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Quelques
mots du Président :
Une
démocratie vivante, des libertés politiques réelles,
la défense de l'entreprise privée, l'enrichissement
des citoyens et des entreprises par la réduction de la dépense
publique, c'est le but du laboratoire d'idées
Héritage&Progrès,
"Think tank" et organisme de lobbying de la
société française.
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La
Société Civile veut être mieux entendue du
pouvoir politique.
Celui-ci
doit être son serviteur et avoir pour seul souci d'améliorer
la vie individuelle et collective de ses citoyens. Constater les
dysfonctionnements, proposer des solutions, tout en faisant fructifier
25 siècles de civilisation,
c'est aussi le but d'Héritage&Progrès
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Editorial Mai 2008
Hyper Président ou grand patron
Dans le monde de l'entreprise, on connaît bien les conditions de réussite
d'un grand patron
- 1 avoir une vision prospective
claire,
- 2 savoir s'entourer des
meilleurs dans chaque domaine, commercial, financier, juridique, technique...,
- 3 savoir déléguer, c'est-à-dire
faire confiance, féliciter, accepter les erreurs inévitables des collaborateurs
capables de prendre des risques.
Dans le monde politique les conditions du succès sont les mêmes.
La vision prospective défendue par le candidat Nicolas Sarkozy
a séduit dès le premier tour une proportion inattendue des électeurs
- 31 % et au second tour plus de 53 %.
Certes le talent oratoire du candidat y était pour quelque chose,
comme d'ailleurs quelques discours sur le pouvoir d'achat, l'éducation
et la recherche que la situation financière ne permettait pas de mettre
en œuvre.
Il reste que, pour l'essentiel, la vision des réformes nécessaires
et l'esprit libéral qui y présidaient, étaient clairement exprimés.
C'est ainsi que les Français l'ont perçu et que malgré quelques impairs,
vite pardonnés, ils ont donné au nouveau chef de l'Etat un niveau
de confiance très élevé jusqu'en février.
Ce qui semble malheureusement aujourd'hui clair, c'est que les
deux autres conditions, le choix des hommes et surtout la capacité
à déléguer, ne sont pas au rendez-vous.
Un gouvernement se compose certes en fonction des apports personnels
de chacun pendant la campagne électorale et du poids électoral des
tendances. Mais sur les 34 ministres et secrétaires d'Etat, il
est indispensable que les postes clés soient donnés à des responsables
d'une compétence incontestable et que, pour les autres, la solidité
des membres des cabinets puisse suppléer à quelques insuffisances.
Mais là n'est pas l'essentiel.
C'est dans la délégation de pouvoirs et dans
la capacité à faire faire que l'expérience d'une année semble hélas
peu concluante.
Et l'on ne voit pas comment remédier à une situation qui est la marque
très profonde d'un caractère.
Le président, comme un grand patron, doit savoir déléguer et faire
confiance pour travailler efficacement avec une douzaine de personnes
:
- le premier ministre,
- le président du groupe parlementaire,
- le chef du parti politique majoritaire,
- les cinq à six ministres clé de l'équipe gouvernementale et
- les cinq à six membres clé de son cabinet.
Il doit savoir aussi choisir parmi ceux-ci les hommes capables
de s'abstraire du phénomène de cour pour l'informer avec franchise
sur les évolutions de l'opinion et du monde économique et politique.
La méthode de travail de notre président est très éloignée de ce mode
de gestion de l'entreprise France.
Et son caractère spontané, impulsif, fougueux, conforte sa méthode.
On ne répond pas à une grève d'enseignants, à la télévision, une heure
après la dissolution du cortège.
On ne demande pas à chaque enfant du primaire d'adopter un enfant
juif assassiné sans avoir pris le temps d'en parler à quelques responsables
concernés comme Simone Veil.
On ne décide pas la suppression de la publicité dans l'audiovisuelle
publique sans avoir décidé du financement de remplacement.
Un président de la République ne prend pas parti sur les travaux à
faire sur la ligne A du RER !
Il est vital que le Président cesse de s'occuper
de tout, ce qui a pour conséquence de brouiller les perspectives,
d'obscurcir l'horizon et de faire disparaître les priorités.
55 réformes, ce n'est ni trop ni trop peu,
ce n'est plus rien, tout simplement parce que la plupart d'entre nous
ne comprennent plus où l'on va et qu'on ne peut motiver les hommes
sans perspectives.
Le numéro du Point, daté du jeudi 29 mai 2008, consacre une vingtaine
de pages à la psychologie de notre Président. Une dizaine d'articles
à consommer avec modération car la psychanalyse n'est pas une science
exacte.
Toutefois la convergence de tous ces commentaires conduit à un constat
assez clair. 45
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Editorial Avril 2008
Il n'est pas simple de prévoir ce que
sera la situation française dans un an.
Qui aurait pu prévoir en 1957 le retour du général de Gaulle ? ou
en 1967 l'arrivée de mai 1968 ?
Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages depuis maintenant
près de trois mois.
Il peut certainement rebondir pour trois raisons :
- d'abord parce que c'est un grand professionnel,
- ensuite parce que les Français savent que la plupart des réformes
prévues sont indispensables,
- enfin parce qu'il n'existe aucune solution à gauche.
Mais quand ?
Occulter l'essentiel de sa vie privée est indispensable : c'est fait.
Revenir à une certaine distanciation dans l'exercice de la fonction
présidentielle est nécessaire : c'est en cours.
Mais attention, il risque d'y perdre du naturel et de la proximité
comme il en a déjà perdu en remplaçant des allocutions spontanées
sans notes, souvent convaincantes, par la lecture de discours préparés.
On ne change pas de personnage sans dommages.
Le problème de fonds est d'abord un problème
de pédagogie et de communication.
La pédagogie des réformes est absolument indispensable. Trop de
rapports sont pris pour des projets. Trop de projets sont annoncés
de façon imprécise et inquiétante. Trop de détails - souvent faux
- sont mis en valeur par une presse toujours prête à critiquer. Trop
de véritables réformes, fondamentales pour l'avenir, ont été noyées
par des annonces trop nombreuses.
Il faut remettre de l'ordre dans l'ensemble du projet gouvernemental
pour rassurer les Français.
Les réformes engagées sont pourtant considérables mais ne donnent
aujourd'hui que des résultats infimes :
-la réforme des régimes
spéciaux des retraites est faite. Elle a coûté cher
en concessions faites à la CGT.
On en sentira les résultats dans trois ans.
-L'autonomie des universités est votée mais
aucune méthode de sélection des étudiants n'a été mise en place et
les droits d'inscription restent nuls. La débureaucratisation du corps
enseignant n'est pas entamée.
-Le plafond fiscal à 50 % est en vigueur
mais l'impôt sur la fortune n'a pas été supprimé.
On ne sait donc pas encore si la fuite des capitaux va cesser, encore
moins si les milliers de gros revenus qui ont quitté la France ont
l'intention d'y revenir.
- La carte judiciaire a été réformée comme
la carte hospitalière le sera certainement dès cette année et sans
doute aussi la carte militaire. Les inconvénients de ces deux mesures
sont frappants ; par contre leurs avantages ne se verront que dans
les budgets 2010/2011.
- La fusion UNEDIC - ANPE est faite.
Mais la lourdeur administrative des structures ne permettra guère
une amélioration radicale de la recherche d'emploi avant un an ou
dix-huit mois.
Des réformes considérables sont en cours dans le domaine des relations
du travail et de la représentativité syndicale. - -Enfin,
les premières mesures de la révision des politiques et des dépenses
publiques sont annoncées pour le budget 2009.
Toutes ces réformes sont impopulaires dans la mesure où elles n'apportent
aucun revenu dans le portefeuille des Français tandis que la dette
publique continue d'augmenter et que les budgets de l'Etat, des collectivités
locales et de la Sécurité Sociale restent très déficitaires.
Tenir un an et plutôt dix-huit mois sur la même ligne de réforme alors
que la conjoncture économique se ressent nécessairement de la crise
monétaire mondiale, c'était une tâche facile avec 60 % d'opinion favorable,
ce sera évidemment beaucoup plus difficile avec 30 %.
D'autant qu'au malaise populaire s'ajoute
le malaise des élites économiques et politiques qui s'inquiètent d'un
mode de gouvernance peu cohérent.
Dans un pays démocratique on a besoin de partis politiques forts,
de parlementaires appuyant et contrôlant le gouvernement, d'un premier
ministre chef d'équipe et d'un Président conduisant l'ensemble.
Or, aujourd'hui, le parti politique, sans chef, est muet. Le Premier
Ministre a un rôle effacé, le président et son cabinet s'occupent
de tout sans être en prise directe, comme aux Etats-Unis, sur une
équipe gouvernementale. La troïka du pouvoir n'est pas manifeste.
L'urgence est de la rendre visible. 44
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Editorial Mars 2008
Crise
financière mondiale et élections municipales françaises
Les Français accordent une telle importance au pouvoir politique
- beaucoup plus d'ailleurs qu'à la démocratie - que la journée du
lundi 17 mars a vu la presse écrite comme la radio et la télévision,
consacrer la totalité des ses éditoriaux et la quasi-totalité de
ses premières pages aux résultats des élections municipales.
Dans la même matinée, les gouvernements américain et britannique,
la Banque Européenne, le gouvernement japonais organisaient des
réunions de crise avec leurs ministres des finances et les meilleurs
experts, pour étudier en extrême urgence les moyens de faire face
à la crise financière mondiale.
On n'attendait certes pas que la crise financière couvre la moitié
des premières pages.
Mais qu'elle soit totalement absente (à l'exception d'une colonne
sur cinq dans Le Monde) en dit long sur le nombrilisme de la presse
française.
Une crise financière mondiale.
Depuis un an, les banques et compagnies d'assurances distillent
trimestre après trimestre des informations concernant leurs risques
sur les crédits hypothécaires et les dépréciations nécessaires.
Ces entreprises ont confirmé de début février à aujourd'hui 20 mars
2008 la gravité de leur situation.
En regroupant simplement les informations financières " grand public
" données par Les Echos, La Tribune et d'autres, on évalue aujourd'hui
les pertes de ces entreprises à :
- Banques américaines 215 milliards de dollars ... 145 milliards
d'euros
- Banques européennes ... 81 milliards d'euros
- Compagnies d'assurances et de réassurances américaines
... 40 milliards d'euros
Total : 265milliards d'euros
C'est seulement aujourd'hui que l'on commence à se préoccuper de
la situation des assureurs et des réassureurs.
