pas aller plus loin car le maintien de droits sur les
successions importantes est une mesure qui allie justice et efficacité
aux yeux de tous les gouvernements de philosophie libérale.
5. La réforme des régimes spéciaux de retraite
permettra d'économiser environ 5 milliards d'euros par
an, ou plus exactement 4, car les compensations obtenues par les bénéficiaires
de ces régimes sont de l'ordre de 1 milliard. L'essentiel était d'unifier
le système. Des réformes ultérieures seront alors plus faciles à prendre.
6. La réforme de la carte judiciaire était
indispensable. Elle a été menée tambour battant.
Restent à prendre toutes les mesures d'aménagement pour une application
juste et proche des citoyens.
Il faut saluer le courage du ministre qui a affronté toutes les professions
judiciaires.
7. L'autonomie des universités était
une mesure strictement indispensable.
Chacun sait qu'actuellement toutes les écoles, grandes moyennes ou
petites, permettent mieux l'accès à l'emploi que des universités surpeuplées,
encombrées de faux étudiants et paupérisées...
Il était plus que temps d'adopter cette réforme pour redonner un minimum
de valeurs aux diplômes universitaires, en tout cas aux diplômes des
meilleures universités puisque la concurrence va enfin s'établir.
8. Une première réforme du Code du travail
est passée un peu inaperçue parce qu'elle a consisté à
réécrire les textes avec obligation de rendre la loi accessible et
intelligible.
Certains textes passent du domaine législatif au domaine réglementaire.
On s'apercevra dès l'an prochain de son importance. Cet énorme travail
qui porte sur plus de 2 500 pages n'attendait que le gouvernement
pour être examiné au Sénat puis à l'Assemblée.
9. La réforme des minima sociaux a
été engagée sur un plan expérimental par la création du Revenu Social
d'Activité (RSA) dans vingt-sept départements.
Cette réforme est fondamentale car elle touche environ 1,2 million
d'allocataires.
10. Un petit début de réforme de l'assurance
maladie a été engagé avec une franchise très limitée et
plafonnée annuellement.
11. La fusion des Assedic et de l'ANPE est
prête, elle sera examinée au parlement le 8 janvier 2008.
12. L'obligation d'un service public minimum
en cas de grèves.
Cette réforme est pour l'instant une simple loi cadre qui demande
un règlement détaillé pour chaque entreprise nationale concernée.
Elle devrait aussi être étendue à l'école et sans doute à d'autres
secteurs.
Douze grandes réformes... parfois incomplètes
Il s'agit bien sûr des trois précédentes, mais aussi de réformes qui
passent pour achevées alors qu'elles constituent de simples cadres:
Les régimes spéciaux de retraite devront
nécessairement subir d'autres adaptations en même temps d'ailleurs
que le régime général.
Elles seront plus faciles puisque les règles de base sont maintenant
admises.
La carte judiciaire a été réformée
non pas, comme on l'a dit, à la hussarde, mais selon un schéma général
que pratiquement tous les ministres précédents avaient approuvé.
Il reste que l'application va demander un travail intense et continu
durant au moins deux ans.
L'autonomie des universités n'aura
jamais aucun sens si elle n'est pas accompagnée d'un minimum de sélections
et d'un coût d'inscription significatif.
Les étudiants considèrent comme normal de payer un permis de conduire
1 500 euros ou plus, et scandaleux de payer 150 euros pour être admis
à tous les avantages de l'enseignement supérieur !!!
La fusion des Assedic et de l'ANPE
regroupe deux monstres bureaucratiques peu efficaces.
Il reste d'ailleurs à côté les missions locales et diverses associations
qui tentent de pallier à ces insuffisances.
C'est tout le système qui doit être revu car le chômage ne baissera
pas d'un iota avec cette fusion.
Six chantiers essentiels sont ouverts : ils seront
conclus en 2008
1. La réforme institutionnelle. Le
comité présidé par Edouard Balladur a remis ses conclusions. Elles
feront l'objet en 2008 d'un texte qui devrait en retenir l'essentiel
avant d'aboutir à une réforme constitutionnelle à Versailles.
2. La réforme de l'Etat. Pour
la première fois, celle-ci n'a été confiée ni à un secrétariat d'Etat,
ni à un ministère, mais à la Présidence de la République, le Secrétaire
général de l'Elysée, Claude Guéant en portant le poids.
