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Pour que 75 % des Français deviennent propriétaires,
il faut trouver des terrains à des prix accessibles
et réformer le droit de l'urbanisme.


Sa maison, son appartement, un terrain, c'est souvent le seul patrimoine des Français.
60 % des Français ont pour seul patrimoine leur résidence principale, parfois un terrain qui vient de leur famille, parfois encore un plan d'épargne logement.
C'est dire l'importance du droit de propriété et par conséquent des problèmes fonciers et du droit de l'urbanisme pour la grande majorité des Français.
Un droit vital : celui de choisir son logement, de le construire, d'y vivre paisiblement et de le laisser à ses enfants.
Pour ceux qui ne sont pas encore propriétaires, c'est le droit de choisir son habitat futur, d'avoir les moyens d'arbitrer entre la maison individuelle et le collectif, de choisir un environnement dense ou vert, de décider de travailler chez soi et de mêler son activité professionnelle, celle de sa femme et éventuellement de ses enfants et son habitat.

Concrètement, pour chacun, c'est le droit de construire sur son terrain, de gérer comme il le souhaite sa propriété (y travailler, la louer, la transformer), éventuellement de diviser ce terrain (au profit de ses enfants ou pour vendre), enfin de le vendre quand il le désire ou de toucher un juste prix de son expropriation.

Le Droit de l'urbanisme c'est tout cela, c'est pour beaucoup de Français, le principal, peut-être même le seul rapport qu'ils ont avec la loi.
Le droit de l'urbanisme devrait être marqué par deux priorités absolues :
1 - Produire régulièrement, de façon continue, un volume de terrains constructibles suffisant pour stabiliser les prix du foncier voire même les faire baisser
2 - Les produire en fonction des désirs de la population et non des professionnels de l'urbanisme trop souvent dédaigneux de la demande de la société civile et persuadés d'assurer le bien public en imposant des choix technocratiques.
Ces deux impératifs ne sont pas respectés.

La hausse des coûts des appartements et des maisons a pour principalement origine la hausse des coûts fonciers due à la rareté des terrains.
En second lieu, les terrains disponibles sont des terrains de centre ville trop chers ou des terrains péri-urbains trop éloignés parce que les urbanistes ne savent pas et ne veulent pas aménager et construire au-delà des zones déjà fortement urbanisées en traitant intelligemment une ville éclatée et polycentrique.

La législation de l'urbanisme rend les deux tiers du territoire suburbain inconstructibles et ne protège plus ni les zones constructibles, ni les permis accordés.
Une véritable mégalomanie semble avoir saisi les responsables administratifs et politiques de l'urbanisme.
Tandis que dans tous les secteurs on cherche à alléger les règles, à simplifier le droit, à donner plus de liberté aux entreprises - même si l'on n'y parvient peu - l'urbanisme suit une voie rigoureusement contraire.
Les Plans Locaux d'Urbanisme (PLU) sont censés, selon la loi, résoudre tous les problèmes économiques et sociaux.

L'ambition de la loi décrit une sorte d'utopie sociale aussi mythique qu'éloignée de la réalité :
Les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme -
et les onze plans complémentaires qu'ils doivent respecter - et les cartes communales déterminent les conditions permettant... de respecter les objectifs d'un développement durable ( ???) d'assurer la diversité des fonctions urbaines et la mixité sociale dans l'habitat urbain et dans l'habitat rural... De prévoir les capacités de construction en matière d'habitat, d'activités économiques et commerciales, d'activités sportives ou culturelles et d'intérêt général... En tenant compte en particulier de l'équilibre entre emploi et habitat... De maîtriser les besoins de déplacement et de la circulation automobile, de préserver la qualité de l'air ( ???) voilà le PLU chargé d'empêcher non seulement le nuage de Tchernobyl mais même l'air de la ville la plus proche de venir polluer son ciel), de l'eau, du sol et du sous-sol, des écosystèmes, des espaces verts, des milieux sites et paysages, des nuisances sonores, du patrimoine bâti, des risques naturelles, technologiques, pollutions et nuisances de toute nature (cherchez l'oubli !!!).