Ces chiffres ont peu de signification si on ne les compare pas à
d'autres grandeurs.
265 milliards c'est à peu près le total des impôts prélevés en
France par l'Etat et les collectivités locales, y compris les cotisations
sociales : 290 milliards en 2006.
Toutefois, ces chiffres ne tiennent pas compte des besoins financiers,
beaucoup plus importants, qui risquent de se produire avec les prêts
aux entreprises consentis ces dernières années à des conditions
défiant toute prudence.
Ces crédits, comme ceux de l'immobilier, ont été titrisés et ont
été à l'origine d'autres produits dérivés de ces crédits titrisés.
Si les crédits immobiliers ont donné naissance à 241 milliards de
dépréciation, il est possible que des sommes non pas équivalentes
mais supérieures apparaissent au fur et à mesure de l'année 2008
lorsque les crédits bancaires vont se réduire et laisser apparaître,
en raison de la défaillance des entreprises, les mêmes effets que
le crédit hypothécaire.
Ceci avec trois conséquences :
- une forte baisse de la valeur du dollar
passée de 1 euro en 2001 à 1,60 euro le 17 mars 2008.
- une baisse parallèle des réserves monétaires
mondiales puisqu'aujourd'hui, 60 % des réserves des banques
centrales sont en dollars contre 27 % en euros, 5 % en yens, 8 %
en francs suisses et en livres sterling réunis.
- une réduction dans l'avenir des crédits
au commerce et à l'industrie, comme de l'ensemble des
crédits à la construction.
Toutes les conditions d'une crise mondiale
sont réunies.
Certes les banques centrales savent y faire face mais à quel
prix à court terme et avec quelle perspective à moyen et long terme
?
N'oublions pas la stagnation de l'économie japonaise durant 7 ou
8 ans malgré un taux de la banque centrale voisin de 0 %.
Pourquoi rappeler la gravité de cette situation
? Tout simplement parce que le Président de la République
avait parfaitement compris dans l'année précédent les élections
que l'augmentation du pouvoir d'achat ne pouvait venir que de la
croissance et que celle-ci était totalement liée à des réformes
structurelles profondes.
La crise actuelle mondiale ne l'y aide pas.
Peut-il encore réaliser ces réformes dans le contexte d'impopularité
qui est le sien et après des élections municipales qui ont montré
un évident virage à Gauche et, plus encore, une désaffection certaine
du corps électoral manifesté par l'abstention ?
Nicolas Sarkozy a montré dans le passé qu'il était un formidable
" animal " politique. Il a bien sûr parfaitement compris d'où venait
sa baisse de popularité. La pente ne sera pas facile à remonter
mais elle peut l'être.
On ne peut que souhaiter sa réussite car il n'existe aucune autre
solution à moyen terme.
Soutenir le Président et le gouvernement,
c'est soutenir les réformes indispensables pour adapter la France
à la concurrence internationale, réduire la dette et le chômage
et reprendre avec l'équilibre budgétaire les moyens de relancer
l'investissement.43
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Editorial Février 2008
Après
huit mois de gouvernement les Français sont-ils mécontents ? Oui.
Une série de sondages portant sur deux périodes successives de 2
et 3 semaines a constaté une chute de confiance envers le Président
de la République, variant de 15 à 20 %.
A ce stade, il est absolument inutile - et dangereux - de mettre
en avant des explications du type
- " les réformes engagées n'ont pas encore donné de résultats ",
- " la presse est responsable d'une campagne sur le pouvoir d'achat
sur lequel le Gouvernement n'a pas de prise ",
- " les médias sont responsables d'une exposition excessive de la
vie privée du Président "...
Ces explications valent ce qu'elles valent : bien peu de choses.
Il y a deux raisons et deux raisons parfaitement
claires à la chute de la côte de confiance du Président :
1. les axes essentiels du projet de réforme présidentiel sont
devenus quasiment illisibles en moins d'un mois. Trop de réformes
tuent la réforme ;
2. la vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français
comme très éloignée de la leur.
Le projet de réforme présidentiel est devenu quasiment illisible
en un mois.
Lors de notre dernier éditorial, nous avions voulu montrer
l'importance et la cohérence des réformes autour de douze lois ou
décrets pris en 2007 et de six chantiers dont on savait qu'ils allaient
s'ouvrir dès le premier trimestre 2008.
Cela faisait déjà beaucoup et nous avions bien noté que toutes ces
mesures étaient parfois incomplètes et constituaient de simples
cadres à remplir ultérieurement.
Deux éléments ont depuis brouillé les cartes
au lieu d'éclaircir le paysage : la conférence de presse du Président
et le rapport Attali.
Au cours de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a fait un exposé
trop long - près de 50 minutes - en ne laissant aux journalistes
que le même temps, ce qui était insuffisant lorsqu'on invite 300
personnes. 20 questions posées équivalent à 280 personnes frustrées.
De plus, sur le fonds, le discours du Président a été peu compréhensible.
Les Français sont prêts à accepter toutes
les réformes si elles sont clairement exprimées autour d'idées fortes
qui les concernent clairement :
- comment améliorer leur situation et leur revenu,
- comment améliorer le destin de leurs enfants :
- Diminuer un endettement insupportable qui conduit bientôt à faire
du paiement des intérêts le premier budget de l'Etat et interdit
les investissements productifs (l'Etat en faillite).
- Augmenter les salaires et réduire massivement le chômage en conduisant
une vraie politique de croissance à 3 % ou plus (la réforme aujourd'hui
pour la croissance demain).
Tous les chefs d'entreprise savent bien que, pour faire adhérer
l'ensemble des salariés à une politique, il faut et il suffit d'expliquer
longuement et clairement les axes de cette politique, de répéter
ces explications et de montrer les perspectives positives attendues.
Au lieu de cela, nous avons entendu des propos relativement hétéroclites
que, sur les conseils d'Henri Guaino, le président a articulé autour
d'un thème intellectuel particulièrement fumeux " La politique de
civilisation ".
Citer Victor Hugo, Jaurès, Blum, Mendès-France, Pinay ou de Gaulle
est toujours utile.
Citer Edgar Morin, intellectuel particulièrement abscons, ancien
communiste resté résolument socialiste, auteur récent de trois volumes
hermétiques destinés à montrer que notre société est complexe et
que, par conséquent, aucune solution n'est simple, c'est courir
à la catastrophe.
Pour afficher un haut niveau de réflexion philosophique et sociologique,
M. Guaino aurait peut-être intérêt à s'appuyer davantage sur Alexis
de Tocqueville que sur Edgar Morin.
L'idée " pompeuse " de politique de civilisation
est à cent lieues des préoccupations des Français et notamment des
cadres qui ont massivement voté Sarkozy :
réduire la dette pour pouvoir investir,
augmenter la croissance pour augmenter le pouvoir d'achat.
Enfin est arrivé le rapport Attali : " 300 décisions, autour
de 20 réformes fondamentales ".
Et là, le Président a commis une erreur
certaine en indiquant qu'il approuvait d'emblée l'ensemble
du rapport et qu'il en mettrait en œuvre l'essentiel. C'était
la phrase de trop.
D'abord parce qu'un rapport s'étudie avec d'être approuvé ou critiqué.
Ensuite, parce qu'aucun rapport n'est à prendre ou à laisser dans
sa totalité.
Enfin parce que l'ensemble des réformes doit correspondre dans un
pays démocratique non pas à un rapport de techniciens, quelle que
soit sa valeur, mais à un programme électoral et à une majorité
parlementaire.
Jacques Attali n'a strictement aucune légitimité à dire que son
rapport est à prendre ou à laisser. C'est au Président et au Parlement
de prendre et de laisser ce qui leur semble souhaitable.
La vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français décalée
et très éloignée de la leur.
Les Français - contrairement aux Américains
et aux Anglais - ont la sagesse, en règle générale, d'autoriser
leurs dirigeants politiques à avoir la vie privée qu'ils souhaitent.
Peu de gens se seraient préoccupés d'une liaison du Président avec
telle ou telle femme : c'est son choix.
Par contre, ce qui n'est pas passé, c'est la rapidité d'une part,
l'affichage de l'émoi amoureux et du coup de foudre d'autre part.
Les turbulences de son second mariage et l'annonce impromptue du
divorce ont déjà surpris. Le " coup de foudre " et le remariage
trois mois plus tard ont semblé à beaucoup un
signe de jeunesse inquiétant.
C'est sans doute cette question de la vie privée qui empêchera -
combien de temps ? la remontée de la confiance, quelle que soit
l'efficacité de la politique présidentielle.
" Amour, sur ma vertu prends un peu moins d'empire ", faisait dire
Corneille à Eurydice.
Un disque va sortir. Mille journalistes vont reprendre les paroles
de chansons qui, comme toutes les chansons, parlent d'amour.
Qu'il le veuille ou non, quelles que soient les précautions prises,
le Président s'installe pour un an dans un maelström médiatique
où vaudeville et show-biz, vont nécessairement chevaucher en permanence
la politique économique et sociale. Elle risque de passer au
second plan et de devenir inaudible, comme les deux derniers discours
sur l'Europe et sur la politique des banlieues.
Dans le monde qui est le nôtre, le vrai
pouvoir appartient aux médias.
Quel dommage !
Pour la première fois depuis l'arrivée
du Général de Gaulle et le plan Rueff-Pinay, un président faisait
bouger les lignes. Son bilan en neuf mois était déjà considérable.
Une série de réformes réputées impossibles était lancée :
- les régimes spéciaux de retraite,
- le droit du travail et la fin du contrat par consentement mutuel,
- le maintien des jeunes de 16 h 30 à 18 h 30 pour les devoirs à
l'école,
- la réduction forte du nombre des fonctionnaires,
- un début d'autonomie des universités, etc.
Les ministres et leurs cabinets avaient des feuilles de route
précises.
Une vague législative et surtout une impulsion politique très forte
était donnée.