C'était la seule condition pour que cette réforme éternellement repoussée
voit enfin le jour.
Vingt-six équipes d'auditeurs mêlant des hauts fonctionnaires et des
cabinets privés ont passé en revue l'organisation et les missions
de huit ministères avant la fin novembre.
Tous les autres services publics sont en cours d'examen avec l'objectif
de terminer en mai/juin. Un premier conseil de modernisation des politiques
publiques a eu lieu en décembre. Deux autres suivront.
L'essentiel de la réforme sera connu en juin et le budget 2008
sera fondé sur ces nouvelles données.
3. La compétitivité française et le rapport
de Jacques Attali.
Le Président de la République a souhaité que cette étude soit très
étendue, couvre tous les aspects de la compétitivité y compris les
aspects sociaux et culturels pour aboutir à un rapport ayant la même
importance que le rapport Rueff-Armand demandé par le Général de Gaulle
en 1958.
Il faut évidemment attendre pour en mesurer l'importance et le caractère
pratique.
4. La modernisation du marché du travail.
Dans ce domaine, c'est le MEDEF et les principaux syndicats de salariés
qui ont commencé à travailler avant la présidentielle. Ce travail
a été poursuivi toute l'année sachant que le Président de la République
estimait indispensable d'aboutir à un accord fin 2007 début 2008.
En effet, c'est de la fluidité du marché du travail que dépend
en grande partie la baisse du chômage.
Tous les exemples étrangers le montrent.
Or, à la dernière réunion du 7 décembre, tous les syndicats pensaient
qu'un accord était possible sous un mois.
5. La politique du logement.
Là encore, le retour à une véritable économie de marché, la réforme
du système HLM et la libération d'une offre foncière abondante sont
les conditions du développement de la construction.
Dans un discours prononcé à Vandoeuvre courant décembre, le Président
de la République a tracé les grandes lignes de la réforme.
La réécriture complète du Code de l'urbanisme ne se fera pas avant
2009. Mais plusieurs réformes de l'urbanisme opérationnel et du secteur
HLM seront réalisées en 2008.
6. Un plan Marshall pour les banlieues.
L'intention est évidemment plus que louable, la réalité semble pour
l'instant... extrêmement limitée.
Le problème de nos banlieues, et des zones urbaines sensibles, est
d'une extrême gravité.
On en connaît toutes les données depuis vingt-cinq ans.
La dernière émeute de Villiers-le-Bel où, pour la première fois, au
moins cinq criminels ont utilisé des armes à feu et blessé des CRS
et des gendarmes ont rappelé l'urgence du problème. Nous avons déjà
dans d'autres chroniques longuement évoqué les questions à traiter.
Il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui on en est très loin.
Deux contre-réformes ne peuvent avoir que des conséquences
négatives et graves
1. Le Grenelle de l'environnement.
Qu'il faille sacrifier à la pensée politiquement correcte, aux grands
mouvements d'opinion et à la pression médiatique pour se faire élire,
c'est une chose.
Qu'il faille y céder est une autre chose.
Nous ne pensons d'ailleurs pas que le Président de la République et
son gouvernement ont tout cédé devant la vague de l'écologisme médiatique.
Au contraire, il nous semble qu'avec beaucoup de prudence, la plupart
des " décisions " ont été transformées en " orientations " qui
seront revues et appliquées avec prudence dans le temps. Il reste
qu'en donnant la parole principalement aux adeptes du principe de
précaution et à des associations qui ne réalisent aucun travail scientifique
sérieux, le gouvernement peut se diriger dans des voies sans issues.
C'est un peu le cas de la loi sur le droit opposable au logement votée
sans aucune réforme du système HLM et se heurtant tout simplement
à l'absence de logements.
Faudra-t-il demain acheter une grande partie de nos semences et même
de notre nourriture à l'étranger parce qu'on aura bloqué la modernisation
de notre culture ?
La partie principale de la réduction des gaz à effet de serre vise
le bâtiment et les transports.
Dans ces deux domaines, les objectifs ne tiennent aucun compte
des prix.
Or chacun sait que, pour parvenir à une très forte réduction de la
facture énergétique, le coût du bâtiment doit augmenter d'environ
25 %.
A un moment où le marché du logement est saturé par la hausse des
prix des huit dernières années, qui paiera ?
