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Quelques
mots du Président :
Une
démocratie vivante, des libertés politiques réelles,
la défense de l'entreprise privée, l'enrichissement
des citoyens et des entreprises par la réduction de la dépense
publique, c'est le but du laboratoire d'idées
Héritage&Progrès,
"Think tank" et organisme de lobbying de la
société française.
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La
Société Civile veut être mieux entendue du
pouvoir politique.
Celui-ci
doit être son serviteur et avoir pour seul souci d'améliorer
la vie individuelle et collective de ses citoyens. Constater les
dysfonctionnements, proposer des solutions, tout en faisant fructifier
25 siècles de civilisation,
c'est aussi le but d'Héritage&Progrès
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Editorial Avril 2010
Après la claque des régionales, une recomposition
du paysage politique est-elle possible ?
Tous les instituts de sondage constatent que l'échec des listes de
la majorité présidentielle aux élections régionales est d'abord l'échec
du Président.
Les électeurs ont voulu sanctionner simultanément :
1. la personnalité du plus haut responsable de l'Etat et sa
méthode de gouvernement jugées inadéquates avec sa fonction ;
2. une politique de réforme tous azimuts jugée brouillonne
et inefficace ;
3. l'absence d'un projet clair sur le plan économique et social
comme sur le plan international.
Les parlementaires sentaient bien venir cette vague d'opposition depuis
plus de six mois.
Leurs électeurs ne savaient plus à qui donner leurs voix tandis que
députés et sénateurs ne pouvaient plus faire passer leur message à
l'Elysée.
I - La personnalité présidentielle.
A- La transgression
Le Président de la République a consciemment transgressé
un certain nombre de règles liées à sa fonction.
Certains y ont vu la volonté de rompre avec une mythologie et une
imagerie du pouvoir surannées, inadaptées au monde moderne.
Pourquoi ne réunirait-il pas ses amis dans un restaurant luxueux,
pourquoi se priver du plaisir d'un superbe yacht appartenant à un
de ses amis, pourquoi se cacher d'une vie privée un peu agitée, pourquoi
refuser un week-end de rêve dans un faste royal, pourquoi économiser
sur les nombreuses réceptions élyséennes, pourquoi refuser à son fils
- peu studieux - un poste politique essentiel, pourquoi ne pas décider
seul du recrutement de quelques grands patrons qui pourront vous assister
ultérieurement dans le grand meccano des affaires ?
Le Président de la République n'est-il pas libre de lui-même, de
sa vie personnelle, comme de ses orientations politiques puisque le
peuple l'a choisi ?
Ce n'est pas ainsi que fonctionne la société.
Le pouvoir, tous les pouvoirs, ont besoin de prestige, d'images, de
rituels sans négliger pour autant l'aspect social qui doit les relier
aux préoccupations populaires.
Le dosage du rituel et du social nécessite une grande intelligence
mais aussi le respect des habitudes et des pratiques sociales.
Giscard d'Estaing s'était essayé à un nouveau style mais sans succès.
Nicolas Sarkozy a suivi de façon quelque peu anarchique et n'a pas
su éviter le boomerang.
B - Le pouvoir solitaire
Ni la constitution de la Ve République - même réformée -, ni les habitudes
politiques françaises ne favorisent les contre-pouvoirs, les pouvoirs
décentralisés et moins encore l'appel à la société civile.
Or la société moderne est trop complexe pour fonctionner avec un
pouvoir hyper centralisé.
Les corps intermédiaires doivent fonctionner non pas comme de
simples relais mais comme de véritables partenaires dotés d'autonomie
et d'initiatives.
La façon même dont a été conçue l'ouverture à gauche est significative
de ce pouvoir solitaire et fermé. Certes, une dizaine de personnalités
de gauche ont été promues à diverses fonctions, parfois les plus élevées.
C'est tout autrement qu'aurait dû pratiquer un pouvoir ouvert et décentralisé
: il aurait fallu s'appuyer au contraire
sur les structures d'opposition, les structures syndicales, les structures
de la société civile et tout faire pour les conduire au dialogue,
plutôt qu'au débauchage.
Cela n'aurait sans doute guère réussi compte tenu des blocages de
la société française. Mais il eut fallu essayer, réitérer, recommencer
quitte à démontrer le refus de dialoguer des opposants.
Laurence Parisot est une excellente représentante de ce type de comportement
dans son dialogue avec les syndicats. Au sujet des retraites, par
exemple, elle se refuse à employer le mot " négociation " en insistant
sur le fait que rien n'est possible sans un consensus politique large
dans une perspective de trente à cinquante ans.
Dans ce domaine, le Président de la République ne semble pas avoir
compris le message des électeurs.
Au lendemain des régionales, le réveil du Parlement lui semble dangereux
et il décide de recevoir chaque mois les parlementaires pour désarmer
le président du groupe majoritaire supprimant ainsi un des rares contrepouvoirs.
Le Premier ministre est devenu un simple collaborateur du Président
; les ministres ont moins de pouvoirs que les membres du cabinet présidentiel
; le leader du groupe parlementaire est écarté ; les pouvoirs locaux
sont en grande majorité dans l'opposition ; la solitude du pouvoir
est totale.
II - Une politique peu lisible de réformes
tous azimuts.
Le terme de réforme a été si souvent employé depuis la campagne électorale
et la mise en place du gouvernement qu'il est aujourd'hui tout à la
fois confus, galvaudé et dévalorisé.
L'UMP a engagé il y a dix-huit mois d'excellents spécialistes de la
communication pour établir une liste des réformes engagées en les
regroupant, pour y voir plus clair, par chapitres et par fonctions.
On en trouvait trente-cinq, qu'il semblait d'ailleurs très difficile
de regrouper autour de quatre ou cinq grands thèmes compréhensibles
par tous les Français.
Une réforme ne peut être perçue comme positive par les citoyens
que si elle leur apporte un bénéfice évident ou qu'ils sont vraiment
convaincus d'un bénéfice à terme ; ce qui suppose une pédagogie
de grande qualité, constante et répétitive.
En se centrant sur quelques réformes groupées autour de thèmes précis
correspondant à des attentes prioritaires de la population, par exemple
la réduction du chômage, notamment pour les jeunes, la garantie de
montants de retraites convenables et équitables, le gouvernement aurait
été beaucoup mieux compris.
Deux réformes seulement, direz-vous ? C'est bien peu ! Non, c'est
énorme car, pour réduire le chômage et garantir les retraites, c'est
toute une politique à mettre en place qui nécessite des dizaines de
mesures coordonnées et suivies sur le long terme :
- faire revenir les capitaux en métropole,
- encourager l'investissement,
- faciliter la flexibilité du travail,
- recréer un système européen de protection douanière et dix autres
mesures martelées comme indispensables pour le retour à l'emploi.
Le Président de la Réplique raillait Obama parce qu'il ne s'était
attaqué qu'à une réforme, celle du système de santé, alors que la
France en avait lancé trente-cinq. Ce propos était à tout le moins
léger, et quelque peu vaniteux.
Tout simplement parce que la réforme du système de santé américain
conditionnait la crédibilité du Président Obama. C'est ce qui lui
permet d'attaquer aujourd'hui la réforme du système financier et bancaire.
Et les réformes que voudrait encore lancer
le Président Sarkozy à mi-mandat sont devenues très difficiles dans
un contexte marqué par l'absence de tout moyen financier et de tout
consensus politique.
Par ailleurs lancer des réformes c'est bien, les réussir c'est
mieux.
Et combien de réformes ont été ratées ou restent partielles, limitées,
peu avancées ?
Une réforme réussie, c'est une réforme expérimentée, affinée, mise
en place avec un minimum de moyens financiers, suivie dans ses applications.
Combien de réformes lancées depuis 2007 viennent-elles à l'esprit
comme des modèles de réussite et d'efficacité ?
III - L'absence de perspective et de stratégie
autour d'un projet et d'objectifs clairs :
Quelle France voulons-nous en 2020/2030 ?
Robert Schumann, de Gaulle, Reagan, Thatcher, Schmidt, Schröder ont
été des hommes d'Etat fondant leurs stratégies et leurs politiques
sur une vision de leur pays à moyen et long terme.
On est bien incapable aujourd'hui de définir quelle est l'ambition
du Président de la République pour la France de demain.
Et pourtant, jamais on a eu tant besoin de savoir où va le capitaine,
comment il tient la barre et comment, tout en tirant des bords, il
maintient le cap.
A gauche comme à droite, le vide est d'ailleurs total.
Comme le dit fort justement Eric Zemmour dans son essai " La mélancolie
française " : " L'Europe, l'Europe, l'Europe, à la fois Graal et
impasse de la France. Unique stratégie et sublimation de notre histoire
: c'est ainsi que l'Europe est racontée aux enfants d'aujourd'hui.
Depuis le virage décidé par François Mitterrand en 1983, la Gauche
comme la Droite sacrifient leurs convictions, acceptent toutes les
apostasies au nom de l'Europe, la Droite gaulliste son patriotisme
sourcilleux, la Gauche sa phobie du marché et du libre échange. Gauche
et Droite refusent même tout débat à ce sujet. L'Europe relève du
sacré. Même les anti-européens de Droite ou de Gauche réclament "
une autre Europe ".
Seul le peuple renâcle comme on l'a vu lors des référendums organisés
sur l'Europe : Maastricht et la constitution. " L'axe franco-allemand
est mort, un plan B n'existe pas.
Notre Président veut-il jouer à fond un avenir européen pour la
France ? Il lui faut alors changer totalement de politique car
la carte d'un développement français appuyé et dynamisé par l'Europe
ne peut être jouée que par une entente générale et profonde entre
la France et l'Allemagne. Cette entente n'existe plus. Elle ne sera
pas reconstituée sans un virage à cent degrés de la politique économique
française.
La France n'est plus crédible.
On lui a pardonné le non-respect des critères de Maastricht, d'abord
parce qu'elle avait changé de majorité politique (L. Jospin), ensuite
parce que l'Allemagne changeait de politique (A. Merkel) et que la
France s'apprêtait à la rupture (N. Sarkozy), enfin parce que la crise
de 2008 excusait tout.
Maintenant c'est terminé.
L'Allemagne a senti le vent du boulet avec la crise grecque. Elle
ne veut pas de l'inflation, elle y sacrifiera toutes ses orientations
politiques. Elle quittera l'euro ou demandera à la France et à quelques
autres de le quitter plutôt que d'accueillir une politique inflationniste.
Les dures négociations sur une aide financière éventuelle à la
Grèce se sont achevées par un droit de veto allemand que la presse
n'a pas toujours compris.
En dernier ressort, pour la Grèce comme pour soutenir tout autre pays,
une décision ne pourra être prise que par le conseil de la Banque
Européenne statuant à l'unanimité. Le pouvoir allemand reste donc
absolu avec ce droit de veto. Pour demander quoi que ce soit aujourd'hui
à l'Allemagne il faudra gérer correctement ses finances, non pas dans
l'avenir mais tout de suite.
Nicolas Sarkozy devra demander l'appui de l'Allemagne pour maintenir
une politique agricole commune, satisfaisante et protéger nos industries
agricoles et alimentaires.
" La politique de la chaise vide " pratiquée efficacement par le général
de Gaulle il y a trente ans ne suffira pas à obtenir satisfaction.
Il n'y a plus d'axe franco-allemand. Il
y a une Allemagne puissante qui reconstitue son interland historique
avec la Pologne, l'ancien empire austro-hongrois et les Balkans. Elle
discute d'égal à égal avec l'Angleterre et la Russie.
Le paysage politique européen a changé de
façon aussi importante que le paysage mondial entre l'Atlantique et
le Pacifique.
Or aucun plan B ne se dessine à l'horizon pour palier à cette évolution.
La France veut-elle devenir un grand pays de créativité, d'innovations,
de créations d'entreprises ?
La créativité et la productivité de ses cadres et de sa main-d'œuvre
sont là pour favoriser ce projet. Ce n'est évidemment pas avec le
plan de relance de l'industrie affiché par le Président il a quelques
semaines que l'on y parviendra.
Convertir un pays à l'innovation et au plaisir d'entreprendre suppose
des années de politique poursuivies avec rigueur dans ce sens.
Les Etats-Unis dominent le monde dans le domaine des techniques d'information
et de communication, parce que toute l'économie américaine, toute
la psychosociologie du pays, tous les comportements sont axés sur
l'entreprise et le profit que l'on peut tirer du progrès technologique.
300 000 iPad d'Apple ont été vendus le premier jour de sa commercialisation,
certains passionnés de nouvelles technologies ayant pris l'avion pour
être dans les premiers acquéreurs.
La France veut-elle redevenir le champion
d'une Europe protégée du monde extérieur pour recréer une industrie
comme l'avaient souhaité ses pères fondateurs ?
Le Traité de Rome avait en effet expressément prévu une protection
douanière pudiquement nommée " préférence communautaire ". L'Angleterre
et les Etats-Unis n'ont eu de cesse que de supprimer cette protection
dont le grand économiste Maurice Allais pensait qu'elle était absolument
vitale et que sans elle l'industrie européenne disparaîtrait… dont
acte.
Dans l'agitation frénétique qui marque la vie politique et gouvernementale
actuelle, toutes ces questions de fonds ont disparu.
Les Français sentent confusément qu'il n'y a plus de cap et que
la conjoncture internationale d'une part, le leadership sino-américain
d'autre part, sont les deux contraintes qui tiennent lieu de projet.
Ce n'est guère rassurant… !
Un projet et un seul, deux ou trois objectifs essentiels à la réussite
de ce projet, une direction ferme accompagnée d'une recherche permanente
d'appuis dans les corps intermédiaires et dans la société civile.
Tout cela est-il compatible avec la personnalité
de notre Président ?
Quelques illustrations l
- Solde des échanges de produits manufacturés
en 2008 :
| Allemagne |
274 milliards d'euros |
| France
|
21
milliards d'euros |
- Part des exportations dans l'euro-zone
en pourcentage du PIB :
| Pays-bas |
70,4 |
| Autriche
|
60,4 |
| Allemagne |
47,2 |
| Italie |
39,3
|
| France |
26,4
|
| Royaume-Uni |
26,0
|
| Grèce |
21,0 |
- Prime de risque des obligations françaises
par rapport au Bund allemand (en points de base) :
| Courant
2007 |
5 |
| 3
avril 2010 |
30
|
| Grèce
7 avril 2010 |
383
|
- Part des exportations dans le commerce
mondial :
| Chine |
9,6
% |
| Allemagne |
9,0 % |
| Etats-Unis |
8,5 % |
- Siemens quitte AREVA pour s'associer au premier groupe énergétique
russe.
- Création
d'un consortium germano-russe pour la construction du gazoduc "
Nord Stream ". Le groupe français GDF Suez n'aura que 9 % du capital
du consortium mais via une participation dans deux sociétés allemandes,
Ruhrgas et BASF.
-
Scénario crédible de réduction des dettes publiques d'ici 2020 en
supposant le même effort pour l'Allemagne et pour la France (Crédit
Agricole décembre 2009) :
| Ensemble
zone euros |
110
% du PIB |
| Allemagne |
90
% du PIB |
| France |
130
% du PIB |
IV - Une recomposition du paysage politique
est-elle possible ?
Rappelons-nous la physionomie des élections présidentielles depuis
qu'elles ont lieu au suffrage universel :
De Gaulle - Lecanuet Pompidou - Poher Chaban-Delmas - Giscard Giscard
- Chirac Chirac - Balladur Chirac - Le Pen Mitterrand - Marchais
N'oublions pas que dans toutes les élections présidentielles il
y a eu deux candidats (et parfois plus !) à Gauche comme à Droite
Les élections régionales ont montré que des listes unies regroupant
la totalité des mouvements de Droite et du Centre attiraient moins
qu'une pluralité de listes et ne laissaient aucune réserve aux partis
majoritaires pour le second tour.
Un grand nombre d'experts et de praticiens de la politique électorale
estiment que la Droite devrait changer de stratégie et recréer rapidement
un centre réunissant tout ce qui subsiste de l'ancien UDF, y compris
quelques mouvements de type écologique et gauche moderne.
Le Président de la République et le gouvernement disposent de moyens
suffisamment importants pour encourager, faire naître et développer
cette UDF bis. Mais il est peu probable qu'une telle création préfigure
une recomposition du paysage politique.
En effet, ou bien ce nouveau centre est créé sous l'égide de proches
du Président de la République, et il apparaîtra comme une simple
force supplétive donc peu crédible. Ou bien toutes les ambitions
qui sont freinées, voire bloquées par l'UMP cherchent à constituer
une formation vraiment indépendante, à se doter d'un projet, et
ce nouveau centre fera peur au Président. Il ne se développera pas,
ou se développera nécessairement contre lui. Pour
cela, il faudrait qu'une très forte personnalité se manifeste à
Droite ou au Centre. Et que
des masses populaires se reconnaissent en lui, parce que ses idées
et ses solutions apparaîtraient crédibles, parce qu'il
aurait le charisme nécessaire, parce qu'il serait entouré d'une
équipe solide.
On est hélas bien en peine de trouver dans
nos mille parlementaires, et dans les quelques leaders de la société
civile, un homme susceptible de réunir toutes ces conditions.
Cela n'empêchera pas un, deux ou trois nouveaux centres de se constituer,
et cinq ou six personnalités de tenter leur chance : Alain Juppé,
Dominique de Villepin, Hervé Morin, M-P. Daubresse, Jean Arthuis…
Comme le disait le Général de Gaulle, ce sera toujours le trop-plein
en matière de candidats.
Pour l'instant, dans un climat d'une grande morosité, on ne voit
ni doctrine, ni projet, ni leader.
Le besoin criant d'hommes et de politiques de remplacement fera-t-il
apparaître une personnalité et une structure nouvelle ? On peut
en douter. 65
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Editorial
Mars 2010
La
Grèce, avenir de la France ?
Dans
un article du journal du Dimanche (le 7 mars), Marc de Scitivaux,
Président des Cahiers Verts de l'Economie, sans doute le meilleur
économiste praticien aujourd'hui en France, publie un article sévère
qui synthétise bien, à notre avis, la situation économique de la
France. Nous le reproduisons ci-dessous en le complétant par quelques
informations financières qui nous paraissent essentielles pour les
deux années à venir qui seront encore, n'en doutons pas, deux années
de crise pour la France.
" Les Grecs sont coupables d'avoir menti à leurs partenaires.
Les Français ont fait pire : ils se sont mentis à eux-mêmes avec
leur " modèle social ". La Grèce en faillite ? Non. C'est l'Etat
ou plus largement le système public grec qui est en faillite. Une
faillite est prononcée quand les prêteurs s'arrêtent de financer
les déficits (et pas quand on dépense plus que ce que l'on gagne).
Cette décision n'est pas motivée par le niveau de la dette. Mais
par la conviction que la situation de l'individu, de l'entreprise
ou de l'Etat, non seulement interdit de rembourser sa dette mais
conduit inexorablement à une croissance de celle-ci : en pourcentage
des revenus pour un particulier, du chiffre d'affaires pour une
entreprise, des ressources fiscales pour un Etat.
C'est donc ce qui vient d'arriver pour la Grèce et c'est pour
cela qu'elle fait appel à des prêteurs désormais motivés par des
raisons politiques plutôt qu'économiques.
En quoi la France est-elle différente de
la Grèce ? En rien. Depuis 1975
et sans discontinuer, l'Etat français dépense plus qu'il ne gagne.
C'est une grande erreur de parler d'un déficit en pourcentage du
PIB. L'Etat n'est pas propriétaire du PIB, il est propriétaire des
recettes publiques. C'est son chiffre d'affaires à lui.
Déjà, en 2007, avant la crise, les recettes fiscales françaises
étaient de 265 milliards et les dépenses de 337 milliards, soit
un déficit " d'exploitation de 72 milliards, 27 % du " chiffre d'affaires
". Quant à la dette gouvernementale, elle représentait 4,5 années
de recettes fiscales.
Aucune entreprise au monde ne pourrait se relever d'une telle situation
sans un fort accroissement des recettes, donc une augmentation des
prélèvements, déjà à un niveau record en France. L'autre solution
consiste à baisser les dépenses publiques et sociales. Là, c'est
le corps social qui le refuse. C'est vrai en France autant qu'en
Grèce.
Les Grecs sont coupables d'avoir menti à leurs partenaires. Mais
les Français ont fait pire : ils se sont mentis à eux-mêmes avec
la complicité constante de leurs dirigeants.
Le " modèle social " français n'est pas un modèle que le monde nous
envie. C'est un système en faillite :
" Je suis à la tête d'un Etat en situation de faillite sur le plan
financier, je suis à la tête d'un Etat qui est depuis quinze ans
en déficit chronique... Ça ne peut pas durer ", avait déclaré François
Fillon le 22 septembre 2007.
Il dut revenir sur cette déclaration dès l'après-midi tant il est
scandaleux pour un politique de dire la vérité à ses concitoyens
quand ceux-ci ne veulent pas l'entendre. Encore un instant, monsieur
le bourreau ! hurle-t-on à nos prêteurs. "
Il faudrait des accents
churchilliens pour expliquer aux Français comment redresser la situation
avant de se trouver en fin 2011 début 2012 dans une situation à
la grecque. Mais le gouvernement reste aujourd'hui à cent lieues
de cette politique.
Peut-être nous trouvera-t-on trop pessimistes.
Rappelons alors quelques chiffres qui devraient être gravés dans
l'esprit de nos politiques qu'ils soient de la majorité ou de l'opposition.
·
- La dette publique française atteindra 100 % du PIB courant 2011
soit environ 1 400 milliards d'euros. Elle augmente chaque année
avec une régularité de montre suisse. ·
- Le service de cette dette, au taux d'intérêt actuel, environ 4
%, nous coûtera 56 milliards par an. ·
- Toutefois, la plupart des experts savent que les taux d'intérêt
mondiaux vont augmenter en raison de l'ensemble des dettes publiques
mondiales et en particulier de la dette des Etats-Unis.
La hausse des taux est attendue à partir de courant 2011. Elle se
situera sans doute entre 5 et 6 %, ce qui fera passer le coût
du service de notre dette autour de 75/80 milliards. ·
- Dans l'hypothèse où la France inquiéterait fortement les investisseurs
et serait assimilée aux pays à risques comme l'Italie, l'Espagne
et le Portugal, les taux d'intérêt exigés par nos créanciers pourraient
être - c'est le cas de la Grèce - de 7 à 8 %, soit plus de 100
milliards. Déjà en 2010, 2011 et 2012, les émissions de dettes
publiques se situent chaque année autour de 250 milliards d'euros.
Pourquoi un chiffre aussi élevé ? Parce qu'il faut bien faire semblant
de rembourser chaque année une partie de notre dette avant d'en
souscrire de nouvelles, parce qu'il faut faire face au déficit budgétaire
courant qui s'aggrave avec la crise, parce que " le grand emprunt
" a été décidé. ·
- Rappelons encore que le budget de l'Etat français est de l'ordre
260 milliards pour l'ensemble des recettes et que 104 milliards
de déficit sont programmés en 2010.
Que faire en 2010/2011 ? D'abord
réduire la dépense publique.
Le gouvernement est placé pour les vingt mois qui viennent dans
la situation difficile d'un conducteur de voiture sur une route
verglacée. Il lui faut à la fois aller lentement et manœuvrer sans
cesse le frein et l'accélérateur.
Pour combattre et circonscrire la crise, il ne peut pas réduire
massivement la dépense mais il doit la réduire suffisamment pour
diminuer la dette d'au moins 3 à 4 % de PIB par an. Il faut donc
réduire drastiquement le volume des dépenses publiques, ce qui suppose
en partie de remettre en cause le modèle social français, mais en
partie seulement car le niveau de gaspillage de l'argent public
dans tous les domaines crève les yeux de n'importe quel observateur...
· - - Qui ne voit la splendeur de nos hôtels de régions et de départements
et les travaux d'embellissement de nos mairies ! - Qui ne voit le
nombre de nos ronds-points et de leurs décors, cinq, six ou sept
à la sortie et à l'entrée de nos villes ! - Qui ne voit les publicités
passées à la télévision pour vanter les activités d'agences publiques,
de ministères et autres monopoles d'Etat dont il est d'autant plus
stupide de vanter les mérites que l'on est chaque jour contraint
de passer par leurs fourches caudines !
- Qui ne voit la splendeur des buffets organisés à la Présidence
de la République, au Ministère des Finances, au Sénat et dans toutes
nos collectivités locales ! Une mairie moyenne finance une bonne
vingtaine de vins d'honneur clientélistes chaque année, quand ce
n'est pas trente ou quarante.
- Chacun connaît la coutume selon laquelle il faut dépenser le plus
vite possible et n'importe comment les crédits budgétaires qui restent
disponibles fin novembre. Ce système est dénoncé depuis trente ans
mais aucun remède n'a encore été mis en place.
Restreindre la dépense publique par le système simpliste de la
suppression d'un poste sur deux après le départ à la retraite a
été à juste titre dénoncé dans le dernier rapport de la Cour des
Comptes.
Il faut évidemment maintenir, voire augmenter, le personnel
judiciaire, le personnel pénitentiaire - nos prisons étant la honte
de l'Europe, le personnel soignant car les Français souhaitent avant
tout être soignés, les personnels de sécurité de proximité. Mais,
quasiment partout ailleurs, les réductions sont possibles et nécessaires
quite à changer les méthodes, voire même la qualité des services
rendus. Nos TGV sont admirables, tout le monde en convient.
Mais personne ne semble se soucier que le coût d'un billet ne paye
aujourd'hui que la moitié du coût du service ferroviaire. A chaque
fois que l'on rajoute cent kilomètres de ligne, on rajoute 50 %
de déficit au budget de la SNCF. L'organisation de la Poste - 400
000 salariés - peut sans doute faire l'objet de changements importants
à l'heure d'Internet, de la téléphonie mobile, des nouvelles méthodes
de communication et de la crise du commerce rural.
Ces changements sont d'ailleurs amorcés. On peut aller beaucoup
plus loin.
Dans l'Education Nationale - un million de salariés, il faut maintenir
et parfois renforcer le nombre de surveillants et maintenir des
classes de 22 à 25 élèves. Pour autant, les effectifs de l'ensemble
du Ministère doivent-ils être intouchables ? Le nombre d'heures
de cours des élèves du primaire et du secondaire doit-il être immuable
alors que chacun s'accorde à le trouver beaucoup trop lourd ? 10
à 15 % d'heures de cours en moins, c'est 10 à 15 % d'enseignants
en moins. Le nombre d'options au baccalauréat doit-il être maintenu
alors que 5 ou 6 langues au maximum sont aujourd'hui vraiment nécessaires
(anglais, chinois, arabe, espagnol, allemand, russe) ?
Et faut-il absolument dans tous les domaines de l'enseignement,
faire appel à des diplômés de l'université alors qu'un grand nombre
de personnes de la société civile pourraient fort bien y participer
?
Stabiliser la fiscalité pour ne pas diminuer la consommation et
l'investissement.
La fiscalité française est très élevée.
Certes le peuple français est taillable et corvéable à merci mais
si l'écart est trop grand avec les autres pays, une véritable fuite
des hommes et des capitaux est possible.
De plus, la crédibilité de la France vis-à-vis de ses créanciers
risque d'être amoindrie. Le montant des prélèvements publics obligatoires
se situe en France, de façon quasi permanente, autour de 44 % du
PIB. Quatre pays ont le plus souvent des taux de dépenses publiques
analogues - la Suède, le Danemark, la Belgique et les Pays-Bas.
Mais la moyenne de l'OCDE se situe plutôt à 40 %, c'est-à-dire 4
points de moins que la France.
Réduire la dette en augmentant les impôts n'est pas une piste à
suivre. Il faut au contraire réduire l'impôt sur le capital pour
que celui-ci reste dans l'hexagone. Par contre, il est parfaitement
possible et souhaitable d'augmenter l'impôt sur les revenus et de
lever le bouclier fiscal pour les salaires excessivement élevés.
Personne ne peut comprendre, ni dans les milieux populaires, ni
dans les classes moyennes, que les salaires proches ou supérieurs
du million d'euros ne soient pas davantage taxés, d'autant qu'ils
sont accompagnés de frais de représentation souvent démesurés, de
retraites chapeaux et autres avantages.
En période de crise, la justice fiscale s'impose.
Contre un régime de premier consul, pour
une démocratie ouverte et décentralisée.
Le résultat le plus important des élections régionales est évidemment
la victoire de l'abstention, victoire qui écrase le résultat
de tous les autres partis. Or cette abstention a un sens et ce sens
est parfaitement clair : après deux années d'agitation politique
tous azimuts, la France a perdu six cent mille emplois et la crise
née en juin 2007 s'est installée sans qu'aucun responsable sérieux
n'en voit la sortie avant 2012... à la condition que les réformes
financières internationales indispensables aient vraiment eu lieu.
Le second résultat des élections régionales est également clair.
Le parti présidentiel et sa majorité parlementaire font moins de
26 % des suffrages bien qu'il ait regroupé le nouveau centre,
les villieristes, les chrétiens-sociaux de Christine Boutin et divers
indépendants. La sanction est claire et nette.
Changer de politique est indispensable.
Plus encore il faut changer de méthode et de stratégie pour s'appuyer
sur la partie la plus raisonnable de l'électorat en faisant beaucoup
de pédagogie, ce qui est l'inverse de la démagogie. Nommer quelques
grands élus socialistes à des postes de responsabilité n'a tout
simplement aucun sens.
Si ce n'est pas accompagné d'une vraie recherche de travail en commun
avec d'autres membres de la majorité. Continuer à faire reposer
toute l'action de l'Etat sur le Président de la République seul
n'a aucun sens.
En situation de très grande difficulté, il faut faire appel au plus
grand nombre, se concerter avec les meilleurs, décentraliser l'autorité
pour y faire participer davantage de responsables, pousser à l'initiative
plutôt que tout faire reposer sur un homme.
De plus, sachant que la voie de la réforme est clairement tracée,
il faut s'y tenir et empêcher qu'un président tout puissant ne lance
des projets et des initiatives hors sujet, voire contradictoires
avec l'objectif de sortie de crise.
Les lois Grenelle ne présentent strictement
aucun intérêt pour la France, sauf à imposer des dépenses supplémentaires
dans tous les secteurs, à diminuer le pouvoir d'achat des Français
et à perturber le marché par des investissements arbitraires.
La réforme du système judiciaire et la suppression du juge d'instruction
sont une initiative personnelle du Président qui, après les excellents
travaux de la commission parlementaire Outreau, ne présentaient
aucune urgence. Elle contredit d'ailleurs les orientations retenues
à l'époque. De toute manière, une réforme d'une telle ampleur remettant
en cause la totalité du système judiciaire français n'a en aucun
cas le droit d'être imposée par le Président comme le rôle du conseil
d'Etat avait été imposé par le Premier Consul en 1802.
Pour que les Français comprennent l'urgence de la situation,
il faut leur faire confiance et se reposer au maximum sur la collaboration
de tous les corps intermédiaires.
L'heure n'est pas à une république consulaire, mais à un travail
collectif le plus décentralisé possible.
Y a-t-il encore à droite quelques hommes
courageux pour imposer un changement de cap avant qu'il ne soit
trop tard ?
Anne,
ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? 64
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Editorial
Février 2010
Philosophie de la misère,
c'était le titre d'un des grands ouvrages de J. Proudhon le premier
penseur du socialisme français.
Misère de la philosophie, lui répondait Karl Marx dans un ouvrage
qui voulait tuer le socialisme humaniste au nom du socialisme scientifique.
Misère de la politique, c'est l'ouvrage qu'il faudrait écrire
très vite pour dénoncer les ravages d'une politique politicienne
d'où a disparu toute réflexion à long terme, toute volonté de s'attaquer
aux vrais problèmes avec le courage et la vertu que Montesquieu
jugeait indispensable au fonctionnement de la démocratie.
Les parlements français ont connu quelques très grands penseurs
: Alexis de Tocqueville, Guizot, Thiers, Rémusat, Destutt de Tracy,
Châteaubriand, Lamartine...
Aujourd'hui, à chaque élection, un de nos dirigeants politiques
édite un ouvrage qui vous tombe des mains au milieu de sa lecture
et disparaît de nos bibliothèques le lendemain.
Hier quelques grands dirigeants mondiaux ont su où ils allaient
et ont mis toute leur énergie pour ne pas abandonner l'essentiel
de leurs idées : Ronald Reagan, Margareth Tatcher, Charles de Gaulle,
Schmidt.
Aujourd'hui, c'est peu de dire que nos
dirigeants n'ont plus d'idées. Leur seule stratégie est de coller
à l'opinion médiatique dominante, comme le cerf-volant glisse sur
les vents favorables.
- Deux à quatre millions de chômeurs selon les définitions adoptées,
- une industrie qui disparaît lentement et parfois rapidement,
- un revenu agricole qui diminue de moitié en deux ans,
- des retraites dont chacun sait qu'elles vont fortement diminuer,
une crise économique dont chacun sait aussi qu'on ne commencera
à sortir qu'en 2012 à condition d'ailleurs que les réformes de la
sphère financière aient été réalisées, voilà les seuls vrais
problèmes sur lesquels nos élites politiques devraient travailler
avec ardeur, courage et vérité.
Or, que voit-on ? Une UMP qui court après
les verts, les verts qui courent après Cohn-Bendit et ses amis,
ceux-ci qui courent après les socialistes, les socialistes qui courent
après l'ultra-gauche pour certains, le MODEM pour d'autres, qu'importe
le vin pourvu qu'on ait l'ivresse... du pouvoir.
Et que voit-on encore, la presse et les dirigeants politiques disserter
longuement sur quatre nominations au Conseil constitutionnel et
à la Cour des comptes, de quatre personnalités dont moins d'un Français
sur cent connaît même le nom.
Et comment disserte-t-on de ces quatre personnages ?
En fonction de leur seule couleur politique. Ce qui est une aberration.
Pour contrôler les comptes de la France, le seul critère à prendre
en compte est celui de l'indépendance et de la capacité technique.
C'est parmi une dizaine des plus grands auditeurs et comptables
mondiaux qu'il faut choisir celui-là. Et surtout pas en fonction
de sa couleur politique. Personne ne l'a dit.
Quant au Conseil constitutionnel, suffit-il comme M. Charasse, M.
Haenel ou M. Barot d'avoir été longtemps parlementaire pour avoir
la compétence juridictionnelle au niveau le plus élevé ? A ce moment-là,
on eut aussi bien fait de choisir le parlementaire le plus âgé et
le plus souvent réélu.