Il est évident que Nicolas Sarkozy ne va
rien abandonner de sa stratégie dans les mois qui viennent. C'est
avec anxiété que nous attendons la suite... en misant sur le talent
politique indéniable de notre Président. 42
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Editorial Décembre 2007
Bilan de l'année 2007 et de sept
mois de gouvernement
Les douze années de présidence de Jacques Chirac ont été si routinières
que le contraste avec les sept premiers mois de gouvernement Sarkozy
en est presque... aveuglant.
Douze grandes réformes ont été réalisées, sept d'entre elles sont
partielles ou incomplètes.
Douze grandes réformes...
1. Les deux lois de juillet et de décembre
2007 sur les heures supplémentaires et le rachat des RTT
correspondent bien à l'idée simple et vraie que pour gagner plus il
faut travailler plus. La critique constatant que les entreprises sont
libres ou non de donner des heures supplémentaires reste juste. Mais
on constate déjà que sur les fameux " 14 milliards de cadeaux fiscaux
", près de six milliards concernent ces heures supplémentaires. C'est
donc que la mesure a été très efficace.
2. La loi sur l'exonération des intérêts
des emprunts pour l'accession à la propriété est également
une excellente mesure. C'est un relais plus efficace et plus juste
qui devrait se développer avec la diminution vraisemblable des niches
fiscales Robien et Borloo.
3. Le plafonnement de la fiscalité personnelle
à 50 % du revenu doit permettre de freiner considérablement
les sorties du territoire provoquées par l'impôt sur la fortune.
Rappelons que cette fuite de capital est de l'ordre d'un milliard
d'euros par an.
Si on la diminue de moitié ce sera déjà un très beau résultat.
4. La suppression des droits de succession
pour 80 % des ménages est une excellente mesure.
Il ne faudrait pas aller plus loin car le maintien de droits sur les
successions importantes est une mesure qui allie justice et efficacité
aux yeux de tous les gouvernements de philosophie libérale.
5. La réforme des régimes spéciaux de retraite
permettra d'économiser environ 5 milliards d'euros par
an, ou plus exactement 4, car les compensations obtenues par les bénéficiaires
de ces régimes sont de l'ordre de 1 milliard. L'essentiel était d'unifier
le système. Des réformes ultérieures seront alors plus faciles à prendre.
6. La réforme de la carte judiciaire était
indispensable. Elle a été menée tambour battant.
Restent à prendre toutes les mesures d'aménagement pour une application
juste et proche des citoyens.
Il faut saluer le courage du ministre qui a affronté toutes les professions
judiciaires.
7. L'autonomie des universités était
une mesure strictement indispensable.
Chacun sait qu'actuellement toutes les écoles, grandes moyennes ou
petites, permettent mieux l'accès à l'emploi que des universités surpeuplées,
encombrées de faux étudiants et paupérisées...
Il était plus que temps d'adopter cette réforme pour redonner un minimum
de valeurs aux diplômes universitaires, en tout cas aux diplômes des
meilleures universités puisque la concurrence va enfin s'établir.
8. Une première réforme du Code du travail
est passée un peu inaperçue parce qu'elle a consisté à
réécrire les textes avec obligation de rendre la loi accessible et
intelligible.
Certains textes passent du domaine législatif au domaine réglementaire.
On s'apercevra dès l'an prochain de son importance. Cet énorme travail
qui porte sur plus de 2 500 pages n'attendait que le gouvernement
pour être examiné au Sénat puis à l'Assemblée.
9. La réforme des minima sociaux a
été engagée sur un plan expérimental par la création du Revenu Social
d'Activité (RSA) dans vingt-sept départements.
Cette réforme est fondamentale car elle touche environ 1,2 million
d'allocataires.
10. Un petit début de réforme de l'assurance
maladie a été engagé avec une franchise très limitée et
plafonnée annuellement.
11. La fusion des Assedic et de l'ANPE est
prête, elle sera examinée au parlement le 8 janvier 2008.
12. L'obligation d'un service public minimum
en cas de grèves.
Cette réforme est pour l'instant une simple loi cadre qui demande
un règlement détaillé pour chaque entreprise nationale concernée.
Elle devrait aussi être étendue à l'école et sans doute à d'autres
secteurs.
Douze grandes réformes... parfois incomplètes
Il s'agit bien sûr des trois précédentes, mais aussi de réformes qui
passent pour achevées alors qu'elles constituent de simples cadres:
Les régimes spéciaux de retraite devront
nécessairement subir d'autres adaptations en même temps d'ailleurs
que le régime général.
Elles seront plus faciles puisque les règles de base sont maintenant
admises.
La carte judiciaire a été réformée
non pas, comme on l'a dit, à la hussarde, mais selon un schéma général
que pratiquement tous les ministres précédents avaient approuvé.
Il reste que l'application va demander un travail intense et continu
durant au moins deux ans.
L'autonomie des universités n'aura
jamais aucun sens si elle n'est pas accompagnée d'un minimum de sélections
et d'un coût d'inscription significatif.
Les étudiants considèrent comme normal de payer un permis de conduire
1 500 euros ou plus, et scandaleux de payer 150 euros pour être admis
à tous les avantages de l'enseignement supérieur !!!
La fusion des Assedic et de l'ANPE
regroupe deux monstres bureaucratiques peu efficaces.
Il reste d'ailleurs à côté les missions locales et diverses associations
qui tentent de pallier à ces insuffisances.
C'est tout le système qui doit être revu car le chômage ne baissera
pas d'un iota avec cette fusion.
Six chantiers essentiels sont ouverts : ils seront
conclus en 2008
1. La réforme institutionnelle. Le
comité présidé par Edouard Balladur a remis ses conclusions. Elles
feront l'objet en 2008 d'un texte qui devrait en retenir l'essentiel
avant d'aboutir à une réforme constitutionnelle à Versailles.
2. La réforme de l'Etat. Pour
la première fois, celle-ci n'a été confiée ni à un secrétariat d'Etat,
ni à un ministère, mais à la Présidence de la République, le Secrétaire
général de l'Elysée, Claude Guéant en portant le poids.
C'était la seule condition pour que cette réforme éternellement repoussée
voit enfin le jour.
Vingt-six équipes d'auditeurs mêlant des hauts fonctionnaires et des
cabinets privés ont passé en revue l'organisation et les missions
de huit ministères avant la fin novembre.
Tous les autres services publics sont en cours d'examen avec l'objectif
de terminer en mai/juin. Un premier conseil de modernisation des politiques
publiques a eu lieu en décembre. Deux autres suivront.
L'essentiel de la réforme sera connu en juin et le budget 2008
sera fondé sur ces nouvelles données.
3. La compétitivité française et le rapport
de Jacques Attali.
Le Président de la République a souhaité que cette étude soit très
étendue, couvre tous les aspects de la compétitivité y compris les
aspects sociaux et culturels pour aboutir à un rapport ayant la même
importance que le rapport Rueff-Armand demandé par le Général de Gaulle
en 1958.
Il faut évidemment attendre pour en mesurer l'importance et le caractère
pratique.
4. La modernisation du marché du travail.
Dans ce domaine, c'est le MEDEF et les principaux syndicats de salariés
qui ont commencé à travailler avant la présidentielle. Ce travail
a été poursuivi toute l'année sachant que le Président de la République
estimait indispensable d'aboutir à un accord fin 2007 début 2008.
En effet, c'est de la fluidité du marché du travail que dépend
en grande partie la baisse du chômage.
Tous les exemples étrangers le montrent.
Or, à la dernière réunion du 7 décembre, tous les syndicats pensaient
qu'un accord était possible sous un mois.
5. La politique du logement.
Là encore, le retour à une véritable économie de marché, la réforme
du système HLM et la libération d'une offre foncière abondante sont
les conditions du développement de la construction.
Dans un discours prononcé à Vandoeuvre courant décembre, le Président
de la République a tracé les grandes lignes de la réforme.
La réécriture complète du Code de l'urbanisme ne se fera pas avant
2009. Mais plusieurs réformes de l'urbanisme opérationnel et du secteur
HLM seront réalisées en 2008.
6. Un plan Marshall pour les banlieues.
L'intention est évidemment plus que louable, la réalité semble pour
l'instant... extrêmement limitée.
Le problème de nos banlieues, et des zones urbaines sensibles, est
d'une extrême gravité.
On en connaît toutes les données depuis vingt-cinq ans.
La dernière émeute de Villiers-le-Bel où, pour la première fois, au
moins cinq criminels ont utilisé des armes à feu et blessé des CRS
et des gendarmes ont rappelé l'urgence du problème. Nous avons déjà
dans d'autres chroniques longuement évoqué les questions à traiter.
Il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui on en est très loin.
Deux contre-réformes ne peuvent avoir que des conséquences
négatives et graves
1. Le Grenelle de l'environnement.
Qu'il faille sacrifier à la pensée politiquement correcte, aux grands
mouvements d'opinion et à la pression médiatique pour se faire élire,
c'est une chose.
Qu'il faille y céder est une autre chose.
Nous ne pensons d'ailleurs pas que le Président de la République et
son gouvernement ont tout cédé devant la vague de l'écologisme médiatique.
Au contraire, il nous semble qu'avec beaucoup de prudence, la plupart
des " décisions " ont été transformées en " orientations " qui
seront revues et appliquées avec prudence dans le temps. Il reste
qu'en donnant la parole principalement aux adeptes du principe de
précaution et à des associations qui ne réalisent aucun travail scientifique
sérieux, le gouvernement peut se diriger dans des voies sans issues.
C'est un peu le cas de la loi sur le droit opposable au logement votée
sans aucune réforme du système HLM et se heurtant tout simplement
à l'absence de logements.
Faudra-t-il demain acheter une grande partie de nos semences et même
de notre nourriture à l'étranger parce qu'on aura bloqué la modernisation
de notre culture ?
La partie principale de la réduction des gaz à effet de serre vise
le bâtiment et les transports.
Dans ces deux domaines, les objectifs ne tiennent aucun compte
des prix.
Or chacun sait que, pour parvenir à une très forte réduction de la
facture énergétique, le coût du bâtiment doit augmenter d'environ
25 %.
A un moment où le marché du logement est saturé par la hausse des
prix des huit dernières années, qui paiera ?
Pour ce qui concerne les transports, chacun sait que le transfert
de la route vers le rail est un mythe absolu et que le coût en est
rédhibitoire.