Pour ce qui concerne les transports, chacun sait que le transfert
de la route vers le rail est un mythe absolu et que le coût en est
rédhibitoire.
2. La suppression du dépôt de garantie versé
lors de la signature d'un bail.
La mauvaise tenue du marché de l'investissement immobilier
qu'il faut sans cesse relancer par des mesures de niches fiscales
plus ou moins arbitraires (Périssol, Besson, Robien, Borloo) tient
essentiellement au fait que cet investissement est d'abord risqué
et ensuite peu rentable.
En une seule année, 90 à 100 000 décisions de justice sont prononcées
pour expulser un locataire. Sur ce total, environ 25 000 accords amiables
interviennent et 9 500 expulsions sont réalisées.
Pour tous les autres, soit le chiffre considérable d'environ 60 000,
la procédure peut s'éterniser. Elle dure en moyenne deux ans, parfois
cinq ans ou davantage.
Chaque propriétaire ayant connu ce type de difficulté et de procédure
en parle à dix autres et en décourage autant. Le dépôt de garantie
a d'ailleurs un aspect très bénéfique pour le locataire. Lorsqu'un
problème intervient sur quelques semaines, et même sur un mois ou
deux, le propriétaire cherchera un accord amiable et une solution
d'étalement avant de renvoyer le locataire sachant que le dépôt de
garantie lui évite de tout perdre.
Même les formules de Locapass et de fonds de solidarité logement qui
mutualisent ce dépôt ne sont souhaitables que si le propriétaire perçoit
directement la somme demandée.
Sinon, dans un marché dominé par la rareté, on sait bien que le propriétaire
s'arrangera toujours pour obtenir un faux dépôt de garantie : deux
mois de loyer d'avance, dessous de table, argent au noir, préférences
pour les fonctionnaires ou les gros salaires etc... Ce sont toujours
les plus pauvres qui en pâtiront.
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Editorial Novembre 2007
Politique
de la rustine et exigence de vérité.
1 - Un début de retour d'inflation pose le problème du pouvoir
d'achat.
Jacques Marseille qui refuse d'édulcorer sa pensée pour quelque raison
que ce soit a publié récemment dans Le Point (15/11/2007) un excellent
éditorial intitulé " La politique de la rustine ".
Il dénonce ainsi les multiples rallonges de subventions - et donc
d'impôts - que l'Etat se sent obligé de faire lorsque des manifestations
" un peu rugueuses " se produisent : les marins pêcheurs, la
SNCF et les étudiants hier, les fonctionnaires aujourd'hui.
" Cette politique de la rustine, dit-il, légitime les rapports
de force parce qu'elle fait croire à tous les Français que ces manifestations
violentes suffisent pour décrocher de l'Etat Père Noël les millions
et les milliards qui devraient faire l'objet d'expertise un peu plus
raisonnée. "
Qui pourra demain condamner ces minorités qui bloquent l'université,
les transports, les tribunaux...
" Qui pourra croire que l'Etat est en faillite s'il peut en quelques
heures débloquer des sommes qui ne sont pas si dérisoires. "
Sachant par ailleurs que tous les prix vont augmenter puisque non
seulement le pétrole mais toutes les matières premières, notamment
agricoles, sont emportés par le mouvement de hausse.
Ce mouvement inévitable est par ailleurs très heureux puisqu'il traduit
l'accès de la Chine, de l'Inde et de toute l'Asie à la consommation
dont profitait hier uniquement l'Occident.
Et Jacques Marseille conclut : " Aux indications de long terme
que donne le marché, il n'est en fait qu'une seule réponse possible
et légitime : répercuter dans le prix de vente les coûts de revient
qu'ils sont amenés à subir du fait de cette nouvelle donne mondiale.
L'Etat ferait mieux de changer les pneus fatigués plutôt que de s'acharner
à la pose de rustines."
2 - Une seule réponse, réduire la dépense publique et le coût
des monopoles.
Mais comment, alors, augmenter le pouvoir d'achat si tous les prix
de détail, et notamment les prix les plus courants - alimentation,
habillement - s'envolent ?
Il n'y a bien sûr qu'une seule réponse : réduire le coût de l'Etat,
des collectivités locales, des monopoles et des ententes.