Aux Etats-Unis, pour être nommé à la Cour suprême, il faut satisfaire
à un véritable parcours du combattant et démontrer une compétence
juridique exceptionnellement élevée.
Les seuls propos à l'emporte-pièce de M. Charasse suffiraient
à le disqualifier.
Rien dans la campagne électorale des régionales ne pourrait nous
rendre plus optimistes sur la classe politique française.
Les habitants de l'Ile-de-France, par exemple, n'ont guère qu'un
problème, mais de taille, celui de leurs déplacements quotidiens.
Parqués dans des trains de banlieue anciens, victimes d'un réseau
peu entretenu et peu rénové, sujets aux grèves fréquentes de la
SNCF, empruntant un réseau RER conçu il y a vingt ans et quasi immobile,
la fatigue de tous les banlieusards s'accompagne naturellement d'une
perte de productivité et de valeur considérable.
En face de cette question considérable, y a-t-il vraiment deux ou
trois stratégies claires, chiffrées, énoncées non pas en termes
généraux et attrape-tout, mais en termes techniques, financiers
et budgétaires année par année ? Surtout pas.
Les verts ne veulent plus de voitures, donc plus d'investissement
routier.
Le doux ectoplasme Jean-Paul Huchon, à qui l'on propose pour un
coût quatre fois moins cher que le train de rajouter une voie autoroutière
supplémentaire, répond gravement qu'il ne veut pas de nouvel aspirateur
à automobile.
Valérie Pécresse a-t-elle un projet clairement concurrent sur ce
sujet ? Strictement aucun.
Il faut faire aussi vert que les verts,
aussi social que les socialistes et ne prêter surtout à aucune critique.
Et puis le Président a prévu deux boucles de métro qui satisferont
tout le monde. Il suffit de l'affirmer et de retourner sur sa péniche,
symbole plus vert à lui seul que le jardin de Bagatelle près duquel
elle est amarrée.
Lorsque plus personne ne croit à la politique, lorsque la politique
se nourrit d'elle-même et n'a plus pour vocation que de conserver
les places, la révolte populaire n'est pas loin. Ou, pis encore,
la fatigue et la désespérance q'évoquait récemment le médiateur
de la République, Jean-Paul Delevoye. 63
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Editorial
Janvier 2010
2010
Pour que la qualité de la réflexion l'emporte sur la morosité économique
et politique
Ne nous berçons pas d'illusions. 2010 sera une année de stagnation
économique et 2011 a plus de chance de voir le retour de l'inflation
qu'une nouvelle croissance qu'elle soit verte ou bleue.
2010, une année de stagnation La décennie 2010/2020 risque
d'être, pour l'Europe, ce qu'ont été les années 1990/2010 pour le
Japon : un taux de croissance annuel de 0,9 % au prix d'une dette
publique phénoménale de 175 % du PIB.
Dans ce contexte, les structures politiques n'évolueront pas mieux
que l'économie.
-Notre Président ne changera pas
de personnalité, ni de stratégie, ni de tactique. Aucune méthode
ne change fortement une personnalité de plus de 50 ans. Le temps
perdu en réformes insuffisantes, partielles, inutiles ne se rattrape
pas. Le refus de toucher - sauf à la marge - à l'âge de la retraite,
à l'égalisation des régimes privés et publics, aux trente-cinq heures,
à l'ISF, au millefeuille des collectivités locales et à la dépense
publique ne laisse plus aucune marge de manœuvre au gouvernement.
La qualité fondamentale d'un
patron c'est de savoir constituer une équipe et de savoir faire
travailler au mieux chaque membre de cette équipe. Notre Président
a-t-il cette qualité ? Chacun aujourd'hui en doute.
- L'UMP ne deviendra pas en 2010 un grand
parti ouvert à la discussion, à la réflexion, aux tendances,
ce qui aurait pu advenir en promouvant des groupes de travail autour
de personnalités fortes comme J. Arthuis, J-M. Bockel, G. Carrez,
J-F. Coppé, C. de Courson, J-M. Fourgous, C. Gatignol, F. Goulard,
A. Juppé, A. Madelin, P. Marini, H. Mariton, P. Méhaignerie, J-P.
Raffarin, L. Tardy et d'autres.
- Le MODEM aurait pu constituer
un parti libéral centriste comme ceux d'Allemagne, de Grande-Bretagne
ou de Suède car les idées libérales ne sont ni de droite ni de gauche.
Il ne jouera hélas aucun autre rôle que celui de force d'appoint
à un PS déliquescent.
- Quant au PS, il restera puissant par
ses fiefs locaux, départementaux et régionaux où le clientélisme
traditionnel empêchera les verts de conquérir des places fortes.
Mais aucun homme providentiel ne pourra le sortir d'un marais
gauchisant où ses leaders se sont enlisés en refusant de choisir
entre l'économie de marché et la rupture avec le capitalisme.
Une grande Nation politiquement mûre ne saurait trouver de solution
en s'en remettant à un homme, qu'il se nomme Strauss-Kahn ou Sarkozy.
Eh bien prenons-en acte et détournons-nous des faux espoirs économiques
et politiques.
Profitons-en pour faire de l'année 2010
une année de réflexion et d'approfondissement en tentant de communiquer
nos réflexions à nos édiles.
2010/2030 seront vingt années de rupture politico-économique,
moins vite qu'on ne le dit - car les facteurs d'inertie sont lourds
- mais plus vite qu'on ne le pense.
La Chine, le Japon et l'ASEAN.
Il est sans doute un peu tôt pour parler du G2, USA/Chine, bien
que celui-ci soit le seul garant de l'équilibre mondial dans les
deux ans qui viennent. Mais il est certain que l'ASEAN (Association
des Nations de l'Asie du Sud-Est) intégrant la Chine, Singapour
et sept Nations asiatiques jouera un rôle essentiel dans dix ans.
D'autant plus que la Chine
a bien compris l'urgence de se dégager de la zone dollar, comme
de la zone euro.
De son côté, le Japon tient absolument à prendre une place essentielle
sur le gigantesque marché chinois.
La réconciliation Chine/Japon est en cours avec la demande de pardon
pour les massacres de Nankin et d'ailleurs, et avec la volonté chinoise
de montrer que son nucléaire sera essentiellement civil et que le
nécessaire sera fait pour contrer la Corée du Nord.
Le Japon et la Corée du Sud rejoindront rapidement l'ASEAN, constituant
ainsi un monde bipolaire inattendu d'où l'Europe sera absente.
D'ores et déjà le bloc " confucéen " Chine-Taiwan-Japon-Corée-Singapour
égale le PIB américain.
L'Europe.
Trop ambitieuse dans les années 1980/1990, élargie sans précaution
de 1990 à 2006, a terminé sa course sans doute pour longtemps.
Après l'utopique tentation fédérale, elle revient à l'Europe des
Nations, celle qui permettra à l'Allemagne, la Grande-Bretagne,
la France, l'Italie et l'Espagne de conserver une forte autonomie
économique et culturelle.
Autonomie à laquelle tiennent d'ailleurs tout autant de petits pays
comme le Luxembourg - leader financier-, les Pays-Bas - leader commercial
international -, la Pologne - leader nationaliste et religieux -,
et les pays de l'ancien glacis soviétique qui croient beaucoup plus,
avec sagesse, à la protection américaine qu'européenne.
L'Europe déjà beaucoup trop bureaucratique restera à son niveau
d'intégration d'aujourd'hui dans les dix prochaines années.
Elle ne pourrait être relancée que par une alliance très profonde
entre l'Allemagne et la France, alliance nécessitant une entente
véritable sur la réforme de la sphère financière en Europe continentale
et une politique de rigueur en France. Les deux choses sont improbables.
Les Etats-Unis.
Ils restent en proie à leurs démons financiers et ne sont pas prêts
à la réforme dans ce domaine, pas plus d'ailleurs que l'Europe.
Les gouvernants du G7 se sont mis entre les mains de leurs banques
pour financer les énormes déficits de la crise et de la relance
et trouver sur les marchés mondiaux les acquéreurs nécessaires à
leurs bons du trésor. Louis XVI ne pouvait pas plus se passer
de Necker que Bonaparte et Louis-Philippe des Rothschild, Napoléon
III des Pereire et de la " Réunion Financière ", Sarkozy de BNP
Paribas et Obama de Goldman Sachs.
La crise 2007/2009 risque donc d'être suivie d'une crise très différente
mais aussi grave dans les années 2012… et suivantes.
Il faut suivre avec attention un projet de loi McCain associé
à certains parlementaires démocrates pour remettre en vigueur le
Glass Steagall Act.
Rappelons que cette grande loi bancaire votée six ans après la crise
de 1929 a séparé avec rigueur la banque de dépôts, la banque d'affaires
et l'assurance. Elle a également interdit pour les banques la cotation
en Bourse. Cette réglementation bancaire a été progressivement remise
en cause et quasiment supprimée dans les années de la présidence
Clinton. La route sera très longue pour aboutir à une nouvelle réglementation
rigoureuse éliminant les risques systémiques.
L'ONU
n'a jamais eu d'autre existence que celle de hochet new-yorkais
pour dictateurs de pays sous-développés, à l'exception de son
conseil de sécurité.
Mais celui-ci n'est pas une instance de décision mais de proclamation,
de déclaration, d'affichage.
Copenhague a constaté la mort clinique de ce que le Général de Gaulle
appelait " le machin ".
Pourtant la secousse financière mondiale a été telle en 2007/2009
(destruction de 40 000 milliards de dollars de valeurs et baisse
du commerce international de 20 à 25 %) que les grands Etats ont
pris conscience de la nécessité, non pas d'un gouvernement mondial
mais d'instances d'observations, de contrôles, de régulations voire
même de décisions financières mondiales. Ces instances regrouperont
sans doute moins de 30 pays autour de groupements qui se dessinent
déjà :
- le G2, USA/Chine dont à court
terme dépend l'équilibre du monde,
- le G6, les six Nations dont
les marchés financiers et boursiers influencent toute la planète,
- le G10, regroupant les dix
pays ayant des systèmes bancaires influents,
- le G12, les douze pays les
plus actifs dans le commerce international et dont dépendent l'équilibre
mondial des changes et des monnaies,
- le G18, les Nations dont les
économies sont les plus importantes et dont le PIB approche ou dépasse
les 1 000 milliards de dollars US,
- le G20, créé par Nicolas Sarkozy
au moment où la France présidait la communauté européenne. Ce groupe
est désormais institutionnalisé bien que trop important pour être
efficace.
- le G28, 29 ou 30, si l'on
ajoute aux groupes précédents les pays détenteurs de matières premières
essentielles pour l'économie mondiale comme le pétrole, le charbon,
l'or, le nickel, le blé… De 2010 à 2020 apparaîtront des structures
mondiales plus efficaces regroupant un petit nombre de Nations susceptibles
de travailler ensemble comme les groupes constitués par les zones
de libres échanges que sont l'Union Européenne, l'ASEAN (Chine/Asie
du Sud-Est) et l'ALENA (USA/Canada/Mexique).
La réflexion
économique doit s'enrichir.
Le silence des philosophes et des économistes libéraux depuis
le début de la crise a été assourdissant.
Marc de Scitivaux et Henri Lepage sont à notre connaissance les
seuls à avoir consacré une analyse sérieuse, approfondie et d'ailleurs
accompagnée de nombreux points d'interrogation à une crise qui a
au moins l'avantage d'avoir introduit le doute dans des affirmations
économiques sans nuances.
Dans d'autres sphères, se sont répandus
des propos moralisateurs sur la refondation du capitalisme, la fin
du système économique libéral, le retour à Keynes voire à Marx que
les éditeurs redécouvrent.
Que Marx ait tout faux, depuis son analyse de la valeur-travail
jusqu'à la paupérisation absolue et à la baisse tendancielle des
taux de profits, ne semble plus inquiéter nos néo-marxistes. Pas
plus que les cents millions de morts des soixante-dix années de
communisme.
Quant à Keynes, économiste remarquable et aussi peu doctrinal que
possible, on sait qu'il a écrit tout et l'inverse, il y a plus de
soixante ans (1910/1945) sur les moyens de développer intelligemment
l'économie de marché et le capitalisme, et ceci dans un contexte
marqué par deux guerres mondiales et une crise sans équivalent.
Il faut aujourd'hui repenser l'économie mondiale, en se référant
certes, pour la philosophie, aux siècles précédents, mais pour l'analyse
pratique aux réalités des années 1985/2010 qui ont fabriqué la sphère
financière contemporaine.
Et ni Marx, ni Keynes, ni Hayek, ni Schumpeter
n'ont pensé à un contexte dominé par les trois " nouvelles " premières
banques mondiales - I et C Bank, China Const Bank et Bank of China
- qui sont chinoises et appartiennent donc à un pays à taux de change
fixe et contrôlé par le Gouvernement tandis que City
Bank, Goldman Sachs, HSBC, Bank of America et autres passent au
second rang.
La réflexion politique ne doit pas craindre
de se renouveler totalement.
La démocratie parlementaire s'est imposée comme système politique
unique marquant " la fin de l'histoire ", concept proclamé
par Francis Fukuyama. Comme si la démocratie parlementaire actuelle
des grands pays développés constituait l'Alpha et l'Omega d'un idéal
politique absolu.
Nous pensons au contraire qu'il devient aujourd'hui tout à fait
insuffisant de répondre aux critiques sur la justice et l'efficacité
de nos démocraties par la formule bien connue : " C'est un mauvais
système certes, mais moins mauvais que tous les autres. " Cette
réponse paresseuse dispense de travailler sur un système qui, au
fur et à mesure du temps, accumule les problèmes plus qu'il ne les
résout.
Citons-en quelques-uns :
- Le premier pouvoir politique aujourd'hui est celui des médias.
Ignorés par Montesquieu comme par les pères fondateurs de la démocratie
américaine, ils sont aujourd'hui tout puissants. Comment les intégrer
dans les trois autres pouvoirs qui leurs sont soumis : l'exécutif,
le législatif et même le judiciaire? C'est une question essentielle
difficile à résoudre.
- Le temps de la décision économique et de ses effets, est un
temps long. La construction d'une centrale nucléaire, la recherche
pétrolière et son aboutissement s'analysent sur trente ans. Comment
concilier ce temps long avec le temps de plus en plus court de la
décision politique. Un nouveau président et une nouvelle majorité
ne peuvent vraiment changer les choses que dans les douze premiers
mois d'un nouveau mandat. Ensuite, les multiples élections locales,
régionales, européennes et les pressions médiatiques qui les accompagnent
empêchent de poursuivre un rythme réformateur important.
- Faut-il de ce fait changer radicalement les rythmes électoraux
en concentrant toutes les élections, par exemple sur des périodes
de six ans et trois ans, pour marquer le mi-mandat ?
- Le système des partis politiques garantit-il que la majorité
de nos élites soit d'un niveau suffisant ?
C'est pourtant le mode de sélection traditionnel des élites parlementaires
et gouvernementales qui progressent d'un poste de conseiller municipal
à celui de ministre. Suffisant pour gouverner non pas une grande
ville ou un conseil général mais une Nation de 63 millions d'hommes
confrontés à une crise mondiale et aux nouvelles polarités Pacifique/Atlantique
?
- La formation des parlementaires. Il existe en France plus
de cent professions réglementées demandant entre trois et cinq ans
d'études comme les coiffeurs, c'est beaucoup trop. Il faut aujourd'hui
cinq à six ans d'études supérieures pour être instituteur et rien
pour être député. N'importe qui peut se
présenter et être élu au Parlement.
Il semblerait assez normal qu'un minimum de cinq ans de formation
et d'expérience de gestion soit nécessaire pour être élu. Pour éviter
le monopole habituel des grandes écoles, cette formation pourrait
être assurée par les partis politiques, les syndicats, les associations,
les grandes entreprises… La vie politique, c'est-à-dire l'économie,
le social, le droit, ont profondément changé dans les cent cinquante
dernières années. Il ne serait pas anormal de changer la profession
de parlementaire.
- Le travail parlementaire - 500 à 1 000 élus - a-t-il vraiment
fait l'objet d'un travail de fonds pour s'assurer de son efficacité
? En France, par exemple, on sait que pour les deux chambres
réunies et pour la plupart des projets de loi importants, seuls
huit à dix parlementaires, majorité et opposition réunies, ont étudié
réellement le projet. Pourquoi ? Est-ce le cas dans d'autres pays
démocratiques ? Comment organiser, sans hiérarchisation, le travail
de plusieurs centaines de parlementaires ?
- L'évolution des techniques peut-elle et doit-elle s'accompagner
du même type de contrôle politique ?
Est-ce au Parlement ou au Gouvernement, ou à des autorités de régulations
spécifiques de traiter de questions comme celles de l'énergie, des
techniques de communication modernes, des OGM ?
- Toutes les démocraties modernes ont accumulé un corpus législatif
de plus en plus important et complexe. Il induit nécessairement
une inégalité devant la loi. Un énarque saura évidemment mieux
traiter avec un avocat que le simple titulaire d'un BEPC.
Comment, dans ces conditions, rétablir l'égalité des citoyens ?
Par quels moyens pratiques et concrets ?
- L'alternance est un phénomène souhaitable et fréquent. Comment
éviter qu'elle ne détruise systématiquement les bonnes mesures prises
par une majorité tout autant que les mauvaises ?
Peut-on pour cela faire confiance à la seule intelligence des majorités
politiques ? Tandis que nous critiquons avec vigueur l'absence de
démocratie en Chine, les faiblesses politiques de la Corée, du Japon
ou d'autres, nous oublions que ceux-ci regardent avec une certaine
commisération le fonctionnement de notre système politique qui leur
semble désuet, indécis, lent, incapable de toute réforme sérieuse.
Toutes ces questions vont devenir absolument essentielles dans les
dix ans qui viennent.
Après les années de croissance 1950/1975 avec des taux de 4 %, l'Occident
a connu trente-cinq ans d'expansion plus ralentie autour de 2 %.
Il n'est pas impossible que les dix années qui viennent voient plutôt
une croissance de 1 % avec une immigration équivalente, c'est-à-dire
0 %.
C'est pourquoi les questions évoquées ci-dessus
- le nouveau rôle de l'Asie, la réforme économique et financière
mondiale, le changement de paradigme dans la démocratie - n'ont
rien de théorique.
Ce sont au contraire les seules vraies questions de ce début du
XXIème siècle, cent fois plus importantes que la vie politique en
France. 62
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Editorial
Décembre 2009
Beaucoup de raisons
d'espérer
L'observation
quotidienne de la vie politique,
même lorsqu'on prend le recul d'une publication mensuelle, incite
peu souvent à l'optimisme.
Pourtant, à la veille de la fête de Noël et avant de fêter la nouvelle
année, regardons notre superbe pays : la France. D'abord, il
est vrai que nous avons le plus beau pays du monde, des glaciers
des Alpes aux plaines de la Beauce, de la Provence à la Bretagne,
du Périgord à l'Alsace, quelle formidable variété de paysages, de
richesses architecturales et humaines…
Nos services publics sont trop coûteux mais ils fonctionnent
bien. Quel plaisir de prendre le TGV et de savoir que nos courriers
arrivent en 24 heures, au plus tard en 48. Peu de pays garantissent
cette rapidité. Notre système social, dispendieux et incontrôlé,
est un considérable réducteur de crises. La protection sociale sera
toujours jugée insuffisante par ceux qui ont les revenus les plus
bas mais il est vrai qu'aux Etats-Unis, en Angleterre, en Italie,
presque partout en-dehors des quatre petits pays nordiques, la protection
est beaucoup plus faible qu'en France.
Nous faisons des bébés, c'est le plus beau signe d'optimisme.
La France dépasse maintenant deux enfants par ménage et n'a
donc plus besoin d'immigration pour se maintenir et même se développer.
La productivité de notre main-d'œuvre est remarquable, une
des deux ou trois meilleures du monde. S'y ajoutent de plus une
inventivité, une capacité d'adaptation et une intelligence élevée
des choses et des situations. Enfin, notre situation financière
est certes très mauvaise mais - c'est une faible consolation
- elle n'est guère pire que celle de la plupart des grands pays
développés depuis la crise. L'Allemagne et quelques petits pays
s'en sortent un peu mieux. Mais les Etats-Unis, le Japon, l'Angleterre,
l'Italie, l'Espagne… sont plutôt moins bien gérés.
Si l'inflation apparaît à terme la seule solution pour éponger nos
dettes, nous ne serons pas les plus mal lotis.
Souhaitons à nos dirigeants une politique
moins brouillonne, quelques priorités susceptibles d'être comprises
par tous et des préoccupations plus proches des classes
moyennes et populaires que des adeptes de Greenpeace et de Nicolas
Hulot.
Souhaitons à tous nos lecteurs de joyeuses
fêtes et un bon début d'année.
Souhaitons-nous à tous de regarder davantage la France que nous
aimons, la France qui progresse, celle qui renie le pessimisme de
la raison au profit de l'optimisme de la volonté. 61
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Editorial Novembre 2009
Réformer, oui.
Mais d'abord, " cesser d'emmerder les Français " (G. Pompidou, 1966)
et être attentifs à leur vie quotidienne
Le volontarisme politique est prôné
par les courants socialistes qui ont voulu rompre avec le capitalisme
en 1981, changer la société en 1995, et souhaite aujourd'hui inventer
une nouvelle société après 2011.
Ce volontarisme semble aujourd'hui repris par une grande partie
de la Droite qui affiche sa volonté de réformer en profondeur
le pays avec plus de 80 réformes réalisées, entamées ou en projet,
allant de la refondation du capitalisme et du partage de la valeur
ajoutée, à la réforme de l'instruction judiciaire en passant par
une nouvelle donne pour la publicité à la télévision et la réforme
de l'école maternelle, du lycée et de l'université… !
Après deux ans et demi d'expérience, les résultats ne sont pas au
rendez-vous.
Il est vrai que les circonstances ont rendu la tâche difficile,
sinon impossible, avec une crise qui a réellement débuté dès mai
2007, il y a deux ans et demi.
De ce fait, " le politique ", en France comme en Europe et aux Etats-Unis,
paraît singulièrement désarmé, voire inefficace.
Les meilleurs experts de la finance internationale, et parmi eux
les plus réformateurs, le constatent : fin 2009, à peu près rien
n'est fait pour changer vraiment le fond des choses après une crise
dont beaucoup s'accordent pour penser qu'une reprise faible et limitée
interviendra en 2010 et 2011 avec le risque d'une rechute avant
deux ans.
C'est pourquoi l'agitation qui règne aujourd'hui et les
vastes projets qu'échafaudent pour demain la Gauche et la Droite
pour la prochaine présidentielle, paraissent singulièrement inadaptés.
Le contexte économique et social français marqué par des dettes
publiques et des déficits abyssaux, un taux de chômage administratif
de 10 % et réel de 13 % devrait axer les réformes sur quelques points
absolument essentiels :
- la réduction de la dépense publique et des gaspillages,
- la réforme des retraites et de la Sécurité Sociale,
- la réforme financière et bancaire en relation avec Francfort,
Londres et Bruxelles.
Mais ces réformes, lourdes et difficiles à faire accepter par
les Français devraient s'accompagner de toute une série de mesures
supprimant des contraintes totalement inutiles et cherchant avant
tout à faciliter la vie de chacun.
Les débats sur le contenu de l'identité nationale ou la refondation
du capitalisme nous semblent moins urgents que la volonté d'améliorer
la vie quotidienne de nos concitoyens et nous voyons dans ce domaine
au moins dix sujets d'intervention intéressant quasiment tous les
Français.
Ces sujets ont le double mérite d'être simples et de ne rien coûter
:
- la réduction des impôts locaux
- le remplacement des nouvelles taxes carbone et déchets
- l'arrêt de la fiscalisation des contraventions
- l'arrêt du harcèlement automobile
- la baisse drastique des coûts du permis de conduire pour les jeunes
- la réduction du coût des obsèques
- la liberté de choisir l'école de ses enfants
- la liberté de choisir son habitat
- la possibilité pour les Franciliens de circuler décemment o l'arrêt
du harcèlement environnemental.
La réduction des impôts locaux
Les impôts locaux ont augmenté en 2009 de 6,1 %.
Rappelons que de 2002 à 2010 l'augmentation du revenu des ménages
par tête a été de l'ordre de 1 %.
Cette différence de 5 points est inadmissible en période de crise.
D'autant que le projet de réforme de taxe professionnelle et l'augmentation
ou la création de nouvelles taxes liées à l'habitat apporte une
quasi certitude de nouvelles augmentations très fortes en 2010 et
2011.
Le remplacement des nouvelles taxes carbone
et déchets
Deux nouvelles taxes vont frapper tous les ménages en 2009 et 2010
: la taxe carbone et une taxe particulière augmentant et diversifiant
la taxe sur les déchets : 4 milliards pour la taxe carbone et, pour
les déchets, un quasi doublement dans les trois prochaines années,
10 milliards au lieu de 5.
Ces deux augmentations, représentent au total près de 10 milliards,
à comparer avec les 70 milliards de l'ensemble des recettes fiscales
des collectivités locales. Ce chiffre est considérable
L'arrêt de la fiscalisation des contraventions
De 1994 à 2002, le nombre d'infractions sanctionnées par un retrait
de points oscillait autour de 1 million.
Il a atteint : 2 millions en 2004 - 4 millions en 2006 - 6 millions
en 2008.
Cette formidable augmentation montre sans ambiguïté que la contravention
est devenue un instrument fiscal, les conducteurs n'ayant évidemment
pas décidé d'être six fois plus nombreux à courir des dangers d'accident
en 2008 qu'en 2002.
En 2008, 100 000 permis de conduire ont été invalidés.
Mais il faut porter une grande attention aux chiffres suivants :
- 5 900 000 infractions avec retraits de points ont été enregistrées
en 2008.
- Si ce nombre d'infractions augmente de 10 % par an, on aura doublé
le chiffre d'infractions avec retraits de points en sept ans, soit
11 800 000 en 2015.
- Sachant que le nombre de points retiré à chaque infraction est
légèrement inférieur à 2, environ 7 millions d'automobilistes
n'auront plus de permis en 2015. Ce chiffre est une absurdité et
un drame.
Un drame parce que ce sont évidemment les professionnels qui voient
leurs permis supprimés le plus rapidement : chauffeurs de poids-lourds,
cadres commerciaux, chauffeurs de taxi, d'ambulances, de postes
et bien sûr tous ceux qui sont un peu éloignés de leur lieu de travail.
Nous ne voulons évidemment pas supprimer la sécurité routière, mais
l'adapter selon le nombre de kilomètres parcourus, selon les types
d'infractions, selon les professions, en s'appuyant sur des commissions
impartiales ayant le droit d'interpréter la loi et le décret à 5
% près.
Et surtout, il est impératif que fiscalité et contraventions
soient strictement séparés et que le retrait de points de permis
reste uniquement la sanction d'une prise de risque d'un conducteur
mettant sa vie ou la vie des autres en danger : sans doute moins
d'un million de cas sur sept millions.
L'arrêt du harcèlement automobile
La vague environnementale accompagne ici la vague réglementaire.
Les cas de contraventions deviennent innombrables :
- ampoules disponibles dans la boîte à gants,
- gilet jaune et triangle à portée de main,
- lunettes pour les porteurs de lentilles,
- disponibilité des deux mains,
- fréquence des contrôles techniques,
- usure " estimée " des pneus, etc., etc.
De plus, chaque matin, radios, télévision, journaux expliquent aux
malheureuses mères de famille qui doivent courir de l'école au conservatoire,
du cours de judo au supermarché, de leur travail à la crèche et
ailleurs, qu'elles sont de déplorables citoyennes utilisant un véhicule
polluant et compromettant gravement le sort de la planète.
Le harcèlement au travail existe, le harcèlement automobile aussi
et son accompagnement naturel, l'augmentation des taxes.
Le coût du permis de conduire pour les jeunes
Impossible de travailler aujourd'hui sans permis de conduire.
Celui-ci revient en moyenne à 1 500 euros mais, en réalité à près
de 2 000 euros compte tenu des très longs délais accompagnés de
la nécessité de leçons supplémentaires.
Ce chiffre est à comparer avec celui d'une inscription à l'université,
230 euros, qui donne droit à la Sécurité Sociale, à la mutuelle
étudiante, au restaurant universitaire (2,75 € par repas) et quelques
autres avantages de loisirs, transports, etc.
Cette comparaison de 230 et de 2 000 euros n'est pas inutile
pour comprendre la difficulté des jeunes de prendre un emploi et
l'encombrement de l'université.
Le coût des obsèques
Ce coût augmente depuis 10 ans de façon régulière de 3 % par
an contre, rappelons-le, 1 % d'augmentation du revenu des ménages.
Il pèse sur ce coût la TVA classique de 19,60 %, des taxes municipales
et surtout, une bien faible attention des consommateurs qui doivent
organiser des funérailles en deux ou trois jours et qui n'ont ni
le temps ni l'esprit de faire jouer la concurrence.
Voilà un des rares secteurs que l'on pourrait désigner sous le
nom de service public et dont, en tout cas, le taux de TVA devrait
être ramené à 5,5 %.
La liberté de choisir l'école des ses enfants
Nous ne parlerons pas ici du problème de la carte scolaire qui
reste une question essentielle pour les Français. Elle doit
être traitée avec prudence, sans prôner une solution de totale liberté,
mais en élaborant un plan de dix ans, chaque année permettant de
progresser vers la liberté totale.
En attendant, une autre liberté peut être facilement mise en place
- car elle n'aurait pas de conséquences massive dès la première
année - c'est tout simplement la liberté d'enseignement.
Les écoles libres présentant l'ensemble des garanties pour bénéficier
des aides publiques sont contingentées, pour le primaire comme pour
le secondaire : environ 20 %.
Le comité national d'action laïque et les puissants syndicats d'enseignants
s'opposent à toute augmentation de ce chiffre.
Les élites de l'immigration sont d'ailleurs presque tous passés
par ce même chemin.
Le droit de choisir son école devrait être une liberté constitutionnelle.
Les politiques n'osent pas abolir ce contingentement alors que les
deux tiers d'entre eux avouent mettre leurs enfants dans le privé.
La liberté de choisir son habitat.
Le signe le plus évident de l'amélioration des conditions de vie
en France depuis cinquante ans c'est le " confort spatial ". Les
Français sont passés de 200 000 HLM par an dans les années 1970,
à 200 000 maisons individuelles dans les années 1980/2000. Le
logement moyen faisait 60 m², il en fait 100. L'agglomération
urbaine moyenne avait un rayon de 6 km, elle en a 12.
C'est le moment choisi avec le Grenelle II et les ravages de l'idéologie
verte pour vouloir imposer dans les prochains plans d'urbanisme
la densité à tout prix, la construction le long des voies ferrées
et des sorties d'autoroutes, la reconstruction de la ville sur la
ville ancienne et le refus du périurbain et de l'urbanisme dans
la verdure.
Cette mythologie de la densification et du retour au centre-ville
obligera bientôt à ne plus habiter qu'en collectif, et en collectif
de huit étages en raison des coûts fonciers élevés dans les centres-villes.
La possibilité pour les Franciliens de
circuler décemment
La SNCF a fait porter l'essentiel de ses investissements depuis
30 ans sur les TGV laissant les 6 millions de Franciliens qui empruntent
quotidiennement son réseau voyager dans des conditions déplorables
:
- rames trop anciennes,
- dangerosité des lignes banlieues après vingt heures,
- surcharge,
- interruptions fréquentes de trafic,
- grèves, etc.
Le monopole dont jouit la société avec l'interdiction des lignes
de cars privés permet à la SNCF de consacrer tous ses efforts sur
le TGV qui rapporte et d'abandonner les Franciliens à leur sort.
Investir dans les chemins de fer de l'Île-de-France est d'abord
une obligation morale car ce sont évidemment les plus pauvres qui
fréquentent le plus les transports en commun.
De plus, voyager agréablement et calmement est un moyen certain
d'améliorer la productivité et l'efficacité du travail.
L'arrêt
du harcèlement environnemental
Les Français ont découvert avec stupéfaction que les lampes à incandescence
de 100 watts étaient tout simplement interdites depuis le 1er juillet
et que les autres suivraient dans les six mois.
Les adultes se font tancer par leurs enfants lorsqu'ils se brossent
les dents en laissant couler l'eau du robinet.
Les lobbys de fabricants de sanitaires suivent les lobbys d'ampoules
électriques et poussent à la réalisation de nouveaux lavabos coulant
de façon intermittente.
Les verts nous recommandent avec le plus grand sérieux d'uriner
dans nos douches pour économiser une chasse d'eau. Pourquoi ne pas
nous imposer demain la douche seulement un jour sur deux !
Alors qu'il eut été si simple et si bénéfique pour la vie sociale
de maintenir une salle fumeurs dans les cafés-restaurants. D'aucun
veulent supprimer la seule possibilité " sociale " de fumer : la
terrasse en plein air. Il faudrait au contraire maintenir une salle
fumeurs relativement isolée dans les cafés-restaurants, et alléger
la réglementation dans les bistrots de quartier et de villages,
derniers lieux de convivialité de notre société marchande.
Yves Cochet (réunion publique avril 2009), soulignait que la pollution
générée par un enfant occidental équivalait à celle de 12 burkinabés
et à 620 trajets Paris-New-York. Il proposait donc une directive
européenne pour réduire le nombre d'enfants au strict renouvellement
de la population en supprimant tous les types d'aides sociales,
fiscales, familiales à la naissance au-delà du second enfant et
en développant une campagne contre la troisième naissance. Aucun
procès de nos excellentes autorités éthiques et sociétales n'a suivi
ces propos qui peuvent être clairement assimilés aux crimes dénoncés
par les lois sur l'eugénisme et la bioéthique ! 60
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Editorial Octobre 2009
Contre la confusion
Quelques-uns de nos lecteurs ont compris notre dernière Lettre comme
une critique systématique et générale de l'action de Nicolas Sarkozy,
et de la majorité présidentielle. Ce n'était pas notre but. Ce n'est
pas l'objet de notre association.
Nous ne nous préoccupons ni de politique, au sens électoral du terme,
ni de majorité parlementaire ou présidentielle.