2. La suppression du dépôt de garantie versé
lors de la signature d'un bail.
La mauvaise tenue du marché de l'investissement immobilier
qu'il faut sans cesse relancer par des mesures de niches fiscales
plus ou moins arbitraires (Périssol, Besson, Robien, Borloo) tient
essentiellement au fait que cet investissement est d'abord risqué
et ensuite peu rentable.
En une seule année, 90 à 100 000 décisions de justice sont prononcées
pour expulser un locataire. Sur ce total, environ 25 000 accords amiables
interviennent et 9 500 expulsions sont réalisées.
Pour tous les autres, soit le chiffre considérable d'environ 60 000,
la procédure peut s'éterniser. Elle dure en moyenne deux ans, parfois
cinq ans ou davantage.
Chaque propriétaire ayant connu ce type de difficulté et de procédure
en parle à dix autres et en décourage autant. Le dépôt de garantie
a d'ailleurs un aspect très bénéfique pour le locataire. Lorsqu'un
problème intervient sur quelques semaines, et même sur un mois ou
deux, le propriétaire cherchera un accord amiable et une solution
d'étalement avant de renvoyer le locataire sachant que le dépôt de
garantie lui évite de tout perdre.
Même les formules de Locapass et de fonds de solidarité logement qui
mutualisent ce dépôt ne sont souhaitables que si le propriétaire perçoit
directement la somme demandée.
Sinon, dans un marché dominé par la rareté, on sait bien que le propriétaire
s'arrangera toujours pour obtenir un faux dépôt de garantie : deux
mois de loyer d'avance, dessous de table, argent au noir, préférences
pour les fonctionnaires ou les gros salaires etc... Ce sont toujours
les plus pauvres qui en pâtiront.
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Editorial Novembre 2007
Politique
de la rustine et exigence de vérité.
1 - Un début de retour d'inflation pose le problème du pouvoir
d'achat.
Jacques Marseille qui refuse d'édulcorer sa pensée pour quelque raison
que ce soit a publié récemment dans Le Point (15/11/2007) un excellent
éditorial intitulé " La politique de la rustine ".
Il dénonce ainsi les multiples rallonges de subventions - et donc
d'impôts - que l'Etat se sent obligé de faire lorsque des manifestations
" un peu rugueuses " se produisent : les marins pêcheurs, la
SNCF et les étudiants hier, les fonctionnaires aujourd'hui.
" Cette politique de la rustine, dit-il, légitime les rapports
de force parce qu'elle fait croire à tous les Français que ces manifestations
violentes suffisent pour décrocher de l'Etat Père Noël les millions
et les milliards qui devraient faire l'objet d'expertise un peu plus
raisonnée. "
Qui pourra demain condamner ces minorités qui bloquent l'université,
les transports, les tribunaux...
" Qui pourra croire que l'Etat est en faillite s'il peut en quelques
heures débloquer des sommes qui ne sont pas si dérisoires. "
Sachant par ailleurs que tous les prix vont augmenter puisque non
seulement le pétrole mais toutes les matières premières, notamment
agricoles, sont emportés par le mouvement de hausse.
Ce mouvement inévitable est par ailleurs très heureux puisqu'il traduit
l'accès de la Chine, de l'Inde et de toute l'Asie à la consommation
dont profitait hier uniquement l'Occident.
Et Jacques Marseille conclut : " Aux indications de long terme
que donne le marché, il n'est en fait qu'une seule réponse possible
et légitime : répercuter dans le prix de vente les coûts de revient
qu'ils sont amenés à subir du fait de cette nouvelle donne mondiale.
L'Etat ferait mieux de changer les pneus fatigués plutôt que de s'acharner
à la pose de rustines."
2 - Une seule réponse, réduire la dépense publique et le coût
des monopoles.
Mais comment, alors, augmenter le pouvoir d'achat si tous les prix
de détail, et notamment les prix les plus courants - alimentation,
habillement - s'envolent ?
Il n'y a bien sûr qu'une seule réponse : réduire le coût de l'Etat,
des collectivités locales, des monopoles et des ententes.
La France est littéralement " shootée " à
la dépense publique : équipements fastueux, grands stades,
grandes bibliothèques, grands opéras, grands théâtres publics, grands
festivals, grandes manifestations, grandes fêtes, grandes réceptions,
grands travaux, grands musées, rien n'est jamais trop grand pour l'Etat,
pour nos maires et présidents de régions et de départements.
De plus, les Français qui n'ont guère de
formation économique réclament partout la gratuité au nom de la culture,
du loisir et du plaisir. Pour les vieux, pour les jeunes,
pour les familles nombreuses, pour les familles monoparentales, pour
les handicapés, pour toute catégorie signalée par quelques désavantages...
autrement dit, pour tous.
Ils oublient naturellement que la gratuité n'existe pas et que
tout a un coût.
Ce coût se retrouvera naturellement dans la TVA, dans la CSG et autres
RDS, dans les taxes pétrolières, dans la taxe d'habitation ou tous
autres impôts qui sont finalement beaucoup moins payés par les riches
que par la totalité de la population, même si elle l'ignore.
En outre, il est clair que certains secteurs sont dans une situation
de monopole ou d'entente et ignorent ce qu'est la concurrence.
C'est aussi le cas de toute une série de professions réglementées
qui vont du notariat aux auto-écoles, en passant par une foule d'entreprises,
d'agences publiques et d'administrations qui ne vivent que de normes
et de réglementations.
Beaucoup attendent avec impatience le rapport Attali sur les blocages
de la croissance en espérant que le Gouvernement portera ensuite le
fer sur les obstacles recensés.
En attendant, le Président de la République n'a pas voulu d'un budget
de rigueur au moment où les réformes de base allaient être réalisées,
c'est-à-dire fin 2007 et courant 2008. Sa position est parfaitement
compréhensible.
Mais le budget 2009 devra absolument montrer
aux Français que l'on ne peut pas avoir à la fois plus de pouvoirs
d'achat, plus d'Etat et plus de collectivités locales.
L'année 2009 sera l'année de la rigueur.
C'est maintenant qu'il faut commencer à en faire la pédagogie.
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Editorial Octobre 2007
Le réveil difficile de la
belle endormie.
C'est la France notre belle endormie.Elle
est restée très belle. Les étrangers l'adorent et les Français s'y
sentent finalement très bien sauf, sans doute, 15 % de ménages dont
les revenus sont trop bas pour suivre le train de la vie sociale
courante.
Certes, le niveau de vie n'augmente plus que très faiblement.
Certes, notre belle endormie ne se soucie guère des dettes qu'elle
laisse à ses enfants.
Mais enfin, tout cela ne paraissait pas encore assez dramatique
pour angoisser la population.
L'inquiétude régnait, sans plus.
Il a fallu les années Chirac marquées par une exceptionnelle
inaction, l'échec du référendum européen, la révolte des banlieues
en octobre 2005, la réelle stagnation du pouvoir d'achat pour que
les Français décident d'un véritable changement politique.
Ce changement s'est incarné dans l'élection
de Nicolas Sarkosy.
Sous une forme certes très différente, le vote pour Ségolène
Royal et la forte baisse de l'extrême gauche dénotaient aussi ce
désir de changement.
Et maintenant qu'il est là, on mesure tout
ce qui est à faire, on s'effraye de l'étendue des réformes nécessaires,
on s'angoisse des délais et l'on s'interroge déjà sur les résultats
des premières mesures avant même leur parution au Journal Officiel.
Car il faut s'attaquer à tout à la fois .
- Au déficit de l'assurance maladie,
- Au déficit actuel des régimes spéciaux et à celui, programmé,
du régime général des retraites,
- A l'endettement dont les intérêts représentent le second budget
de la Nation
- Au déficit budgétaire
- Au chômage de masse et au faible taux d'activité de la population
en âge de travailler
- Aux contrats de travail et à l'ensemble du droit du travail
- A l'investissement des entreprises en très forte baisse depuis
dix ans
- A la productivité de la Fonction Publique
- A l'excès des importations provenant de pays hors de tout contrôle
social
- A la politique agricole commune
- A l'intégration des immigrés de la première ou de la deuxième
génération
- A la rénovation de tout l'urbanisme des banlieues massacrées dans
les années 1955/1980
- Au financement des universités et de la recherche
- A l'organisation du primaire pour empêcher 20 % des enfants d'arriver
au collège sans la maîtrise de l'écriture et de la lecture.
Et tout cela, dans un cadre international toujours aussi difficile
avec les risques des nouveaux états nucléaires (Corée du Nord, Pakistan,
Iran), de la puissance grandissante de la Chine, du risque pétrolier
mondial, d'une immigration incontrôlable tant que les problèmes
de la pauvreté africaines et asiatiques ne seront pas résolus.
Et voilà pourquoi la presse, toujours submergée par le court
terme et l'émotion titre chaque matin : mais que fait Sarkosy ?
Sarkosy va trop vite et veut tout faire
à la fois.
Sarkosy va trop lentement, il parle mais
n'agit pas.
Sarkosy réforme les apparences mais ne
s'attaque pas aux réalités financières.
Sarkosy touche à tout mais ne règle vraiment
rien.
Sarkosy décide de tout sans consulter...
mais non, Sarkosy laisse trop de liberté au Parlement qui ralentit
ou modifie trop les textes.
Les libéraux le jugent dirigiste et les dirigistes libéral.
La droite le juge trop sensible à l'ouverture vers la gauche
et l'écologie,
la gauche le voit " débaucheur et électoraliste ".
Eh bien, fort heureusement, l'homme paraît
blindé. La ligne politique qu'il poursuit semble très claire, on
peut l'approuver ou la critiquer mais elle est cohérente :
c'est celle d'un excellent connaisseur de la vie politique qui sait
que les réformes échoueront si elles ne sont pas bien adaptées aux
circonstances.
C'est " l'anti Turgot ". Turgot nommé Ministre des Finances par
Louis XVI avait dans ses cartons dix projets de réformes tous plus
importants les uns que les autres. Il n'en a réalisé qu'une et a
du quitter son poste très vite car ses projets ne pouvaient être
imposés dans une année de disette en pleine révolte des farines
et sans l'appui ou du moins la neutralité du peuple et des classes
intermédiaires.