La France est littéralement " shootée " à
la dépense publique : équipements fastueux, grands stades,
grandes bibliothèques, grands opéras, grands théâtres publics, grands
festivals, grandes manifestations, grandes fêtes, grandes réceptions,
grands travaux, grands musées, rien n'est jamais trop grand pour l'Etat,
pour nos maires et présidents de régions et de départements.
De plus, les Français qui n'ont guère de
formation économique réclament partout la gratuité au nom de la culture,
du loisir et du plaisir. Pour les vieux, pour les jeunes,
pour les familles nombreuses, pour les familles monoparentales, pour
les handicapés, pour toute catégorie signalée par quelques désavantages...
autrement dit, pour tous.
Ils oublient naturellement que la gratuité n'existe pas et que
tout a un coût.
Ce coût se retrouvera naturellement dans la TVA, dans la CSG et autres
RDS, dans les taxes pétrolières, dans la taxe d'habitation ou tous
autres impôts qui sont finalement beaucoup moins payés par les riches
que par la totalité de la population, même si elle l'ignore.
En outre, il est clair que certains secteurs sont dans une situation
de monopole ou d'entente et ignorent ce qu'est la concurrence.
C'est aussi le cas de toute une série de professions réglementées
qui vont du notariat aux auto-écoles, en passant par une foule d'entreprises,
d'agences publiques et d'administrations qui ne vivent que de normes
et de réglementations.
Beaucoup attendent avec impatience le rapport Attali sur les blocages
de la croissance en espérant que le Gouvernement portera ensuite le
fer sur les obstacles recensés.
En attendant, le Président de la République n'a pas voulu d'un budget
de rigueur au moment où les réformes de base allaient être réalisées,
c'est-à-dire fin 2007 et courant 2008. Sa position est parfaitement
compréhensible.
Mais le budget 2009 devra absolument montrer
aux Français que l'on ne peut pas avoir à la fois plus de pouvoirs
d'achat, plus d'Etat et plus de collectivités locales.
L'année 2009 sera l'année de la rigueur.
C'est maintenant qu'il faut commencer à en faire la pédagogie.
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Editorial Octobre 2007
Le réveil difficile de la
belle endormie.
C'est la France notre belle endormie.Elle
est restée très belle. Les étrangers l'adorent et les Français s'y
sentent finalement très bien sauf, sans doute, 15 % de ménages dont
les revenus sont trop bas pour suivre le train de la vie sociale
courante.
Certes, le niveau de vie n'augmente plus que très faiblement.
Certes, notre belle endormie ne se soucie guère des dettes qu'elle
laisse à ses enfants.
Mais enfin, tout cela ne paraissait pas encore assez dramatique
pour angoisser la population.
L'inquiétude régnait, sans plus.
Il a fallu les années Chirac marquées par une exceptionnelle
inaction, l'échec du référendum européen, la révolte des banlieues
en octobre 2005, la réelle stagnation du pouvoir d'achat pour que
les Français décident d'un véritable changement politique.
Ce changement s'est incarné dans l'élection
de Nicolas Sarkosy.
Sous une forme certes très différente, le vote pour Ségolène
Royal et la forte baisse de l'extrême gauche dénotaient aussi ce
désir de changement.
Et maintenant qu'il est là, on mesure tout
ce qui est à faire, on s'effraye de l'étendue des réformes nécessaires,
on s'angoisse des délais et l'on s'interroge déjà sur les résultats
des premières mesures avant même leur parution au Journal Officiel.
Car il faut s'attaquer à tout à la fois .
- Au déficit de l'assurance maladie,
- Au déficit actuel des régimes spéciaux et à celui, programmé,
du régime général des retraites,
- A l'endettement dont les intérêts représentent le second budget
de la Nation
- Au déficit budgétaire
- Au chômage de masse et au faible taux d'activité de la population
en âge de travailler
- Aux contrats de travail et à l'ensemble du droit du travail
- A l'investissement des entreprises en très forte baisse depuis
dix ans
- A la productivité de la Fonction Publique
- A l'excès des importations provenant de pays hors de tout contrôle
social
- A la politique agricole commune
- A l'intégration des immigrés de la première ou de la deuxième
génération
- A la rénovation de tout l'urbanisme des banlieues massacrées dans
les années 1955/1980
- Au financement des universités et de la recherche
- A l'organisation du primaire pour empêcher 20 % des enfants d'arriver
au collège sans la maîtrise de l'écriture et de la lecture.