La fonction d'une association de la société civile, d'un think tank,
d'un réservoir d'idées - peu importe le nom - est toujours double
:
- l'étude des questions de société
répondant à son objet ;
- l'action auprès des pouvoirs politiques
pour faire aboutir les solutions préconisées. Pas
d'action efficace sans étude approfondie. Mais l'étude est inutile
si on ne peut faire entrer ses conclusions dans la loi.
C'est ce que tente de faire Héritage&Progrès dans les deux domaines
de la politique de l'habitat et de la politique financière.
Ce rappel n'est pas inutile dans une ambiance de rentrée où l'affolement
médiatique et politique provoque un tourbillon semblable à un vent
de sable qui brouille toute vision.
Le Gouvernement lutte contre un déficit inégalé depuis Louis
XVI mais pousse les feux de la dépense publique avec les lois
Grenelle, les plans PME, jeunes, automobiles, énergies, agricoles…
et autres.
Le Gouvernement lutte pour l'équilibre de la Sécurité Sociale. Pourtant,
dans le même temps, il maintient, en droit, la retraite à soixante
ans, l'essentiel des avantages des retraites des fonctionnaires,
le laxisme légal en matière de retraite anticipée, l'absence de
contrôle sur la carte vitale, le guichet ouvert et gratuit - de
moins en moins d'ailleurs - sur la santé.
Les déficits sociaux passent de 10 à 25 milliards en 2009.
Et les prévisions de déficit pour 2010 et 2011 sont d'ores et déjà
à 30 milliards.
Rappelons que toute l'Europe adopte, depuis dix ans, des âges de
retraite allant de 65 à 68 ans.
Secoué par la crise, le bateau prend l'eau de toute part.
Et tandis que l'équipage s'agite pour colmater les brèches, les
haut-parleurs préviennent les passagers toutes les cinq minutes
d'une nouvelle action lancée par le capitaine,
- sur la régulation internationale climat,
- la réforme du lycée,
- la réforme de la taxe professionnelle,
- le grand emprunt,
- la taxe carbone,
- la retraite,
- la réforme de la Poste,
- celle des juges d'instruction,
- celle des collectivités locales,
- celle des jeux en ligne,
- celle des biocarburants,
- l'aide aux agriculteurs,
- les Etats-généraux de l'industrie après ceux de l'automobile…
Le
rôle d'un think tank, comme Héritage&Progrès, est plus que jamais
de dégager du brouillard politico-médiatique quelques grands principes
d'où devraient découler les mesures essentielles pour stabiliser
le navire.
On ne le répétera jamais assez : pas de bonne politique sans
philosophie et sans principes.
Nous avons connu une crise financière sans précédent. Il faut en
comprendre les causes et les éradiquer.
Deux ans après le déclenchement de cette crise - mai 2007 - aucune
décision n'a été prise au niveau international pour réformer au
fond la structure d'un système qui en est la cause : réforme des
dérivés de crédits, séparation stricte des fonctions financières,
contrôle et restriction des méthodes " casino ".
" Le Sage, dit Confucius, donne son principal
soin à la racine ".
Nous connaissons depuis trente ans un des trois plus forts taux
de chômage et - ce qui est plus significatif encore - un des plus
faibles taux d'emploi du monde développé.
Ces trente ans de sous-emploi ont été analysé par les meilleurs
experts français et internationaux.
Les conclusions de ces études sont connues. Il faut les appliquer.
La reprise économique est prévue pour 2010. C'est probable en raison
des formidables crédits de relance versés par tous les grands Etats
dans la machine à investir et à consommer.
Mais il est une seconde évidence au moins aussi forte que la première
: les politiques anticrises ont abouti à une dette publique mondiale
de 35 000 milliards de dollars - plus que les PIB de l'ensemble
des pays développés - bientôt 1 600 milliards d'euros pour la France.
L'urgence est de mettre en place une politique
de gestion de cette dette, ce qui ne peut être fait qu'en
collaboration étroite entre la France, l'Allemagne et un petit groupe
de Nations européennes volontaires.
En attendant, le niveau de vie réel des ménages français, qui a
progressé d'à peine 1 % par an de 2002 à 2007, sera stable ou en
baisse de 2008 à 2011. Tandis que le revenu médian des ménages français
reste de l'ordre de 1 550 euros par mois.
Pas de quoi en consacrer beaucoup aux fantasmes de M. Nicolas Hulot
pour montrer l'exemple au monde entier.
Le retour de la croissance est moins sûr - sans réforme - que
la stagnation et le retour de la crise dans trois ans.
Mais la réforme est le contraire de la pagaille. C'est le choix
d'une ligne simple, claire, rigoureuse, celle :
- de la rigueur pour tous et du soutien - sans démagogie - aux plus
pauvres
- des choix budgétaires rigoureux
- d'une politique de préférence communautaire européenne, seul moyen
d'éviter la mort de nos industries
- d'une réforme radicale de l'Etat et des collectivités locales
car il est inutile de supprimer 35 000 postes de fonctionnaires
par an si l'on en recrute chaque année 37 000 dans la fonction publique
territoriale.
Tout le reste n'est que calculs politico-électoraux, douteux,
tentatives de détourner l'attention de l'opinion vers les fantasmes
verts, sacrifice des jeunes générations sur l'autel des déficits
publics qu'ils auront à régler toute leur vie et à rembourser après
soixante-cinq ans lorsqu'ils partiront en retraite. L'espoir d'une
vraie politique de réforme était grand en 2007.
La désillusion née de l'agitation et de la confusion risque d'être
grande en 2010. 59
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Editorial Septembre 2009
Humeurs
Cette première semaine de septembre connaît une rentrée économique
et sociale étrange, dans un paysage politique brouillé, qui suscite
chez certains questionnement, chez d'autres inquiétude, chez d'autres
encore colère.
Dix informations se mêlent pour provoquer brouillage et cacophonie
:
- Le déficit budgétaire français double en
six mois et le " grand emprunt " l'aggrave.
Sous le coup de la baisse de recettes fiscales due à la crise, de
la hausse des dépenses due au plan de relance et d'un laxisme budgétaire
évident, le déficit du seul budget de l'Etat passe à fin juillet de
51 à 109 milliards d'euros, et l'on ne parle ici ni de la Sécurité
Sociale ni des collectivités locales.
Alors que le gouvernement sera contraint d'emprunter sur le marché
mondial en 2009 quelques 300 milliards d'euros supplémentaires, il
s'apprête à lancer un grand emprunt qui ne peut évidemment que coûter
beaucoup plus cher que les bons du Trésor.
L'emprunt annoncé s'adressera soit aux institutionnels - en quoi se
différenciera-t-il alors du courant mensuel d'endettement de l'Etat
? - soit aux particuliers, et il coûtera beaucoup plus cher que la
" dette " classique.
Les Français les moins compétents en matière de finances publiques,
les moins cultivés et les plus modestes ne sont pas pour autant ignares.
Chacun sait que les emprunts Giscard et Balladur ont été ruineux
et pas un seul économiste ne défend l'idée de l'emprunt Sarkozy.
Les Français savent tous qu'il s'agit là d'un coup politique et que
ce coup est extrêmement coûteux. Ce n'est pas ainsi qu'on gagne la
confiance d'une population traumatisée par la crise.
- Un nouveau " Comité Théodule " pour préparer
l'emprunt : le comité Rocard-Juppé… pourquoi faire !!!
Quant à la composition du comité Rocard/Juppé et des vingt-deux "
spécialistes " chargés de déterminer les financements d'avenir, elle
laisse rêveur.
On revient ici à l'ère du grand socialisme d'Etat où vingt-deux
experts désignés par le chef de la Nation vont décider d'une planification
désignant les industries et les services de l'avenir.
Et quels experts !!! :
- l'inévitable Erik Orsenna, sympathique grammairien, auteur des discours
littéraires de Français Mitterrand et académicien,
- l'inévitable Monique Canto Sperber, philosophe, Directrice de l'Ecole
Normale Supérieure, chantre du libéralisme social démocrate,
- l'inévitable Nicole Notat, qui rentabilise ses années de présidence
CFDT par sa société de conseils en développement durable où les grands
groupes se défaussent du " social ",
- Elisabeth Lulin, directrice générale de " Paradigme et caetera "
(le ridicule ne tue plus), entreprise dont le site internet n'est
pas à jour depuis 2005 !
- Deux experts " environnementalistes " de Terra Nova et de Nicolas
Hulot voisinent avec Jean de Kervasdoué et Claude Mandil qui sont
heureusement plus sérieux.
Pour les autres, on trouve des enseignants et chercheurs de haut niveau,
des hauts fonctionnaires et quelques symboles de la très grande industrie
type Thales, CEA (Commissariat à l'Energie Atomique), AREVA…
Comment peut-on imaginer qu'un tel aréopage peut conduire au développement
des centaines de PME dont la France a cruellement besoin et à
la naissance de jeunes créateurs d'entreprises tels que ceux qui ont
fait aux Etats-Unis les Microsoft, Yahoo, Google, Intel, Face Book,
My Space, You Tube…
Quand osera-t-on enfin d'une part mettre
dans ce genre de comité une vingtaine de patrons ayant créé et financé
eux-mêmes leur entreprise de bonneterie, de charcuterie,
de mécanique, d'informatique, d'aliments du bétail, d'aide aux personnes
âgées ou de jeux vidéos ?
Quand osera-t-on aussi affirmer que ce n'est
en aucun cas à une commission Juppé/Rocard d'orienter les financements
publics mais peut-être - et encore - à des associations
du type Croissance Plus, Centre des Jeunes Dirigeants, MEDEF, CGPME…
?
Quand osera-t-on enfin promouvoir mille initiatives
plutôt que de tracer dix grands axes de développement définis par
des experts !
Chacun sait qu'aucun " expert " n'aurait parié il y a vingt ans la
majorité des nouveaux produits inventés depuis et leaders en 2009
?
- Le réchauffement climatique nous étouffe.
Les opinions de Nicolas Hulot et de Jean-Louis Borloo sur le réchauffement
climatique sont peut-être justes. Elles sont peut-être fausses. Le
professeur R. S. Lindsen du MIT écrivait il y a peu : " Les générations
futures s'étonneront avec un peu d'amusement qu'au début du XXIème
siècle le monde développé cédait à la panique à cause de l'augmentation
générale de la température moyenne de quelques dixièmes de degrés
et que sur la base d'une grande extrapolation de prévisions types
aléatoires générées par des ordinateurs, il envisageait de revenir
à l'ère préindustrielle. "
Dans ce domaine la question n'est plus de savoir qui a tort ou
raison. Le seul fait d'ouvrir la discussion est devenu rigoureusement
impossible. Poser la question, c'est se montrer " ennemi du peuple
" et de l'humanité.
Des centaines de scientifiques peuvent lancer des textes contestant
l'opinion médiatique majoritaire, ils sont inaudibles.
Seule la taxe carbone va peut-être amorcer un début de discussion
dans la mesure où 70 % des Français s'y montrent opposés.
Le gouvernement flotte au gré de l'opinion, et l'on passe du vert
foncé - avec le score de Cohn-Bendit aux européennes - au vert clair
avec un sondage d'opinion défavorable à cette taxe.
Il est utile et nécessaire de sensibiliser toute la population à la
protection de la biodiversité, à la récupération des déchets, à la
valorisation des ressources en eau et, bien sûr, au développement
des nouvelles énergies car absolument personne ne conteste que celles-ci
seront épuisées sinon dans quarante ans, au moins dans quatre-vingt
ou cent ans. Mais le matraquage environnemental, la bonne conscience
morale imposée par une petite équipe de profiteurs des deniers publics,
le déferlement médiatique et publicitaire sur le développement durable
prennent une allure totalitaire insupportable.
A-t-on décidé de faire oublier aux Français les vraies et les dures
réalités : 50 % des ménages vivent avec moins de 1 525 euros par mois
et nous allons laisser à nos enfants une dette publique représentant
bientôt un an de produit national.
Avant de devenir un modèle et un exemple
mondial pour l'environnement, montrons que nous sommes au moins capables
de traiter correctement, en France, les questions de la pauvreté,
de la justice, des prisons, des banlieues, de l'emploi des jeunes
et de l'assistance aux personnes âgées.
- Le projet de loi Grenelle II
Une atteinte grave à la liberté d'habitat.
Bien qu'il soit fortement contraint par la législation de l'urbanisme
et du financement de la construction, le marché du logement existe
et ce marché est marqué par quelques constantes très fortes. Sur une
base d'environ 320 000 logements annuels, la demande est de : 180
000 maisons individuelles 60 000 appartements 60 000 logements achetés
par des investisseurs pour être loués (Robien, Borloo, Scellier, etc.)
20 000 résidences universitaires, personnes âgées et autres.
Sous prétexte de diminuer la circulation automobile (lutte contre
le CO2), le Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement
durable et de la Mer veut faire passer dans les lois dites Grenelle
un ensemble de contraintes visant à limiter de façon drastique
la construction de maisons au profit d'immeubles collectifs de préférence
le long ou proches des axes de transports collectifs existants.
Sigmund Freud affirmait que la maison était " La représentation
la plus typique de la personne même " et François Vigouroux dans
" L'âme des maisons " écrivait " La maison qu'on achète, celle
qu'on hérite, celle qu'on édifie, celle que l'on restaure constitue
notre dessein d'adulte. Elle représente notre réalité charnelle et
morale, ce que nous sommes et croyons être dans le monde social.
"
Eh bien voilà que notre urbanisme officiel
et nos environnementalistes parisiens ont décidé de rayer d'un trait
de plume, ou plutôt d'un texte de loi, 100 000 maisons par an au profit
des immeubles de grande hauteur et de forte densité.
- Taxe carbone
L'écologie enfin confrontée à la réalité.
Tout impôt supplémentaire doit être banni dans un pays où les prélèvements
obligatoires sont parmi les deux ou trois les plus élevés de l'OCDE.
Elle n'a qu'un mérite : confronter l'écologie à la réalité.
Si cette taxe voulait être efficace, il ne faudrait évidemment la
mettre ni à 15 ni à 30, ni à 50 euros par tonne de CO2, mais à cent.
En effet, à 15 euros elle n'augmenterait le litre d'essence que de
trois centimes : c'est beaucoup pour l'automobiliste moyen, mais ce
n'est bien sûr pas assez pour le décourager d'utiliser sa voiture.
Mais à vingt-cinq centimes, ou plus, la taxe serait efficace… et provoquerait
sans doute une vraie révolution populaire qui mettrait fin au règne
de Nicolas Hulot. Le Gouvernement en est conscient, d'où le cafouillage
général après la remise du rapport Rocard.
En attendant, nous devrons encore sans doute payer cinq milliards
de contributions à Nicolas Hulot, faiseur de roi.
- La fin d'une liberté : le choix de son éclairage.
Le tout écologie ayant remplacé tout débat de société, les socialistes,
théoriquement défenseurs des pauvres, et les libéraux, théoriquement
défenseurs de la liberté, n'ont pas élevé la moindre protestation
contre la fin d'une liberté, le droit de s'éclairer comme on le souhaite.
Là où, dans tout régime démocratique et dans toute économie de
marché on devrait laisser le choix au consommateur d'acheter le produit
qui lui convient après l'avoir éclairé sur ses avantages et ses inconvénients,
le Gouvernement a totalement suivi une directive de l'Union Européenne
qui aurait pu être appliquée avec beaucoup plus de souplesse.
On aurait dû d'ailleurs s'opposer en son temps avec vigueur à ce projet
européen qui a au contraire été soutenu par le MEDAD.
Il a purement et simplement décidé que dès le 1er septembre les ampoules
de 100 watts et de verre dépoli seraient interdites, et que dans les
douze mois qui suivraient la totalité des ampoules à incandescence
disparaîtraient des rayons.
On connaît pourtant les multiples inconvénients des ampoules basse
consommation.
Rappelons-en cinq qui sont essentiels :
-elles ne dégagent aucune chaleur et ne contribuent
donc pas au chauffage des appartements, faisant perdre,
selon les estimations des techniciens, 1 à 1,5 degrés pour cinq ampoules
en fonctionnement. Le calcul à faire est simple : le coût du degré
supplémentaire de chauffage sur six mois est supérieur à l'économie
réalisée sur un an,
- elles éclairent moins bien et de manière
moins agréable,
- le prix de ces ampoules est,
selon leur puissance, sept à dix fois plus cher que les ampoules à
incandescence. Elles semblent durer quatre à cinq fois plus longtemps.
Le compte n'y est évidemment pas,
-le champ électromagnétique est très important
à l'allumage et à moins d'un mètre. Voilà qui exclut déjà
toutes les lampes de chevet et de bureau. Un site environnementaliste
nous encourage à réutiliser la lampe à huile… ! Pourquoi pas la bougie…
! Un autre recommande le retour au couplage paysan traditionnel :
sommeil/soleil.
Le site officiel des écologistes de la mouvance verte recommande le
blindage de ces lampes avant l'emploi.
Il est assez invraisemblable d'imposer par la loi la disparition des
ampoules de 100 watts alors que la dangerosité des nouvelles ampoules
est mise en valeur par les écologistes eux-mêmes,
- la présence de mercure pose
le problème de la protection des déchets qui n'existait pas avec les
lampes précédentes.
- Le bal des prétendants ne renforce pas
la démocratie.
Un des aspects les plus pénibles et les plus tristes de la vie politique
est de constater à quel point le pouvoir attire les hommes comme la
lumière attire dans la nuit papillons et insectes de toutes natures.
L'Elysée n'a aucun mal à remplir les commissions de toutes sortes
créées à tout propos pour étudier tous problèmes. On peut s'étonner
qu'Alain Juppé et Michel Rocard acceptent si facilement d'être mis
en exergue comme co-présidents d'une commission chargés d'étudier
l'emploi d'un emprunt auquel personne ne croit.
On peut s'étonner de voir le bal des prétendants socialistes s'honorer
de leurs excellents rapports avec l'Elysée tels Jack Lang, Michel
Charasse, Michel Rocard après les premiers ralliés, Bernard Kouchner,
Jean-Marie Bockel, Eric Besson, J-P. Jouyet. Pour n'en citer que quelques-uns,
Christian Blanc, G-M. Benamou, Alain Bauer, Jean Daniel, Richard Descoings,
Jean-Paul Fitoussi, Roger Guesnerie, Marin Karmitz, Denis Olivennes,
Bernard Spitz, Philippe Val, socialistes grand teint sous Mitterrand
et Jospin sont devenus sarkozystes. Sans parler de tous les dirigeants
d'ONG faisant commerce d'environnementalisme et largement récompensés
par leur participation à toutes sortes de commissions, et surtout
de financements existants dans ce domaine.
Il est vrai que l'opposition socialiste et centriste est si nulle
que tous ces hommes par ailleurs compétents sont évidemment heureux
de s'employer.
Mais s'employer sans se distancier clairement
du pouvoir conduit à un brouillage politique qui confine au brouillard
purée de pois…
- La relève des emplois verts, un mythe indigne de toute analyse économique
sérieuse.
Les grands titres des journaux portaient avant cette rentrée sur un
nouveau remède radical contre le chômage :
le développement des emplois verts, 600 000 au minimum.
Il est désolant de voir, là comme ailleurs, une certaine presse unanimiste
rendre compte d'un rapport purement politique ne s'appuyant sur aucune
analyse sérieuse.
La doctrine environnementaliste pourrait certes conduire à développer
le fret ferroviaire. Si l'emploi SNCF en est augmenté, l'emploi routier
en sera diminué.
Les énergies renouvelables fourniront de nouveaux emplois. Les énergies
fossiles en perdront dans la même mesure. Pesticides, engrais et OGM
perdront des emplois ou n'en créeront pas de nouveaux. L'agriculture
bio pourra-t-elle seulement trouver la main-d'œuvre nécessaire pour
les remplacer ?
Les verts souhaitent diminuer fortement la circulation et donc le
parc automobile. Or ce secteur est la vache à lait de la fiscalité
française. Les transports en commun connaissent un déficit moyen de
70 %. Qui les financera ?
Il est indigne de proclamer que l'environnement
va créer 600 000 nouveaux emplois sans analyse sérieuse.
Il serait digne d'effectuer sur ce sujet une étude très serrée, utile
et tout à fait passionnante.
- Grand Paris ou simple rocade ferroviaire
suburbaine… pour quelle utilité ?
Le grand dessein du Gouvernement pour améliorer la vie des Franciliens
et promouvoir un " Grand Paris " plus harmonieux, semble aujourd'hui
mort-né.
Il est remplacé par un simple projet de rocade suburbaine, accompagné
de quelques projets d'architectes aux portes de Paris ou autour de
la francilienne et de quelques pôles suburbains. Une agitation fébrile
d'avril à juillet est remplacée par une bataille de rocades ferroviaires,
le projet métrophérique, le projet de tangentielle ferrée en grande
couronne (SNCF) et un troisième projet Christian Blanc.
Ces trois projets coûteront fort cher. Ce n'est pas un motif de critique
car tout projet visant à améliorer fortement la circulation en banlieue
est nécessairement coûteux.
Le vrai problème est ailleurs : une ou plusieurs
rocades ferroviaires sont-elles en mesure de résoudre vraiment les
problèmes de circulation des Franciliens ? Evidemment non.
La tempête environnementaliste a balayé de la région parisienne tous
les projets routiers.
Or, le vrai, le seul problème de circulation des Franciliens est un
problème de banlieue à banlieue.
Pour aller et revenir à Paris et de Paris la situation reste certes
difficile mais elle est dans l'ensemble bien connue et assez bien
résolue.
Ce qui est dramatique c'est de rejoindre Versailles et Clamart, Bièvres
et Cachan, Chennevières et Livry-Gargan, Montmorency et Maisons-Laffitte,
etc., etc.
Une agglomération qui compte trente-cinq kilomètres de rayon et quelques
cinq cents communes compte nécessairement une grande majorité de déplacement
de banlieue à banlieue, qu'il s'agisse de l'emploi, des relations
commerciales, des relations sociales et des loisirs.
Or la relation banlieue/banlieue ne peut
être que routière.
Une rocade ferroviaire, même si elle avait une cinquantaine de stations
ne desservirait jamais que le dixième des besoins de circulation,
à condition d'ailleurs que de très vastes parkings entourent chaque
station.
Rayer d'un trait de plume environnementaliste
tout grand projet routier de la région parisienne, c'est condamner
les Franciliens à une peine de longue durée.
L'excellent projet du jeune et brillant sénateur Philippe Dallier
qui, sur le modèle haussmannien, voulait réunir les trois départements
limitrophes de la Seine est évidemment enterré.
- Au seuil de l'année 2010 quel projet politique,
quel projet de société pourrait être crédible pour les Français?
Une crise financière sans précédent a recréé un chômage de masse et
une dette publique abyssale.
Ce n'est ni la lutte contre les paradis fiscaux, ni l'agitation autour
des bonus, ni la modification des normes comptables bancaires qui
peuvent prouver aux citoyens que l'on a compris et que l'on connaît
les remèdes.
La réforme financière n'est encore ni entamée,
ni même esquissée.
Une crise économique considérable est née d'une mondialisation non
maîtrisée et d'une absence complète de protection douanière minimale
de l'union européenne. Celle-ci avait été pourtant prévue par le Traité
de Rome (la préférence communautaire), mais jamais appliquée.
Le grand économiste libéral Maurice Allais le dénonce depuis toujours.
Des déficits publics sans mesure, des déficits commerciaux incontrôlés
se sont développés en Europe et aux Etats-Unis créant des bulles de
crédits et des bulles monétaires conduisant la Chine, le Moyen-Orient,
occasionnellement la Russie, le Japon et d'autres à dominer la politique
mondiale.
Le rééquilibrage des dettes américaines, intérieur et extérieur, n'est
pas encore amorcé et l'Europe ne s'en soucie pas. La politique française
se perd dans des habilités qui satisfont probablement les espoirs
électoraux de la majorité parlementaire, mais
la vraie réforme se perd dans les arcanes de cent réformes qui n'intéressent
plus des citoyens désemparés.
Un brouillard épais dans une rentrée brouillonne, c'est le constat
pessimiste de la raison.
Ne perdons pas pour autant l'optimisme de la volonté.
Il en faudra beaucoup pour surmonter une situation économique et sociale
qui a peu de chances de s'éclaircir avant fin 2010.
Cet optimisme a-t-il lieu d'être ? Est-il réaliste de l'espérer ?
Oui sans doute…
- Si le Président est capable d'agir moins seul, de trancher moins
seul, d'annoncer moins seul, de médiatiser moins seul.
La Droite et le Centre ne manquent pas d'esprits de grande valeur
: Alain Juppé, François Fillon, Eric Woerth, Edouard Balladur, Jean-François
Coppé, J-M. Bockel, Hervé Mariton, Pierre Cardo, J-F. Fourgous, J-P.
Gorges, Michel Piron, Gilles Carrez, Philippe Marini, Jean Arthuis,
Alain Lambert, Philippe Dallier, Louis Giscard d'Estaing, Paul Giacobbi…
Pardon de n'en citer que quelques-uns. Si le Parlement a été revalorisé
par la dernière réforme constitutionnelle, pourquoi est-il lui aussi
inaudible ?
- Si la majorité est capable de se séparer de la camarilla environnementaliste
en distinguant, à chaque occasion, ce qui est valable et rationnel
de ce qui est idéologique et passionnel dans le discours vert.
- Si le principe de précaution qui fait de la France une immense
nursery est relégué au second plan au profit du principe d'entreprise,
d'initiative et de créativité.
Avant de remonter les murs de la peste et de confiner 20 millions
de Français, généralisons l'aspirine et conseillons aux hommes de
travailler malgré la grippe.
- Si l'Etat cesse d'agir en pensant " après moi le déluge,
les dettes seront pour les générations suivantes et l'on inventera
bien quelques nouvelles taxes pour les régler ".
Après le nouvel impôt sur les antennes relais, pourquoi pas une nouvelle
taxe sur les téléphones portables, puis sur les clics Internet…
- Si le paysage des réformes se limite enfin à quatre ou cinq dont
chaque Français peut reconnaître la nécessité et l'importance,
- si, surtout, ces réformes sont longuement expliquées, si
une pédagogie très forte les accompagne, si tout est fait pour y associer
le maximum de responsables et si, enfin, quelques mesures fortes montrent
aux Français que l'on comprend leurs difficultés quotidiennes sans
pour autant faire marcher la planche à billets : le permis de conduire
ne doit plus coûter en moyenne 1 500 euros mais 300. Le statut d'auto-entrepreneur
ne doit pas être limité à 32 000 euros mais à 45 000. Les logements
HLM (en attendant de changer leur statut) doivent être strictement
réservés aux 25 % de la population la plus pauvre… 57 |
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Editorial Juin 2009
Agir
en homme de pensée, penser en homme d'action
Bergson définissait ainsi ce qui était nécessaire à l'homme d'Etat.
Cette définition est beaucoup plus contradictoire qu'il n'y paraît.
Agir en homme de pensée, c'est une nécessité reconnue par la plupart
des philosophes qui souhaitent par nature voir la pensée et la réflexion
conduire l'action. " Il n'y a pas de bon vent pour celui qui ne
sait où il va. "
L'idée qui a présidé à la création d'Héritage&Progrès est cette
idée simple qu'il n'y a pas de bonne politique sans une bonne philosophie,
à tout le moins sans de bons principes.
Si l'on agit en homme de pensée, alors on a toutes les chances de
penser en homme d'action.
Mais l'association des deux ne va pas de soi. Et si l'on isole l'un
de l'autre on s'expose parfois à une conduite dangereuse.
Penser en homme d'action, c'est voir devant soi tout ce qui est
possible, le mesurer et s'y atteler.
Ce n'est plus penser en fonction de la philosophie et des principes
mais en fonction de la série d'actions que l'on souhaite et que
l'on pense pouvoir entreprendre.
L'homme de pensée fédère son action autour de quelques priorités
unifiées dans une vision claire de ce qui lui semble
essentiel pour le bien public. Il définit de grands axes et de grandes
priorités.
L'homme d'action multiplie les projets
en fonction de leurs possibles. C'est une toute autre
vue des choses.
Le discours du Président de la République devant le Congrès à
Versailles nous a semblé celui d'un homme qui pense en homme d'action.
D'abord par la multitude d'actions qui ont été énoncées et programmées.
Car rien n'a été laissé de côté : ont été évoqués aussi bien
- la réforme de l'université que celle des lycées,
- la lutte contre la délinquance et
- la critique de la burka,
- la création " d' internats d'excellence " et
- la réforme des prisons,
- le déficit de la sécurité sociale et
- la réforme des retraite,
- la lutte contre les déficits dus à la mauvaise gestion publique
et
- le financement des investissements par l'emprunt,
- la réindustrialisation et
- la croissance verte,
- l'indemnisation des chômeurs et particulièrement celle des victimes
de plans sociaux,
- la gouvernance territoriale… Nous ne pouvons tout rappeler ici.
Ce discours aurait pu établir le bilan de deux années de travail
et analyser en profondeur la difficulté de réformer notre vieux
pays. De ce fait, la seconde partie du
quinquennat aurait été dessinée avec quelques axes prioritaires
autour d'une pédagogie forte sur les finances publiques et la dette
esquissée d'ailleurs par le Président.
Il n'en a rien été. Au contraire, Nicolas Sarkozy a consacré
la fin de son discours à la nécessité de lancer un grand emprunt
pour financer les investissements nécessaires au développement en
soulignant que cet emprunt serait consacré à des priorités restant
à définir.
Ce sont ces priorités qui vont être mises à l'étude de juillet à
novembre, avant le lancement de l'emprunt et la définition de ses
modalités.
Pourquoi ces priorités ne sont-elles pas connues après deux ans
de travail gouvernemental ?
La presse ne s'y est pas trompée. Le discours du Président a été
très peu commenté par les radios et les télévisions qui n'y ont
consacré quelques minutes qu'en troisième ou quatrième position,
après des faits divers. C'est dommage, très dommage. Ce
discours aurait pu marquer la relance d'une grande politique de
réforme et de renouveau n'ignorant pas le contexte financier national
et mondial. C'est une occasion manquée et l'on ne trouvera guère
d'autres occasions de ce genre, après 140 ans d'absence du Président
devant le Congrès.
Dire cela n'a rien de commun avec une analyse critique systématique
de notre Président et de son action.
Nous pensons d'ailleurs qu'il est le seul, depuis Georges Pompidou,
à vouloir vraiment faire bouger les lignes. Il y parvient d'ailleurs
en partie. Et un certain nombre de chantiers essentiels ont été
ouverts depuis deux ans et seront sans nul doute approfondis, notamment
celui des retraites et de l'université.
Toutefois, à l'épreuve des faits et des résultats, il faut bien
constater que rien n'est plus difficile et rare que d'agir en homme
de pensée et de penser en homme d'action. 56
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Editorial Mai 2009
Les USA, la France et la crise
Au moment où l'électorat est invité à se prononcer sur la politique
européenne, le scepticisme et l'abstention semblent recueillir la
majorité des suffrages. Pourquoi ?
Sans doute parce que les électeurs sont bien conscients qu'on ne
leur propose aucune politique sérieuse pour l'Europe et
que ces élections ne comportent aucun enjeu.
Les Etats-Unis dominent et nous inquiètent. Le PIB américain
est rappelons-le du même ordre que le PIB européen. Mais alors que
celui-ci se répartit sur 27 Etats et 500 millions d'habitants, l'Amérique
et ses 300 millions d'habitants présente une grande unité.
Le symbole d'ouverture au monde que représente le vote Obama n'empêche
pas ce grand pays de nous inquiéter :
- La position
financière des Etats-Unis s'est considérablement aggravée
en un an. Certes la dette américaine est très forte depuis maintenant
trente ans mais elle était jusqu'à présent assez largement compensée
par les avoirs américains à l'étranger et les investissements étrangers
aux Etats-Unis.
La position nette - avoir moins dette - a été la plupart du temps
soit positive, soit légèrement déficitaire, entre 1970 et aujourd'hui.
Mais en 2007, cette position est devenue négative à moins 13 %
et en 2008 à moins 37 %.
La capacité chinoise à s'imposer dans la politique économique américaine
devient considérablement plus forte. Lorsqu'on pense à la Corée du
Nord et à l'Iran sur le plan du risque atomique, ou à l'Afrique sur
le plan des matières premières, on ne peut que s'inquiéter de cette
situation.
- Le budget
militaire américain pour 2009 est reconduit par le gouvernement
Obama au même niveau qu'en 2008. Il représente à lui seul l'équivalent
du budget militaire du monde entier.
Les Etats-Unis n'ont plus les moyens de le supporter avec un déficit
budgétaire qui va dépasser 10 % du PIB.
Le Président Obama et la nouvelle administration démocrate semblent
avoir peu de moyens pour peser sur le complexe militaro-industriel
américain.
- La
puissance militaire américaine semble mal adaptée aux risques de conflits
actuels.
Une puissante CIA comptant plusieurs dizaines de milliers de personnes
arabisants, sinologues, turkmènes, russophones bilingues paraît plus
important qu'un huitième porte-avions.
- Le
retrait des Etats-Unis d'Irak n'est pas garanti (Obama
a déjà annoncé qu'une forte présence de conseillers civils et militaires
serait maintenue) tandis que la présence militaire est renforcée
en Afghanistan où la guerre ne peut être gagnée.
L'Afghanistan, Etat artificiel né à la fin du 18ème siècle, et refondé
par la Grande-Bretagne en 1879, est un pays " fictif " dont les grandes
tribus se rattachent tantôt à l'Iran, tantôt au Pakistan, tantôt à
l'Ouzbékistan, tantôt au Turkménistan, tantôt même à la zone Ouigour
de la Chine. Imposer l'unité à ce pays est quasiment impossible.
Lui imposer la démocratie est une absurdité.
- La
relance économique massive voulue par le Président Obama,
comme le soutien aux banques et à la sphère financière, n'ont de sens
que s'ils permettent d'améliorer la capacité de concurrence du pays,
la défense de son industrie et donc l'augmentation de sa productivité.
Or, les dépenses de la nouvelle administration semblent être axées
sur le sociale et notamment la santé, sur l'augmentation du SMIC et
sur la croissance verte. Dans le même temps, les Etats-Unis ne semblent
pas remettre en cause la protection douanière vis-à-vis de l'Asie.
Cet ensemble de mesures est évidemment contradictoire.
- Enfin
la réforme de la sphère financière américaine est une condition nécessaire
à une reprise durable.
Et là encore, la nouvelle administration semble relativement dubitative.