Cet énoncé ne manque pas d'ambition... !
Pour parvenir à ces résultats il faut additionner et rendre compatible une bonne douzaine de plans différents :
- Les plans locaux d'urbanisme (PLU) ou les anciens plans d'occupation des sols (POS) et les cartes communales
- Les schémas de cohérence territoriale (SCOT)
- Les schémas de services collectifs (8 publiés à ce jour)
- Les schémas régionaux d'aménagement et de développement du territoire
- Les schémas interrégionaux
- Les plans de déplacements urbains
- Les plans d'exposition au bruit
- Les plans de prévention des risques miniers
- Les plans de prévention des risques naturels
- Les plans de sauvegarde et de mise en valeur
- Les plans de zone à risque d'exposition au plomb
- Les schémas de mise en valeur de la mer
- Les schémas de zones sauvegardées ou de parcs naturels
- Les plans d'aménagement de ZAC

Tout cela sans compter les contraintes de la loi littorale, de la loi montagne et de toute une législation de l'environnement et de la construction qui fait dire au Conseil d'Etat, en toutes lettres, " Il est devenu presque impossible de juger". (Rapport du Conseil d'Etat publié en 1992 : l'urbanisme, pour un droit plus efficace).

La demande des habitants, celle de l'ensemble de la société civile, n'est pas celle de l'urbanisme administratif officiel.
Ce que souhaite la grande majorité de la population, c'est l'habitat en maison individuelle avec jardin privatif ou un habitat proche des centres villes en petits collectifs de deux à quatre niveaux entourés de verdure.

Dans les grandes villes - Paris, la Côte d'Azur dense et huit agglomérations de plus de 400 000 habitants - il existe aussi une demande d'achat et de location pour des immeubles allant jusqu'à sept ou huit niveaux.
Les immeubles de dix niveaux et plus intéressent essentiellement les investisseurs car la demande y est surtout locative.
Les villes se sont toujours développées par cercles concentriques en fonction d'une règle simple correspondant à la formule que nous avons tous appris à l'école : la surface d'un cercle, c'est R2.
Si l'on construit dans les cinq kilomètres qui suivent une zone déjà urbanisée ayant un rayon de 5 kilomètres, on multiplie la surface de façon considérable et les prix des terrains ne peuvent que baisser.

Si l'on décide au contraire de construire dans les seules zones déjà construites, on renchérit les terrains dans une proportion élevée.
C'est pourquoi le vrai problème de l'urbanisme contemporain c'est l'aménagement du péri-urbain, de la zone d'extension naturelle des villes qui, depuis toujours et dans tous les pays du monde s'étendent largement hors des murs pour toutes sortes de raisons qu'il est vain de nier.
Or, derrière le terme de renouvellement urbain, l'urbanisme administratif cache une volonté clairement affirmée de refuser l'extension urbaine au profit de la seule transformation du tissu existant.
Cette transformation coûte une fortune et reste le plus souvent dans le domaine du rêve que de la réalité.
Combien de rues frappées d'alignement ne seront jamais réalisées à la largeur souhaitée !
Les vraies restructurations urbaines ne se font guère qu'à l'occasion de récupération de vastes terrains sur la SNCF, la RATP, les halles, les abattoirs, la destruction des ZUP...
La centralisation française est à l'origine de cette grave déviation idéologique.
98 % des décideurs habitent Paris. Ils ne voient donc que les inconvénients de la banlieue et surtout de la grande banlieue.
Ce sont les habitants du boulevard Saint Germain et de l'avenue Maurice Barrès qui décident de l'urbanisme en France.
C'est la nomenklatura parisienne qui a décidé du caractère néfaste du mitage soit parce qu'elle ignore les possibilités d'un urbanisme vert, soit parce qu'elle possède déjà ses maisons de campagne dans des hameaux ou des zones rurales tranquilles dont elles ne souhaitent pas voir s'approcher de nouveaux habitants plus modestes.