Et tout cela, dans un cadre international toujours aussi difficile
avec les risques des nouveaux états nucléaires (Corée du Nord, Pakistan,
Iran), de la puissance grandissante de la Chine, du risque pétrolier
mondial, d'une immigration incontrôlable tant que les problèmes
de la pauvreté africaines et asiatiques ne seront pas résolus.
Et voilà pourquoi la presse, toujours submergée par le court
terme et l'émotion titre chaque matin : mais que fait Sarkosy ?
Sarkosy va trop vite et veut tout faire
à la fois.
Sarkosy va trop lentement, il parle mais
n'agit pas.
Sarkosy réforme les apparences mais ne
s'attaque pas aux réalités financières.
Sarkosy touche à tout mais ne règle vraiment
rien.
Sarkosy décide de tout sans consulter...
mais non, Sarkosy laisse trop de liberté au Parlement qui ralentit
ou modifie trop les textes.
Les libéraux le jugent dirigiste et les dirigistes libéral.
La droite le juge trop sensible à l'ouverture vers la gauche
et l'écologie,
la gauche le voit " débaucheur et électoraliste ".
Eh bien, fort heureusement, l'homme paraît
blindé. La ligne politique qu'il poursuit semble très claire, on
peut l'approuver ou la critiquer mais elle est cohérente :
c'est celle d'un excellent connaisseur de la vie politique qui sait
que les réformes échoueront si elles ne sont pas bien adaptées aux
circonstances.
C'est " l'anti Turgot ". Turgot nommé Ministre des Finances par
Louis XVI avait dans ses cartons dix projets de réformes tous plus
importants les uns que les autres. Il n'en a réalisé qu'une et a
du quitter son poste très vite car ses projets ne pouvaient être
imposés dans une année de disette en pleine révolte des farines
et sans l'appui ou du moins la neutralité du peuple et des classes
intermédiaires.
Nous sommes dans un régime démocratique où la réforme ne se fait
pas sans un certain consensus populaire car les techniques de blocage
sont nombreuses, pour ne pas dire innombrables si l'opposition se
sent soutenue par la majorité et si elle les utilise toutes :
le Conseil d'Etat, le Conseil Constitutionnel, le Parlement et l'obstruction
technique des amendements sans oublier l'essentiel : la rue.
Il est vain de recommander à la Presse,
prudence, sagesse et raison.
Le dernier numéro de l'Expansion est un bon exemple de l'énervement
médiatique.
Rédigé le 15 octobre 2007, c'est-à-dire sept semaines après les
quinze jours de vacances du gouvernement, il rédige déjà un cahier
spécial sur le bilan provisoire de Sarkosy commenté par François
Hollande, François Bayrou et Jean-Pierre Raffarin.
On ne saurait prendre plus de recul et choisir des commentateurs
plus objectifs !!!
Peut-on vraiment juger une politique, et surtout dans un climat
aussi nouveau avant au moins un an de travail complet, septembre
2007/septembre 2008 ?
Pour notre part, nous traiterons une par une les solutions mises
en œuvre au fur et à mesure que les questions sont posées mais en
nous gardant d'une appréciation générale ...... sauf si ...39
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Editorial septembre 2007
Pour une juste mesure du temps.
Dans toute action humaine il y a un temps pour la préparation, un
temps pour l'action, un temps pour la réponse, un temps pour l'analyse
des résultats.
Le Président de la République en parlant du prochain budget a évoqué
ces quatre temps.
2008, a-t-il souligné, sera une année de transition car on ne refait
pas en six mois le budget d'un Etat accoutumé depuis maintenant trente
ans au laxisme et au déficit.
De plus, la réforme est déjà difficile à faire passer dans un pays
où chacun la souhaite pour les autres mais jamais pour soi. Elle ne
peut être accompagnée en même temps d'un plan de rigueur trop strict.
2009, sera la première année fondée sur un
budget entièrement nouveau préparé par tout un travail d'audit conduit
ministère par ministère.
C'est cette année-là que l'on pourra juger début 2010.
Mais qu'il est difficile d'échapper à l'agitation du microcosme qu'évoquait
Raymond Barre et à la fébrilité de la presse quotidienne qui donne
toujours l'image d'un nid de fourmis agité par la hure d'un sanglier.
Tandis que les uns critiquent l'agitation
excessive du nouveau président, les autres regrettent déjà le 30 septembre
que les résultats ne soient pas au rendez-vous !!!