On ne sent pas de doctrine Obama, ni de doctrine démocrate dans un
domaine où le " big business " et les grandes banques naviguent toujours
à vue mais semblent préférer cette situation à une esquisse de planification
redoutée plus que tout.
Déjà, les grandes banques américaines reconstituent leurs fonds propres
à des couts très élevés pour se libérer de la tutelle de l'Etat… et
repartir avant que des réformes sérieuses ne soient mises en place.
Le prochain gouvernement français
devra affronter la vraie crise, celle de 2010.
L'année 2009 va connaître une vraie récession avec une diminution
du PIB d'environ 3 %.
Tous les experts scrutent l'horizon en annonçant d'ores et déjà que
2010 sera l'année de la reprise, sans doute faible au premier
semestre, mais consolidée au second.
Nous pensons l'inverse.
Sans avoir les méthodes de calcul et les grilles comptables de l'INSEE,
ou d'autres organismes de prévisions, examinons quelques données sûres
:
- La crise de 2008/2009, déjà
forte, a pourtant été très amortie par plusieurs facteurs :
les retraités ont vu leurs retraites stabilisées ;
les fonctionnaires ont vu leurs salaires augmenter mécaniquement d'environ
3 % ;
les salariés mis au chômage (650 à 700 000 sur l'année) perdront peu
de revenus avant 2010 parce que les plans sociaux sont lents à se
mettre en place, que les ASSEDIC payent immédiatement les salaires
en cas de faillite et que les indemnités chômage sont élevées et quasiment
non plafonnées sur les six premiers mois.
Tout cela a empêché la crise de se faire trop sentir.
La meilleure preuve en est l'augmentation de la consommation des ménages
qui continue sur les cinq premiers mois de l'année.
Par contre, en 2010, du moins pour les salariés du privé, le choc
sera nécessairement important et d'autant plus que fonction publique
et retraités ne devraient guère souffrir.
- Le déficit public était de 2,7 % du PIB
en 2007. Il passe à 3,4 en 2008 et autour de 6 % en 2009.
Il semble exclu qu'il augmente encore nettement en 2010. Ce n'est
donc pas lui qui viendra au secours des ménages.
-Le commerce international va chuter d'environ 10 % en
2009 et nos exportations d'autant.
L'investissement des sociétés ralentit fortement de même que l'excédent
brut d'exploitation.
Il est bien évident que la masse salariale diminuera à peu près dans
les mêmes proportions.
- Enfin, les banques sont quasiment condamnées
à remonter le niveau de leurs fonds propres et leurs crédits
seront donc plus sélectifs.
Dans le délicat jeu à trois qui se pratique entre Etats nationaux,
Europe et Etats-Unis, il ne faudra plus compter en 2010 sur les Etats-Unis
pour tirer l'Europe, sur l'Allemagne et l'Angleterre pour tirer la
communauté.
La France ne pourra compter que sur elle-même pour faire face en
2010 à une situation économique dégradée et donc à une crise sociale.
Celle-ci n'a été évitée jusqu'à présent que parce que les syndicats
français ne représentent plus que la fonction publique. Mais c'est
un grave danger. Lorsque les syndicats n'organisent pas le mécontentement
salarial et lorsque les partis de gauche ne présentent pas de solution
au mécontentement de la population, c'est la rue et la banlieue qui
risquent de les remplacer. 55
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Editorial Avril 2009
Le bruit et l'agitation contre
l'action.
Le bruit nous envahit, il étouffe la parole, il faut crier pour se
faire entendre.
Est-il encore possible de réfléchir ?
On marche accompagné de son MP3 ou de son walkman, le téléphone portable
sonne sans arrêt, la musique est omniprésente dans les magasins. Le
bruit rend sourd.
Pascal disait que tout le malheur de l'homme venait de ce qu'il n'était
pas capable de rester une journée entière seul dans une chambre. Que
dirait-il aujourd'hui ?
La radio ouverte en permanence, la télévision allumée quatre heures
par jour, Internet signalant les messages au fur et à mesure qu'ils
apparaissent.
Les médias sont devenus si nombreux et si rapides qu'ils développent
en moins de quarante-huit heures des informations au sens littéral
du terme, fausses car jetées avant d'exister.
Dans les quarante-huit heures qui ont suivi le sommet du G20 à Londres,
la fin de la crise semblait pouvoir être datée : dans six mois. L'après-midi
les signes d'une reprise apparaissaient. En fin de journée la Bourse
montait. Le matin suivant, la reprise était là. En fin de journée
elle reculait. Le soir la crise repartait pour un an.
Le bruit étouffe toute réflexion. Il faudrait avoir le courage
de ne plus lire de quotidiens, de parcourir les hebdomadaires et de
ne lire que des revues.
C'est encore possible pour l'honnête homme.
C'est hélas totalement exclu pour l'homme politique.
Il baigne dans le bruit et ne peut s'en abstraire. Cela veut dire
qu'il n'entend plus.
Les politiques sont entrés dans cette société du bruit parfaitement
décrite par Philippe Murray dans un recueil de nouvelles, critique
du monde contemporain, qu'il baptise celui " des roues carrées ".
L'agitation, plus encore que le bruit, est significative de cette
société des roues carrées.
Il ne fallait pas être Prix Nobel d'économie pour prévoir dès juin
2008 que 2009 serait une année à - 3 ou - 4 %.
Il fallait y préparer immédiatement l'opinion et, en même temps, travailler
à des solutions fondées sur une récession clairement affirmée :
- des fermetures d'entreprises,
- une baisse des emplois d'au moins 500 000 personnes,
- une baisse globale des revenus, des déficits corrélatifs du budget
et de la Sécurité Sociale,
- un endettement parallèle de même niveau.
Bref, agir dans la vérité. Or c'est l'agitation
qui supplée à cette stratégie.
On affichait des prévisions de PIB à + 1 % en juin 2008, + 0,5 en
octobre, 0 en janvier, - 1,5 aujourd'hui.
Combien de mois faut-il encore attendre pour moins 2 ou moins 3 ?
C'est naviguer avec des roues carrées que de prévoir moins 1 % si
le bâtiment est à moins 20, l'automobile à moins 15, le commerce international
à - 10 et la consommation d'acier à - 40.
Même si tous les autres secteurs étaient stables ou en léger progrès,
on n'en serait pas moins à - 3 %.
S'agiter, se déplacer, recevoir à Paris chaque comité d'entreprise
touché, déclarer à chaque occasion que l'on va suivre personnellement
les sous-traitants de l'automobile, les constructeurs, les pêcheurs,
les éleveurs, les transporteurs... c'est peut-être politiquement indispensable
mais cela ne devrait pas dépasser le niveau des parlementaires, des
préfets, peut-être des secrétaires d'Etat, tandis que les ministres,
le premier d'entre eux et le Président devraient se consacrer à l'essentiel.
La vaine agitation conduit les salariés à penser, une fois de plus,
que les politiques ne servent à rien.
C'est aussi l'agitation qui devient, pour eux, la seule façon d'agir
: saccager une préfecture, retenir les dirigeants, occuper les entreprises.
L'essentiel, c'est de travailler à des formules
précises et chiffrées d'innovations sur le chômage technique
et le chômage partiel.
L'essentiel, c'est de travailler à une nouvelle
répartition des budgets permettant d'économiser sur les
dépenses de l'Etat et des collectivités locales pour maintenir la
consommation des salariés du privé.
L'essentiel, ce sont les solutions pratiques
à prendre tout de suite pour éviter de passer le déficit de la Sécurité
Sociale de 10 à 20 milliards d'euros.
L'essentiel, c'est de réduire la folie de
la dépense publique et d'imposer aux collectivités locales
des budgets à - 3 % c'est-à-dire adaptés à la crise alors qu'elles
affichent pour 2009 des prévisions de fiscalité moyennes de + 5 %.
Dans le bruit on n'entend plus, dans l'agitation
on n'agit plus, dans l'émotion on ne raisonne plus.
Au moment où l'on soigne une formidable crise de la dette et du crédit
excessif par de nouveaux crédits - cette fois publics - et de nouvelles
dettes - encore publiques - y a-t-il une vrai réflexion permettant
d'éviter une rechute de la crise financière mondiale ?
Plus qu'une rechute, il faut craindre en 2010/2011 une seconde crise
mondiale née des invraisemblables mesures prises aujourd'hui pour
sauver un système que nul ne semble avoir le courage de réformer.
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Editorial Mars 2009
Face
à la crise, une seule réponse, investir. Oui, mais
où?
La France entre en récession lourde
pour deux ans.
Une question bien inutile est fréquemment posée par les milieux
gouvernementaux : faut-il tenir un discours optimiste ou pessimiste,
les Français sont-ils mûrs pour accepter la
vérité ?
La vérité est que la récession se situera en 2009 entre moins 3
et moins 5 % parce que la mesure du PIB par la comptabilité nationale
a de moins en moins à voir avec la réalité :
- moins 10 %, c'est la tendance d'évolution du commerce international
;
- moins 15 %, c'est la chute de la production industrielle entre
fin 2007 et aujourd'hui en France ;
- moins 20 %, c'est la chute des mises en chantier de logements
sur les douze derniers mois en France ;
- moins 8 %, c'est la baisse des immatriculations de voitures neuves
en Europe mais, en janvier 2009, la chute a été de 27 % ;
- moins 19 %, c'est la chute de la production de voitures particulières
en France en 2009. Par contre, la production de poids lourds est
restée stable ;
- moins 12 % c'est l'évolution prévue pour le trafic aérien en France.
Le tourisme évoluera partiellement ;
- moins 15 milliards d'euros, c'est le déficit du commerce extérieur
français en 2008 avec un taux de couverture des importations qui
passe de 93 % en 2006 à 88 % en 2008 ;
- plus 500 000, c'est le nombre de chômeurs supplémentaires entre
septembre 2008 et mars 2009 inclus.
En face de toutes ces données, le gouvernement
affiche une prévision d'évolution du PIB de l'ordre de moins 1,5
%. Est-ce réaliste ? Certainement pas.
Notons d'abord que le calcul du PIB représente fort mal la réalité.
Un seul exemple : la production intérieure brute de l'ensemble de
la fonction publique varie selon l'importance des salaires et des
charges réglés sur l'année.
Si l'évolution d'ensemble des salaires des fonctionnaires est de
l'ordre de 3,5 % (1,5 % de hausse des prix et 2 % de glissement
vieillesse-technicité-primes), le PIB de la fonction publique augmentera
de 3,5 %.
Par contre, dans l'industrie et les services c'est la production
effective de chaque secteur qui est prise en compte : nombre de
voitures produites ou volume des prêts accordés par les banques.
La réalité de l'évolution économique pour
75 % des Français en 2009 sera proche de moins 5 %.
Les riches s'en tireront toujours. Les fonctionnaires augmenteront
correctement leur niveau de vie.
Les plus pauvres seront sans doute un peu plus aidés par le Gouvernement.
Les classes moyennes et moyennes inférieures souffriront beaucoup
plus. Les retraités aussi.
Que faire ? Le Gouvernement a choisi :
INVESTIR.
Mais ce choix n'en est pas un car la vraie question est INVESTIR
OU ?
Investir
oui, mais pour l'emploi, pour la productivité, pour l'exportation.
Il est étonnant qu'après les déclarations du Gouvernement sur la
relance par l'investissement, et après la publication par le Premier
ministre d'une liste de 1 000 projets prioritaires à lancer immédiatement,
les journalistes aient été si peu nombreux à analyser le choix de
ces projets.
La liste des 1 000 a été publiée lors d'un conseil interministériel
sur l'aménagement du territoire.
Elle était largement inspirée d'une part des contrats de plan Etat/régions,
d'autre part des projets des grandes entreprises et services publics
en attente de financement.
De ce fait, les mille projets avaient le caractère d'un catalogue
à la Prévert : détournement ferroviaire d'une métropole régionale,
restauration d'une cathédrale, contournement routier d'une grande
ville, achèvement d'un musée d'art moderne, développement du canal
Seine-nord, construction d'une cité universitaire, apport à un Partenariat
Public Privé hospitalier, etc.
Certains de ces projets sont reconnus par
le monde économique comme des éléphants blancs : la liaison transalpine
Lyon/Turin, le canal Seine-Nord Europe, le TGV Rhin-Rhône avec ses
trois branches dont chacun sait que la rentabilité voyageurs est
nulle alors que l'utilité pour le fret est évidente, mais n'a guère
besoin de 320 km/H.
Sur les 26 milliards du plan de relance, les grands projets ferroviaires,
les collectivités territoriales, les grands services publics se
taillent la part du lion. Comme le soutien bancaire et le soutien
à l'industrie automobile et à ses sous-traitants. C'est ce que l'État
sait bien faire.
Mais il faudrait plutôt qu'il réserve la plus grande partie de ces
26 milliards à développer des entreprises ou des services permettant
immédiatement :
- de développer les exportations ;
- de développer la productivité d'industries viables et d'avenir
;
- de développer l'emploi immédiatement ;
- enfin, de soulager immédiatement la pénibilité et la fatigue des
Français.
Impossible de détailler ici les critères permettant de déceler les
entreprises correspondantes aux trois premières priorités.
Mais pour la quatrième, une évidence devrait s'imposer aux pouvoirs
publics : la modernisation du réseau ferroviaire
et routier de l'Île-de-France.
C'est un scandale permanent que de voir les millions de voyageurs
prisonniers d'un réseau ferroviaire périmé et saturé, d'un réseau
RER totalement sous-dimensionné, d'un réseau routier de banlieues
en déshérence parce qu'une idéologie anti-automobiles refuse d'investir
dans de nouvelles liaisons autoroutières ou quatre voies alors que
Pékin en est à la construction de son septième périphérique.
La modernisation des transports de la région
Île-de-France devrait être un impératif catégorique.
Elle éviterait le stress, la fatigue, l'angoisse des retards au
travail et permettrait tout simplement une meilleure productivité
des travailleurs qui assurent plus de 20 % du PIB français.
Plutôt que de satisfaire les maires de quelques grandes métropoles,
c'est aux Franciliens moyens qu'il faut penser.
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Editorial Février 2009
La
grève, le pouvoir, la crise et les petits oiseaux.
Pourquoi la grève ?
La France est un étrange pays où les passions collectives s'expriment
avec vigueur mais sans aucune logique.
La crise nous affecte tous. Faisons donc grève et l'Etat résoudra
tous nos problèmes.
La grève, c'est la grande " geste " du peuple rassemblé pour demander
au pouvoir de prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire
le chômage, augmenter les salaires, diminuer les taxes, renforcer
les services publics et garantir les acquis sociaux.
La grève réussie, c'est l'unité syndicale réalisée pour une seule
grande et belle journée, les présidents des huit principales centrales
alignés côte à côte, leurs bras droits au second rang, l'opposition
politique au troisième.
La grève efficace, c'est une réunion générale autour d'une immense
table de cinquante couverts, trois par syndicat, trois par puissance
politique - le Premier ministre et les cinq principaux ministres
intéressés - et six pour le Président de la République. Le Pouvoir,
c'est l'image de la puissance. Les syndicats estiment qu'il peut
tout faire, augmenter les salaires, réduire le chômage, diminuer
les taxes...
La population n'y croit guère mais reprend espoir à chaque présidentielle
d'autant plus que des gestes spectaculaires lui font penser qu'après
tout on peut toujours trouver à tout instant dans les armoires normandes
de la République 100 millions pour la pêche, 1 milliard pour les
éleveurs de cochons, 5 milliards pour l'automobile, 10 milliards
pour les banques, 30 milliards pour la relance et 100 milliards
pour l'ensemble du déficit public prévu l'an prochain.
Le pouvoir peut très peu. Dans un monde économiquement et
financièrement unifié, la crise se répand comme une épidémie contre
laquelle aucune barrière sanitaire n'est possible.
L'Europe est loin d'être assez forte et assez unifiée pour aider
globalement ses membres. Mais elle est déjà devenue trop fédérale
pour laisser à chacun sa liberté d'action.
L'Europe est devenue une entrave sans être
un soutien.
Deux exemples l'illustrent :
1 - La France décide une
forme spécifique d'aide à Peugeot et Citroën. Pourquoi pas à Toyota
qui fabrique sur notre territoire autant de voitures ?
Pourquoi les Japonais ne fermeraient-ils pas leurs usines en France
pour sanctionner cette grave entrave à la concurrence ?
Pourquoi protéger l'automobile plutôt que d'autres secteurs industriels
? Parce que la voiture est un produit coûteux ? Certes, mais d'autres
le sont : l'informatique de haut niveau, les équipements industriels...
Enfin, peut-on décider de soutenir deux de nos grandes entreprises
sans penser aux conséquences sur la concurrence européenne et les
nouveaux entrants de l'Europe centrale ?
2 - La France décide de prêter
des sommes considérables à ses banques pour renforcer leurs fonds
propres. La définition de ceux-ci n'est pas la même en France
et dans les grands pays européens.
Bruxelles n'a pas pris les mesures nécessaires pour harmoniser la
définition de ces fonds propres.
Elle est différente aux Etats-Unis et en Europe. Par rapport aux
banques américaines, les fonds propres des banques françaises sont
inférieurs de plus de 50 %.
Ce qui est particulièrement grave lorsque les banques ont peur de
se prêter entre elles.
Les entreprises peuvent augmenter les salaires,
pas le Pouvoir.
Les entreprises peuvent développer les
exportations, pas le Pouvoir.
Les entreprises et les particuliers peuvent
payer des impôts pour alimenter la machine, pas le Pouvoir.
Celui-ci ne peut guère qu'emprunter grâce à la garantie que lui
donnent 60 millions de Français.
Sa seule capacité est de bien répartir les 30 ou 40 milliards supplémentaires
qu'il empruntera cette année.
Et la querelle sur la relance par l'investissement ou la consommation
est sans intérêt.
L'investissement concerne principalement de grands travaux d'infrastructures
et le secteur du BTP.
Ce sont donc essentiellement des salaires versés chaque mois et
donc de la consommation.
De plus, la part des produits importés est analogue dans les biens
d'équipement et dans les biens de consommation.
La seule discussion intéressante sur ce sujet devrait porter
sur le soutien aux industries exportatrices.
Ce sont elles qu'il faut privilégier au maximum pour ne pas ajouter
au déficit public, le déficit du commerce extérieur.
L'étendue
du désastre financier n'est pas encore connue.
L'étendue des fausses valeurs détenues par les banques et les sociétés
financières n'est sans doute encore connue qu'à 50 %.
Un bilan peut faire l'objet d'une très mauvaise évaluation - nous
préférons cet euphémisme au terme de trucage - un an. Deux ans cela
devient difficile, trois ans c'est impossible.
Où en sommes-nous aujourd'hui ? L'alerte a été donnée en juin 2007.
La période allant de l'été 2007 à la fin de l'été 2008 est celle
de " la drôle de crise " un peu analogue à la drôle de guerre entre
septembre 1939 et mai 1940.
Le départ de la grande crise a été la vente par Merrill Lynch d'un
portefeuille de 30,6 milliards de dollars de CDO (Collateralized
debt obligations) pour une valeur de 6,7 milliards.
Le calcul était vite fait. Si l'on multipliait
la valeur totale des CDO existants sur le marché mondial par un
coefficient de perte analogue, tout le système bancaire américain
faisait faillite.
C'est ce qu'on a senti deux mois plus tard avec la chute de Lehman
Brothers le 15 septembre 2008.
Nous en sommes donc aujourd'hui à un an et demi de la drôle de cette
drôle de crise mais à la première année des " bilans contestables
".
Attendons-nous à ce qu'ils soient encore contestés tout au long
de l'année 2009.
On ne verra vraiment parfaitement clair dans le système financier
mondial qu'en mars 2010.
D'ici-là, les plans de relance occidentaux seront toujours plus
ou moins bien adaptés. Mais ils sont surtout gros de bouleversements
monétaires et de stagnation économique.
Il n'est pas exclu, il est même vraisemblable,
de voir le dollar à 1,50 euros.
Il n'est pas exclu, il est même vraisemblable,
de connaître des rechutes boursières et de voir le CAC40
à 2 500 points.
C'est faire preuve de beaucoup d'optimisme de penser que la relance
sera là en 2010, le retour de la stabilité serait déjà une très
bonne nouvelle.
Et
les petits oiseaux ? Ils sont des millions à se protéger du
froid et à courir et voleter dans nos jardins à la recherche de
leur nourriture, se débrouillant pour picorer ici et là insectes,
graines et vermisseaux capables de les faire vivre.
Dans la crise, les moineaux sont assez sages pour ne chercher aucun
refuge ni dans la grève, ni dans le Pouvoir. Chaque salarié,
chaque individu, chaque auto-entrepreneur, chaque retraité - car
les retraites, elles aussi, baisseront - devra faire preuve d'une
grande résilience et s'adapter à une conjoncture inmaîtrisable.
Chaque fonctionnaire se cramponnera naturellement à ses acquis et
à sa sécurité et le Gouvernement serait bienvenu de faire remarquer
à la population toute entière qu'ils devraient être les derniers
à manifester.
2009 et 2010 seront difficiles, n'en doutons pas.
Croire que le Pouvoir et la grève y peuvent
quelque chose, c'est faire preuve d'une insondable légèreté.
52
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Editorial Janvier 2009
"Ce n'est pas le doute, c'est la certitude qui tue " Fr. Nietzsche
Au moment où débute une grave crise économique, la plus forte depuis
la seconde guerre mondiale, les réactions de trop de leaders d'opinion
sont marquées par des certitudes aussi étonnantes que dangereuses.
Les uns voient dans un retour de l'Etat - dirigiste à droite, socialiste
à gauche - une potion magique.
Munis d'un viatique infaillible - le sens de l'intérêt général - et
d'une compétence financière supposée sans faille, ce sont les gouvernements,
quels qu'ils soient, qui vont remettre la machine en route.
Politiques et hauts fonctionnaires, munis de ce viatique, feront beaucoup
mieux que les banquiers.
Les autres estiment à l'inverse qu'une réforme du système économique
et financier en place ne doit en aucun cas remettre en cause l'efficacité
du libre marché bancaire et monétaire.
Contester la liberté des banquiers et des fabricants de produits financiers,
leur mode de rémunération, l'équilibre naturel des marchés financiers
leur semble erroné.
D'ailleurs, disent-ils, la faute vient essentiellement des banques
centrales - par définition étatiques - qu'elles soient indépendantes
ou non.
Le marché intégralement libre n'aurait jamais connu de crises aussi
importantes.
Les certitudes dirigistes ou libérales l'emportent sur l'idée de remettre
en cause sans aucun tabou un système dont il n'est pas excessif de
penser qu'il peut mettre l'économie mondiale en faillite.
Au lieu d'amorcer une réflexion en profondeur,
chacun se cramponne à ses certitudes et répète en fermant les yeux
les articles de sa foi.
Cinq chiffres à méditer.
Parmi le flot d'évaluations - toujours en milliards d'euros et de
dollars - fourni quotidiennement par la presse, cinq chiffres semblent
absolument essentiels pour comprendre la crise :
- 1 - 50 000
milliards de dollars, c'est le chiffre du PIB mondial sur
lequel s'accordent l'ONU et l'OCDE.
- 2 -
200 000 milliards de dollars, c'est le total de l'encours
des obligations, actions et actifs des banques commerciales (rapport
Fond Monétaire International - avril 2008).
Lorsque les actifs bancaires font quatre fois la production mondiale,
c'est-à-dire quinze à vingt fois les budgets des Etats, il n'est pas
besoin d'être grand clerc pour comprendre que le pouvoir des grandes
banques est très supérieur au pouvoir des chefs d'Etat.
Le pouvoir, ce n'est pas nécessairement le pouvoir de diriger et le
pouvoir de faire. C'est aussi le pouvoir d'ignorer et le pouvoir d'empêcher.
Mme Lagarde et M. Ricol, le médiateur du crédit, pèsent-ils vraiment
le poids de M. Pebereau, le Président de PARIBAS? Rappelons que le
total du bilan de cette banque était de 1 700 milliards d'euros en
2007 alors que le total des budgets publics la même année (Etat +
Sécurité Sociale + collectivités locales + Europe) était de l'ordre
de 800 milliards, deux fois moins.
- 3 -
600 000 milliards de dollars, douze fois le PIB mondial,
c'est l'ensemble des produits dérivés fabriqués par la sphère financière
depuis trente ans.
Certes, ce chiffre qui paraît gigantesque et presque hors de toute
mesure, doit être relativisé car il figure en triple, quadruple, quintuple,
etc. dans les bilans des divers gestionnaires de fonds filiales de
groupes, filiales de banques, etc. C'est ainsi que pour la faillite
de Lehman Brothers, le jeu des compensations semble aboutir au fait
que 10 % seulement des actifs contestés devaient réellement être annulés.
Admettons que ce pourcentage soit excessif car la plupart des banques
de dépôts classiques jouent moins sur les nouveaux produits financiers
que les banques d'affaires. Même si ce pourcentage de fausse monnaie
n'était que de 5 % ou 3 %, ce chiffre aurait de quoi effrayer, pour
ne pas dire terrifier, les responsables financiers. Car 3 % de 600
000 milliards de dollars, c'est encore près de 20 000 milliards, c'est-à-dire
beaucoup plus que le PIB des Etats-Unis.
Si ces faux actifs représentent beaucoup plus que la production
du pays le plus riche du monde, c'est l'économie mondiale toute entière
qui est menacée de faillite ou plutôt, pour être plus proche de la
réalité, de " faillite systémique ". Cela signifie, tout simplement,
qu'il faut changer de système.
4 - 25
000 milliards de dollars, c'est l'encours de la dette publique
des Etats-Unis et de l'Europe.
La question de la dette que semblent négliger aujourd'hui la plupart
des leaders politiques (à l'exception notable d'Angela Merkel) va
devenir la question essentielle des années 2009 et 2010.
Le forum de Davos a d'ailleurs centré cette année ses travaux et ses
inquiétudes sur ce sujet. Car 25 000 milliards de dollars de dettes,
cela veut dire que l'ensemble du monde occidental devra émettre des
obligations de dettes souveraines considérables pour rembourser, régler
les intérêts et surtout financer les plans de relance que l'on jette
en pâture à l'opinion publique.
Les organisations internationales avancent aujourd'hui le chiffre
de 3 000 milliards pour ces émissions. Il faut y ajouter le plan de
relance Obama - 1 000 milliards - et les nouveaux plans européens
qui semblent surgir.
Et voilà pourquoi il faut attacher la plus grande importance aux rapports
entre la dette publique des pays riches et les réserves de changes
détenues par les pays qui ont des soldes commerciaux et financiers
positifs depuis plusieurs années.
- 5 -
5 à 6 000 milliards de dollars, c'est le total des réserves
de changes des pays qui financent les dettes américaines et européennes.
Ce chiffre est tout petit par rapport aux immenses problèmes que posent
les chiffres précédents. Et surtout, il est totalement lié à trois
facteurs : le prix du pétrole et du gaz qui s'effondre avec la crise,
le prix des matières premières qui baissent pour les mêmes raisons,
les importations occidentales en provenance d'Asie qui nourrissent
les réserves de changes asiatiques.
Les seules émissions de dettes souveraines en 2009 peuvent représenter
les 2/3 de ces réserves mondiales de changes.
Alors, en 2010 ? Les propos
qui précèdent n'ont pas pour but d'être alarmistes mais réalistes.
La méthode Coué et la politique de l'autruche n'ont pas lieu d'être
lorsque le péril est non pas annoncé mais déjà là.
Il est tout à fait irréaliste d'établir des prévisions de croissance
françaises et européennes autour de 0,5 à 1 %.
En 2009, la récession sera forte.
En 2010, la reprise ne sera au rendez-vous que si les bonnes solutions
ont été trouvées. Rien n'est moins sûr.
C'est pourquoi, répétons-le, " ce n'est pas
le doute qui tue, c'est la certitude ".
Nos économistes, nos responsables professionnels, nos leaders d'opinions
et nos politiques doivent travailler sur la recréation d'un système
financier sans se poser la question de savoir si les solutions sont
plutôt libérales ou plutôt dirigistes.
La refonte du système pourrait peut-être
s'inspirer de quatre principes :
1 - Tous les éléments inclus dans
un produit financier structuré et dans un véhicule de transfert d'actifs,
doivent faire l'objet d'une notation.
2 - Le système économique et financier
interdit tous les éléments comptables aboutissant à la tyrannie du
court terme.
3 - Il est interdit de faire
des paris financiers, sauf à immobiliser une partie importante
de la somme pariée sur la durée du pari.
4 - Toute banque recevant un volume
significatif d'argent public accueillera dans son conseil d'administration
un ou deux représentants du gouvernement jusqu'à ce que la somme reçue
ait été remboursée. 51
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Editorial Décembre 2008
Le pourcentage
d'imbéciles est le même dans toutes les professions : " L'argent
et l'intelligence ne sont pas liés. "
Les propos en italique sont signés de J-K. Galbraith, économiste
américain, qui a publié en 1990 un remarquable petit opuscule
intitulé " Brève histoire de l'euphorie financière "
Trois facteurs selon lui se retrouvent depuis 1930 dans toutes
les crises financières.
- 1 Les financiers s'imaginent
toujours avoir trouvé un instrument quasiment magique qui les entraîne
à fuir le réel : l'effet de levier.
- 2 La mémoire financière
est brève et, en cas de hausse, phagocytée par l'euphorie du moment.
- 3 Le monde politique et économique est dans l'illusion que
l'argent et l'intelligence sont liés.
Dans un monde où 95 % des hommes estiment leurs revenus insuffisants,
la plupart d'entre eux pensent que le maître de sommes gigantesques
- le banquier - possède un génie particulier.
Il n'en est évidemment rien mais il faut que le roi soit nu pour
s'en apercevoir.
La faillite du fonds Madoff permet ainsi de constater qu'une bonne
centaine de dirigeants de fonds spéculatifs, de banques, de chefs
d'entreprises, de très grosses fortunes privées, sont des imbéciles
au sens le plus complet du terme, c'est-à-dire sont incapables de
raisonnement et susceptibles de n'importe quelle crédulité.
C'est apparemment le cas de la très brillante banque espagnole Santander,
de deux des premières banques britanniques, HSBC et RDS, du Néerlandais
FORTIS et d'une banque suisse qui passait pour une des plus puissantes,
l'UBS.
C'est aussi le cas en France de NATIXIS (filiale des Caisses d'Epargnes),
qui perd 450 millions (Philippe Dupont - Président, D. Ferrerro
- Directeur général, J-M. Moriani - Directeur de la banque d'investissement
et de financement), de BNP PARIBAS, 350 millions (Michel Pébereau
- Président, B. Prot - Directeur général, G. Chodron de Courcel
et J-L. Bonnafé - DGA) et d'AXA 100 millions (Henri de Castries
- P.D.G., Denis Duverne - Directeur des finances, Ch. Condron -
P.D.G. AXA Financial Etats-Unis) .
Pourquoi ces financiers réputés compétents
ont-ils fait perdre dans ce seul fonds Madoff un milliard d'euros
aux épargnants français ?
Parce que le fonds Madoff a donné à ses investisseurs depuis une
quinzaine d'années un rendement extraordinairement stable et extraordinairement
élevé de 12 à 13 %.
Et pourquoi ces financiers ont-ils cru
à ce rendement, bien qu'il soit extraordinairement stable
et extraordinairement élevé ? Parce qu'ils aiment tellement l'argent
qu'ils finissent par y croire…
Et pourtant ! Chacun sait que si l'on veut
avoir un rendement élevé de son capital, il faut prendre des risques.
Les fonds placés à la Caisse d'Epargne rapportent 2 à 4 % selon
les époques.
Les obligations des grandes entreprises cotées peuvent rapporter
4 à 5,5 %, exceptionnellement davantage en pleine crise.
Les gérants des meilleurs fonds de placement destinés aux retraites
des salariés américains perçoivent des primes importantes lorsqu'ils
parviennent à des moyennes annuelles de rentabilité de 7 %
Il est donc évident pour toute personne de bon sens que passer de
7 à 13 % est rigoureusement impossible dans le cadre d'un fonds
de placement composé de paniers de valeur mutualisés.
Il faut nécessairement prendre des risques considérables pour aboutir
à un tel résultat.
Nos grandes banques sont sensées avoir des services d'études économiques
sérieux.
Faut-il croire qu'aucun de ces services n'a été capable d'attirer
l'attention des dirigeants de NATIXIS, BNP PARIBAS, AXA, CREDIT
AGRICOLE et SOCIETE GENERALE hier sur l'extraordinaire anomalie
constituée par des rendements de 12 ou 13 % quinze ans de suite
?
La crédulité financière est l'avatar naturel d'une volonté de profit
totalement irrationnelle.
Les groupes sociaux " banquiers ", " ouvriers ", " employés de surfaces
", " agrégés de philosophie " comportent tous la même proportion
d'imbéciles et de gens intelligents. Le
niveau des diplômes n'a aucune signification.
Les admirateurs de Lénine, Staline, Mao Tsé Toung, Castro
ont été proportionnellement aussi nombreux chez les diplômés de
l'Ecole Normale Supérieure que chez les ouvriers. Peut-être un peu
plus car la CGT, le premier syndicat de salariés français, n'a jamais
représenté plus de 50 % des votants aux dernières prud'homales alors
que les diplômés de l'ENS…
Quant à nous, Français moyens, n'avons-nous
pas souvent versé dans la même crédulité en pensant que nos entreprises
et nos banques pouvaient nous donner régulièrement 10 ou 15 % d'intérêts
?
L'étendue de la crise financière d'aujourd'hui surprend, accable,
consterne. Et elle est très loin d'être terminée.
Le dernier numéro de la revue " Agefi " indique que, pour la première
fois, le volume des CDS (Credits Default Swaps) a diminué de 1 %
au 1er semestre 2008. C'est extrêmement peu puisqu'il avait connu
une croissance moyenne de 45 % au cours des six derniers semestres.
Mais, dans le même temps, la banque des règlements internationaux
indique que
" L'encours notionnel mondial des dérivés de gré à gré poursuit
son expansion. Il atteint le montant pharamineux de 863 000 milliards
de dollars, en hausse de 21 % au 1er semestre 2008 ".
Qui peut encore croire que la crise systémique
a atteint son sommet en novembre et qu'après six mois difficiles,
l'économie repartira au second semestre 2009 ? 50
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Editorial Novembre 2008
A
crise nouvelle, remèdes nouveaux.