Derrière l'extraordinaire lourdeur de notre législation urbaine, on trouve, à peine cachés, l'amour des urbanistes pour une multitude d'études de plans et de schémas qui coûtent fort cher, l'intérêt des ingénieurs et des architectes pour construire dans des conditions intéressantes, amusantes ou acrobatiques, l'égoïsme des propriétaires qui ne veulent surtout pas qu'ouvriers ou employés viennent dénaturer leur paysage.
D'où le caractère artificiel, figé et tout à fait irréaliste du zonage.
N'importe quelle personne de bon sens se promenant autour des villes ou dans les campagnes françaises constate qu'il n'existe pas de zones purement urbaines, purement rurales ou purement naturelles.
N'importe qui constate également en repassant dans les lieux de sa jeunesse ou même de son âge mûr, qu'en 25 ans tout a changé et c'est, bien sûr, tant mieux.
Et quelle est cette idéologie qui veut charger l'urbanisme public de définir le développement durable, les zones réservées à l'intérêt général , les rapports entre l'emploi et l'habitat et la densité optimum dont toutes les études montrent qu'elle n'existe pas.
Le zonage prévu par les PLU est à cet égard très clair. Il ne prévoit que des zones urbaines, des zones rurales et cette nouvelle invention des zones naturelles dont il faut beaucoup de circonlocutions pour comprendre quelles sont leurs différences avec les précédentes.
Les zones de transition NB prévues précédemment par les POS ont disparu.
Citons encore ici monsieur Pérignon : " Quand on mesure la complexité de l'espace rural, la diversité des offres qui s'y déploient et les demandes qui s'y manifestent, on reste confondu devant cette machine à nier la réalité qu'est la prédétermination du zonage et du règlement des PLU dans le code de l'urbanisme. La police de l'occupation et de l'utilisation du sol suppose des contraintes, des arbitrages et des régulations mais pas au point de réduire l'espace à une enluminure où la campagne cultivée s'étend entre les remparts de la ville et la lisière d'une nature à peine souillée par la présence humaine. "

Toute construction importante c'est deux, trois, quatre ans de délai.
Si l'on voulait vraiment renouveler la ville, c'est-à-dire restructurer des espaces importants dans des zones relativement denses, encore faudrait-il pouvoir le faire sans que cela coûte une fortune.
Or, ce que les élus et les fonctionnaires semblent ignorer c'est que le temps c'est de l'argent.
Un promoteur prend une option sur des terrains et verse pour cela 5 ou 10 % du montant de la transaction.
Il affecte à ce projet une petite équipe qui commence à travailler sur un projet de ZAC (zone d'aménagement concerté), à établir des devis, des plans prévisionnels etc...
Pendant que les services municipaux ou administratifs constituent des dossiers, travaillent sur ces projets, réunissent commissions, conseils, associations et organismes de toute sorte, le promoteur paye ses salariés et les frais financiers correspondant à l'argent immobilisé dans l'attente du démarrage de l'opération.
Chaque mois, ce sont quelques milliers d'euros qui sont ainsi dépensés par le promoteur comme par l'administration, cette dernière n'ayant malheureusement pas de comptabilité analytique qui lui montrerait le coût du temps passé.
Et le niveau monte, monte, monte toujours jusqu'à ce qu'enfin une convention de ZAC soit signée.
Mais il faudra encore attendre un ou deux ans pour démarrer le chantier !
Le temps du politique et le temps de l'administration n'est pas le temps de l'entreprise.
Et ce constat simple semble pourtant ne pas être perçu par le pouvoir politique.
Et il faut encore ajouter à cela, bien sûr, les recours abusifs de toute nature, chaque citoyen, chaque association ne comptant éventuellement que 3 membres étant libre d'attaquer le permis en question.
Le vrai problème du renouvellement urbain c'est la simplification et la contractualisation des grandes opérations - 100 logements et plus - qu'il faut sortir du processus général pour ne pas en faire une tapisserie de Pénélope.