La réforme d'un Etat moderne, c'est le rocher de Sisiphe
!
Chacun de nos codes compte mille à deux mille pages. En outre, chacun
d'eux se croise avec les codes voisins.
Dans le domaine de la construction il en est au moins trois : le code
de l'urbanisme, le code de l'environnement, le code de la construction.
Il faut en rajouter deux autres : le code civil et le code des collectivités
locales car celles-ci ont maintenant tout pouvoir en matière d'urbanisme.
La mécanique législative est d'une extrême complexité, qu'il n'est
d'ailleurs pas toujours souhaitable de réduire car c'est aussi une
des conditions de la démocratie, de la protection du droit des
citoyens, de la protection de l'opposition.
Il fallait que l'équipe de Nicolas Sarkozy
soit déjà formidablement organisée pour avoir pu traduire dans la
réalité, c'est-à-dire dans des décrets d'application, une bonne dizaine
de mesures législatives extrêmement lourdes prises entre le 3 juillet
et le 5 août par un Parlement convoqué en session extraordinaire.
Et l'on ne mesure pas l'étendue du travail effectué dans
chaque ministère alors que toutes les équipes n'ont eu que cinq semaines
depuis les vacances.
L'action de Christine Boutin, ministre du logement, qui a vu et revu
en septembre la totalité des leaders de la profession (plus de 30
syndicats professionnels et combien d'experts !) et bien avancé la
réflexion sur sept à huit réformes importantes de l'urbanisme et de
la construction en est un bon exemple.
La précipitation est la plus mauvaise des solutions.
Comme les législations de circonstance nées d'une émotion populaire
aussi compréhensible que dangereuse. Imaginons la rentrée et que
les étudiants soient dans la rue, leurs droits d'inscription ayant
été augmentés librement par chaque université! Aurait-on pu lancer
dans ces conditions la réforme des régimes spéciaux ?
La phrase de François Mitterrand " Laissez du temps au temps " est
véritablement entrée dans la conscience populaire encore qu'elle ait
bien mal servi puisqu'elle a laissé au temps le temps de ne rien faire.
Ayons au moins la patience de laisser à Nicolas
Sarkozy les quinze mois qui viennent pour entreprendre ce que nous
pourrons juger en 2009 qui marquera le vrai bilan de la réforme.
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Editorial
Juillet 2007
Fin du tout politique, début des réalités : combattre le Diable
dans les détails.
Depuis septembre 2006, les Français ont signifié à leurs dirigeants
qu'ils croyaient au retour de la politique et à la possibilité d'y
trouver une solution à leurs intérêts individuels par le biais de
l'intérêt collectif.
Pour parler simple, ils ont dit haut et clair que la politique
pouvait servir à quelque chose.
Et ils ont voté pour un président élu avec 53 % des voix et le taux
de participation le plus élevé depuis 40 ans.
De plus, deux mois après le second tour des présidentielles, tous
les sondages accordent au gouvernement un niveau de confiance de l'ordre
de 65 %. Ce sont des conditions exceptionnelles
pour réussir une véritable politique de rupture et de réformes dont
une grande majorité de Français sent qu'elle est nécessaire.
Mais c'est le 3 juillet, ouverture de la session spéciale du Parlement,
que tout commence.
Car tout commence vraiment lorsqu'il y a projet de loi, puis décrets
d'application, puis circulaires, puis réalités administratives.
Le Diable se cache dans les détails à tous ces niveaux.
- D'abord le projet de loi.
De l'idée développée dans un discours électoral au projet, la distance
est souvent grande.
Le projet lui-même doit s'assurer de trois conformités : avec les
textes et la jurisprudence du Conseil d'Etat, avec la jurisprudence
du Conseil Constitutionnel, avec les directives européennes et la
jurisprudence de la Cour de justice.
Ce n'est pas une mince affaire.
- Après passage en commissions et vote de
l'Assemblée, les décrets d'application se font toujours attendre.
Certes, l'administration peut être pressée, voire bousculée et contrainte
mais cela prendra toujours quelques mois plutôt que quelques semaines.
- Enfin viendra le temps des circulaires
d'application afin que chacun sache au niveau des départements et
des communes, comment les textes doivent être interprétés et appliqués.