Comparer la crise de 1929 à celle
d'aujourd'hui est un non-sens.
La science, les techniques, les équipements industriels, les biens
de consommation, les systèmes de crédit, tout ce qui fonde le système
économique mondial a tellement évolué dans les 80 dernières années
que l'idée même de vouloir comparer des crises séparées de près
d'un siècle est aberrante.
De même, se raccrocher à la grande négociation de Bretton Woods
qui a fixé le fonctionnement du système économique mondial au lendemain
de la guerre de 1940, pour penser une nouvelle organisation conçue
par les vingt plus grandes puissances économiques du monde, c'est
confondre un symbole, une image, et une réalité.
Bretton Woods n'était pas un accord international. C'était une organisation
conçue par les Etats-Unis avec l'accord du Royaume-Uni et de la
Suisse à un moment de l'histoire où aucun autre pays n'avait de
pouvoir financier, ni le Japon, l'Allemagne, l'Italie, la Russie
et la France, tous ruinés par la guerre, ni la Chine, l'Inde et
l'Asie sans existence économique. D'ailleurs, Bretton Woods est
mort en 1971 lorsque les Etats-Unis ont abandonné la convertibilité
du dollar en or.
Pour bien comprendre les raisons qui font de la crise de 2007/2008
une crise totalement nouvelle que la plupart des économistes ont
été incapables de prévoir, un chiffre donné par un grand banquier,
M. André Levy-Lang, éclaire et explique le paysage :
" Aux Etats-Unis, l'ensemble de la dette portée par le système
financier a atteint des sommets historiques. Elle est passée du
10ème de la dette non financière en 1980, à dix fois cette dette
en 2007. " (Crise bancaire et risque systémique pp. 53 et suivantes,
rapport Ramsès 2009.)
Ce n'est pas pour faire image que M. Levy-Lang a cité deux fois
le chiffre de 10 :
10 % de la dette non financière en 1980,
10 fois cette dette en 2008.
Cela veut dire que la dette non
financière a été multipliée par cent.
C'est une réalité tirée de la totalisation des bilans de ce que
l'on appelle aujourd'hui la sphère financière, une sphère distincte
de la sphère bancaire mais hélas totalement interdépendante.
Une seconde donnée permet d'éclairer la réalité des risques encourus
par le système financier.
Le gouvernement américain après avoir fourni à City Bank 20 milliards
de dollars pour augmenter sur le champ ses fonds propres lui a fourni
une garantie de 306 milliards de dollars sur ses produits structurés.
A titre de comparaison, les prélèvements obligatoires de l'Etat
français sont aujourd'hui du même ordre, environ 300 milliards d'euros.
Or, même si City Bank est aujourd'hui la première banque américaine,
elle représente sans doute moins de 5 % du total des établissements
financiers américains.
Cela veut dire que le risque encouru par le gouvernement américain,
pour sauver son système financier, peut parfaitement se monter à
6 000 milliards de dollars.
En fait, ces chiffres qui donnent le vertige
sont encore très éloignés de la réalité.
La réalité c'est que l'ensemble des produits dits structurés (on
désigne globalement par ce terme tous les produits financiers qui
ne sont pas directement liés à un client, particulier ou entreprise),
représente des montants 5 ou 6 fois plus importants. Le bon grain
et l'ivraie y sont si mélangés que tous ont besoin de garanties.
Il s'agit donc aujourd'hui d'une crise
entièrement nouvelle et donc totalement incomparable avec toutes
les crises antérieures aux années 1980.
Ce qui est aujourd'hui le plus grave, c'est ce caractère à la fois
entièrement nouveau et d'une ampleur sans précédent, de la crise.
Le monde politique, y compris les parlementaires et les ministres
réputés les plus intelligents, ne la comprend pas.
Les ministres des finances des grands pays de l'OCDE ont proposé
et pris des mesures contradictoires ou différentes d'un mois sur
l'autre.
Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de leur ministre des finances
M. Paulson, ont montré non pas une valse hésitation, mais un véritable
désarroi.
Le gouvernement français a manifesté une totale absence de réalisme
en voulant faire remplacer les banquiers par les préfets. Des conférences
devraient avoir lieu dans chaque département entre préfets et banquiers
locaux pour se saisir de tous les litiges touchant au crédit et
les faire remonter à Paris auprès de M. Ricol.
Sachant que la France compte 2,5 millions d'entreprises et que les
ménages demandent 1 million de crédits " longs " (logements ou autre)
chaque année, M. Ricol devra rapidement engager 10 000 salariés
pour faire face à la demande. Toute plaisanterie devrait être écartée
d'un sujet aussi grave.
La vérité, c'est que les plus grands banquiers interrogés sur la
gravité de la crise et le moyen d'en sortir répondent aux abonnés
absents.
Les meilleurs économistes font de même.
Les gouvernants font semblant.
C'est pourquoi une seule chose est certaine : l'année 2009 sera
très lourde, plus lourde qu'on ne le dit pour ne pas en rajouter
au désarroi général. Une reprise est certaine.
La prévoir pour 2010, 2011 ou 2012 est totalement aléatoire.
L'Europe, comme trop souvent en retard
d'une guerre, ne pense qu'à une nouvelle réglementation du système
financier. Elle ne s'aperçoit pas que celui-ci est déjà mort.
La moitié des hedges founds aura fait faillite en 2008.
La plus grande partie des produits structurés disparaît d'elle-même
puisque leur marché n'existe plus.
A crise entièrement nouvelle, remèdes entièrement
nouveaux.
Le temps de la prospective est venu.
L'espérance réside dans la très grande souplesse de l'économie
américaine et le très grand pragmatisme des dirigeants du pays qui
ne s'embarrassent guère de savoir si une politique est " de droite
" ou " de gauche ". Elle réside aussi dans l'économie chinoise dont
les dirigeants sont tout aussi pragmatiques et qui peuvent rapidement
remplacer la dynamique d'une exportation à prix cassés par la relance
des équipements publics et de la consommation intérieure. 49
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Editorial Octobre 2008
Comprendre la sphère et la crise financière
La lecture des journaux financiers
rend la plupart d'entre nous interloqués.
Que signifient, en effet, tous ces termes d' " asset management,
Hedge founds, private equity, fonds de pension, fonds souverains,
fonds européens UCITS, SIV, titrisation, produits dérivés, achats
à découvert, options, swaps, CDS, CDO, CMO, ARM, taux variables
capés, LVO, prime d'illiquidité… ".
Il est indispensable aujourd'hui d'acheter le petit " Que sais-je
? " de Bertrand Jacquillat sur les 100 mots de la finance. On n'y
trouvera malheureusement pas d'analyse systémique de la sphère financière.
Tentons de la définir en partant de l'image
simple des trois cercles de l'économie :
1 Le
premier cercle est celui des entreprises qui produisent, investissent,
épargnent et distribuent des salaires à leur personnel, c'est-à-dire
aux ménages.
Ces entreprises et ces ménages sont engagés dans une sorte de mouvement
permanent de progression, d'invention, de croissance. Toute idée
d'arrêter ce mouvement (le mythe de la croissance zéro du Club de
Rome ou de l'écologie économe) contredit la nature même de l'humanité.
Donnons une valeur de 100 à ce premier cercle. Cette croissance
a besoin de crédits, donc conduit à un second cercle, celui des
banques.
2 Le second cercle est constitué par l'ensemble
du système bancaire.
Ce système distribue les crédits nécessaires au financière développement
des entreprises et à la consommation des ménages.
L'endettement des ménages américains et britanniques représente
110 % du PIB des deux pays, celui des ménages européens 40 à 80
%.
Les crédits demandés par les entreprises ne peuvent que croître
en fonction de la concurrence et de la mondialisation. Ce cercle
constitué par l'ensemble des banques commerciales classiques est
en prise directe avec le premier cercle, celui de l'économie réelle.
Les crédits accordés aux particuliers comme aux entreprises sont
des produits dont les valeurs sont connues et appréciées par rapport
à la qualité des emprunteurs.
Ce second cercle représente en valeur un chiffre d'affaires trois
fois et demi supérieur au premier car c'est tout l'ensemble de l'économie
mondiale, et plus particulièrement de l'Occident, qui vit à crédit.
Les liquidités nécessaires aux banques pour financer ces crédits
sont fournies pour une faible part par les pays développés et pour
l'essentiel par les grands producteurs de pétrole et de matières
premières, les excédents des pays émergents qui s'industrialisent
rapidement, Chine, Inde, dragon asiatique…
Donnons une valeur symbolique de 350 à ce second cercle.
3 Le troisième cercle est celui de la finance.
Les entreprises qui le constituent sont les gestionnaires d'actifs,
les banques d'affaires, les " Fonds " de toute nature, au total
quelques 5 000 sociétés.
Ce troisième cercle s'est constitué progressivement depuis vingt-cinq
à trente ans à partir d'une idée simple développée par l'ensemble
des banques commerciales classiques : se
défaire en tout ou en partie, des risques des crédits qu'elles ont
accordés.
Ces crédits sont de plus en plus importants.
L'ensemble des Nations occidentales vit de plus en plus à crédit
et, consciemment ou non, les banques ont
pensé utile, puis nécessaire, puis indispensable de se défausser
de leurs risques sur un troisième cercle : celui de la sphère financière.
Celle-ci se compose aujourd'hui de milliers de sociétés, parfois
filiales de banques, parfois indépendantes, souvent liées par un
interbancaire complexe mais fonctionnant de façon autonome.
Les entreprises de cette sphère fonctionnent sur un marché bien
particulier, le marché financier où l'offre et la demande ne sont
plus des produits dont on peut apprécier la quantité et la qualité.
L'offre de ces entreprises, c'est une technique
particulière, celle des " paris " fondés sur les calculs de probabilité.
La demande est considérable car ces techniques de " paris " fonctionnent
sur le court terme, d'une journée à deux mois, très rarement trois
mois.
Elles s'appliquent à tous les types de crédits comme à tous les
produits financiers : actions, obligations, titres de toute nature,
monnaie, matière première…
Ces techniques sont largement dominées par des hommes formés aux
mathématiques et aux statistiques.
Ils manient parfaitement les algorithmes algébriques, le calcul
des probabilités, l'analyse statistique des corrélations multi-variées.
Ils sont le plus souvent issus en France de Polytechnique, mais
la plupart des grandes business schools mondiales ont des doctorats
spécialisés dans ces techniques.
La demande quant à elle est considérable.
Les banques estiment que leur intérêt est de mutualiser au maximum
leurs crédits par la technique aujourd'hui généralisée de la " titrisation
".
Cette technique permet un mélange maximum de titres représentant
les crédits les plus variés fondus dans un magma permettant de mélanger
les risques les plus forts avec les risques les plus faibles, et
donc d'empêcher toute notation, toute évaluation de la réalité de
ces risques.
Or toutes ces sociétés financières n'achètent pratiquement jamais
de façon durable, mais à crédit, à terme, à découvert, à option
pour revendre aussi vite à d'autres.
Ainsi, la demande est, sinon illimitée,
du moins dix fois plus importante que la demande de crédits de l'économie
réelle.
Disons que la troisième sphère représente un volume de 5 à 600.
A titre d'exemple, trois chiffres sont cités par George Soros dans
son ouvrage sur la crise financière : " La valeur nominale totale
des CDS (Credit default swaps) en cours est estimée à 42 600 milliards
de dollar. A titre de comparaison, la capitalisation boursière du
pays est de 18 500 milliards de dollars, le marché des valeurs du
trésor de 4 500 milliards seulement. "
Cette troisième sphère prend naturellement beaucoup de risques
puisqu'elle ne fonctionne que sur le pari et la probabilité.
De plus, elle travaille avec des marges faibles, mais des sommes
considérables.
Les banques en effet, si elles consentent des crédits sur une base
par exemple de 5 %, ne vont pas s'en défaire à 7 ou 8 %. La marge
de la sphère financière sera plutôt de 0,5 à 1,5 %. Mais, parallèlement,
son investissement sera très faible -- elle ne travaille qu'à terme
et à crédit - tandis que son profit sera très fort : une option
payée 1 peut rapporter 10 ou 20.
" La titrisation a entraîné un développement considérable du
recours à l'effet de levier. Alors que le dépôt de garantie est
fixé à 10 % pour les obligations ordinaires, les obligations de
synthèse émises par les CDS ne requièrent qu'un dépôt de 1,5 %...
Tout cela ne pouvait que mal finir. " (G. Soros, page 21).
Les grands patrons de nos banques font parfois sourire lorsqu'ils
estiment que plafonner leur niveau de rémunération à 500 000 euros
est dangereux car ils risqueraient de filer à l'étranger où leurs
talents seraient beaucoup mieux reconnus.
Le talent, par exemple, de la direction générale du Crédit Agricole
qui s'est fait convaincre par de très brillants mathématiciens qu'il
existait des fonds dits " de performance absolue " où les gains
étaient garantis à 100 %, dans tous les cas de figure, y compris
l'écroulement de la Bourse et des marchés financiers.
Ils en ont pris pour quelques 8 milliards et en ont donc perdu 4…
Quel talent !
Cette analyse des trois sphères de l'économie, 100 pour l'économie
réelle, 350 pour le système bancaire traditionnel, 5 à 600 pour
la sphère financière est purement descriptive et, nous en avons
bien conscience, très sommaire.
Elle n'apporte aucune solution à la crise actuelle.
Elle se borne à l'expliquer.
Toutefois, cela conduit naturellement à mettre en valeur le seul
remède possible : certainement pas de refinancer les banques et
la sphère financière responsables de ce gâchis. Il
faut le faire dans l'immédiat mais il serait catastrophique de ne
pas remédier aux vices profonds du système.
Ni l'économie, ni la finance ne doivent
être soumises aux sciences du hasard et de la probabilité.
L'argent doit être prêté à des entreprises et à des
hommes sur des projets et non sur des algorithmes.
La réforme en profondeur de l'ensemble de la sphère financière est
indispensable.
Si elle n'est pas entreprise et pour partie réalisée dès le début
de l'année 2009, ce sera une crise pour rien… ou pour en préparer
une autre bien pire encore. Mais nous ne connaissons pas encore
la profondeur de celle-ci ! 48
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La
rentrée politique
Un
théâtred'ombres,
Lademain une crise sociale ?
Editorial Septembre 2008
La rentrée
politique
Un théâtre d'ombre,
demain une crise sociale?
Toute réforme doit être jaugée
à l'aune de la diminution de la dette publique.
Rien de changé dans la vie politique de la rentrée.
Le gouvernement continue à parler de réformes à longueur de journée
alors qu'il ne concentre pas ses efforts sur la seule réforme qui
permettrait de donner des marges de manœuvre à l'économie et au
pouvoir d'achat :
l'équilibre des comptes publics et la réduction de la dette.
Il faut sans cesse revenir à l'essentiel, parfaitement résumé dans
le rapport de la commission Pébereau
" Rompre avec la facilité de la dette publique ".
Cette dette atteignait 1 067 milliards d'euros en 2004, 1 250
aujourd'hui. Soit une augmentation de 17 % en trois ans et demi.
46 à 51 milliards, ce sera le coût des
seuls intérêts de cette dette selon le taux que nous
consentiront les grands fonds nationaux ou privés qui dominent la
finance mondiale.
Ce chiffre est à comparer :
- 20 milliards, le budget de l'enseignement supérieur et la recherche,
- 31 milliards, le budget du Ministère du travail, des affaires
sociales, du traitement du chômage,
- 36 milliards, le coût de la Défense nationale.
C'est assez dire que la France n'a strictement aucune marge de manœuvre.
On est vraiment lassé, voire indigné, de voir que, de trimestre
en trimestre, l'équilibre de nos comptes publics est repoussé, avant-hier
à 2009, hier à 2010, aujourd'hui à 2011, demain... ?
La réforme en France : voter une nouvelle loi, inventer un nouvel
impôt.
Pendant ce temps, la vie politique française continue avec les
deux piliers habituels qui soutiennent son action :
faire des lois, créer des impôts.
La plupart des lois proposées par le Gouvernement
sont inutiles et masquent plutôt le refus de prendre les décisions
que permet déjà la législation actuelle.
Elles masquent aussi la faiblesse ou l'absence de courroies
de transmission solides entre le gouvernement et l'administration.
Le prochain projet de loi sur le logement est hélas l'illustration
flagrante des ces deux vices du système politique français.
Plusieurs articles du projet sont consacrés à un timide début de
réforme du système HLM. Ils sont inutiles puisque, aujourd'hui,
le ministre peut retirer son agrément à tout organisme HLM qui remplirait
trop mal son rôle.
Mais rien sur la réforme profonde du système, ni sur le maintien
dans les lieux.
D'autres articles sont consacrés à la lutte contre l'habitat indigne,
les quartiers dégradés, l'insalubrité etc.
A croire que l'inculture législative règne dans les milieux dirigeants.
Il existe une bonne dizaines de lois sur le sujet depuis la grande
époque Claudius Petit - Sudreau.
Prévoir dans la loi un " programme national " de plus et un " plan
" de plus est totalement inutile.
Une petite avancée législative est certes prévue dans deux articles
du texte pour améliorer l'offre foncière et l'aménagement privé.
Elle aura moins de portée que n'aurait eu le changement de quelques
hauts fonctionnaires de l'équipement adeptes forcenés de la planification
urbaine. Ou la rédaction d'une circulaire impérative précisant
aux DDE qu'elles doivent tout faire pour améliorer l'offre foncière
et libérer les initiatives des constructeurs et des élus dans tous
les domaines.
Quant à l'inventivité
fiscale de nos ministres et de l'administration, elle n'était pas
à démontrer mais huit nouvelles taxes créées ou en projets immédiats
illustrent la " créativité " de nos élites :
il n'est de bonne réforme que de nouvelle taxation.
François Fillon - et Laurence Parisot semblent avoir mis un terme
à ce prurit fiscal... jusqu'à quand ?
Une crise sociale possible.
Nous évoquions en juin une réelle inquiétude pour la rentrée sociale
de septembre. Rien ne s'est produit.
L'opinion publique, les syndicats et les associations semblent assommés
par une crise financière indéchiffrable, voisine de 1 000 milliards
de dollars, peut-être davantage. Ici les
chiffres n'ont plus aucun sens.
Chacun sait qu'elle aura des répercussions sur l'économie, la
croissance et le pouvoir d'achat.
Mais dans le même temps, l'écart se creuse entre les privilégiés,
les classes moyennes et les classes populaires. Chaque mois parvient
une nouvelle information sur la rémunération des présidents des
grands groupes cotés, les parachutes dorés dont ils bénéficient
lors de leurs départs, contraints ou volontaires, leurs stock-options,
leurs retraites.
Nicolas Sarkozy, candidat, avait promis de les taxer(1). Qu'en est-il
?
Les cadres " très " supérieurs quittent leur job avec deux ou trois
ans de salaires, parfois plus.
La grande masse des cadres et des classes moyennes voit ses salaires
stabilisés avec la mondialisation.
La France est absolument contrainte à réaliser des réformes. Mais,
on l'a vu, les moyens financiers n'existent plus pour en amortir
le coût. La révolution de 1789 est née
de la crise des farines. Les événements de 1968, d'une étincelle
dans une cité universitaire de Nanterre.
Le Président et son gouvernement doivent travailler sur une réduction
drastique de la dépense publique, c'est-à-dire de la dette, et donc
des trois budgets de l'Etat, des collectivités locales et de la
Sécurité Sociale. L'hyperactivité présidentielle,
l'agitation frénétique de Jean-Louis Borloo,
la passion écologique de Nathalie Kosciusko-Morizet,
la lutte des présidentiables du Sénat pour triompher au jeu " Qui
veut gagner des millions ? ",
les quarante réformes en cours créent un brouillage des ondes où
tout devient inaudible.
Pour les Français, la seule chose qui compte au moment où la crise
économique et financière crée une angoisse bien justifiée, c'est
le maintien de leur pouvoir d'achat et l'augmentation de celui des
plus faibles.
Attention à l'étincelle. Il n'est pas toujours
vrai que le feu peine à prendre en période de crise ; et il peut
s'étendre vite dès que celle-ci semble achevée, à tout le moins
contenue.
La perte de 23 sénateurs n'est pas un signe négligeable.
(1) Rappelons les 5,6 millions d'euros
perçus par Serge Tchuruk, les 6 millions de Pat Russo et, plus récemment,
le départ du DG de Sanofi-Aventis, M. Gérard Le Fur qui, resté moins
de deux ans à son poste part avec 2,7 millions d'euros, plus une
part à négocier, plus un supplément de 150 000 euros bruts mensuels
(1 million de francs chaque mois) durant trente mois, plus des stock-options
dont le montant reste secret. On croit rêver ! 47
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Editorial Juillet 2008
Société
civile, ne jamais baisser la garde devant la société politique
Entendons-nous bien : il n'est pas question de tomber dans une critique
démagogique et populiste de la société politique, du parlementarisme,
des systèmes électifs et des hommes qui dirigent nos régions, nos
départements et nos communes.
La France, comme toutes les Nations, a besoin d'un système politique
où deux ou trois grands partis permettent d'évacuer les passions
collectives et de donner une issue à des frustrations croissantes
par des alternances réalistes. Par ailleurs, ce sont bien les
Français, chacun d'entre nous, qui élisent les parlementaires et
les dirigeants territoriaux qui nous gouvernent.
Et ce n'est pas " par défaut " que nous les élisons car c'est nous
qui, dès le départ de leur carrière, au plus petit niveau de la
commune ou du canton, les encourageons à nous représenter et à monter
de plus en plus haut pour mieux le faire.
Nos politiques sont les nôtres. L'exemple même en est
notre Président. Nous l'avons bien élu avec plus de 53 % de nos
suffrages.
Nous l'avons élu pour réformer et il le
fait.
Il est clair après douze mois de pouvoir qu'il a fait
bouger les lignes et que les 64 réformes qu'il s'enorgueillit d'avoir
lancées sont bien en cours.
Echecs, difficultés, sondages en berne n'ont pas découragé notre
Président.
La réforme de l'Etat, la révision des politiques
publiques, la modernisation du code du travail et de nos structures
économiques restent ses priorités. La société civile n'en a pas
d'autres.
Les priorités du Président sont les siennes mais, très simplement,
elle constate que les moyens de les atteindre peuvent être différents,
les méthodes autres, les objectifs mieux cernés, les étapes mieux
précisées.
C'est pourquoi, après vingt ans d'immobilisme, chacun hésitait dans
les milieux réformateurs et libéraux à critiquer le Président, son
entourage, son gouvernement et sa majorité puisqu'enfin les élections
avaient porté au pouvoir un homme et un ensemble majoritaire capables,
cette fois, de faire bouger la France.
Nous avions oublié que cet ensemble restait totalement partie intégrante
de la société politique.
Ne parlons pas ici de défauts ou de qualités mais simplement des
caractéristiques propres de cette société politique. Elles sont
connues.
Ses grands dirigeants sont des chefs de meutes qui chassent en groupe
mais restent solitaires.
Chacun d'eux croit détenir toute la vérité
et pense être seul à pouvoir l'imposer, le premier plus
que les autres.
La société politique quant à elle a un
seul objectif prioritaire : l'élection, avec un objectif
secondaire, la réélection.
D'où la nécessité de ménager la Droite et la Gauche et de se situer
à l'hyper-centre en se souciant toujours un peu plus de la critique
que de l'approbation :
- la majorité estime l'ISF stupide mais une minorité, dangereuse,
refuse sa suppression ;
- la majorité estime les 35 heures stupides, mais une minorité y
tient fermement ;
- la majorité sait parfaitement que les retraites ne seront plus
payées sans travailler quarante et un ans, mais un grand nombre
de salariés peu qualifiés, peu autonomes dans un travail souvent
répétitif ou pénible s'y opposent ;
et mille exemples de ce type peuvent être pris.
Le monde de l'entreprise, le monde syndical et associatif, les
élites que secrète spontanément la société civile ont d'autres méthodes
car elles ne vivent que de leurs résultats et non de l'élection
et de l'argent des autres.
Certes, quelques chefs d'entreprise du CAC 40 et quelques patrons
de syndicats peuvent prolonger au-delà de trois ou quatre ans des
échecs patents. Ce n'est jamais le cas des 3 millions de petits
patrons et d'exploitants.
L'échec financier, l'absence de résultats, conduisent à la faillite
ou à la déchéance.
La société politique peut, au contraire, augmenter les impôts à
plus de 50 % du revenu national ou emprunter trente ans de suite
tout en s'assurant une retraite dorée.
Les plus conscients, les plus sages, le savent et le regrettent.
Un de mes amis politique - un sage - me disait récemment :
" Nous sommes des infirmes, travailleurs,
dévoués, souvent compétents mais il nous manque un membre : la sanction.
Si nous échouons, il nous reste toujours l'emprunt ou l'impôt. "
C'est pourquoi Alain Lambert, ancien président
de la Commission des finances du Sénat a claqué la porte du Président
de la République et a rappelé la seule réforme qu'il lui semblait
indispensable de réaliser : l'inscription dans la constitution de
l'équilibre budgétaire des dépenses publiques hors investissement.
Cette inscription devant être naturellement assortie de sanctions
sans échappatoire. 46
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Editorial Mai 2008
Hyper Président ou grand patron
Dans le monde de l'entreprise, on connaît bien les conditions de réussite
d'un grand patron
- 1 avoir une vision prospective
claire,
- 2 savoir s'entourer des
meilleurs dans chaque domaine, commercial, financier, juridique, technique...,
- 3 savoir déléguer, c'est-à-dire
faire confiance, féliciter, accepter les erreurs inévitables des collaborateurs
capables de prendre des risques.
Dans le monde politique les conditions du succès sont les mêmes.
La vision prospective défendue par le candidat Nicolas Sarkozy
a séduit dès le premier tour une proportion inattendue des électeurs
- 31 % et au second tour plus de 53 %.
Certes le talent oratoire du candidat y était pour quelque chose,
comme d'ailleurs quelques discours sur le pouvoir d'achat, l'éducation
et la recherche que la situation financière ne permettait pas de mettre
en œuvre.
Il reste que, pour l'essentiel, la vision des réformes nécessaires
et l'esprit libéral qui y présidaient, étaient clairement exprimés.
C'est ainsi que les Français l'ont perçu et que malgré quelques impairs,
vite pardonnés, ils ont donné au nouveau chef de l'Etat un niveau
de confiance très élevé jusqu'en février.
Ce qui semble malheureusement aujourd'hui clair, c'est que les
deux autres conditions, le choix des hommes et surtout la capacité
à déléguer, ne sont pas au rendez-vous.
Un gouvernement se compose certes en fonction des apports personnels
de chacun pendant la campagne électorale et du poids électoral des
tendances. Mais sur les 34 ministres et secrétaires d'Etat, il
est indispensable que les postes clés soient donnés à des responsables
d'une compétence incontestable et que, pour les autres, la solidité
des membres des cabinets puisse suppléer à quelques insuffisances.
Mais là n'est pas l'essentiel.
C'est dans la délégation de pouvoirs et dans
la capacité à faire faire que l'expérience d'une année semble hélas
peu concluante.
Et l'on ne voit pas comment remédier à une situation qui est la marque
très profonde d'un caractère.
Le président, comme un grand patron, doit savoir déléguer et faire
confiance pour travailler efficacement avec une douzaine de personnes
:
- le premier ministre,
- le président du groupe parlementaire,
- le chef du parti politique majoritaire,
- les cinq à six ministres clé de l'équipe gouvernementale et
- les cinq à six membres clé de son cabinet.
Il doit savoir aussi choisir parmi ceux-ci les hommes capables
de s'abstraire du phénomène de cour pour l'informer avec franchise
sur les évolutions de l'opinion et du monde économique et politique.
La méthode de travail de notre président est très éloignée de ce mode
de gestion de l'entreprise France.
Et son caractère spontané, impulsif, fougueux, conforte sa méthode.
On ne répond pas à une grève d'enseignants, à la télévision, une heure
après la dissolution du cortège.
On ne demande pas à chaque enfant du primaire d'adopter un enfant
juif assassiné sans avoir pris le temps d'en parler à quelques responsables
concernés comme Simone Veil.
On ne décide pas la suppression de la publicité dans l'audiovisuelle
publique sans avoir décidé du financement de remplacement.
Un président de la République ne prend pas parti sur les travaux à
faire sur la ligne A du RER !
Il est vital que le Président cesse de s'occuper
de tout, ce qui a pour conséquence de brouiller les perspectives,
d'obscurcir l'horizon et de faire disparaître les priorités.
55 réformes, ce n'est ni trop ni trop peu,
ce n'est plus rien, tout simplement parce que la plupart d'entre nous
ne comprennent plus où l'on va et qu'on ne peut motiver les hommes
sans perspectives.
Le numéro du Point, daté du jeudi 29 mai 2008, consacre une vingtaine
de pages à la psychologie de notre Président. Une dizaine d'articles
à consommer avec modération car la psychanalyse n'est pas une science
exacte.
Toutefois la convergence de tous ces commentaires conduit à un constat
assez clair. 45
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Editorial Avril 2008
Il n'est pas simple de prévoir ce que
sera la situation française dans un an.
Qui aurait pu prévoir en 1957 le retour du général de Gaulle ? ou
en 1967 l'arrivée de mai 1968 ?
Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages depuis maintenant
près de trois mois.
Il peut certainement rebondir pour trois raisons :
- d'abord parce que c'est un grand professionnel,
- ensuite parce que les Français savent que la plupart des réformes
prévues sont indispensables,
- enfin parce qu'il n'existe aucune solution à gauche.
Mais quand ?
Occulter l'essentiel de sa vie privée est indispensable : c'est fait.
Revenir à une certaine distanciation dans l'exercice de la fonction
présidentielle est nécessaire : c'est en cours.
Mais attention, il risque d'y perdre du naturel et de la proximité
comme il en a déjà perdu en remplaçant des allocutions spontanées
sans notes, souvent convaincantes, par la lecture de discours préparés.
On ne change pas de personnage sans dommages.
Le problème de fonds est d'abord un problème
de pédagogie et de communication.
La pédagogie des réformes est absolument indispensable. Trop de
rapports sont pris pour des projets. Trop de projets sont annoncés
de façon imprécise et inquiétante. Trop de détails - souvent faux
- sont mis en valeur par une presse toujours prête à critiquer. Trop
de véritables réformes, fondamentales pour l'avenir, ont été noyées
par des annonces trop nombreuses.
Il faut remettre de l'ordre dans l'ensemble du projet gouvernemental
pour rassurer les Français.
Les réformes engagées sont pourtant considérables mais ne donnent
aujourd'hui que des résultats infimes :
-la réforme des régimes
spéciaux des retraites est faite. Elle a coûté cher
en concessions faites à la CGT.
On en sentira les résultats dans trois ans.
-L'autonomie des universités est votée mais
aucune méthode de sélection des étudiants n'a été mise en place et
les droits d'inscription restent nuls. La débureaucratisation du corps
enseignant n'est pas entamée.
-Le plafond fiscal à 50 % est en vigueur
mais l'impôt sur la fortune n'a pas été supprimé.
On ne sait donc pas encore si la fuite des capitaux va cesser, encore
moins si les milliers de gros revenus qui ont quitté la France ont
l'intention d'y revenir.
- La carte judiciaire a été réformée comme
la carte hospitalière le sera certainement dès cette année et sans
doute aussi la carte militaire. Les inconvénients de ces deux mesures
sont frappants ; par contre leurs avantages ne se verront que dans
les budgets 2010/2011.
- La fusion UNEDIC - ANPE est faite.
Mais la lourdeur administrative des structures ne permettra guère
une amélioration radicale de la recherche d'emploi avant un an ou
dix-huit mois.
Des réformes considérables sont en cours dans le domaine des relations
du travail et de la représentativité syndicale. - -Enfin,
les premières mesures de la révision des politiques et des dépenses
publiques sont annoncées pour le budget 2009.
Toutes ces réformes sont impopulaires dans la mesure où elles n'apportent
aucun revenu dans le portefeuille des Français tandis que la dette
publique continue d'augmenter et que les budgets de l'Etat, des collectivités
locales et de la Sécurité Sociale restent très déficitaires.
Tenir un an et plutôt dix-huit mois sur la même ligne de réforme alors
que la conjoncture économique se ressent nécessairement de la crise
monétaire mondiale, c'était une tâche facile avec 60 % d'opinion favorable,
ce sera évidemment beaucoup plus difficile avec 30 %.
D'autant qu'au malaise populaire s'ajoute
le malaise des élites économiques et politiques qui s'inquiètent d'un
mode de gouvernance peu cohérent.
Dans un pays démocratique on a besoin de partis politiques forts,
de parlementaires appuyant et contrôlant le gouvernement, d'un premier
ministre chef d'équipe et d'un Président conduisant l'ensemble.
Or, aujourd'hui, le parti politique, sans chef, est muet. Le Premier
Ministre a un rôle effacé, le président et son cabinet s'occupent
de tout sans être en prise directe, comme aux Etats-Unis, sur une
équipe gouvernementale. La troïka du pouvoir n'est pas manifeste.
L'urgence est de la rendre visible. 44
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Editorial Mars 2008
Crise
financière mondiale et élections municipales françaises
Les Français accordent une telle importance au pouvoir politique
- beaucoup plus d'ailleurs qu'à la démocratie - que la journée du
lundi 17 mars a vu la presse écrite comme la radio et la télévision,
consacrer la totalité des ses éditoriaux et la quasi-totalité de
ses premières pages aux résultats des élections municipales.
Dans la même matinée, les gouvernements américain et britannique,
la Banque Européenne, le gouvernement japonais organisaient des
réunions de crise avec leurs ministres des finances et les meilleurs
experts, pour étudier en extrême urgence les moyens de faire face
à la crise financière mondiale.
On n'attendait certes pas que la crise financière couvre la moitié
des premières pages.
Mais qu'elle soit totalement absente (à l'exception d'une colonne
sur cinq dans Le Monde) en dit long sur le nombrilisme de la presse
française.
Une crise financière mondiale.
Depuis un an, les banques et compagnies d'assurances distillent
trimestre après trimestre des informations concernant leurs risques
sur les crédits hypothécaires et les dépréciations nécessaires.
Ces entreprises ont confirmé de début février à aujourd'hui 20 mars
2008 la gravité de leur situation.