Nous sommes dans un régime démocratique où la réforme ne se fait
pas sans un certain consensus populaire car les techniques de blocage
sont nombreuses, pour ne pas dire innombrables si l'opposition se
sent soutenue par la majorité et si elle les utilise toutes :
le Conseil d'Etat, le Conseil Constitutionnel, le Parlement et l'obstruction
technique des amendements sans oublier l'essentiel : la rue.
Il est vain de recommander à la Presse,
prudence, sagesse et raison.
Le dernier numéro de l'Expansion est un bon exemple de l'énervement
médiatique.
Rédigé le 15 octobre 2007, c'est-à-dire sept semaines après les
quinze jours de vacances du gouvernement, il rédige déjà un cahier
spécial sur le bilan provisoire de Sarkosy commenté par François
Hollande, François Bayrou et Jean-Pierre Raffarin.
On ne saurait prendre plus de recul et choisir des commentateurs
plus objectifs !!!
Peut-on vraiment juger une politique, et surtout dans un climat
aussi nouveau avant au moins un an de travail complet, septembre
2007/septembre 2008 ?
Pour notre part, nous traiterons une par une les solutions mises
en œuvre au fur et à mesure que les questions sont posées mais en
nous gardant d'une appréciation générale ...... sauf si ...39
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Editorial septembre 2007
Pour une juste mesure du temps.
Dans toute action humaine il y a un temps pour la préparation, un
temps pour l'action, un temps pour la réponse, un temps pour l'analyse
des résultats.
Le Président de la République en parlant du prochain budget a évoqué
ces quatre temps.
2008, a-t-il souligné, sera une année de transition car on ne refait
pas en six mois le budget d'un Etat accoutumé depuis maintenant trente
ans au laxisme et au déficit.
De plus, la réforme est déjà difficile à faire passer dans un pays
où chacun la souhaite pour les autres mais jamais pour soi. Elle ne
peut être accompagnée en même temps d'un plan de rigueur trop strict.
2009, sera la première année fondée sur un
budget entièrement nouveau préparé par tout un travail d'audit conduit
ministère par ministère.
C'est cette année-là que l'on pourra juger début 2010.
Mais qu'il est difficile d'échapper à l'agitation du microcosme qu'évoquait
Raymond Barre et à la fébrilité de la presse quotidienne qui donne
toujours l'image d'un nid de fourmis agité par la hure d'un sanglier.
Tandis que les uns critiquent l'agitation
excessive du nouveau président, les autres regrettent déjà le 30 septembre
que les résultats ne soient pas au rendez-vous !!!
La réforme d'un Etat moderne, c'est le rocher de Sisiphe
!
Chacun de nos codes compte mille à deux mille pages. En outre, chacun
d'eux se croise avec les codes voisins.
Dans le domaine de la construction il en est au moins trois : le code
de l'urbanisme, le code de l'environnement, le code de la construction.
Il faut en rajouter deux autres : le code civil et le code des collectivités
locales car celles-ci ont maintenant tout pouvoir en matière d'urbanisme.
La mécanique législative est d'une extrême complexité, qu'il n'est
d'ailleurs pas toujours souhaitable de réduire car c'est aussi une
des conditions de la démocratie, de la protection du droit des
citoyens, de la protection de l'opposition.
Il fallait que l'équipe de Nicolas Sarkozy
soit déjà formidablement organisée pour avoir pu traduire dans la
réalité, c'est-à-dire dans des décrets d'application, une bonne dizaine
de mesures législatives extrêmement lourdes prises entre le 3 juillet
et le 5 août par un Parlement convoqué en session extraordinaire.
Et l'on ne mesure pas l'étendue du travail effectué dans
chaque ministère alors que toutes les équipes n'ont eu que cinq semaines
depuis les vacances.
L'action de Christine Boutin, ministre du logement, qui a vu et revu
en septembre la totalité des leaders de la profession (plus de 30
syndicats professionnels et combien d'experts !) et bien avancé la
réflexion sur sept à huit réformes importantes de l'urbanisme et de
la construction en est un bon exemple.
La précipitation est la plus mauvaise des solutions.
Comme les législations de circonstance nées d'une émotion populaire
aussi compréhensible que dangereuse. Imaginons la rentrée et que
les étudiants soient dans la rue, leurs droits d'inscription ayant
été augmentés librement par chaque université! Aurait-on pu lancer
dans ces conditions la réforme des régimes spéciaux ?
La phrase de François Mitterrand " Laissez du temps au temps " est
véritablement entrée dans la conscience populaire encore qu'elle ait
bien mal servi puisqu'elle a laissé au temps le temps de ne rien faire.
Ayons au moins la patience de laisser à Nicolas
Sarkozy les quinze mois qui viennent pour entreprendre ce que nous
pourrons juger en 2009 qui marquera le vrai bilan de la réforme.
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Editorial
Juillet 2007
Fin du tout politique, début des réalités : combattre le Diable
dans les détails.
Depuis septembre 2006, les Français ont signifié à leurs dirigeants
qu'ils croyaient au retour de la politique et à la possibilité d'y
trouver une solution à leurs intérêts individuels par le biais de
l'intérêt collectif.
Pour parler simple, ils ont dit haut et clair que la politique
pouvait servir à quelque chose.
Et ils ont voté pour un président élu avec 53 % des voix et le taux
de participation le plus élevé depuis 40 ans.
De plus, deux mois après le second tour des présidentielles, tous
les sondages accordent au gouvernement un niveau de confiance de l'ordre
de 65 %. Ce sont des conditions exceptionnelles
pour réussir une véritable politique de rupture et de réformes dont
une grande majorité de Français sent qu'elle est nécessaire.
Mais c'est le 3 juillet, ouverture de la session spéciale du Parlement,
que tout commence.
Car tout commence vraiment lorsqu'il y a projet de loi, puis décrets
d'application, puis circulaires, puis réalités administratives.
Le Diable se cache dans les détails à tous ces niveaux.
- D'abord le projet de loi.
De l'idée développée dans un discours électoral au projet, la distance
est souvent grande.
Le projet lui-même doit s'assurer de trois conformités : avec les
textes et la jurisprudence du Conseil d'Etat, avec la jurisprudence
du Conseil Constitutionnel, avec les directives européennes et la
jurisprudence de la Cour de justice.
Ce n'est pas une mince affaire.
- Après passage en commissions et vote de
l'Assemblée, les décrets d'application se font toujours attendre.
Certes, l'administration peut être pressée, voire bousculée et contrainte
mais cela prendra toujours quelques mois plutôt que quelques semaines.
- Enfin viendra le temps des circulaires
d'application afin que chacun sache au niveau des départements et
des communes, comment les textes doivent être interprétés et appliqués.
On le voit, tout cela est un travail redoutable et l'énergie inlassable
déployée par notre nouveau Président ne peut hélas en aucun cas remplacer
les centaines ou plutôt les milliers de prudences et de temporisations
locales.
C'est tout un pays qu'il faut mettre en mouvement et 25 ans de
mitterrandisme et de chiraquisme ne nous ont guère habitués à l'ardeur,
à l'audace et à la détermination.
Et c'est pourtant à cette seule aune que pourra être jugée l'action
présidentielle et législative. 36
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Editorial Juin 2007
Le
Parlement et la société civile dans un paysage politique entièrement
nouveau.
Le Parlement élu les 10 et 17 juin 2007 comptera une majorité de
plus de 400 députés, moins de 160 pour l'opposition. Ce phénomène
est entièrement nouveau, même si en 1968 la majorité issue de
la dissolution était presque aussi forte.
Quelles que soient les interprétations de ce vote, et notamment
du taux d'abstention, il est clair qu'il s'agit d'un soutien
total au programme et à la personne du Président de la République.
Si les abstentions ont été fortes, elles confirment que les Français
loin d'être inquiets par la personnalité très volontariste de Nicolas
Sarkozy lui donnent en quelque sorte un blanc-seing en disant :
" Nous ne sommes peut-être pas vos partisans mais nous acceptons
de tester une autre politique, la vôtre. "
Ce vote " présidentialiste " nous fait
entrer dans un autre régime, le régime présidentiel.
Nous pensons, pour notre part, qu'il s'agit d'une très bonne orientation
mais à deux conditions :
- que le Parlement joue son rôle,
- que la société civile sorte de la faiblesse qui est la sienne
en France.
Le Parlement d'abord.
450 députés (chiffre probable, le 11 juin, jour où cette lettre
est rédigée) c'est évidemment une majorité très hétérogène.
On y trouve des hommes de tradition planificatrice et constructiviste
qui ont fait leur carrière politique au début d'un gaullisme marqué
par la puissance de l'Etat, de la haute fonction publique et de
l'ENA.
Ces hommes sont souvent plus proches d'une partie du parti socialiste
que de la droite traditionnelle.
Un deuxième groupe de parlementaires est au contraire de tradition
libérale, certains venant du giscardisme et d'autres de l'UDF.
Deux inter-groupes parlementaires représentaient bien cette tendance
: Les Réformateurs animés par Hervé Novelli et Génération Entreprise
animée par Jean-Michel Fourgous.
Un troisième groupe de parlementaires vient de la démocratie
chrétienne : il s'agit d'une bonne partie de l'UDF ralliée à
l'UMP par Pierre Méhaignerie et du nouveau centre qui a quitté François
Bayrou.
Un petit nombre de députés représentent encore une quatrième
tendance : celle qui s'était vivement opposée au traité de Maastricht
et qui avait animé le NON au référendum sur la constitution
européenne. Ils sont peu nombreux mais représentent une vraie tendance
politique.
Enfin un cinquième groupe se revendique sinon de gauche du moins
" du très social " : il va des amis de Philippe Seguin hier
à Christine Boutin aujourd'hui.
S'ajoutent à ce panorama d'autres clivages liés aux hommes : les
premiers fidèles de Nicolas Sarkozy, les derniers fidèles de Jacques
Chirac, les proches d'Alain Juppé, de François Fillon, de Dominique
de Villepin...
Difficile aujourd'hui de prévoir ce que souhaiteront le Président
de la République et le Premier Ministre.
Pour nous, il nous semble indispensable
de créer une " respiration parlementaire " très forte redonnant
à l'Assemblée Nationale des pouvoirs qu'elle a totalement perdus
avec la constitution de 1958.