On le voit, tout cela est un travail redoutable et l'énergie inlassable
déployée par notre nouveau Président ne peut hélas en aucun cas remplacer
les centaines ou plutôt les milliers de prudences et de temporisations
locales.
C'est tout un pays qu'il faut mettre en mouvement et 25 ans de
mitterrandisme et de chiraquisme ne nous ont guère habitués à l'ardeur,
à l'audace et à la détermination.
Et c'est pourtant à cette seule aune que pourra être jugée l'action
présidentielle et législative. 36
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Editorial Juin 2007
Le
Parlement et la société civile dans un paysage politique entièrement
nouveau.
Le Parlement élu les 10 et 17 juin 2007 comptera une majorité de
plus de 400 députés, moins de 160 pour l'opposition. Ce phénomène
est entièrement nouveau, même si en 1968 la majorité issue de
la dissolution était presque aussi forte.
Quelles que soient les interprétations de ce vote, et notamment
du taux d'abstention, il est clair qu'il s'agit d'un soutien
total au programme et à la personne du Président de la République.
Si les abstentions ont été fortes, elles confirment que les Français
loin d'être inquiets par la personnalité très volontariste de Nicolas
Sarkozy lui donnent en quelque sorte un blanc-seing en disant :
" Nous ne sommes peut-être pas vos partisans mais nous acceptons
de tester une autre politique, la vôtre. "
Ce vote " présidentialiste " nous fait
entrer dans un autre régime, le régime présidentiel.
Nous pensons, pour notre part, qu'il s'agit d'une très bonne orientation
mais à deux conditions :
- que le Parlement joue son rôle,
- que la société civile sorte de la faiblesse qui est la sienne
en France.
Le Parlement d'abord.
450 députés (chiffre probable, le 11 juin, jour où cette lettre
est rédigée) c'est évidemment une majorité très hétérogène.
On y trouve des hommes de tradition planificatrice et constructiviste
qui ont fait leur carrière politique au début d'un gaullisme marqué
par la puissance de l'Etat, de la haute fonction publique et de
l'ENA.
Ces hommes sont souvent plus proches d'une partie du parti socialiste
que de la droite traditionnelle.
Un deuxième groupe de parlementaires est au contraire de tradition
libérale, certains venant du giscardisme et d'autres de l'UDF.
Deux inter-groupes parlementaires représentaient bien cette tendance
: Les Réformateurs animés par Hervé Novelli et Génération Entreprise
animée par Jean-Michel Fourgous.
Un troisième groupe de parlementaires vient de la démocratie
chrétienne : il s'agit d'une bonne partie de l'UDF ralliée à
l'UMP par Pierre Méhaignerie et du nouveau centre qui a quitté François
Bayrou.
Un petit nombre de députés représentent encore une quatrième
tendance : celle qui s'était vivement opposée au traité de Maastricht
et qui avait animé le NON au référendum sur la constitution
européenne. Ils sont peu nombreux mais représentent une vraie tendance
politique.
Enfin un cinquième groupe se revendique sinon de gauche du moins
" du très social " : il va des amis de Philippe Seguin hier
à Christine Boutin aujourd'hui.
S'ajoutent à ce panorama d'autres clivages liés aux hommes : les
premiers fidèles de Nicolas Sarkozy, les derniers fidèles de Jacques
Chirac, les proches d'Alain Juppé, de François Fillon, de Dominique
de Villepin...
Difficile aujourd'hui de prévoir ce que souhaiteront le Président
de la République et le Premier Ministre.
Pour nous, il nous semble indispensable
de créer une " respiration parlementaire " très forte redonnant
à l'Assemblée Nationale des pouvoirs qu'elle a totalement perdus
avec la constitution de 1958.
Ces pouvoirs doivent être clairement affirmés
dans une réforme constitutionnelle.
Ils doivent aussi s'exprimer par la création de " courants ",
qu'on leur donne ce nom ou qu'on les appelle autrement.
L'essentiel est qu'il existe dans cette énorme majorité des tendances
qui expriment clairement la diversité des électeurs et donc des
Français.
Il faut, à l'UMP, une droite, un centre et une gauche pour reprendre
les images traditionnelles.
Gageons d'ailleurs que nombre de personnalités du centre et de la
gauche rejoindront cette majorité car cinq ans c'est long et dix
ans plus encore.
Pour une société civile forte.
La société politique tient en France une place considérable, tradition
hélas très | |