En regroupant simplement les informations financières " grand public
" données par Les Echos, La Tribune et d'autres, on évalue aujourd'hui
les pertes de ces entreprises à :
- Banques américaines 215 milliards de dollars ... 145 milliards
d'euros
- Banques européennes ... 81 milliards d'euros
- Compagnies d'assurances et de réassurances américaines
... 40 milliards d'euros
Total : 265milliards d'euros
C'est seulement aujourd'hui que l'on commence à se préoccuper de
la situation des assureurs et des réassureurs.
Ces chiffres ont peu de signification si on ne les compare pas à
d'autres grandeurs.
265 milliards c'est à peu près le total des impôts prélevés en
France par l'Etat et les collectivités locales, y compris les cotisations
sociales : 290 milliards en 2006.
Toutefois, ces chiffres ne tiennent pas compte des besoins financiers,
beaucoup plus importants, qui risquent de se produire avec les prêts
aux entreprises consentis ces dernières années à des conditions
défiant toute prudence.
Ces crédits, comme ceux de l'immobilier, ont été titrisés et ont
été à l'origine d'autres produits dérivés de ces crédits titrisés.
Si les crédits immobiliers ont donné naissance à 241 milliards de
dépréciation, il est possible que des sommes non pas équivalentes
mais supérieures apparaissent au fur et à mesure de l'année 2008
lorsque les crédits bancaires vont se réduire et laisser apparaître,
en raison de la défaillance des entreprises, les mêmes effets que
le crédit hypothécaire.
Ceci avec trois conséquences :
- une forte baisse de la valeur du dollar
passée de 1 euro en 2001 à 1,60 euro le 17 mars 2008.
- une baisse parallèle des réserves monétaires
mondiales puisqu'aujourd'hui, 60 % des réserves des banques
centrales sont en dollars contre 27 % en euros, 5 % en yens, 8 %
en francs suisses et en livres sterling réunis.
- une réduction dans l'avenir des crédits
au commerce et à l'industrie, comme de l'ensemble des
crédits à la construction.
Toutes les conditions d'une crise mondiale
sont réunies.
Certes les banques centrales savent y faire face mais à quel
prix à court terme et avec quelle perspective à moyen et long terme
?
N'oublions pas la stagnation de l'économie japonaise durant 7 ou
8 ans malgré un taux de la banque centrale voisin de 0 %.
Pourquoi rappeler la gravité de cette situation
? Tout simplement parce que le Président de la République
avait parfaitement compris dans l'année précédent les élections
que l'augmentation du pouvoir d'achat ne pouvait venir que de la
croissance et que celle-ci était totalement liée à des réformes
structurelles profondes.
La crise actuelle mondiale ne l'y aide pas.
Peut-il encore réaliser ces réformes dans le contexte d'impopularité
qui est le sien et après des élections municipales qui ont montré
un évident virage à Gauche et, plus encore, une désaffection certaine
du corps électoral manifesté par l'abstention ?
Nicolas Sarkozy a montré dans le passé qu'il était un formidable
" animal " politique. Il a bien sûr parfaitement compris d'où venait
sa baisse de popularité. La pente ne sera pas facile à remonter
mais elle peut l'être.
On ne peut que souhaiter sa réussite car il n'existe aucune autre
solution à moyen terme.
Soutenir le Président et le gouvernement,
c'est soutenir les réformes indispensables pour adapter la France
à la concurrence internationale, réduire la dette et le chômage
et reprendre avec l'équilibre budgétaire les moyens de relancer
l'investissement.43
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Editorial Février 2008
Après
huit mois de gouvernement les Français sont-ils mécontents ? Oui.
Une série de sondages portant sur deux périodes successives de 2
et 3 semaines a constaté une chute de confiance envers le Président
de la République, variant de 15 à 20 %.
A ce stade, il est absolument inutile - et dangereux - de mettre
en avant des explications du type
- " les réformes engagées n'ont pas encore donné de résultats ",
- " la presse est responsable d'une campagne sur le pouvoir d'achat
sur lequel le Gouvernement n'a pas de prise ",
- " les médias sont responsables d'une exposition excessive de la
vie privée du Président "...
Ces explications valent ce qu'elles valent : bien peu de choses.
Il y a deux raisons et deux raisons parfaitement
claires à la chute de la côte de confiance du Président :
1. les axes essentiels du projet de réforme présidentiel sont
devenus quasiment illisibles en moins d'un mois. Trop de réformes
tuent la réforme ;
2. la vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français
comme très éloignée de la leur.
Le projet de réforme présidentiel est devenu quasiment illisible
en un mois.
Lors de notre dernier éditorial, nous avions voulu montrer
l'importance et la cohérence des réformes autour de douze lois ou
décrets pris en 2007 et de six chantiers dont on savait qu'ils allaient
s'ouvrir dès le premier trimestre 2008.
Cela faisait déjà beaucoup et nous avions bien noté que toutes ces
mesures étaient parfois incomplètes et constituaient de simples
cadres à remplir ultérieurement.
Deux éléments ont depuis brouillé les cartes
au lieu d'éclaircir le paysage : la conférence de presse du Président
et le rapport Attali.
Au cours de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a fait un exposé
trop long - près de 50 minutes - en ne laissant aux journalistes
que le même temps, ce qui était insuffisant lorsqu'on invite 300
personnes. 20 questions posées équivalent à 280 personnes frustrées.
De plus, sur le fonds, le discours du Président a été peu compréhensible.
Les Français sont prêts à accepter toutes
les réformes si elles sont clairement exprimées autour d'idées fortes
qui les concernent clairement :
- comment améliorer leur situation et leur revenu,
- comment améliorer le destin de leurs enfants :
- Diminuer un endettement insupportable qui conduit bientôt à faire
du paiement des intérêts le premier budget de l'Etat et interdit
les investissements productifs (l'Etat en faillite).
- Augmenter les salaires et réduire massivement le chômage en conduisant
une vraie politique de croissance à 3 % ou plus (la réforme aujourd'hui
pour la croissance demain).
Tous les chefs d'entreprise savent bien que, pour faire adhérer
l'ensemble des salariés à une politique, il faut et il suffit d'expliquer
longuement et clairement les axes de cette politique, de répéter
ces explications et de montrer les perspectives positives attendues.
Au lieu de cela, nous avons entendu des propos relativement hétéroclites
que, sur les conseils d'Henri Guaino, le président a articulé autour
d'un thème intellectuel particulièrement fumeux " La politique de
civilisation ".
Citer Victor Hugo, Jaurès, Blum, Mendès-France, Pinay ou de Gaulle
est toujours utile.
Citer Edgar Morin, intellectuel particulièrement abscons, ancien
communiste resté résolument socialiste, auteur récent de trois volumes
hermétiques destinés à montrer que notre société est complexe et
que, par conséquent, aucune solution n'est simple, c'est courir
à la catastrophe.
Pour afficher un haut niveau de réflexion philosophique et sociologique,
M. Guaino aurait peut-être intérêt à s'appuyer davantage sur Alexis
de Tocqueville que sur Edgar Morin.
L'idée " pompeuse " de politique de civilisation
est à cent lieues des préoccupations des Français et notamment des
cadres qui ont massivement voté Sarkozy :
réduire la dette pour pouvoir investir,
augmenter la croissance pour augmenter le pouvoir d'achat.
Enfin est arrivé le rapport Attali : " 300 décisions, autour
de 20 réformes fondamentales ".
Et là, le Président a commis une erreur
certaine en indiquant qu'il approuvait d'emblée l'ensemble
du rapport et qu'il en mettrait en œuvre l'essentiel. C'était
la phrase de trop.
D'abord parce qu'un rapport s'étudie avec d'être approuvé ou critiqué.
Ensuite, parce qu'aucun rapport n'est à prendre ou à laisser dans
sa totalité.
Enfin parce que l'ensemble des réformes doit correspondre dans un
pays démocratique non pas à un rapport de techniciens, quelle que
soit sa valeur, mais à un programme électoral et à une majorité
parlementaire.
Jacques Attali n'a strictement aucune légitimité à dire que son
rapport est à prendre ou à laisser. C'est au Président et au Parlement
de prendre et de laisser ce qui leur semble souhaitable.
La vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français décalée
et très éloignée de la leur.
Les Français - contrairement aux Américains
et aux Anglais - ont la sagesse, en règle générale, d'autoriser
leurs dirigeants politiques à avoir la vie privée qu'ils souhaitent.
Peu de gens se seraient préoccupés d'une liaison du Président avec
telle ou telle femme : c'est son choix.
Par contre, ce qui n'est pas passé, c'est la rapidité d'une part,
l'affichage de l'émoi amoureux et du coup de foudre d'autre part.
Les turbulences de son second mariage et l'annonce impromptue du
divorce ont déjà surpris. Le " coup de foudre " et le remariage
trois mois plus tard ont semblé à beaucoup un
signe de jeunesse inquiétant.
C'est sans doute cette question de la vie privée qui empêchera -
combien de temps ? la remontée de la confiance, quelle que soit
l'efficacité de la politique présidentielle.
" Amour, sur ma vertu prends un peu moins d'empire ", faisait dire
Corneille à Eurydice.
Un disque va sortir. Mille journalistes vont reprendre les paroles
de chansons qui, comme toutes les chansons, parlent d'amour.
Qu'il le veuille ou non, quelles que soient les précautions prises,
le Président s'installe pour un an dans un maelström médiatique
où vaudeville et show-biz, vont nécessairement chevaucher en permanence
la politique économique et sociale. Elle risque de passer au
second plan et de devenir inaudible, comme les deux derniers discours
sur l'Europe et sur la politique des banlieues.
Dans le monde qui est le nôtre, le vrai
pouvoir appartient aux médias.
Quel dommage !
Pour la première fois depuis l'arrivée
du Général de Gaulle et le plan Rueff-Pinay, un président faisait
bouger les lignes. Son bilan en neuf mois était déjà considérable.
Une série de réformes réputées impossibles était lancée :
- les régimes spéciaux de retraite,
- le droit du travail et la fin du contrat par consentement mutuel,
- le maintien des jeunes de 16 h 30 à 18 h 30 pour les devoirs à
l'école,
- la réduction forte du nombre des fonctionnaires,
- un début d'autonomie des universités, etc.
Les ministres et leurs cabinets avaient des feuilles de route
précises.
Une vague législative et surtout une impulsion politique très forte
était donnée.
Il est évident que Nicolas Sarkozy ne va
rien abandonner de sa stratégie dans les mois qui viennent. C'est
avec anxiété que nous attendons la suite... en misant sur le talent
politique indéniable de notre Président. 42
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Editorial Décembre 2007
Bilan de l'année 2007 et de sept
mois de gouvernement
Les douze années de présidence de Jacques Chirac ont été si routinières
que le contraste avec les sept premiers mois de gouvernement Sarkozy
en est presque... aveuglant.
Douze grandes réformes ont été réalisées, sept d'entre elles sont
partielles ou incomplètes.
Douze grandes réformes...
1. Les deux lois de juillet et de décembre
2007 sur les heures supplémentaires et le rachat des RTT
correspondent bien à l'idée simple et vraie que pour gagner plus il
faut travailler plus. La critique constatant que les entreprises sont
libres ou non de donner des heures supplémentaires reste juste. Mais
on constate déjà que sur les fameux " 14 milliards de cadeaux fiscaux
", près de six milliards concernent ces heures supplémentaires. C'est
donc que la mesure a été très efficace.
2. La loi sur l'exonération des intérêts
des emprunts pour l'accession à la propriété est également
une excellente mesure. C'est un relais plus efficace et plus juste
qui devrait se développer avec la diminution vraisemblable des niches
fiscales Robien et Borloo.
3. Le plafonnement de la fiscalité personnelle
à 50 % du revenu doit permettre de freiner considérablement
les sorties du territoire provoquées par l'impôt sur la fortune.
Rappelons que cette fuite de capital est de l'ordre d'un milliard
d'euros par an.
Si on la diminue de moitié ce sera déjà un très beau résultat.
4. La suppression des droits de succession
pour 80 % des ménages est une excellente mesure.
Il ne faudrait pas aller plus loin car le maintien de droits sur les
successions importantes est une mesure qui allie justice et efficacité
aux yeux de tous les gouvernements de philosophie libérale.
5. La réforme des régimes spéciaux de retraite
permettra d'économiser environ 5 milliards d'euros par
an, ou plus exactement 4, car les compensations obtenues par les bénéficiaires
de ces régimes sont de l'ordre de 1 milliard. L'essentiel était d'unifier
le système. Des réformes ultérieures seront alors plus faciles à prendre.
6. La réforme de la carte judiciaire était
indispensable. Elle a été menée tambour battant.
Restent à prendre toutes les mesures d'aménagement pour une application
juste et proche des citoyens.
Il faut saluer le courage du ministre qui a affronté toutes les professions
judiciaires.
7. L'autonomie des universités était
une mesure strictement indispensable.
Chacun sait qu'actuellement toutes les écoles, grandes moyennes ou
petites, permettent mieux l'accès à l'emploi que des universités surpeuplées,
encombrées de faux étudiants et paupérisées...
Il était plus que temps d'adopter cette réforme pour redonner un minimum
de valeurs aux diplômes universitaires, en tout cas aux diplômes des
meilleures universités puisque la concurrence va enfin s'établir.
8. Une première réforme du Code du travail
est passée un peu inaperçue parce qu'elle a consisté à
réécrire les textes avec obligation de rendre la loi accessible et
intelligible.
Certains textes passent du domaine législatif au domaine réglementaire.
On s'apercevra dès l'an prochain de son importance. Cet énorme travail
qui porte sur plus de 2 500 pages n'attendait que le gouvernement
pour être examiné au Sénat puis à l'Assemblée.
9. La réforme des minima sociaux a
été engagée sur un plan expérimental par la création du Revenu Social
d'Activité (RSA) dans vingt-sept départements.
Cette réforme est fondamentale car elle touche environ 1,2 million
d'allocataires.
10. Un petit début de réforme de l'assurance
maladie a été engagé avec une franchise très limitée et
plafonnée annuellement.
11. La fusion des Assedic et de l'ANPE est
prête, elle sera examinée au parlement le 8 janvier 2008.
12. L'obligation d'un service public minimum
en cas de grèves.
Cette réforme est pour l'instant une simple loi cadre qui demande
un règlement détaillé pour chaque entreprise nationale concernée.
Elle devrait aussi être étendue à l'école et sans doute à d'autres
secteurs.
Douze grandes réformes... parfois incomplètes
Il s'agit bien sûr des trois précédentes, mais aussi de réformes qui
passent pour achevées alors qu'elles constituent de simples cadres:
Les régimes spéciaux de retraite devront
nécessairement subir d'autres adaptations en même temps d'ailleurs
que le régime général.
Elles seront plus faciles puisque les règles de base sont maintenant
admises.
La carte judiciaire a été réformée
non pas, comme on l'a dit, à la hussarde, mais selon un schéma général
que pratiquement tous les ministres précédents avaient approuvé.
Il reste que l'application va demander un travail intense et continu
durant au moins deux ans.
L'autonomie des universités n'aura
jamais aucun sens si elle n'est pas accompagnée d'un minimum de sélections
et d'un coût d'inscription significatif.
Les étudiants considèrent comme normal de payer un permis de conduire
1 500 euros ou plus, et scandaleux de payer 150 euros pour être admis
à tous les avantages de l'enseignement supérieur !!!
La fusion des Assedic et de l'ANPE
regroupe deux monstres bureaucratiques peu efficaces.
Il reste d'ailleurs à côté les missions locales et diverses associations
qui tentent de pallier à ces insuffisances.
C'est tout le système qui doit être revu car le chômage ne baissera
pas d'un iota avec cette fusion.
Six chantiers essentiels sont ouverts : ils seront
conclus en 2008
1. La réforme institutionnelle. Le
comité présidé par Edouard Balladur a remis ses conclusions. Elles
feront l'objet en 2008 d'un texte qui devrait en retenir l'essentiel
avant d'aboutir à une réforme constitutionnelle à Versailles.
2. La réforme de l'Etat. Pour
la première fois, celle-ci n'a été confiée ni à un secrétariat d'Etat,
ni à un ministère, mais à la Présidence de la République, le Secrétaire
général de l'Elysée, Claude Guéant en portant le poids.
C'était la seule condition pour que cette réforme éternellement repoussée
voit enfin le jour.
Vingt-six équipes d'auditeurs mêlant des hauts fonctionnaires et des
cabinets privés ont passé en revue l'organisation et les missions
de huit ministères avant la fin novembre.
Tous les autres services publics sont en cours d'examen avec l'objectif
de terminer en mai/juin. Un premier conseil de modernisation des politiques
publiques a eu lieu en décembre. Deux autres suivront.
L'essentiel de la réforme sera connu en juin et le budget 2008
sera fondé sur ces nouvelles données.
3. La compétitivité française et le rapport
de Jacques Attali.
Le Président de la République a souhaité que cette étude soit très
étendue, couvre tous les aspects de la compétitivité y compris les
aspects sociaux et culturels pour aboutir à un rapport ayant la même
importance que le rapport Rueff-Armand demandé par le Général de Gaulle
en 1958.
Il faut évidemment attendre pour en mesurer l'importance et le caractère
pratique.
4. La modernisation du marché du travail.
Dans ce domaine, c'est le MEDEF et les principaux syndicats de salariés
qui ont commencé à travailler avant la présidentielle. Ce travail
a été poursuivi toute l'année sachant que le Président de la République
estimait indispensable d'aboutir à un accord fin 2007 début 2008.
En effet, c'est de la fluidité du marché du travail que dépend
en grande partie la baisse du chômage.
Tous les exemples étrangers le montrent.
Or, à la dernière réunion du 7 décembre, tous les syndicats pensaient
qu'un accord était possible sous un mois.
5. La politique du logement.
Là encore, le retour à une véritable économie de marché, la réforme
du système HLM et la libération d'une offre foncière abondante sont
les conditions du développement de la construction.
Dans un discours prononcé à Vandoeuvre courant décembre, le Président
de la République a tracé les grandes lignes de la réforme.
La réécriture complète du Code de l'urbanisme ne se fera pas avant
2009. Mais plusieurs réformes de l'urbanisme opérationnel et du secteur
HLM seront réalisées en 2008.
6. Un plan Marshall pour les banlieues.
L'intention est évidemment plus que louable, la réalité semble pour
l'instant... extrêmement limitée.
Le problème de nos banlieues, et des zones urbaines sensibles, est
d'une extrême gravité.
On en connaît toutes les données depuis vingt-cinq ans.
La dernière émeute de Villiers-le-Bel où, pour la première fois, au
moins cinq criminels ont utilisé des armes à feu et blessé des CRS
et des gendarmes ont rappelé l'urgence du problème. Nous avons déjà
dans d'autres chroniques longuement évoqué les questions à traiter.
Il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui on en est très loin.
Deux contre-réformes ne peuvent avoir que des conséquences
négatives et graves
1. Le Grenelle de l'environnement.
Qu'il faille sacrifier à la pensée politiquement correcte, aux grands
mouvements d'opinion et à la pression médiatique pour se faire élire,
c'est une chose.
Qu'il faille y céder est une autre chose.
Nous ne pensons d'ailleurs pas que le Président de la République et
son gouvernement ont tout cédé devant la vague de l'écologisme médiatique.
Au contraire, il nous semble qu'avec beaucoup de prudence, la plupart
des " décisions " ont été transformées en " orientations " qui
seront revues et appliquées avec prudence dans le temps. Il reste
qu'en donnant la parole principalement aux adeptes du principe de
précaution et à des associations qui ne réalisent aucun travail scientifique
sérieux, le gouvernement peut se diriger dans des voies sans issues.
C'est un peu le cas de la loi sur le droit opposable au logement votée
sans aucune réforme du système HLM et se heurtant tout simplement
à l'absence de logements.
Faudra-t-il demain acheter une grande partie de nos semences et même
de notre nourriture à l'étranger parce qu'on aura bloqué la modernisation
de notre culture ?
La partie principale de la réduction des gaz à effet de serre vise
le bâtiment et les transports.
Dans ces deux domaines, les objectifs ne tiennent aucun compte
des prix.
Or chacun sait que, pour parvenir à une très forte réduction de la
facture énergétique, le coût du bâtiment doit augmenter d'environ
25 %.
A un moment où le marché du logement est saturé par la hausse des
prix des huit dernières années, qui paiera ?
Pour ce qui concerne les transports, chacun sait que le transfert
de la route vers le rail est un mythe absolu et que le coût en est
rédhibitoire.
2. La suppression du dépôt de garantie versé
lors de la signature d'un bail.
La mauvaise tenue du marché de l'investissement immobilier
qu'il faut sans cesse relancer par des mesures de niches fiscales
plus ou moins arbitraires (Périssol, Besson, Robien, Borloo) tient
essentiellement au fait que cet investissement est d'abord risqué
et ensuite peu rentable.
En une seule année, 90 à 100 000 décisions de justice sont prononcées
pour expulser un locataire. Sur ce total, environ 25 000 accords amiables
interviennent et 9 500 expulsions sont réalisées.
Pour tous les autres, soit le chiffre considérable d'environ 60 000,
la procédure peut s'éterniser. Elle dure en moyenne deux ans, parfois
cinq ans ou davantage.
Chaque propriétaire ayant connu ce type de difficulté et de procédure
en parle à dix autres et en décourage autant. Le dépôt de garantie
a d'ailleurs un aspect très bénéfique pour le locataire. Lorsqu'un
problème intervient sur quelques semaines, et même sur un mois ou
deux, le propriétaire cherchera un accord amiable et une solution
d'étalement avant de renvoyer le locataire sachant que le dépôt de
garantie lui évite de tout perdre.
Même les formules de Locapass et de fonds de solidarité logement qui
mutualisent ce dépôt ne sont souhaitables que si le propriétaire perçoit
directement la somme demandée.
Sinon, dans un marché dominé par la rareté, on sait bien que le propriétaire
s'arrangera toujours pour obtenir un faux dépôt de garantie : deux
mois de loyer d'avance, dessous de table, argent au noir, préférences
pour les fonctionnaires ou les gros salaires etc... Ce sont toujours
les plus pauvres qui en pâtiront.
41
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Editorial Novembre 2007
Politique
de la rustine et exigence de vérité.
1 - Un début de retour d'inflation pose le problème du pouvoir
d'achat.
Jacques Marseille qui refuse d'édulcorer sa pensée pour quelque raison
que ce soit a publié récemment dans Le Point (15/11/2007) un excellent
éditorial intitulé " La politique de la rustine ".
Il dénonce ainsi les multiples rallonges de subventions - et donc
d'impôts - que l'Etat se sent obligé de faire lorsque des manifestations
" un peu rugueuses " se produisent : les marins pêcheurs, la
SNCF et les étudiants hier, les fonctionnaires aujourd'hui.
" Cette politique de la rustine, dit-il, légitime les rapports
de force parce qu'elle fait croire à tous les Français que ces manifestations
violentes suffisent pour décrocher de l'Etat Père Noël les millions
et les milliards qui devraient faire l'objet d'expertise un peu plus
raisonnée. "
Qui pourra demain condamner ces minorités qui bloquent l'université,
les transports, les tribunaux...
" Qui pourra croire que l'Etat est en faillite s'il peut en quelques
heures débloquer des sommes qui ne sont pas si dérisoires. "
Sachant par ailleurs que tous les prix vont augmenter puisque non
seulement le pétrole mais toutes les matières premières, notamment
agricoles, sont emportés par le mouvement de hausse.
Ce mouvement inévitable est par ailleurs très heureux puisqu'il traduit
l'accès de la Chine, de l'Inde et de toute l'Asie à la consommation
dont profitait hier uniquement l'Occident.
Et Jacques Marseille conclut : " Aux indications de long terme
que donne le marché, il n'est en fait qu'une seule réponse possible
et légitime : répercuter dans le prix de vente les coûts de revient
qu'ils sont amenés à subir du fait de cette nouvelle donne mondiale.
L'Etat ferait mieux de changer les pneus fatigués plutôt que de s'acharner
à la pose de rustines."
2 - Une seule réponse, réduire la dépense publique et le coût
des monopoles.
Mais comment, alors, augmenter le pouvoir d'achat si tous les prix
de détail, et notamment les prix les plus courants - alimentation,
habillement - s'envolent ?
Il n'y a bien sûr qu'une seule réponse : réduire le coût de l'Etat,
des collectivités locales, des monopoles et des ententes.
La France est littéralement " shootée " à
la dépense publique : équipements fastueux, grands stades,
grandes bibliothèques, grands opéras, grands théâtres publics, grands
festivals, grandes manifestations, grandes fêtes, grandes réceptions,
grands travaux, grands musées, rien n'est jamais trop grand pour l'Etat,
pour nos maires et présidents de régions et de départements.
De plus, les Français qui n'ont guère de
formation économique réclament partout la gratuité au nom de la culture,
du loisir et du plaisir. Pour les vieux, pour les jeunes,
pour les familles nombreuses, pour les familles monoparentales, pour
les handicapés, pour toute catégorie signalée par quelques désavantages...
autrement dit, pour tous.
Ils oublient naturellement que la gratuité n'existe pas et que
tout a un coût.
Ce coût se retrouvera naturellement dans la TVA, dans la CSG et autres
RDS, dans les taxes pétrolières, dans la taxe d'habitation ou tous
autres impôts qui sont finalement beaucoup moins payés par les riches
que par la totalité de la population, même si elle l'ignore.
En outre, il est clair que certains secteurs sont dans une situation
de monopole ou d'entente et ignorent ce qu'est la concurrence.
C'est aussi le cas de toute une série de professions réglementées
qui vont du notariat aux auto-écoles, en passant par une foule d'entreprises,
d'agences publiques et d'administrations qui ne vivent que de normes
et de réglementations.
Beaucoup attendent avec impatience le rapport Attali sur les blocages
de la croissance en espérant que le Gouvernement portera ensuite le
fer sur les obstacles recensés.
En attendant, le Président de la République n'a pas voulu d'un budget
de rigueur au moment où les réformes de base allaient être réalisées,
c'est-à-dire fin 2007 et courant 2008. Sa position est parfaitement
compréhensible.
Mais le budget 2009 devra absolument montrer
aux Français que l'on ne peut pas avoir à la fois plus de pouvoirs
d'achat, plus d'Etat et plus de collectivités locales.
L'année 2009 sera l'année de la rigueur.
C'est maintenant qu'il faut commencer à en faire la pédagogie.
40
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Editorial Octobre 2007
Le réveil difficile de la
belle endormie.
C'est la France notre belle endormie.Elle
est restée très belle. Les étrangers l'adorent et les Français s'y
sentent finalement très bien sauf, sans doute, 15 % de ménages dont
les revenus sont trop bas pour suivre le train de la vie sociale
courante.
Certes, le niveau de vie n'augmente plus que très faiblement.
Certes, notre belle endormie ne se soucie guère des dettes qu'elle
laisse à ses enfants.
Mais enfin, tout cela ne paraissait pas encore assez dramatique
pour angoisser la population.
L'inquiétude régnait, sans plus.
Il a fallu les années Chirac marquées par une exceptionnelle
inaction, l'échec du référendum européen, la révolte des banlieues
en octobre 2005, la réelle stagnation du pouvoir d'achat pour que
les Français décident d'un véritable changement politique.
Ce changement s'est incarné dans l'élection
de Nicolas Sarkosy.
Sous une forme certes très différente, le vote pour Ségolène
Royal et la forte baisse de l'extrême gauche dénotaient aussi ce
désir de changement.
Et maintenant qu'il est là, on mesure tout
ce qui est à faire, on s'effraye de l'étendue des réformes nécessaires,
on s'angoisse des délais et l'on s'interroge déjà sur les résultats
des premières mesures avant même leur parution au Journal Officiel.
Car il faut s'attaquer à tout à la fois .
- Au déficit de l'assurance maladie,
- Au déficit actuel des régimes spéciaux et à celui, programmé,
du régime général des retraites,
- A l'endettement dont les intérêts représentent le second budget
de la Nation
- Au déficit budgétaire
- Au chômage de masse et au faible taux d'activité de la population
en âge de travailler
- Aux contrats de travail et à l'ensemble du droit du travail
- A l'investissement des entreprises en très forte baisse depuis
dix ans
- A la productivité de la Fonction Publique
- A l'excès des importations provenant de pays hors de tout contrôle
social
- A la politique agricole commune
- A l'intégration des immigrés de la première ou de la deuxième
génération
- A la rénovation de tout l'urbanisme des banlieues massacrées dans
les années 1955/1980
- Au financement des universités et de la recherche
- A l'organisation du primaire pour empêcher 20 % des enfants d'arriver
au collège sans la maîtrise de l'écriture et de la lecture.
Et tout cela, dans un cadre international toujours aussi difficile
avec les risques des nouveaux états nucléaires (Corée du Nord, Pakistan,
Iran), de la puissance grandissante de la Chine, du risque pétrolier
mondial, d'une immigration incontrôlable tant que les problèmes
de la pauvreté africaines et asiatiques ne seront pas résolus.
Et voilà pourquoi la presse, toujours submergée par le court
terme et l'émotion titre chaque matin : mais que fait Sarkosy ?
Sarkosy va trop vite et veut tout faire
à la fois.
Sarkosy va trop lentement, il parle mais
n'agit pas.
Sarkosy réforme les apparences mais ne
s'attaque pas aux réalités financières.
Sarkosy touche à tout mais ne règle vraiment
rien.
Sarkosy décide de tout sans consulter...
mais non, Sarkosy laisse trop de liberté au Parlement qui ralentit
ou modifie trop les textes.
Les libéraux le jugent dirigiste et les dirigistes libéral.
La droite le juge trop sensible à l'ouverture vers la gauche
et l'écologie,
la gauche le voit " débaucheur et électoraliste ".
Eh bien, fort heureusement, l'homme paraît
blindé. La ligne politique qu'il poursuit semble très claire, on
peut l'approuver ou la critiquer mais elle est cohérente :
c'est celle d'un excellent connaisseur de la vie politique qui sait
que les réformes échoueront si elles ne sont pas bien adaptées aux
circonstances.
C'est " l'anti Turgot ". Turgot nommé Ministre des Finances par
Louis XVI avait dans ses cartons dix projets de réformes tous plus
importants les uns que les autres. Il n'en a réalisé qu'une et a
du quitter son poste très vite car ses projets ne pouvaient être
imposés dans une année de disette en pleine révolte des farines
et sans l'appui ou du moins la neutralité du peuple et des classes
intermédiaires.
Nous sommes dans un régime démocratique où la réforme ne se fait
pas sans un certain consensus populaire car les techniques de blocage
sont nombreuses, pour ne pas dire innombrables si l'opposition se
sent soutenue par la majorité et si elle les utilise toutes :
le Conseil d'Etat, le Conseil Constitutionnel, le Parlement et l'obstruction
technique des amendements sans oublier l'essentiel : la rue.
Il est vain de recommander à la Presse,
prudence, sagesse et raison.
Le dernier numéro de l'Expansion est un bon exemple de l'énervement
médiatique.
Rédigé le 15 octobre 2007, c'est-à-dire sept semaines après les
quinze jours de vacances du gouvernement, il rédige déjà un cahier
spécial sur le bilan provisoire de Sarkosy commenté par François
Hollande, François Bayrou et Jean-Pierre Raffarin.
On ne saurait prendre plus de recul et choisir des commentateurs
plus objectifs !!!
Peut-on vraiment juger une politique, et surtout dans un climat
aussi nouveau avant au moins un an de travail complet, septembre
2007/septembre 2008 ?
Pour notre part, nous traiterons une par une les solutions mises
en œuvre au fur et à mesure que les questions sont posées mais en
nous gardant d'une appréciation générale ...... sauf si ...39
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Editorial septembre 2007
Pour une juste mesure du temps.
Dans toute action humaine il y a un temps pour la préparation, un
temps pour l'action, un temps pour la réponse, un temps pour l'analyse
des résultats.
Le Président de la République en parlant du prochain budget a évoqué
ces quatre temps.
2008, a-t-il souligné, sera une année de transition car on ne refait
pas en six mois le budget d'un Etat accoutumé depuis maintenant trente
ans au laxisme et au déficit.
De plus, la réforme est déjà difficile à faire passer dans un pays
où chacun la souhaite pour les autres mais jamais pour soi. Elle ne
peut être accompagnée en même temps d'un plan de rigueur trop strict.
2009, sera la première année fondée sur un
budget entièrement nouveau préparé par tout un travail d'audit conduit
ministère par ministère.
C'est cette année-là que l'on pourra juger début 2010.
Mais qu'il est difficile d'échapper à l'agitation du microcosme qu'évoquait
Raymond Barre et à la fébrilité de la presse quotidienne qui donne
toujours l'image d'un nid de fourmis agité par la hure d'un sanglier.
Tandis que les uns critiquent l'agitation
excessive du nouveau président, les autres regrettent déjà le 30 septembre
que les résultats ne soient pas au rendez-vous !!!
La réforme d'un Etat moderne, c'est le rocher de Sisiphe
!
Chacun de nos codes compte mille à deux mille pages. En outre, chacun
d'eux se croise avec les codes voisins.
Dans le domaine de la construction il en est au moins trois : le code
de l'urbanisme, le code de l'environnement, le code de la construction.
Il faut en rajouter deux autres : le code civil et le code des collectivités
locales car celles-ci ont maintenant tout pouvoir en matière d'urbanisme.
La mécanique législative est d'une extrême complexité, qu'il n'est
d'ailleurs pas toujours souhaitable de réduire car c'est aussi une
des conditions de la démocratie, de la protection du droit des
citoyens, de la protection de l'opposition.
Il fallait que l'équipe de Nicolas Sarkozy
soit déjà formidablement organisée pour avoir pu traduire dans la
réalité, c'est-à-dire dans des décrets d'application, une bonne dizaine
de mesures législatives extrêmement lourdes prises entre le 3 juillet
et le 5 août par un Parlement convoqué en session extraordinaire.
Et l'on ne mesure pas l'étendue du travail effectué dans
chaque ministère alors que toutes les équipes n'ont eu que cinq semaines
depuis les vacances.
L'action de Christine Boutin, ministre du logement, qui a vu et revu
en septembre la totalité des leaders de la profession (plus de 30
syndicats professionnels et combien d'experts !) et bien avancé la
réflexion sur sept à huit réformes importantes de l'urbanisme et de
la construction en est un bon exemple.
La précipitation est la plus mauvaise des solutions.
Comme les législations de circonstance nées d'une émotion populaire
aussi compréhensible que dangereuse. Imaginons la rentrée et que
les étudiants soient dans la rue, leurs droits d'inscription ayant
été augmentés librement par chaque université! Aurait-on pu lancer
dans ces conditions la réforme des régimes spéciaux ?