La réforme est possible en adoptant une philosophie de l'urbanisme totalement différente et cette réforme est réaliste.
Ce qui n'est pas réaliste, c'est de penser que l'urbanisme administratif officiel tel qu'il est pratiqué depuis la loi d'orientation foncière de 1968 jusqu'à aujourd'hui peut être rendu plus efficace par diverses mesures de simplifications et des réformes de détails.
La machinerie administrative construite dans les 35 dernières années correspond à une logique dont il est quasi impossible de sortir : celle d'une planification impérative, conçue par l'administration, gérée par des agences publiques et des SEM, encadrée par les collectivités locales mais contrôlée par les pouvoirs publics, où tout est prévu. L'énumération un peu ridicule que nous avons rappelée plus haut est symptomatique de cette logique : les zonages, les densités, les affectations, tout doit être prévu.
L'autre logique, celle qui nous semble correspondre au monde contemporain, est totalement différente.
C'est la logique de la souplesse, des plans évolutifs, de l'adaptation permanente à un changement lui-même permanent. C'est la logique de l'autonomie locale, de la liberté d'initiative aussi bien des maires que des constructeurs.

C'est la logique de la concurrence que la commission européenne souhaite développer partout y compris dans l'urbanisme. C'est la logique du contrat que l'on ne veut pas opposer à la loi mais qui a l'énorme mérite de rendre la loi modeste.

Dans cette optique la loi doit être un cadre du type " règlement national de l'urbanisme ".
Son application, ce sont des plans locaux régulièrement mis à jour et adaptés et des contrats passés entre les élus et les opérateurs.
Cette logique de la souplesse et du contrat suppose non seulement que le niveau de décentralisation actuel soit maintenu mais qu'il soit en fait augmenté.
Il est souhaitable, dans cet esprit, que le maire soit tout à fait libre d'orienter le développement de sa commune comme il le souhaite.
Ce qui suppose qu'un soin très important soit apporté à la consultation des habitants.

Mais cela suppose également une réflexion être approfondie dans deux domaines :
1 - Actuellement, c'est le maire qui étudie, propose et finalement signe le POS ou le plan local d'urbanisme.
C'est également lui qui instruit et signe le permis de construire.

Est-il normal de laisser dans la même main ces deux fonctions complémentaires mais tout de même très différentes : établir un plan de développement et signer une autorisation de construire ?
Ce premier sujet est traité différemment dans les pays développés et doit faire l'objet d'une étude comparative.

2 - Ces deux fonctions sont aujourd'hui données à tous les maires : de 50 habitants à 3 millions. Est-ce raisonnable ?
Ne doit-on pas poser comme règle que le permis ne pourra être donné que par le président d'un établissement public intercommunal caractérisé par un minimum de population (de 30, 40, 50 000 habitants) ou un minimum de superficie dans les zones rurales ?
Donner la délivrance des permis de construire au président d'un EPIC, c'est à la fois libérer le maire d'une obligation souvent difficile à exercer politiquement et libérer le citoyen d'un lien de dépendance excessif avec son maire lorsque la commune est petite et que les problèmes de voisinage sont parfois très lourds.
En attendant un certain nombre de réformes sont possibles.

Héritage&Progrès travaille activement pour proposer et diffuser un certain nombre d'idées simples et vite réalisables. C'est l'objet du groupe de travail que nous avons constitué et qui comprend aujourd'hui 12 chefs d'entreprise et 5 experts reconnus comme les meilleurs par la profession.
Ce groupe proposera des orientations de fond dès le mois de février 2005 et des propositions d'expérimentations sur ce sujet au dernier trimestre 2005.