Ces pouvoirs doivent être clairement affirmés
dans une réforme constitutionnelle.
Ils doivent aussi s'exprimer par la création de " courants ",
qu'on leur donne ce nom ou qu'on les appelle autrement.
L'essentiel est qu'il existe dans cette énorme majorité des tendances
qui expriment clairement la diversité des électeurs et donc des
Français.
Il faut, à l'UMP, une droite, un centre et une gauche pour reprendre
les images traditionnelles.
Gageons d'ailleurs que nombre de personnalités du centre et de la
gauche rejoindront cette majorité car cinq ans c'est long et dix
ans plus encore.
Pour une société civile forte.
La société politique tient en France une place considérable, tradition
hélas très ancienne dont Tocqueville a montré dans " L'ancien régime
et la révolution " qu'elle existait bien avant les années 89/99
et le centralisme napoléonien.
Le groupe formé par le gouvernement, les cabinets ministériels,
les hauts fonctionnaires et responsables des grandes agences publiques
est le cœur de cette société politique que le Parlement est censé
contrôler mais qui, en fait, s'y identifie. Et ce d'autant plus
que les parlementaires sont le plus souvent présidents de conseils
généraux, maires de grandes villes, présidents de régions et qu'ils
s'appuient eux aussi sur les quelques 2 millions de fonctionnaires
territoriaux.
En face de cette société politique plus puissante en France que
dans tous les autres pays, on trouve des structures professionnelles
très éparpillées au niveau patronal comme au niveau salarial.
- Le MEDEF constitue un savant équilibre de pouvoir entre 600 syndicats
professionnels et 85 branches ou fédérations. -Les salariés se regroupent
dans 6 grands syndicats dans lesquels les syndicats de fonctionnaires
sont dix fois plus puissants que les autres, tandis que de nombreux
" autonomes " n'ont pas le droit de vote aujourd'hui mais l'auront
sans doute demain.
- A côté de ce mouvement syndical, les thinks tanks et clubs de
réflexion représentatifs de la société civile au vrai sens du terme
- c'est-à-dire en dehors de tout corporatisme professionnel - sont
très peu présents.
A gauche, en-dehors d'ATTAC, on trouve
quelques associations et groupes d'intellectuels autour de grandes
figures universitaires et sans moyens financiers.
A droite, la société civile s'est davantage
développée autour des idées libérales.
Il est absolument fondamental qu'elle puisse faire entendre sa
voix en face d'une société politique marquée par une spécificité
trop connue : elle gouverne par l'impôt et par l'emprunt et ignore
tout du risque entrepreneurial, du compte d'exploitation de l'entreprise
et du contrat de travail des simples particuliers.
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Editorial Mai 2007
Passion
.......... Raison ......... Election
Un
peu de philosophie n'est peut-être pas inutile au moment où la France
change de Président et peut-être d'époque.
En introduction à cette réflexion, j'aimerais citer quelques phrases
d'Albert Memmi tirées d'un merveilleux petit livre intitulé
" Ah quel bonheur ! "
" Submergés par nos émotions, piégés par nos sens, leurrés par
notre imagination, nous devons nous en
remettre à notre raison.
Mais comment pouvons-nous sans un vain orgueil nous targuer de raison
alors que nous sommes si souvent submergés par nos émotions, piégés
par nos sens, leurrés par notre imagination, téléguidés par notre
part d'ombre, tiraillés par l'avidité de nos intérêts et même par
des préjugés honteux et tenaces ?
Peut-être est-ce cela précisément la raison et la sagesse.
L'effort de tenir compte de tout, comme un bon capitaine qui, ayant
bien calculé son itinéraire, prévu les aléas de la route, évalué
l'état de la mer, la force et la direction des vents, maintient
sa barre dans la bonne direction.
Notre capitaine c'est notre raison et le
résultat toujours menacé de ses efforts devrait en être la sagesse.
Depuis Socrate et Freud, en passant par Leibniz et Schopenhauer,
nous savons qu'une large partie de nous-même échappe à notre contrôle
direct. Mais nous nous efforçons de cerner, de réduire
ce double inconnu afin de nous conduire au mieux. Nous tâchons
de distinguer entre le constat et le vœu, le jugement et le préjugé,
la démonstration et l'apologétique religieuse ou profane.
Dans cette superbe entreprise, la raison
est notre capitaine. Il peut se tromper, naviguer médiocrement,
quitte à refaire ses calculs et à rectifier sa route.
Mais que ferions-nous sans lui ? Sinon nous en remettre aux démagogues
et aux sorciers de toute sorte ? "
Il n'est pas inutile de méditer ces lignes pour comprendre et éclairer
les réactions d'une partie non négligeable de la droite et de la
gauche à l'élection de Nicolas Sarkozy.
Cette élection, il est vrai, est significative. Ce n'est pas
seulement l'élection d'un homme, c'est le choix par une claire majorité
des Français d'un président porteur d'un programme de droite -
pour la première fois depuis la libération - et de valeurs conservatrices
et libérales clairement affirmées.
- A gauche, impossible
de convaincre des hommes par ailleurs intelligents, sensibles et
cultivés que Sarkozy ne va pas expulser illico les musulmans, les
noirs, les francs-maçons, les protestants, les juifs, les clochards,
les infirmes.
Impossible de les convaincre qu'il n'existe pas de programme affirmé
de suppression du PACS, des radios-libres, des divorces par consentement
mutuel, de l'avortement, de la mixité scolaire, des comités d'entreprise,
du droit de grève... L'eugénisme est en filigrane.
En tout état de cause, la dictature est déjà là avec le monopole
de la presse par le CAC40, une majorité parlementaire au pas de
l'oie, un parti quasi-fasciste, en un mot, un homme capable de tout.
Il ne faut ni en rire, ni en sourire.
Car l'action politique est difficile dans
un climat où toute décision est examinée dans un climat de totale
défiance, où toute action est suspectée avant même d'être entreprise.
La raison c'est aussi de comprendre la passion. Elle est parfois,
hélas, paroxystique (cf. plus loin l'article de Libération).
- A droite, impossible
d'envisager que les mesures phares d'un programme libéral puissent
être appliquées, même partiellement. Le service minimum est
déjà repoussé d'un an, comme le sera la réforme des régimes spéciaux
de retraite, le contrat de travail unique, les heures supplémentaires
détaxées et " déchargées ".
La carte scolaire ne sera jamais libérée, les réformes Robien jamais
confirmées, l'université jamais autonomisée.
On tourne le dos à une politique du logement libérée en proclamant
un impossible droit opposable.
La fin des déficits budgétaires est remise à cinq ans, le train
de vie de l'Etat ne sera jamais réduit pas plus que les subventions
aux centaines d'associations inutiles, aux spectacles sans spectateurs
et à leurs intermittents.
Bref la politique étant par nature démagogique
et ruineuse (c'est l'Ecole du " Public Choice " qui l'affirme) Sarkozy
nous a bien eus, il n'est qu'à voir les heures passées à convaincre
Védrine, Kouchner, Allègre, Notat, Jouyet, Morin, Leroy, Attali,
Martin Hirsch et autres de sa bonne volonté et de son désir de les
voir participer au gouvernement.
La passion n'est ni de gauche ni de droite, elle est partout.
Notre capitaine dit Albert Memmi c'est notre raison. A-t-elle disparu
dans le gouffre des critiques de droite et de gauche ?
Il faut une volonté de fer pour conquérir la possibilité de se présenter
avec l'appui d'un parti de masse à la présidentielle.
Il faut une volonté peu commune pour rassembler son camp, du centre
gauche au centre droit, de ses ennemis intimes à ses concurrents
d'aujourd'hui... et de demain.
Il faut une stratégie d'une grande qualité pour mener la course
en tête, sans aucune interruption, du 1er septembre au 6 mai.
Il faut un désir d'action constant et sans faille pour promettre
de faire ce que l'on a annoncé. Promesse d'autant plus dangereuse
qu'elle a été affirmée urbi et orbi.
Il faut enfin une rare faculté d'adaptation pour appliquer dès
la victoire une politique prenant à contre-pied tous ses adversaires
et saisir que, psycho-sociologiquement, on ne peut réussir que par
la séduction.
Bref, la raison constate que Nicolas Sarkozy
était le meilleur professionnel et le plus gros travailleur de l'équipe.
Claude Allègre conclut avec la voix de la raison que " Nicolas
Sarkozy était supérieur à Ségolène Royal dans tous les compartiments
du jeu : l'intelligence personnelle, la compétence, la précision
du programme, le dynamisme. "
Et l'opinion, très majoritaire, a finalement suivi la raison puisque
le nouveau Président possède aujourd'hui un capital confiance considérable
: 70 % des Français approuvent son programme et la composition du
gouvernement.
Et maintenant, que faire ? A travers les vagues, les changements
de vents et d'alliances et quelques premières mesures symboliques,
se dégager le plus possible des passions de droite et de gauche,
et ne rien attendre de décisif ni d'un homme, ni d'une majorité
ou de combinaisons politiques.
Des années de réflexion et une longue année
de campagne électorale nous ont permis de savoir où se trouvent
la vérité économique et la raison politique.
A chacun de nous, à chacune de nos associations de s'y atteler en
portant la parole de la société civile et des entrepreneurs à nos
nouveaux gouvernants.
Les ministres et leurs cabinets doivent être informés, sollicités,
poussés vers les réformes que chacun connaît.
Les parlementaires doivent être conduits à jouer leur rôle de contrôle
et de suggestions.
Dans le régime présidentiel qui est maintenant le nôtre, le cabinet
et l'entourage du président doivent être sans cesse documentés et
alertés par nos associations.
En un mot, les appréciations de toute nature sur ce qu'est ou ce
que n'est pas Nicolas Sarkozy, sur ce qu'il a fait ou fera sont
bien vaines.
C'est maintenant que le travail commence.
C'est à chacun de le faire en étudiant ses dossiers, en proposant
ses réformes et en redonnant la barre à notre capitaine : la raison.
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Editorial avril 2007
Quelques-uns
d'entre vous nous ont reproché de ne pas prendre partie pour l'un
ou plusieurs des douze candidats à l'élection présidentielle.
Ce n'est pas le rôle d'un organisme d'étude et de réflexion,
comme le nôtre, de recommander un vote, ou plusieurs, quelle que
soit l'importance du scrutin.