La phrase de François Mitterrand " Laissez du temps au temps " est
véritablement entrée dans la conscience populaire encore qu'elle ait
bien mal servi puisqu'elle a laissé au temps le temps de ne rien faire.
Ayons au moins la patience de laisser à Nicolas
Sarkozy les quinze mois qui viennent pour entreprendre ce que nous
pourrons juger en 2009 qui marquera le vrai bilan de la réforme.
38
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Editorial
Juillet 2007
Fin du tout politique, début des réalités : combattre le Diable
dans les détails.
Depuis septembre 2006, les Français ont signifié à leurs dirigeants
qu'ils croyaient au retour de la politique et à la possibilité d'y
trouver une solution à leurs intérêts individuels par le biais de
l'intérêt collectif.
Pour parler simple, ils ont dit haut et clair que la politique
pouvait servir à quelque chose.
Et ils ont voté pour un président élu avec 53 % des voix et le taux
de participation le plus élevé depuis 40 ans.
De plus, deux mois après le second tour des présidentielles, tous
les sondages accordent au gouvernement un niveau de confiance de l'ordre
de 65 %. Ce sont des conditions exceptionnelles
pour réussir une véritable politique de rupture et de réformes dont
une grande majorité de Français sent qu'elle est nécessaire.
Mais c'est le 3 juillet, ouverture de la session spéciale du Parlement,
que tout commence.
Car tout commence vraiment lorsqu'il y a projet de loi, puis décrets
d'application, puis circulaires, puis réalités administratives.
Le Diable se cache dans les détails à tous ces niveaux.
- D'abord le projet de loi.
De l'idée développée dans un discours électoral au projet, la distance
est souvent grande.
Le projet lui-même doit s'assurer de trois conformités : avec les
textes et la jurisprudence du Conseil d'Etat, avec la jurisprudence
du Conseil Constitutionnel, avec les directives européennes et la
jurisprudence de la Cour de justice.
Ce n'est pas une mince affaire.
- Après passage en commissions et vote de
l'Assemblée, les décrets d'application se font toujours attendre.
Certes, l'administration peut être pressée, voire bousculée et contrainte
mais cela prendra toujours quelques mois plutôt que quelques semaines.
- Enfin viendra le temps des circulaires
d'application afin que chacun sache au niveau des départements et
des communes, comment les textes doivent être interprétés et appliqués.
On le voit, tout cela est un travail redoutable et l'énergie inlassable
déployée par notre nouveau Président ne peut hélas en aucun cas remplacer
les centaines ou plutôt les milliers de prudences et de temporisations
locales.
C'est tout un pays qu'il faut mettre en mouvement et 25 ans de
mitterrandisme et de chiraquisme ne nous ont guère habitués à l'ardeur,
à l'audace et à la détermination.
Et c'est pourtant à cette seule aune que pourra être jugée l'action
présidentielle et législative. 36
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Editorial Juin 2007
Le
Parlement et la société civile dans un paysage politique entièrement
nouveau.
Le Parlement élu les 10 et 17 juin 2007 comptera une majorité de
plus de 400 députés, moins de 160 pour l'opposition. Ce phénomène
est entièrement nouveau, même si en 1968 la majorité issue de
la dissolution était presque aussi forte.
Quelles que soient les interprétations de ce vote, et notamment
du taux d'abstention, il est clair qu'il s'agit d'un soutien
total au programme et à la personne du Président de la République.
Si les abstentions ont été fortes, elles confirment que les Français
loin d'être inquiets par la personnalité très volontariste de Nicolas
Sarkozy lui donnent en quelque sorte un blanc-seing en disant :
" Nous ne sommes peut-être pas vos partisans mais nous acceptons
de tester une autre politique, la vôtre. "
Ce vote " présidentialiste " nous fait
entrer dans un autre régime, le régime présidentiel.
Nous pensons, pour notre part, qu'il s'agit d'une très bonne orientation
mais à deux conditions :
- que le Parlement joue son rôle,
- que la société civile sorte de la faiblesse qui est la sienne
en France.
Le Parlement d'abord.
450 députés (chiffre probable, le 11 juin, jour où cette lettre
est rédigée) c'est évidemment une majorité très hétérogène.
On y trouve des hommes de tradition planificatrice et constructiviste
qui ont fait leur carrière politique au début d'un gaullisme marqué
par la puissance de l'Etat, de la haute fonction publique et de
l'ENA.
Ces hommes sont souvent plus proches d'une partie du parti socialiste
que de la droite traditionnelle.
Un deuxième groupe de parlementaires est au contraire de tradition
libérale, certains venant du giscardisme et d'autres de l'UDF.
Deux inter-groupes parlementaires représentaient bien cette tendance
: Les Réformateurs animés par Hervé Novelli et Génération Entreprise
animée par Jean-Michel Fourgous.
Un troisième groupe de parlementaires vient de la démocratie
chrétienne : il s'agit d'une bonne partie de l'UDF ralliée à
l'UMP par Pierre Méhaignerie et du nouveau centre qui a quitté François
Bayrou.
Un petit nombre de députés représentent encore une quatrième
tendance : celle qui s'était vivement opposée au traité de Maastricht
et qui avait animé le NON au référendum sur la constitution
européenne. Ils sont peu nombreux mais représentent une vraie tendance
politique.
Enfin un cinquième groupe se revendique sinon de gauche du moins
" du très social " : il va des amis de Philippe Seguin hier
à Christine Boutin aujourd'hui.
S'ajoutent à ce panorama d'autres clivages liés aux hommes : les
premiers fidèles de Nicolas Sarkozy, les derniers fidèles de Jacques
Chirac, les proches d'Alain Juppé, de François Fillon, de Dominique
de Villepin...
Difficile aujourd'hui de prévoir ce que souhaiteront le Président
de la République et le Premier Ministre.
Pour nous, il nous semble indispensable
de créer une " respiration parlementaire " très forte redonnant
à l'Assemblée Nationale des pouvoirs qu'elle a totalement perdus
avec la constitution de 1958.
Ces pouvoirs doivent être clairement affirmés
dans une réforme constitutionnelle.
Ils doivent aussi s'exprimer par la création de " courants ",
qu'on leur donne ce nom ou qu'on les appelle autrement.
L'essentiel est qu'il existe dans cette énorme majorité des tendances
qui expriment clairement la diversité des électeurs et donc des
Français.
Il faut, à l'UMP, une droite, un centre et une gauche pour reprendre
les images traditionnelles.
Gageons d'ailleurs que nombre de personnalités du centre et de la
gauche rejoindront cette majorité car cinq ans c'est long et dix
ans plus encore.
Pour une société civile forte.
La société politique tient en France une place considérable, tradition
hélas très ancienne dont Tocqueville a montré dans " L'ancien régime
et la révolution " qu'elle existait bien avant les années 89/99
et le centralisme napoléonien.
Le groupe formé par le gouvernement, les cabinets ministériels,
les hauts fonctionnaires et responsables des grandes agences publiques
est le cœur de cette société politique que le Parlement est censé
contrôler mais qui, en fait, s'y identifie. Et ce d'autant plus
que les parlementaires sont le plus souvent présidents de conseils
généraux, maires de grandes villes, présidents de régions et qu'ils
s'appuient eux aussi sur les quelques 2 millions de fonctionnaires
territoriaux.
En face de cette société politique plus puissante en France que
dans tous les autres pays, on trouve des structures professionnelles
très éparpillées au niveau patronal comme au niveau salarial.
- Le MEDEF constitue un savant équilibre de pouvoir entre 600 syndicats
professionnels et 85 branches ou fédérations. -Les salariés se regroupent
dans 6 grands syndicats dans lesquels les syndicats de fonctionnaires
sont dix fois plus puissants que les autres, tandis que de nombreux
" autonomes " n'ont pas le droit de vote aujourd'hui mais l'auront
sans doute demain.
- A côté de ce mouvement syndical, les thinks tanks et clubs de
réflexion représentatifs de la société civile au vrai sens du terme
- c'est-à-dire en dehors de tout corporatisme professionnel - sont
très peu présents.
A gauche, en-dehors d'ATTAC, on trouve
quelques associations et groupes d'intellectuels autour de grandes
figures universitaires et sans moyens financiers.
A droite, la société civile s'est davantage
développée autour des idées libérales.
Il est absolument fondamental qu'elle puisse faire entendre sa
voix en face d'une société politique marquée par une spécificité
trop connue : elle gouverne par l'impôt et par l'emprunt et ignore
tout du risque entrepreneurial, du compte d'exploitation de l'entreprise
et du contrat de travail des simples particuliers.
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Editorial Mai 2007
Passion
.......... Raison ......... Election
Un
peu de philosophie n'est peut-être pas inutile au moment où la France
change de Président et peut-être d'époque.
En introduction à cette réflexion, j'aimerais citer quelques phrases
d'Albert Memmi tirées d'un merveilleux petit livre intitulé
" Ah quel bonheur ! "
" Submergés par nos émotions, piégés par nos sens, leurrés par
notre imagination, nous devons nous en
remettre à notre raison.
Mais comment pouvons-nous sans un vain orgueil nous targuer de raison
alors que nous sommes si souvent submergés par nos émotions, piégés
par nos sens, leurrés par notre imagination, téléguidés par notre
part d'ombre, tiraillés par l'avidité de nos intérêts et même par
des préjugés honteux et tenaces ?
Peut-être est-ce cela précisément la raison et la sagesse.
L'effort de tenir compte de tout, comme un bon capitaine qui, ayant
bien calculé son itinéraire, prévu les aléas de la route, évalué
l'état de la mer, la force et la direction des vents, maintient
sa barre dans la bonne direction.
Notre capitaine c'est notre raison et le
résultat toujours menacé de ses efforts devrait en être la sagesse.
Depuis Socrate et Freud, en passant par Leibniz et Schopenhauer,
nous savons qu'une large partie de nous-même échappe à notre contrôle
direct. Mais nous nous efforçons de cerner, de réduire
ce double inconnu afin de nous conduire au mieux. Nous tâchons
de distinguer entre le constat et le vœu, le jugement et le préjugé,
la démonstration et l'apologétique religieuse ou profane.
Dans cette superbe entreprise, la raison
est notre capitaine. Il peut se tromper, naviguer médiocrement,
quitte à refaire ses calculs et à rectifier sa route.
Mais que ferions-nous sans lui ? Sinon nous en remettre aux démagogues
et aux sorciers de toute sorte ? "
Il n'est pas inutile de méditer ces lignes pour comprendre et éclairer
les réactions d'une partie non négligeable de la droite et de la
gauche à l'élection de Nicolas Sarkozy.
Cette élection, il est vrai, est significative. Ce n'est pas
seulement l'élection d'un homme, c'est le choix par une claire majorité
des Français d'un président porteur d'un programme de droite -
pour la première fois depuis la libération - et de valeurs conservatrices
et libérales clairement affirmées.
- A gauche, impossible
de convaincre des hommes par ailleurs intelligents, sensibles et
cultivés que Sarkozy ne va pas expulser illico les musulmans, les
noirs, les francs-maçons, les protestants, les juifs, les clochards,
les infirmes.
Impossible de les convaincre qu'il n'existe pas de programme affirmé
de suppression du PACS, des radios-libres, des divorces par consentement
mutuel, de l'avortement, de la mixité scolaire, des comités d'entreprise,
du droit de grève... L'eugénisme est en filigrane.
En tout état de cause, la dictature est déjà là avec le monopole
de la presse par le CAC40, une majorité parlementaire au pas de
l'oie, un parti quasi-fasciste, en un mot, un homme capable de tout.
Il ne faut ni en rire, ni en sourire.
Car l'action politique est difficile dans
un climat où toute décision est examinée dans un climat de totale
défiance, où toute action est suspectée avant même d'être entreprise.
La raison c'est aussi de comprendre la passion. Elle est parfois,
hélas, paroxystique (cf. plus loin l'article de Libération).
- A droite, impossible
d'envisager que les mesures phares d'un programme libéral puissent
être appliquées, même partiellement. Le service minimum est
déjà repoussé d'un an, comme le sera la réforme des régimes spéciaux
de retraite, le contrat de travail unique, les heures supplémentaires
détaxées et " déchargées ".
La carte scolaire ne sera jamais libérée, les réformes Robien jamais
confirmées, l'université jamais autonomisée.
On tourne le dos à une politique du logement libérée en proclamant
un impossible droit opposable.
La fin des déficits budgétaires est remise à cinq ans, le train
de vie de l'Etat ne sera jamais réduit pas plus que les subventions
aux centaines d'associations inutiles, aux spectacles sans spectateurs
et à leurs intermittents.
Bref la politique étant par nature démagogique
et ruineuse (c'est l'Ecole du " Public Choice " qui l'affirme) Sarkozy
nous a bien eus, il n'est qu'à voir les heures passées à convaincre
Védrine, Kouchner, Allègre, Notat, Jouyet, Morin, Leroy, Attali,
Martin Hirsch et autres de sa bonne volonté et de son désir de les
voir participer au gouvernement.
La passion n'est ni de gauche ni de droite, elle est partout.
Notre capitaine dit Albert Memmi c'est notre raison. A-t-elle disparu
dans le gouffre des critiques de droite et de gauche ?
Il faut une volonté de fer pour conquérir la possibilité de se présenter
avec l'appui d'un parti de masse à la présidentielle.
Il faut une volonté peu commune pour rassembler son camp, du centre
gauche au centre droit, de ses ennemis intimes à ses concurrents
d'aujourd'hui... et de demain.
Il faut une stratégie d'une grande qualité pour mener la course
en tête, sans aucune interruption, du 1er septembre au 6 mai.
Il faut un désir d'action constant et sans faille pour promettre
de faire ce que l'on a annoncé. Promesse d'autant plus dangereuse
qu'elle a été affirmée urbi et orbi.
Il faut enfin une rare faculté d'adaptation pour appliquer dès
la victoire une politique prenant à contre-pied tous ses adversaires
et saisir que, psycho-sociologiquement, on ne peut réussir que par
la séduction.
Bref, la raison constate que Nicolas Sarkozy
était le meilleur professionnel et le plus gros travailleur de l'équipe.
Claude Allègre conclut avec la voix de la raison que " Nicolas
Sarkozy était supérieur à Ségolène Royal dans tous les compartiments
du jeu : l'intelligence personnelle, la compétence, la précision
du programme, le dynamisme. "
Et l'opinion, très majoritaire, a finalement suivi la raison puisque
le nouveau Président possède aujourd'hui un capital confiance considérable
: 70 % des Français approuvent son programme et la composition du
gouvernement.
Et maintenant, que faire ? A travers les vagues, les changements
de vents et d'alliances et quelques premières mesures symboliques,
se dégager le plus possible des passions de droite et de gauche,
et ne rien attendre de décisif ni d'un homme, ni d'une majorité
ou de combinaisons politiques.
Des années de réflexion et une longue année
de campagne électorale nous ont permis de savoir où se trouvent
la vérité économique et la raison politique.
A chacun de nous, à chacune de nos associations de s'y atteler en
portant la parole de la société civile et des entrepreneurs à nos
nouveaux gouvernants.
Les ministres et leurs cabinets doivent être informés, sollicités,
poussés vers les réformes que chacun connaît.
Les parlementaires doivent être conduits à jouer leur rôle de contrôle
et de suggestions.
Dans le régime présidentiel qui est maintenant le nôtre, le cabinet
et l'entourage du président doivent être sans cesse documentés et
alertés par nos associations.
En un mot, les appréciations de toute nature sur ce qu'est ou ce
que n'est pas Nicolas Sarkozy, sur ce qu'il a fait ou fera sont
bien vaines.
C'est maintenant que le travail commence.
C'est à chacun de le faire en étudiant ses dossiers, en proposant
ses réformes et en redonnant la barre à notre capitaine : la raison.
35
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Editorial avril 2007
Quelques-uns
d'entre vous nous ont reproché de ne pas prendre partie pour l'un
ou plusieurs des douze candidats à l'élection présidentielle.
Ce n'est pas le rôle d'un organisme d'étude et de réflexion,
comme le nôtre, de recommander un vote, ou plusieurs, quelle que
soit l'importance du scrutin.
Pourtant, après avoir lu de très nombreux éditoriaux, articles ou
controverses sur ce sujet dans notre famille politique, il m'a semblé
souhaitable d'intervenir d'abord en donnant la parole à deux
de nos amis et en y ajoutant quelques réflexions personnelles.
D'abord le point de vue d'un homme qui milite depuis plus de vingt
ans pour la réforme de l'Etat et qui a fondé le premier véritable
" think tank " français, l'IFRAP, Bernard
Zimmern :
" Le futur est-il libéral ou conservateur ?
Depuis le retrait d'Alain Madelin de la
vie politique, les défenseurs du libéralisme, généralement qualifiés
immédiatement d'ultra-libéraux par la gauche, se multiplient.
Ils s'empressent de dénoncer les actions de Nicolas Sarkozy ou certains
de ses discours, qui, selon eux, ne sont pas conformes aux canons
du libéralisme :
- son interventionnisme auprès d'Alstom ou d'EADS,
- le droit opposable au logement, etc.
Et les ex-libéraux d'apporter leur soutien qui à Jean-Marie Le Pen,
d'autres de rallier François Bayrou, d'autres enfin de soutenir
Nicolas Sarkozy mais seulement du bout des lèvres.
Pourtant, tous ou presque tous disent s'inspirer du modèle américain
ou des réformes qui ont remis sur les rails de la croissance et
du développement des pays comme le Canada, la Nouvelle-Zélande ou
l'Australie. Mais ce qui a réussi dans
le monde et particulièrement outre-atlantique, ce n'est pas le libéralisme,
c'est le conservatisme, un mélange d'idées prises chez Bastiat,
Hayek, et, plus proche, Friedmann, mais s'appuyant sur un réalisme
et écartant tout dogmatisme.
Comme l'a expliqué un humoriste, la première ambition d'un conservateur
est de conserver. Conserver quoi ?
D'abord soi-même, son existence, sa liberté et son avenir.
Et cela n'a jamais exclu l'intervention de l'Etat lorsque celle-ci
était justifiée.
Mais ne l'autorise certainement pas lorsque l'appel à la régulation
par l'Etat n'est autre qu'une excuse pour certains d'étendre leurs
pouvoirs et leurs privilèges.
Ce qui est remarquable dans le discours de Nicolas Sarkozy, c'est
qu'aucun principe n'est poussé à l'extrême et que toute réflexion
est toujours tempérée par un réalisme tiré de l'expérience.
Ce qui déboussole parfois les puristes.
Notre pays a trop souffert de définir ses politiques avec des concepts
creux inventés par des manipulateurs de la pensée publique, les
35 heures, la redistribution entre riches et pauvres censée justifier
le poids écrasant des charges, alors que s'il y a redistribution,
elle se fait seulement en faveur de quelques classes de privilégiés,
etc.
Il serait temps que nous commencions à ancrer nos décisions sur
la réalité, sur un diagnostic des faits appuyé d'études approfondies
et non sur des chimères ou des dogmes.
Nicolas Sarkozy paraît en avoir fait le
centre de sa stratégie et de sa communication avec les Français.
Et comme c'est la saison pour chacun de dire ses préférences, tout
le travail en profondeur que j'ai mené à l'IFRAP depuis 20 ans avant
d'en abandonner la présidence, me pousse à considérer qu'il est
le seul (avec un autre " petit candidat " intègre mais qui n'a
aucune chance) capable d'être un conservateur et de remettre
notre pays sur ses rails.
Mais voter pour lui ne signifie pas lui donner
un blanc-seing.
S'il est élu et s'il retrouve une majorité au Parlement, le vrai
travail commence. "
Ecoutons encore le point de vue d'un économiste qui est un excellent
observateur de l'économie " concrète ", et notamment des marchés
financiers : Jean-Pierre Chevallier.
" Voter pour Nicolas Sarkozy au 1° comme
au 2° tour est une évidence.
S'il n'est pas élu, la politique économique antilibérale sera la
même que celle qui a été menée depuis 1981.
Depuis cette date, notre croissance est toujours un peu inférieure
à celle des Américains.
Finalement l'écart de richesse est important après cette longue
période de 25 années.
Une rupture s'impose comme le disait Nicolas Sarkozy, mais il
n'ose pas le répéter trop fort car tous les Français sont contre
le libéralisme : la gauche (c'est à dire presque la moitié des électeurs)
et au moins la moitié de la droite, sont viscéralement anti-américaines.
La plupart des Français sont encore dans leur tête au XIX° siècle
: ils croient que le monde serait plus vivable si personne ne travaillait
dans des entreprises polluantes pour gagner de l'argent !
Nicolas Sarkozy louvoie contre l'adversité pour être élu.
Certaines de ses déclarations sont loin
d'être libérales, oui, mais ce sera pire avec tout autre président
! et il n'y en aura qu'un. "
Votez pour de bonnes conditions de travail après juin 2007
Pour ma part je voterai pour un homme correspondant à la conclusion
du texte de Bernard Zimmern qui me paraît la phrase la plus importante
dans tous les messages politiques reçus depuis un an et que je paraphraserai
ainsi :
Voter ne signifie pas donner un blanc-seing. Le vrai travail
commencera avec celui qui sera élu en souhaitant naturellement qu'il
trouve une majorité au Parlement.
La campagne électorale a développé un flot
de propositions dont beaucoup sont irréalistes, démagogiques, symboliques.
Mieux vaut dans ce domaine s'arrêter non pas à ce qui se dit depuis
trois mois, mais à ce qui s'est écrit dans les conventions de l'UMP
et dans les propositions du parti socialiste, l'UDF ayant été discrète
dans ses études programmatiques avant le démarrage de la campagne.
Les propositions du parti socialiste sont énoncées dans un programme
d'ensemble qui a choqué et découragé les experts les plus sympathisants.
Certes, ces propositions ont été nuancées, parfois retirées, parfois
confortées par Ségolène Royal qui a tenu à conserver une assez grande
liberté dans son programme. Même si son indépendance d'esprit peut
la conduire à des mesures plus réalistes et plus efficaces sur le
plan économique, il reste qu'elle s'appuie sur un corps de doctrine,
un ensemble de propositions et surtout une majorité parlementaire
avec laquelle il sera difficile de travailler.
Certains leaders du P.S, les Rocardiens, les partisans de DSK
et de Bockel peuvent être ouverts à quelques propositions libérales.
Mais ils sont très loin d'être majoritaires et c'est avec la majorité
qu'il faudra travailler.
Les propositions de François Bayrou veulent faire naître une troisième
force entre le PS et l'UMP, ce qui peut sembler à beaucoup un idéal,
ou du moins une alternative souhaitable dans la vie politique française.
Comme apparaît souhaitable toute idée de contre-pouvoir à une majorité
trop forte, tentée d'abuser de sa puissance. Toutefois,
pour que ce projet soit crédible il faudrait que François Bayrou
se déclare franchement libéral ou franchement social-démocrate.
Car il faudra bien gouverner soit avec les uns, soit avec les
autres.
La France a absolument besoin de grandes réformes et de réformes
urgentes comme en ont eu besoin et en ont réalisées les Anglais,
les Allemands, l'Europe du nord, le Canada, l'Australie etc...
Il faut pour cela être précis et préparer clairement ses alliances.
F. Bayrou envisage t'il de travailler avec une majorité partisan
des 35 heures, de la retraite à 60 ans, des régimes spéciaux, du
retour à l'interdiction des licenciements ?
Les électeurs du centre droit peuvent-ils y retrouver leurs petits
?
Les propositions de l'UMP ont été préparées
avec beaucoup de détails et de précisions dans des conventions conçues,
organisées et suivies par Nicolas Sarkozy et l'équipe qu'il a formée
autour de lui depuis dix-huit mois.
Les conclusions de ces conventions satisfont à 80
% les positions économiques et sociales défendues par les libéraux.
Sur le plan des valeurs de civilisation, de société, d'éducation,
nous nous reconnaissons aussi pour l'essentiel dans les thèses de
ces conventions.
Certes, dans nombre de discours électoraux, il s'est écarté de la
ligne définie par cet ensemble de conventions. Pourquoi ? Parce
que c'est un homme politique qui n'a pas envie de perdre des voix
en défendant un libéralisme doctrinal, facile à proclamer lorsque
l'on est loin des manettes de l'action gouvernementale.
Pour faire 30 % au premier tour et 54 au second, il faut bien
évidemment quitter tout point de vue idéologique et se couler dans
une sociologie électorale mouvante.
A cet égard, il est parfois irritant d'entendre en permanence
les reproches énoncés par les libéraux autoproclamés " de stricte
obédience " contre les politiques toujours accusés de trahir la
pensée libérale au profit de l'électoralisme.
Il y a à notre sens un temps pour l'éducation et la pédagogie économique
et politique - c'est le temps de la longue durée - et un temps pour
la campagne électorale - un an pour la préparer et trois mois pour
la gagner.
On ne peut pas demander à un candidat à l'élection présidentielle
de faire l'éducation politique de la population en trois mois. 33
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Editorial
Mars 2007
Nous l'avons dit et nous le répétons depuis neuf mois : l'élection
présidentielle de 2007 se jouera totalement à droite avec le retour
des valeurs malmenées depuis 1970 et la recherche de nouvelles normes
pour une vie sociale compromise par les excès de l'individualisme
et du relativisme qui l'accompagnent.
Les derniers sondages qui évaluent les chances des candidats à la
présidentielle confirment encore ce point de vue. Nicolas Sarkozy
(26/28 %) et François Bayrou (22/24 %) représentent ensemble plus
de 50 % des intentions de vote. Jean-Marie Le Pen est stabilisé autour
de 14 %. Les petits candidats de droite font ensemble 1,5 %.
La droite est ainsi à 66 %, les deux tiers de l'électorat, du rarement
vu pour une élection nationale.
Une partie importante de la presse et, plus
encore, de l'édition, reflète bien cette évolution de l'opinion.
Le mensuel " Enjeux Les Echos " titrait un numéro spécial le mois
dernier : " Tous réacs ? Ordre, travail, patrie... les valeurs traditionnelles
reviennent en force. " L'historien Jean Sévilla publie le même mois
l'ouvrage " Moralement correct " avec, en sous-titre, " Recherche
valeurs désespérément ".
On notera que dans les trente dernières années, les grands succès
intellectuels - et les grands tirages - ont concerné des auteurs remettant
en cause radicalement beaucoup d'idées reçues du siècle dernier :
François Furet et Mona Ozouf ont entièrement réinterprété la Révolution
française, séisme dont la France ne s'est remise qu'au prix de 130
années de secousses permanentes.
Pascal Bruckner, dans " Les sanglots de l'homme blanc ", s'est attaqué
au tiers-mondisme et à la repentance :
Aider les autres c'est déjà savoir qu'on a beaucoup à leur apporter
plutôt qu'à se dénigrer.
Le " Livre noir du communisme " a révélé le désastre politique et
moral d'une idéologie qui a fait 100 millions de morts. Les grands
moralistes de l'époque sont Alain Finkielkraut, Jean-Claude Guillebault,
Philippe Muray, Evelyne Sullerot, Michel Schneider, Pierre Manent,
Marcel Gauchet, Pierre-André Taguieff, Raymond Boudon.
En économie une évolution identique s'est
produite. Marx et l'économie planifiée ont littéralement disparu du
paysage.
Schumpeter l'école autrichienne et tous les Nobel d'économie les
ont remplacés.
Il en va de même en histoire et dans l'ensemble des sciences sociales.
Les grandes revues intellectuelles reconnues sont " Commentaire ",
" Le Débat ", " Le meilleur des mondes ".
C'est pourquoi, plus que jamais, nous pensons
que celui ou celle qui aura le plus de chances de l'emporter sera
: le candidat d'une droite décomplexée qui affirmera haut et fort
les valeurs traditionnelles du conservatisme en y associant les valeurs
modernes du libéralisme social et politique, autant que du libéralisme
économique.
le candidat d'une gauche qui n'aurait pas peur d'abandonner la phraséologie
du socialisme français traditionnel et qui n'hésiterait pas à montrer
sa modernité en reconnaissant le réel... et quelques erreurs, notamment
en matière de partage du temps de travail, d'âge de la retraite, de
refus de l'évaluation et du contrôle des politiques sociales et des
politiques culturelles.
Un grand pays démocrate a besoin d'une vraie
gauche et d'une vraie droite, d'une gauche démocratique reconnaissant
l'efficacité du marché, d'une droite démocratique ouverte aux évolutions
sociales. 32 |
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Editorial
Février 2007
Deux
mois avant les élections présidentielles, on aimerait qu'un débat
de fond soit clairement engagé autour de quelques orientations essentielles
qui conditionnent l'avenir.
Et ces orientations doivent s'accompagner impérativement d'un refus
ferme et définitif du déficit budgétaire.
Pas de nouveau programme sans que l'on trouve, en face, les moyens
de revenir à l'équilibre des finances publiques. Pourquoi ?
Tout simplement parce que payer des intérêts sur les dépenses de
fonctionnement est inadmissible.
Le simple règlement annuel des intérêts de la dette publique dépasse
aujourd'hui 40 milliards d'euros, autant que le budget de la défense
nationale.
Dans un pays où l'on trouve encore un pourcentage trop élevé de
ménages qui ont du mal à boucler leur fin de mois, comment accepter
que l'on dépense au sens littéral du terme,
pour rien, 40 milliards par an, soit le salaire moyen de 2 millions
de Français.
Aujourd'hui, parmi nos candidats à la présidentielle, qui affirme
cette priorité ?
Il ne s'agit pas, comme on le voit quotidiennement dans la presse,
de chiffrer tel ou tel promesse de tel ou tel candidat, pour telle
ou telle catégorie sociale.
La plupart de ces promesses sont possibles à réaliser mais à
une condition, et une seule : que l'on indique en face les moyens
de diminuer parallèlement - et davantage - les dépenses publiques
et, par conséquent, la dette.
Hélas, dans ce domaine, contrairement au Beaujolais nouveau, les
programmes nouveaux ne sont pas encore arrivés. Après 30 ans d'alternance
entre une Droite gaullo-chiraco-constructiviste-étatiste, et une
Gauche socialiste-archaïque, la majorité
des Français souhaite vraiment la rupture.
- La Droite qui avait plébiscité
la candidature de Nicolas Sarkozy lorsqu'elle était marquée sous
le sceau de la rupture - de mai à septembre 2006 - s'inquiète plus
qu'on ne le croit d'un discours plus modéré qui doit sans doute
beaucoup à la nécessité de rallier un camp chiraquien et gouvernemental
qu'il faut bien regrouper.
- La Gauche, elle, est clairement
divisée en deux camps : celui des révolutionnaires et celui des
réformistes socio-démocrates.
Les révolutionnaires souhaitent une autre société, une alternative
à l'économie de marché, au capitalisme, à la démocratie libérale.
Leur division et leur absence complète de solutions crédibles entraînent
leur marginalisation : 10 % des intentions de vote pour 5 candidats.
Difficile de produire aujourd'hui un nouveau " Manifeste du Parti
communiste ". La Gauche réformiste semble totalement incapable aujourd'hui
d'accoucher une doctrine tout au moins " un corpus " analogue à
celui du parti social démocrate allemand après Bad-Godesberg ou
à celui du New Labour en Grande Bretagne. Plus
d'aides diverses et variées pour plus
de catégories sociales, pour plus
de secteurs économiques ne font pas
une politique.
Les socialistes ne semblent pas avoir compris que le " peuple de
Gauche " ne souhaite ni la généralisation des 35 heures, ni le maintien
des privilèges des fonctionnaires et l'extension de la fonction
publique, ni la renationalisation d'EDF et de divers services publics.
L'Institut de l'Entreprise réalise des efforts bien inutiles
en tentant de chiffrer les promesses de nos candidats : 35, 50,
70 milliards ?
Ces chiffres sont d'autant plus " vains " que l'imprécision domine
dans des promesses où le vague se dispute
avec l'incertain.
La seule chose qu'il faudrait chiffrer ce sont les dépenses que
l'on peut économiser parce qu'elles sont strictement inutiles.
Un rapport confidentiel de l'administration en juillet 1999 en chiffrait
le total à quelques 15 milliards d'euros par an.
Que serait-ce si ce rapport avait été fait par des auditeurs d'entreprises
autrement rigoureux !
Oui, les marges de manœuvres existent,
mais il faut d'abord chiffrer l'économie réalisable avant de chiffrer
la dépense. 31
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Editorial
Janvier 2007
Au seuil de cette année électorale, il est important de se poser
la question des valeurs et des idées qui vont dominer notre société
dans les prochaines années ?
Et comment ces valeurs et ces idées ont évolué dans les cinquante
dernières années ?
Il nous semble que trois grandes périodes se sont dessinées depuis
la fin de la seconde guerre mondiale.
De 1945 à 1965, la France comme toute l'Europe
a été dominée par la valeur travail - il fallait reconstruire
- et par les valeurs sociales : il fallait que chacun soit solidaire
dans cette reconstruction. Expansion économique, démocratie et syndicalisme
se sont épaulées mutuellement.
De 1965 à 1980 une vague hédoniste s'est
répandue aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord.
Portée d'abord par le mouvement étudiant, elle s'est rapidement
diffusée dans les tranches d'âge de 40/50 ans.
Ses aspects positifs ont sans doute été à l'origine d'un retour
ou d'une redécouverte de l'individualisme libéral. Ses aspects
négatifs, et notamment une remise en cause trop radicale de toutes
les formes d'autorité, ont conduit à un retour du conservatisme.
Les années 1980/2000, ont été marquées
par les présidences Reagan, Thatcher, et Kohl.
Crise pétrolière et concurrence internationale se sont associées
pour imposer vingt années de conservatisme et de retour des valeurs
de responsabilité.
C'est durant ces vingt années qu'a eu lieu le grand retour de
l'économie de marché, la fin du constructivisme et ce qu'Elie
Cohen a désigné par le terme de " Capitalisme financier de marché
".
La France seule s'est écartée de cette tendance, en raison sans
doute de la très faible pédagogie politique qui a marqué les années
Chirac.
Les années 2005/2010 devraient être dominées
en France par " un conservatisme ouvert ".
Conservatisme parce que les valeurs du travail, de la famille, de
la responsabilité individuelle, de l'éducation, de la sécurité reviennent
au premier plan des préoccupations des Français.
Ouverture parce qu'on ne reviendra pas sur un certain nombre
d'acquis des décades précédentes :
- une forte revendication d'indépendance et de liberté garantie
par la judiciarisation de la vie sociale,
- des relations amoureuses et familiales très diversifiées,
- une volonté de conduire sa vie professionnelle de façon plus indépendante.
Ce conservatisme ouvert pourrait favoriser une gauche intelligente
qui comprendrait que l'avenir de notre société est plus proche des
convictions de Tony Blair ou de Bill Clinton que de Lionel Jospin.
Il favorisera tout autant la stratégie de Nicolas Sarkozy si
elle est marquée par une politique clairement favorable à une rénovation
de l'école, à une volonté de rendre l'université efficace et utile,
au retour de la valeur travail, à la responsabilité personnelle
et familiale, à la promotion de l'initiative et de l'entreprise.
La réforme de l'Etat devrait s'appuyer,
à gauche comme à droite, sur la liberté personnelle, la lutte contre
la bureaucratie, l'efficacité de l'administration et la valorisation
des fonctionnaires.
Celle-ci sera fondée sur leur utilité et leur productivité et
non sur la stabilité de l'emploi.
C'est ce qui a été fait en Suisse, en Suède, au Royaume-Uni, au
Canada, en fait presque partout dans les dernières années.
A notre sens, un homme fort intelligent comme Dominique Strauss-Kahn
est passé tout à fait à côté de cette évolution des valeurs sociales.
Ségolène Royal a eu quelques accents qui
permettent de penser qu'elle perçoit cette évolution.
Notamment parce qu'elle centre souvent son discours sur la famille,
l'école, le travail et la sécurité.
Est-elle capable d'abord d'évoluer de façon plus complète, ensuite
d'imposer cette évolution à son parti ?
Nicolas Sarkozy nous semble avoir bien
perçu l'ensemble des phénomènes sociaux récents.
Certains libéraux ont tort de trop s'attacher à son discours économique
qui ne peut pas être aujourd'hui très libéral.
Par contre, le projet législatif issu de la quinzaine de conventions
de l'UMP montre une forte sensibilité à ces valeurs du conservatisme
ouvert.
Les valeurs de société nous semblent beaucoup plus importantes dans
le débat électoral qui va s'ouvrir.
En tout état de cause, le débat politique de cette année 2007 sera
centré sur les valeurs de la droite et du centre :
5 candidats font aujourd'hui autour de 60 % dans les intentions
de vote : J-M. Le Pen, P. de Villiers, N. Sarkozy, J-F. Bayrou,
C. Lepage. 30
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2007
- Une année pleine d'espérance et pleine d'actions
Au seuil d'une nouvelle année les vœux sont toujours d'espérance
mais l'espérance n'existe que par l'action qui l'accompagne.
" Il
n'y a pas de bon vent pour celui qui ne sait où il va " dit un proverbe
universel.
De même il n'y a pas d'espérance sans actions pour la faire advenir.
Cessons de nous plaindre du passé, du déclin, des politiques qui
nous ont gouvernés hier.
Mais travaillons avec les " nouveaux politiques " en leur soumettant
des propositions et des projets précis pour demain.
Face au déferlement démagogique qui va
envahir les médias durant quatre mois, proposons des solutions réalistes.
Le prochain gouvernement, confronté aux réalités économiques et
financières, sera heureux de les trouver " prêtes à l'emploi ".
C'est à cette espérance active que va s'employer
la petite équipe d'Héritage&Progrès en 2007 en agissant dans deux
grands domaines :
1 - Le logement et particulièrement les questions du foncier
et de l'urbanisme
2 - La délinquance des jeunes et la sécurité, élargie à la politique
de la ville et à la rénovation des banlieues.
La question du logement a repris une place
prioritaire dans l'esprit des Français depuis le début de l'hiver.
Pour une raison simple : Sept années de hausse des prix très fortes
ont abouti au fait que les ménages consacrent aujourd'hui, à leur
loyer où à leurs mensualités d'accession à la propriété, 25 % de
leurs ressources, près de 33 % si l'on y ajoute la taxe d'habitation,
la taxe foncière et les petites taxes annexes.
Cette proportion de 33 % est une moyenne qui recouvre 20 à 25 %
en secteur social et 40 à 45 % en secteur privé. Ces chiffres
expliquent parfaitement que près de la moitié des Français se sentent
aujourd'hui très inquiets à l'idée de quitter un logement social
où ils se savent protégés.
Ils connaissent la même inquiétude s'ils veulent déménager dans
le secteur libre, sachant qu'un nouveau loyer sera presque toujours
plus élevé que l'ancien tandis que l'achat d'un logement est exclu
sans apport personnel.
Après 18 années de faible volume de constructions - 300 000 par
an de 1984 à 2002 - et le refus de toute réforme dans le secteur
HLM, la situation du marché est devenue critique.
Et ce ne sont pas les flots de démagogie
qui se déversent aujourd'hui autour du droit au logement qui règleront
ce problème.
L'ouvrage d'Héritage&Progrès, et les fiches que nous
adressons régulièrement aux parlementaires, reçoivent un excellent
accueil dans le monde politique et dans la presse.
Nous poursuivrons ce programme de diffusion des nos idées toute
l'année 2007.
La délinquance des jeunes, la sécurité
et la politique de la ville.
Ce second chantier va démarrer cette année avec la collaboration
d'une véritable directeur d'étude et de programme que beaucoup
d'entre vous connaissent déjà, Mme Coralie Fiori-Khayat.
Un groupe de travail se constitue autour d'elle et d'Héritage&Progrès
avec des juristes, des hauts fonctionnaires de police, des membres
du corps judiciaire, des spécialistes de terrain et des chercheurs.
Nous vous tiendrons rapidement au courant des premiers travaux de
ce groupe.
Nous suivrons aussi bien sûr l'évolution de la campagne électorale.
Non pas pour examiner chaque semaine les propos hélas bien convenus
que les candidats développeront sans grands risques car, chacun
le sait, " Les propos des discours électoraux
n'engagent que ceux qui les écoutent ".
Mais pour tenter de bien comprendre ce qui se trouve
derrière les mots, les discours et les médias. Et de discerner
le " très probable " à travers le " tout est possible " que proclament
bien abusivement nos candidats.
Alors, oui, une année riche d'espérance
et riche d'actions auxquelles nous espérons tant participer.
Christian Julienne
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Editorial Octobre 2006
Le
meurtre d'Anna Politkovskaïa
Le mois d'octobre a été marqué par des événements d'une grande gravité
: l'explosion de la première bombe atomique nord-coréenne, la constitution
progressive d'un front anti-américain financé par le pétrole d'Hugo
Chavez en Amérique du Sud et bien sûr le prolongement des conflits
en Irak, en Afghanistan, à Gaza, en Somalie.
Rien ne nous paraît pourtant plus important que le meurtre d'Anna
Politkovskaïa.
Nous avions parlé dans une précédente lettre Héritage&Progrès
de son ouvrage sur le déshonneur russe.
Il faut lire aussi ses trois derniers livres qui permettent d'expliciter
complètement les dérives de la politique de Poutine en Russie.
On ne peut plus d'ailleurs parler de dérives. Il
s'agit en fait d'une politique systématique qui étend une chape
de plomb sur toute la vie économique et sociale du pays.
De la suppression de toute télévision libre à la mise au pas de
la presse écrite,
de la condamnation totalement arbitraire du président de Youkos
à la main mise sur toute l'économie énergétique,
des pression sur l'Ukraine à la menace clairement militaire contre
la Georgie,
et finalement des menaces à l'assassinat du symbole du journalisme
libre en Russie,
on assiste à la liquidation du peu de démocratie
qui semblait être née en Russie entre 1990 et 1996.
Si cet événement nous semble le plus grave de tous c'est qu'après
la dépendance énergétique du Moyen Orient, la France et l'Europe
semblent accepter une dépendance énergétique analogue avec la Russie.
Et cette situation se double d'une menace plus directe lorsqu'on
voit l'Etat russe se dissimuler derrière son pseudo capitalisme
pour investir dans EADS-Airbus ou dans Arcelor-Mittal.
Nos dirigeants étaient-ils inconscients lorsqu'on voyait Jacques
Chirac prôner une alliance germano-russo-française pour créer un
contrepoids à la politique des Etats-Unis ?
Et que penser de G. Schroeder acceptant le poste de président du
gazoduc russo-allemand où la Russie est majoritaire?
Angela Merkel qui connaît le communiste de l'intérieur semble avoir
mis bon ordre à cette idée, mais la menace reste entière.
Que le meurtre d'Anna Politkovskaïa ne
demeure pas impuni ! Et qu'au moins, il serve à nos
dirigeants et leur donne un minimum de remords alors qu'ils semblent
avoir perdu tout sens moral, perdant ainsi d'ailleurs tout sens
des réalités économiques. Car on ne négocie pas avec des assassins.
Sauf à se munir d'armes supérieures aux leurs et à être prêts à
s'en servir. 29
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Editorial Septembre 2006
Approfondissement ou rupture
Rupture profonde dans la stratégie conduite par nos gouvernements
depuis trente ans préconisée par certains ou approfondissement
de l'action gouvernementale conduite depuis quatre ans et
demi, ce que semble souhaiter le Président de la République ?
La rentrée est marquée par cette controverse essentielle qui va
donner le ton général de la campagne présidentielle. Et cette
controverse est loin d'être sémantique. Chacun doit aborder les
sept mois qui viennent avec ce questionnement.
-
Ou bien la France ne va pas si mal.
Il faut seulement donner ici ou là quelques coups de pouces pour
relancer la machine économique, opérer quelques réformes suffisantes
pour améliorer les choses, infléchir l'action en faveur de telle
ou telle catégorie sociale pour remédier à des situations trop
difficiles ou trop injustes.
- Ou bien la France va très mal.
Les données optimistes fournies jour après jour par le Gouvernement
ne reflètent pas la situation sociale.
Elles ne sont qu'un moyen de communication inspiré de la méthode
Coué et ne servent qu'à masquer la réalité.
Le dernier ouvrage de Thierry Desjardins
- " Assez de mensonges, d'hypocrisies et de promesses " - illustre
bien évidemment la seconde réponse.
Ce livre est parfois excessif mais il est remarquablement documenté
et l'essentiel reflète bien la réalité.
Un second document illustre également la thèse de la rupture :
c'est l'interview de Jacques Chereque dans Les Echos, et
l'on sait que celui-ci est plein de bonnes volontés, qu'il est
profondément réformateur et prêt à faire évoluer le syndicalisme
français... à condition qu'on lui donne du grain à moudre.
La France, ne le cachons pas, va très mal : elle n'a pas 2,2 millions
de chômeurs mais 4,3. Si l'on retient non pas la catégorie 1 des
demandeurs d'emploi mais l'ensemble des catégories 1 à 8 : préretraités,
stagiaires de toutes sortes, chômeurs en fin de droit, dispensés
d'inscription à l'ANPE etc...
De plus, nous l'avons souvent souligné ici, les chiffres du
chômage n'ont aucun sens.
Les seuls chiffres utiles sont ceux de la population active
ayant emploi.
Et, pour ceux-ci, la France est dans
les trois dernières places des pays développés.
La grande pauvreté touche 15 % de la population, mais 25
% des ménages connaissent une situation difficile.
Et la politique de suppression des charges sociales entre 1
et 1,5 SMIC tire tous les salaires français vers le bas.
Une faible croissance depuis 25 ans ne permet guère d'améliorer
le pouvoir d'achat réel des Français.
Le taux d'expansion du PIB est, sur vingt ans, inférieur à 2 %.
La population continuant d'augmenter de 0,5 à 0,6 % par an, le
revenu disponible par ménage n'est plus que de 1,3 à 1,4 %.
Les prélèvements obligatoires d'une part, la hausse des coûts
du logement et de tout ce qui s'y rapporte (taxes, redevances,
abonnements fixes...) réduisent encore cette part.
L'éducation est aujourd'hui le problème
fondamental de notre société :
- au niveau du secondaire où la proportion de bacheliers n'est
plus significative d'un niveau de connaissance ;
- au niveau du supérieur surtout où les universités, dont le budgets
sont misérables et qui voient déferler en masse des étudiants
qui seront sélectionnés par l'échec après avoir perdu deux
ans.
Enfin, aucune réforme de structure n'a
vraiment été réalisée .
- La dette publique n'a cessé d'augmenter.
Le gouvernement se glorifie de tomber autour de 3 % du PIB pour
le déficit budgétaire, c'est-à-dire, ne l'oublions pas, autour
de 20 % de déficit du budget lui-même.
- La réforme des retraites n'a pas résolu la moitié du déficit
prévu d'ici 5 ans.
- La réforme de la sécurité sociale et des dépenses de santé s'avère
totalement inefficace.
Alors oui, c'est une rupture que les élections présidentielles
devraient apporter.
Ce n'est pas un hasard si les deux candidats favoris des Français
apparaissent porteurs de cette rupture. Jacques Marseille
l'a souligné lors du dernier débat qu'il a animé à Héritage&Progrès
sur ce sujet.
Reste aujourd'hui l'essentiel : le grand
débat aura-t-il lieu, les candidats auront-ils le courage sinon
de tout dire, du moins de laisser entendre et comprendre qu'ils
sont décidés à aller loin dans la réforme ?
L'école américaine de philosophie économique dite du
" public choice " a montré les ravages que provoque inévitablement
la démagogie politique, surtout dans des pays où la dépense publique
ne fait pas l'objet de critiques à priori.
C'est sur la crédibilité et la confiance dans les hommes que
se joueront nos choix. 28
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Editorial
- Juillet 2006
La
pensée libérale orpheline
Mois de Juillet, mois d'activité couvrant un grand nombre d'informations
qui manifeste l'intense activité de beaucoup d'amis.
Activité intellectuelle mais aussi activité militante.
Jean-Pierre Chevallier nous envoie comme à l'habitude d'excellentes
chroniques économiques sur les relations entre taux de croissance
et productivité, masse monétaire et inflation, aides publiques et
emprunts...
Jean-Louis Caccomo nous livre toujours de brèves chroniques
sur l'exception française et la pensée unique : il n'y a pas de
mal nécessaire, il n'y a que des incompréhensions persistantes et
des aveuglements suicidaires.
Max Falque fait le bilan des rencontres d'Aix-en-provence
qui ont été un vrai grand succès, sur les droits de propriété, l'économie
et l'environnement.
Il prépare déjà la conférence internationale de 2007 tout en travaillant
à la publication des actes de la réunion des 1, 2 et 3 janvier.
Yves Roucaute annonce la publication du numéro 1 de " Eclair
mag " qui se propose de publier sur Internet un magazine couvrant
tout le champ de la bataille des idées.
Michel Desgranges, le patron des Belles Lettres, continue
de publier avec Alain Laurent, la série d'ouvrages de l'excellente
collection " Bibliothèque classique de la liberté ".
Dans sa chronique hebdomadaire (quel travail !), il rend compte
des deux derniers livres parus, celui de Bruno Leoni " La liberté
et le droit " et celui de Lysander Spooner " Les vices ne sont pas
des crimes ". De ce dernier, Michel Desgranges indique qu'il a totalement
bouleversé ses habitudes de penser et que s'il devait se reconnaître
un maître il prononcerait son nom. Quelle incitation à le lire !
Alain Madelin annonce pour la rentrée un ouvrage dont le
titre fait espérer beaucoup : " Psychanalyse de l'anti-libéralisme
". En effet, si Raymond Boudon explique de façon très rationnelle
" Pourquoi les Française n'aiment pas le libéralisme ", la dimension
psychanalytique nous semble une réponse sans doute plus pertinente.
Christian Saint-Etienne poursuit un remarquable travail de
fonds. Il sera avec nous à l'Institut de Locarn le 15 septembre
pour y développer ses idées sur " une stratégie PME pour la France,
appliquée à une des rares " vraie région " françaises, la Bretagne
".
Douce de Franclieu profite du mois d'août pour organiser
en plein été une manifestation voisine du festival de jazz de Marciac,
avec l'équipe d'Alternative Libérale et plusieurs conférenciers
bien connus, Charles Gave, P. De Guénin...
L'ALEPS nous convie comme chaque année à son université d'été
à Aix-en-Provence. J'espère que nous nous y retrouverons nombreux
les 28, 29 et 30 août. Le programme est encore une fois très alléchant
et très ouvert avec de nombreux experts européens qui constituent
de solides références.
Contribuables Associés programme le 23 octobre une très grande
réunion au Palais des Congrès avec les principales associations
soucieuses de réformer l'Etat et de réduire la dépense publique.
Héritage&Progrès
prépare une rentrée très active. D'abord le lancement du premier
livre de l'association sur la politique du logement. Ensuite l'organisation
d'un dîner de travail sur le traitement comparé de la délinquance
des mineurs en France et aux Etats-Unis. Enfin, l'organisation d'une
réunion sur le commerce international et le libre échange.
Notre assemblée générale se tiendra autour du 15 septembre.
Votre président est déjà sollicité dans plusieurs groupes de travail
et réunions sur la politique du logement à partir du mois d'octobre.
L'équipe d'Alternative Libérale, aujourd'hui partagée entre une
association et un parti politique, déploie une grande activité militante
à l'occasion de la période de vacances. Les médias semblent commencer
à rendre compte de cette activité et de ces idées.
Alors, pourquoi ce sentiment d'une pensée orpheline ?
C'est que, comme nous le disions dans la Lettre Héritage&Progrès
N°26, (Le pouvoir intellectuel dans la France d'aujourd'hui),
cette grande activité intellectuelle n'est pas traduite dans
des essais plus courts et plus brefs à caractère politique, n'est
pas relayée dans les médias, n'est pas reprise par les leaders d'opinions.
Certes, il existe une excellente revue trimestrielle qui reprend
beaucoup de nos idées : la revue Commentaire, seule parmi
vingt autres.
Certes il existe un bon news magazine très proche de nous : Le Point,
accompagné d'ailleurs par Valeurs Actuelles et le Figaro Magazine.
Certes les équipes proches de Nicolas Sarkozy travaillent avec beaucoup
d'entre nous.
Mais tout cela ne se traduit pas sur le
plan politique.
Deux groupes parlementaires pourraient relayer ce pouvoir des idées
en travaillant concrètement à les intégrer dans des projets législatifs
: le groupe des réformateurs et le groupe " Génération Entreprise
", ces deux groupes réunissant souvent les mêmes parlementaires.
Encore faudrait-il qu'il existe entre le
monde des idées et le monde politique, non seulement des passerelles,
mais même des structures comme ont pu fonctionner le club Jean Moulin
dans les années 1960 et le club Saint-Simon dans les années 1980.
Ce n'est pas le cas. Inutile de se complaire dans le regret ou
la critique.
Continuons de déployer la même ardeur en sachant que, tôt ou
tard, la vérité comme la liberté, finissent par prendre le pouvoir.
Mais sachons aussi nous regrouper et nous élargir car rien ne
sert de vouloir être sans cesse plus proche de la pureté doctrinale...
et plus loin du pouvoir politique. Celui-ci, dans une démocratie,
que cela nous plaise ou non, est électoral. 27
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Editorial - Juin 2006
La France peut-elle vivre sans gouvernement ?
Le hasard du calendrier et les jours favorables du mois de juin
font que nous avons participé ces derniers jours à trois grandes
manifestations professionnelles.
Les dirigeants de ces professions recevaient ministres et parlementaires
en représentation à leur congrès.
Ils se posaient en même temps de façon très pratique une vraie question
: la France peut-elle vivre longtemps sans gouvernement ?
Nous n'avons plus de gouvernement. Enfin tranquilles ?
Car le fait est là. Nous n'avons plus de gouvernement capable de
prendre des décisions importantes et chacun sait, au niveau professionnel,
qu'aucun problème ne sera résolu avant l'été 2007.
Est-ce si grave ?
Dans un premier temps, on peut répondre non.
Au contraire, l'absence de gouvernement depuis la fin du CPE et
le début des procédures de l'affaire Clearstream, provoque chez
beaucoup une sorte de sentiment de paix et de tranquillité.
On se souvient de la réponse du PDG de Ricard à la question :
Que demandez-vous surtout à l'Etat ?... Qu'il nous foute la paix.
C'est en effet la revendication première des chefs d'entreprise
aussi bien que des professions libérales, des enseignants et de
toute la société civile : avoir la paix, ne pas changer de loi chaque
année, ne pas recevoir une nouvelle circulaire chaque semestre,
ne pas connaître une nouvelle injonction publique chaque trimestre.
Durant un mois, il faut reconnaître que l'absence de gouvernement
a semblé sinon bénéfique, du moins agréable et tranquillisante pour
tous.
L'idéal libertarien apparaissait enfin possible : l'Etat limité
à la gestion des affaires courantes.
Et pourtant ce n'est pas si simple. Non. La France ne peut se
passer d'un Etat actif.
D'abord sur le plan international.
Tous les professionnels auxquels nous avons parlé sont sur ce plan
unanimes : la France disparaît de la scène internationale. On ne
se soucie même plus de lui demander sa position, son opinion, ses
intentions. La chaise est vide.
Sur le plan national, cette période de calme masque en fait
la nécessité de prendre des décisions essentielles alors que nos
dirigeants pratiquent la politique de l'autruche :
- la fausse réforme de la Sécurité Sociale accroît encore cette
année nos dettes de 10 milliards d'euros.
- La fausse réforme budgétaire, dite LOLF, ne résout pas plus les
problèmes du budget 2007 que les lettres de cadrage.
- Les grandes entreprises semi-publiques, ou faussement privées,
posent des questions redoutables : Arcelor, Gaz de France, EADS
et quelques autres.
- La fébrilité du tandem Villepin/Borloo n'a guère de chance de
résoudre le problème du chômage et la crise du logement car ces
deux grandes questions demandent des réformes de structures beaucoup
plus que de nouveaux contrats ou un peu plus de HLM.
La France peut très bien vivre avec un gouvernement ne s'occupant
pas d'une foule de détails, ne passant pas son temps en effet d'annonces,
ne lançant pas chaque mois un nouveau projet de loi le plus souvent
inutile.
Mais elle a besoin d'un gouvernement s'occupant de l'essentiel,
ce qui est rigoureusement impossible aujourd'hui.
L'idéal serait sans doute dans les neuf prochains mois un gouvernement
de type Raffarin, adoptant un rythme aussi tranquille que possible
tout en étant prêt à s'occuper des urgences.
Plutôt un Jacques Barrot ou un Antoine Rufenacht qu'un Jean-Louis
Borloo.26
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Editorial - Mars 2006
On
pensait que le monde politique se lancerait avec détermination dans
la lutte pour les présidentielles de 2007, après le mois d'août,
mois des universités d'été et en septembre avec le retour des vacances
et la rentrée parlementaire.
En fait, dès le mois de mars, les premiers groupes se forment
et s'organisent pour peser dans ce grand débat. Des clubs se
constituent autour de personnalités que nous connaissons bien.
Nous savons qu'ils travaillent d'ores et déjà pour les uns ou pour
les autres, ou même qu'ils entendent simplement être là pour se
compter et pour compter le moment venu.
Quelle doit être la position d'un groupe
comme le nôtre qui réunit une centaine de membres effectifs et actifs,
environ 800 destinataires de notre " Lettre ", une vingtaine d'entreprises
et d'experts qui suivent attentivement nos travaux ?
Les sollicitations des uns et des autres sont déjà et
seront nombreuses.
Il nous semble pourtant essentiel de garder un cap très clair et
de ne pas céder aux sirènes des partis politiques... tout en
restant bien sûr proches des milieux parlementaires et gouvernementaux
qui peuvent seuls porter nos idées au seul niveau qui compte, celui
de la réalisation ; c'est-à-dire celui de la loi.
Notre groupe de réflexion a pour but de promouvoir des idées,
c'est-à-dire de les lancer, de les approfondir, de les passer au
crible de l'analyse, de l'expertise et de la critique puis de les
proposer et de les pousser auprès des décideurs politiques.
Nous savons bien que nos idées sont relativement proches de celles
de plusieurs tendances et groupes politiques.
Ne craignons pas de les nommer : le Groupe des Réformateurs, le
Groupe Génération Entreprise, le Groupe des proches de Nicolas Sarkozy,
le Groupe des amis de Pierre Méhaignerie, et des structures plus
petites comme la Gauche Moderne (club de J-M. Bockel P-S.) ou Alternative
Libérale.
Nous souhaitons créer - c'est maintenant chose faite - développer
et approfondir des relations confiantes avec tous ces groupes.
C'est la tâche quotidienne de votre bureau et des plus actifs de
nos membres.
Il faut continuer à persévérer quelles que soient les luttes politiques
qui ne vont pas manquer de diviser les uns et les autres.
Il faut le faire en gardant notre cap :
celui de l'étude et de la réflexion qui n'est pas celui des campagnes
politiques.
Que nos amis l'emportent au cours de ces campagnes - nous les avons
cités -, nous en serons naturellement très heureux et nos idées
passeront mieux dans la prochaine majorité parlementaire.
Mais en attendant ces prochaines campagnes, nos
études et nos propositions continueront de s'adresser à tous, ou
du moins à tous ceux qui veulent bien nous écouter sur tout l'échiquier
politique.
C'est dans cet esprit que nous vous avons invités à être là le 7
mars auprès de nos amis réformateurs.
C'est dans le même esprit que nous vous inviterons à d'autres manifestations
montées par des responsables politiques dont nous connaissons l'intérêt
pour nos propositions.
Mais toujours sans exclusive et en souhaitant l'ouverture la
plus large possible.
Il appartiendra ensuite à chacun de choisir son champion en toute
connaissance de cause. 25
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Editorial - Janvier 2006
La
politique ne peut pas vivre sans vision d'avenir
La commission européenne a fait conduire dans six pays européens
une enquête très fouillée sur les jeunes et la politique.
Le rapport qui rend compte de ce travail ne peut laisser personne
indifférent tant l'image qui en ressort est négative.
A peine deux jeunes sur dix font confiance à leur gouvernement
et un sur dix aux partis politiques.
Ce résultat n'est finalement pas bien étonnant
car sans vision d'avenir, sans philosophie politique, comment intéresser
la jeunesse mais aussi l'âge mûr à l'action de gouvernements qui
par ailleurs doivent traiter de sujets d'une complexité croissante
et d'une technicité accessible aux seuls spécialistes.
Or, de philosophie politique, en Europe, personne n'en a plus.
La dissidence soviétique a apporté dans les années 80 un nouveau
souffle aux idéologies de la liberté.
Une série de philosophes des pays de l'Est ont donné des armes intellectuelles
puissantes aux mouvements politiques et syndicaux en Pologne, en
Hongrie et en Tchécoslovaquie.
Dans l'Europe du Nord une vraie philosophie sociale-démocrate s'est
développée autour de Olof Palme.
Au milieu des années 50, une équipe d'hommes remarquables a su fonder
et développer le concept d'Europe unie : Robert Schumann, Konrad
Adenauer, Alcide de Gasperi.
Plus tard, dans les années 80, au Royaume-Uni, Margaret Thatcher
a totalement réhabilité le libéralisme et Tony Blair en a pris le
relais.
En dehors de ces quelques personnalités, l'histoire européenne
est, depuis 40 ans, un désert idéologique.
Or l'homme ne vit pas que de pain. Sans
autre idéal que celui de la consommation matérielle et relationnelle
(l'amour liquide selon le titre de l'ouvrage de Z. Bauman), comment
redonner à nos pays et à l'Europe confiance dans " le politique
" ?
Alors, pour 2006, souhaitons à l'Europe et à la France, chacune
dans son domaine, une grande vision, une vraie philosophie de l'action
:
Et d'abord pour l'Europe, la conscience et la fierté de son histoire,
conditions de sa réelle existence.
Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, historien a
publié dans Le Point du 5 janvier 2006 des propos recueillis par
Elisabeth Levy qui nous ont semblé lumineux et dont nous nous autorisons
à reproduire ici quelques lignes: " Au cours du débat sur la
laïcité, F. Bayrou a expliqué qu'il était chrétien, croyant et enchanté
que les rédacteurs du traité constitutionnel européen aient décidé
de ne pas mentionner les racines chrétiennes de l'Europe.
Eh bien moi qui ne suis ni chrétien ni croyant je suis consterné
par cette négation de l'histoire.
Le substrat, la véritable infrastructure des Nations, ce sont la
culture commune, la langue commune, les épreuves partagées. On
n'échappera pas à l'histoire en la niant.
Le résultat c'est que l'Europe est sûrement une réalité économique,
peut-être un projet politique, pour certains un choix idéologique,
mais pas une entité culturelle, pas quelque chose de charnel. On
n'a pas envie de coucher avec cette Europe là.
Or c'est pour moi une évidence d'historien : l'Europe
est divisée en cultures, en langues, mais repose sur un substrat
de civilisations commun qu'on ne trouve pas ailleurs.
Il faudrait que les européens regardent leur civilisation avec les
yeux d'un étranger.
Et comment ne pas voir que l'Europe est le fruit d'un double
souvenir, celui de l'empire romain et celui de la chrétienté.
Au moment où l'empire se replie commence une deuxième phase dans
laquelle l'Europe se confond avec la chrétienté, la " christianitas
" qui se coule dans les cadres administratifs et mentaux de l'empire.
Le christianisme aurait dû avoir pour capitale Jérusalem, là où
le Christ est monté sur la croix et où s'est constituée la première
église. Et pourtant, il s'installe à Rome. C'est dans ce cadre que
se construit une civilisation vraiment unique et extraordinaire
qui est celle de l'Occident latin. Ses frontières sont dessinées
par les ordres religieux mais aussi par les universités..... L'idéologie
des droits de l'homme est universaliste. Mais elle ne permet en
rien d'établir des distinctions et de tracer des frontières.
Si l'Europe ne se définit que par les droits
de l'homme, elle n'existe pas car il n'y a pas d'existence sans
territoire et l'un des drames de l'Europe est précisément qu'elle
ne sait pas se donner des frontières physiques car elle est incapable
de se donner des frontières mentales.
Elle ne sait pas définir un " eux " et un " nous ". Cette frontière
entre eux et nous n'est pas forcément hostile ni imperméable. Mais
pour être amicale et poreuse, il faut d'abord qu'elle existe.
Les peuples ne peuvent pas se reconnaître dans cette fuite en avant...
(Le Point, jeudi 5 janvier 2006, n° 1738, pages 70 à 72).
Et pour la France qu'elle sache se convaincre que l'avenir peut
être brillant après 25 ans d'immobilisme.
François Mitterrand et Jacques Chirac avaient ceci de commun que,
ne sachant comment résoudre les problèmes, ils adoptaient la solution
dont leur prédécesseur Monsieur Queuille avait fait une doctrine
:
" Il n'est pas de problème qui ne se résolve si on le laisse attendre
suffisamment longtemps "
- Le chômage ? Le baby-boom finira par partir en retraite...
- La dette publique ? L'Europe finira par nous sanctionner et nous
lui ferons porter le chapeau.
- Les impôts ? Si la moitié des ménages ne payent pas d'impôt sur
les revenus, cela fait au moins 50 % des gens qui ne s'inquiètent
pas des taux de prélèvement publics.
- Les fortunes qui partent à l'étranger ? Elles restent en général
dans les pays voisins. Convainquons ceux-ci de les taxer... l'Europe
est là pour unifier les systèmes fiscaux.
- Les milliards de déficit de la Sécurité Sociale ? Augmentons les
tickets modérateurs d'un euro, puis deux, puis cinq, puis dix, puis
cent... Les Français s'y habitueront tranquillement.
Alors, quand on entend notre nouveau premier Ministre, M. de Villepin,
proclamer qu'il va réduire la dépense publique en 5 ans, mais qu'il
ne va commencer qu'en 2007, on pourrait en être désespéré.
Mais non car cette fois-ci les Français semblent avoir compris.
Un sondage récent vient de nous informer que le président le mieux
élu de la Vème République (80 % des voix) ne trouve plus aujourd'hui
qu'un Français sur 100 pour souhaiter qu'il se représente1.
Le nouveau président de l'UMP a trouvé le mot qu'il fallait pour
lancer enfin un nouvel élan dans la vie politique française : le
mot de rupture.
Socrate, le premier des philosophes, a fait du langage le fondement
non seulement de sa logique mais aussi de sa doctrine.
Et le langage est vraiment, en politique
comme ailleurs, le moteur le plus puissant de toute activité. C'est
un langage clair de nos dirigeants qui peut seul permettre à la
fois la reconnaissance de nos erreurs et l'espérance en l'avenir.
Car il est vrai que depuis 25 ans nous avons tout faux et l'ouvrage
de Denis Jeanbar n'est pas excessif.
Aucun effort n'a vraiment été tenté dans aucun des domaines qui
plombent l'économie et le revenu des Français.
Et c'est par la description de nos erreurs qu'il faut commencer,
sans langue de bois, sans précaution excessive, sans cacher les
responsabilités. Lorsque ce travail de mémoire n'est pas fait, les
sociétés ont toujours les plus grandes difficultés à sortir de leur
fossé :
l'exemple de l'URSS et des Balkans est frappant.
C'est ce travail sur le langage de la vérité
qui fonde toute la sagesse socratique et qui permet de développer
une nouvelle idée de la connaissance, de la vertu et de l'avenir
:
- Pas de droits sans devoirs.
- Pas de nouveaux avantages sociaux sans développement de la richesse.
- Pas de développement de l'immigration sans développement de l'emploi.
- Pas de développement de l'emploi sans modification profonde du
Code du travail.
- Pas de réduction de la dette publique sans réduction de la fonction
publique.
- Pas d'attitude sottement belliqueuse vis-à-vis des Etats-Unis
sans doctrine de remplacement approuvée par les plus importants
de nos partenaires européens.
- Pas d'intégration des immigrants de cultures éloignées sans changement
de méthode, qu'on l'appelle discrimination positive ou autrement.
- Pas de sécurité sans concertation sociale et rigueur judiciaire.
Il faut dire et redire, en même temps ce que l'on décide et ce
que l'on fait.
L'action, c'est aussi un langage :
" L'âme ne peut être guérie que par des discours qui agissent
comme des envoûtements " disait Socrate à Charmide.
Puissent nos leaders politiques devenir socratiques en 2006 en même
temps qu'ils agissent.
Soyons optimistes : il semble que sur tous les points précédents
des changements sont amorcés et parfois lancés, comme le contrat
nouvelle embauche et le contrat emploi jeune.
La course à la rupture a peut-être commencé.24
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