Pourtant, après avoir lu de très nombreux éditoriaux, articles ou
controverses sur ce sujet dans notre famille politique, il m'a semblé
souhaitable d'intervenir d'abord en donnant la parole à deux
de nos amis et en y ajoutant quelques réflexions personnelles.
D'abord le point de vue d'un homme qui milite depuis plus de vingt
ans pour la réforme de l'Etat et qui a fondé le premier véritable
" think tank " français, l'IFRAP, Bernard
Zimmern :
" Le futur est-il libéral ou conservateur ?
Depuis le retrait d'Alain Madelin de la
vie politique, les défenseurs du libéralisme, généralement qualifiés
immédiatement d'ultra-libéraux par la gauche, se multiplient.
Ils s'empressent de dénoncer les actions de Nicolas Sarkozy ou certains
de ses discours, qui, selon eux, ne sont pas conformes aux canons
du libéralisme :
- son interventionnisme auprès d'Alstom ou d'EADS,
- le droit opposable au logement, etc.
Et les ex-libéraux d'apporter leur soutien qui à Jean-Marie Le Pen,
d'autres de rallier François Bayrou, d'autres enfin de soutenir
Nicolas Sarkozy mais seulement du bout des lèvres.
Pourtant, tous ou presque tous disent s'inspirer du modèle américain
ou des réformes qui ont remis sur les rails de la croissance et
du développement des pays comme le Canada, la Nouvelle-Zélande ou
l'Australie. Mais ce qui a réussi dans
le monde et particulièrement outre-atlantique, ce n'est pas le libéralisme,
c'est le conservatisme, un mélange d'idées prises chez Bastiat,
Hayek, et, plus proche, Friedmann, mais s'appuyant sur un réalisme
et écartant tout dogmatisme.
Comme l'a expliqué un humoriste, la première ambition d'un conservateur
est de conserver. Conserver quoi ?
D'abord soi-même, son existence, sa liberté et son avenir.
Et cela n'a jamais exclu l'intervention de l'Etat lorsque celle-ci
était justifiée.
Mais ne l'autorise certainement pas lorsque l'appel à la régulation
par l'Etat n'est autre qu'une excuse pour certains d'étendre leurs
pouvoirs et leurs privilèges.
Ce qui est remarquable dans le discours de Nicolas Sarkozy, c'est
qu'aucun principe n'est poussé à l'extrême et que toute réflexion
est toujours tempérée par un réalisme tiré de l'expérience.
Ce qui déboussole parfois les puristes.
Notre pays a trop souffert de définir ses politiques avec des concepts
creux inventés par des manipulateurs de la pensée publique, les
35 heures, la redistribution entre riches et pauvres censée justifier
le poids écrasant des charges, alors que s'il y a redistribution,
elle se fait seulement en faveur de quelques classes de privilégiés,
etc.
Il serait temps que nous commencions à ancrer nos décisions sur
la réalité, sur un diagnostic des faits appuyé d'études approfondies
et non sur des chimères ou des dogmes.
Nicolas Sarkozy paraît en avoir fait le
centre de sa stratégie et de sa communication avec les Français.
Et comme c'est la saison pour chacun de dire ses préférences, tout
le travail en profondeur que j'ai mené à l'IFRAP depuis 20 ans avant
d'en abandonner la présidence, me pousse à considérer qu'il est
le seul (avec un autre " petit candidat " intègre mais qui n'a
aucune chance) capable d'être un conservateur et de remettre
notre pays sur ses rails.
Mais voter pour lui ne signifie pas lui donner
un blanc-seing.
S'il est élu et s'il retrouve une majorité au Parlement, le vrai
travail commence. "
Ecoutons encore le point de vue d'un économiste qui est un excellent
observateur de l'économie " concrète ", et notamment des marchés
financiers : Jean-Pierre Chevallier.
" Voter pour Nicolas Sarkozy au 1° comme
au 2° tour est une évidence.
S'il n'est pas élu, la politique économique antilibérale sera la
même que celle qui a été menée depuis 1981.
Depuis cette date, notre croissance est toujours un peu inférieure
à celle des Américains.
Finalement l'écart de richesse est important après cette longue
période de 25 années.
Une rupture s'impose comme le disait Nicolas Sarkozy, mais il
n'ose pas le répéter trop fort car tous les Français sont contre
le libéralisme : la gauche (c'est à dire presque la moitié des électeurs)
et au moins la moitié de la droite, sont viscéralement anti-américaines.
La plupart des Français sont encore dans leur tête au XIX° siècle
: ils croient que le monde serait plus vivable si personne ne travaillait
dans des entreprises polluantes pour gagner de l'argent !
Nicolas Sarkozy louvoie contre l'adversité pour être élu.
Certaines de ses déclarations sont loin
d'être libérales, oui, mais ce sera pire avec tout autre président
! et il n'y en aura qu'un. "
Votez pour de bonnes conditions de travail après juin 2007
Pour ma part je voterai pour un homme correspondant à la conclusion
du texte de Bernard Zimmern qui me paraît la phrase la plus importante
dans tous les messages politiques reçus depuis un an et que je paraphraserai
ainsi :
Voter ne signifie pas donner un blanc-seing. Le vrai travail
commencera avec celui qui sera élu en souhaitant naturellement qu'il
trouve une majorité au Parlement.
La campagne électorale a développé un flot
de propositions dont beaucoup sont irréalistes, démagogiques, symboliques.
Mieux vaut dans ce domaine s'arrêter non pas à ce qui se dit depuis
trois mois, mais à ce qui s'est écrit dans les conventions de l'UMP
et dans les propositions du parti socialiste, l'UDF ayant été discrète
dans ses études programmatiques avant le démarrage de la campagne.
Les propositions du parti socialiste sont énoncées dans un programme
d'ensemble qui a choqué et découragé les experts les plus sympathisants.
Certes, ces propositions ont été nuancées, parfois retirées, parfois
confortées par Ségolène Royal qui a tenu à conserver une assez grande
liberté dans son programme. Même si son indépendance d'esprit peut
la conduire à des mesures plus réalistes et plus efficaces sur le
plan économique, il reste qu'elle s'appuie sur un corps de doctrine,
un ensemble de propositions et surtout une majorité parlementaire
avec laquelle il sera difficile de travailler.
Certains leaders du P.S, les Rocardiens, les partisans de DSK
et de Bockel peuvent être ouverts à quelques propositions libérales.
Mais ils sont très loin d'être majoritaires et c'est avec la majorité
qu'il faudra travailler.
Les propositions de François Bayrou veulent faire naître une troisième
force entre le PS et l'UMP, ce qui peut sembler à beaucoup un idéal,
ou du moins une alternative souhaitable dans la vie politique française.
Comme apparaît souhaitable toute idée de contre-pouvoir à une majorité
trop forte, tentée d'abuser de sa puissance. Toutefois,
pour que ce projet soit crédible il faudrait que François Bayrou
se déclare franchement libéral ou franchement social-démocrate.
Car il faudra bien gouverner soit avec les uns, soit avec les
autres.
La France a absolument besoin de grandes réformes et de réformes
urgentes comme en ont eu besoin et en ont réalisées les Anglais,
les Allemands, l'Europe du nord, le Canada, l'Australie etc...
Il faut pour cela être précis et préparer clairement ses alliances.
F. Bayrou envisage t'il de travailler avec une majorité partisan
des 35 heures, de la retraite à 60 ans, des régimes spéciaux, du
retour à l'interdiction des licenciements ?
Les électeurs du centre droit peuvent-ils y retrouver leurs petits
?
Les propositions de l'UMP ont été préparées
avec beaucoup de détails et de précisions dans des conventions conçues,
organisées et suivies par Nicolas Sarkozy et l'équipe qu'il a formée
autour de lui depuis dix-huit mois.
Les conclusions de ces conventions satisfont à 80
% les positions économiques et sociales défendues par les libéraux.
Sur le plan des valeurs de civilisation, de société, d'éducation,
nous nous reconnaissons aussi pour l'essentiel dans les thèses de
ces conventions.
Certes, dans nombre de discours électoraux, il s'est écarté de la
ligne définie par cet ensemble de conventions. Pourquoi ? Parce
que c'est un homme politique qui n'a pas envie de perdre des voix
en défendant un libéralisme doctrinal, facile à proclamer lorsque
l'on est loin des manettes de l'action gouvernementale.
Pour faire 30 % au premier tour et 54 au second, il faut bien
évidemment quitter tout point de vue idéologique et se couler dans
une sociologie électorale mouvante.
A cet égard, il est parfois irritant d'entendre en permanence
les reproches énoncés par les libéraux autoproclamés " de stricte
obédience " contre les politiques toujours accusés de trahir la
pensée libérale au profit de l'électoralisme.
Il y a à notre sens un temps pour l'éducation et la pédagogie économique
et politique - c'est le temps de la longue durée - et un temps pour
la campagne électorale - un an pour la préparer et trois mois pour
la gagner.
On ne peut pas demander à un candidat à l'élection présidentielle
de faire l'éducation politique de la population en trois mois. 33
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Editorial
Mars 2007
Nous l'avons dit et nous le répétons depuis neuf mois : l'élection
présidentielle de 2007 se jouera totalement à droite avec le retour
des valeurs malmenées depuis 1970 et la recherche de nouvelles normes
pour une vie sociale compromise par les excès de l'individualisme
et du relativisme qui l'accompagnent.
Les derniers sondages qui évaluent les chances des candidats à la
présidentielle confirment encore ce point de vue. Nicolas Sarkozy
(26/28 %) et François Bayrou (22/24 %) représentent ensemble plus
de 50 % des intentions de vote. Jean-Marie Le Pen est stabilisé autour
de 14 %. Les petits candidats de droite font ensemble 1,5 %.
La droite est ainsi à 66 %, les deux tiers de l'électorat, du rarement
vu pour une élection nationale.
Une partie importante de la presse et, plus
encore, de l'édition, reflète bien cette évolution de l'opinion.
Le mensuel " Enjeux Les Echos " titrait un numéro spécial le mois
dernier : " Tous réacs ? Ordre, travail, patrie... les valeurs traditionnelles
reviennent en force. " L'historien Jean Sévilla publie le même mois
l'ouvrage " Moralement correct " avec, en sous-titre, " Recherche
valeurs désespérément ".
On notera que dans les trente dernières années, les grands succès
intellectuels - et les grands tirages - ont concerné des auteurs remettant
en cause radicalement beaucoup d'idées reçues du siècle dernier :
François Furet et Mona Ozouf ont entièrement réinterprété la Révolution
française, séisme dont la France ne s'est remise qu'au prix de 130
années de secousses permanentes.
Pascal Bruckner, dans " Les sanglots de l'homme blanc ", s'est attaqué
au tiers-mondisme et à la repentance :
Aider les autres c'est déjà savoir qu'on a beaucoup à leur apporter
plutôt qu'à se dénigrer.
Le " Livre noir du communisme " a révélé le désastre politique et
moral d'une idéologie qui a fait 100 millions de morts. Les grands
moralistes de l'époque sont Alain Finkielkraut, Jean-Claude Guillebault,
Philippe Muray, Evelyne Sullerot, Michel Schneider, Pierre Manent,
Marcel Gauchet, Pierre-André Taguieff, Raymond Boudon.
En économie une évolution identique s'est
produite. Marx et l'économie planifiée ont littéralement disparu du
paysage.
Schumpeter l'école autrichienne et tous les Nobel d'économie les
ont remplacés.
Il en va de même en histoire et dans l'ensemble des sciences sociales.
Les grandes revues intellectuelles reconnues sont " Commentaire ",
" Le Débat ", " Le meilleur des mondes ".
C'est pourquoi, plus que jamais, nous pensons
que celui ou celle qui aura le plus de chances de l'emporter sera
: le candidat d'une droite décomplexée qui affirmera haut et fort
les valeurs traditionnelles du conservatisme en y associant les valeurs
modernes du libéralisme social et politique, autant que du libéralisme
économique.
le candidat d'une gauche qui n'aurait pas peur d'abandonner la phraséologie
du socialisme français traditionnel et qui n'hésiterait pas à montrer
sa modernité en reconnaissant le réel... et quelques erreurs, notamment
en matière de partage du temps de travail, d'âge de la retraite, de
refus de l'évaluation et du contrôle des politiques sociales et des
politiques culturelles.
Un grand pays démocrate a besoin d'une vraie
gauche et d'une vraie droite, d'une gauche démocratique reconnaissant
l'efficacité du marché, d'une droite démocratique ouverte aux évolutions
sociales. 32 |
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Editorial
Février 2007
Deux
mois avant les élections présidentielles, on aimerait qu'un débat
de fond soit clairement engagé autour de quelques orientations essentielles
qui conditionnent l'avenir.
Et ces orientations doivent s'accompagner impérativement d'un refus
ferme et définitif du déficit budgétaire.
Pas de nouveau programme sans que l'on trouve, en face, les moyens
de revenir à l'équilibre des finances publiques. Pourquoi ?
Tout simplement parce que payer des intérêts sur les dépenses de
fonctionnement est inadmissible.
Le simple règlement annuel des intérêts de la dette publique dépasse
aujourd'hui 40 milliards d'euros, autant que le budget de la défense
nationale.
Dans un pays où l'on trouve encore un pourcentage trop élevé de
ménages qui ont du mal à boucler leur fin de mois, comment accepter
que l'on dépense au sens littéral du terme,
pour rien, 40 milliards par an, soit le salaire moyen de 2 millions
de Français.
Aujourd'hui, parmi nos candidats à la présidentielle, qui affirme
cette priorité ?
Il ne s'agit pas, comme on le voit quotidiennement dans la presse,
de chiffrer tel ou tel promesse de tel ou tel candidat, pour telle
ou telle catégorie sociale.
La plupart de ces promesses sont possibles à réaliser mais à
une condition, et une seule : que l'on indique en face les moyens
de diminuer parallèlement - et davantage - les dépenses publiques
et, par conséquent, la dette.
Hélas, dans ce domaine, contrairement au Beaujolais nouveau, les
programmes nouveaux ne sont pas encore arrivés. Après 30 ans d'alternance
entre une Droite gaullo-chiraco-constructiviste-étatiste, et une
Gauche socialiste-archaïque, la majorité
des Français souhaite vraiment la rupture.
- La Droite qui avait plébiscité
la candidature de Nicolas Sarkozy lorsqu'elle était marquée sous
le sceau de la rupture - de mai à septembre 2006 - s'inquiète plus
qu'on ne le croit d'un discours plus modéré qui doit sans doute
beaucoup à la nécessité de rallier un camp chiraquien et gouvernemental
qu'il faut bien regrouper.
- La Gauche, elle, est clairement
divisée en deux camps : celui des révolutionnaires et celui des
réformistes socio-démocrates.
Les révolutionnaires souhaitent une autre société, une alternative
à l'économie de marché, au capitalisme, à la démocratie libérale.
Leur division et leur absence complète de solutions crédibles entraînent
leur marginalisation : 10 % des intentions de vote pour 5 candidats.
Difficile de produire aujourd'hui un nouveau " Manifeste du Parti
communiste ". La Gauche réformiste semble totalement incapable aujourd'hui
d'accoucher une doctrine tout au moins " un corpus " analogue à
celui du parti social démocrate allemand après Bad-Godesberg ou
à celui du New Labour en Grande Bretagne. Plus
d'aides diverses et variées pour plus
de catégories sociales, pour plus
de secteurs économiques ne font pas
une politique.
Les socialistes ne semblent pas avoir compris que le " peuple de
Gauche " ne souhaite ni la généralisation des 35 heures, ni le maintien
des privilèges des fonctionnaires et l'extension de la fonction
publique, ni la renationalisation d'EDF et de divers services publics.
L'Institut de l'Entreprise réalise des efforts bien inutiles
en tentant de chiffrer les promesses de nos candidats : 35, 50,
70 milliards ?
Ces chiffres sont d'autant plus " vains " que l'imprécision domine
dans des promesses où le vague se dispute
avec l'incertain.
La seule chose qu'il faudrait chiffrer ce sont les dépenses que
l'on peut économiser parce qu'elles sont strictement inutiles.
Un rapport confidentiel de l'administration en juillet 1999 en chiffrait
le total à quelques 15 milliards d'euros par an.
Que serait-ce si ce rapport avait été fait par des auditeurs d'entreprises
autrement rigoureux !
Oui, les marges de manœuvres existent,
mais il faut d'abord chiffrer l'économie réalisable avant de chiffrer
la dépense. 31
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Editorial
Janvier 2007
Au seuil de cette année électorale, il est important de se poser
la question des valeurs et des idées qui vont dominer notre société
dans les prochaines années ?
Et comment ces valeurs et ces idées ont évolué dans les cinquante
dernières années ?
Il nous semble que trois grandes périodes se sont dessinées depuis
la fin de la seconde guerre mondiale.
De 1945 à 1965, la France comme toute l'Europe
a été dominée par la valeur travail - il fallait reconstruire
- et par les valeurs sociales : il fallait que chacun soit solidaire
dans cette reconstruction. Expansion économique, démocratie et syndicalisme
se sont épaulées mutuellement.
De 1965 à 1980 une vague hédoniste s'est
répandue aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord.
Portée d'abord par le mouvement étudiant, elle s'est rapidement
diffusée dans les tranches d'âge de 40/50 ans.
Ses aspects positifs ont sans doute été à l'origine d'un retour
ou d'une redécouverte de l'individualisme libéral. Ses aspects
négatifs, et notamment une remise en cause trop radicale de toutes
les formes d'autorité, ont conduit à un retour du conservatisme.
Les années 1980/2000, ont été marquées
par les présidences Reagan, Thatcher, et Kohl.
Crise pétrolière et concurrence internationale se sont associées
pour imposer vingt années de conservatisme et de retour des valeurs
de responsabilité.
C'est durant ces vingt années qu'a eu lieu le grand retour de
l'économie de marché, la fin du constructivisme et ce qu'Elie
Cohen a désigné par le terme de " Capitalisme financier de marché
".
La France seule s'est écartée de cette tendance, en raison sans
doute de la très faible pédagogie politique qui a marqué les années
Chirac.
Les années 2005/2010 devraient être dominées
en France par " un conservatisme ouvert ".
Conservatisme parce que les valeurs du travail, de la famille, de
la responsabilité individuelle, de l'éducation, de la sécurité reviennent
au premier plan des préoccupations des Français.
Ouverture parce qu'on ne reviendra pas sur un certain nombre
d'acquis des décades précédentes :
- une forte revendication d'indépendance et de liberté garantie
par la judiciarisation de la vie sociale,
- des relations amoureuses et familiales très diversifiées,
- une volonté de conduire sa vie professionnelle de façon plus indépendante.
Ce conservatisme ouvert pourrait favoriser une gauche intelligente
qui comprendrait que l'avenir de notre société est plus proche des
convictions de Tony Blair ou de Bill Clinton que de Lionel Jospin.
Il favorisera tout autant la stratégie de Nicolas Sarkozy si
elle est marquée par une politique clairement favorable à une rénovation
de l'école, à une volonté de rendre l'université efficace et utile,
au retour de la valeur travail, à la responsabilité personnelle
et familiale, à la promotion de l'initiative et de l'entreprise.
La réforme de l'Etat devrait s'appuyer,
à gauche comme à droite, sur la liberté personnelle, la lutte contre
la bureaucratie, l'efficacité de l'administration et la valorisation
des fonctionnaires.
Celle-ci sera fondée sur leur utilité et leur productivité et
non sur la stabilité de l'emploi.
C'est ce qui a été fait en Suisse, en Suède, au Royaume-Uni, au
Canada, en fait presque partout dans les dernières années.
A notre sens, un homme fort intelligent comme Dominique Strauss-Kahn
est passé tout à fait à côté de cette évolution des valeurs sociales.
Ségolène Royal a eu quelques accents qui
permettent de penser qu'elle perçoit cette évolution.
Notamment parce qu'elle centre souvent son discours sur la famille,
l'école, le travail et la sécurité.
Est-elle capable d'abord d'évoluer de façon plus complète, ensuite
d'imposer cette évolution à son parti ?
Nicolas Sarkozy nous semble avoir bien
perçu l'ensemble des phénomènes sociaux récents.
Certains libéraux ont tort de trop s'attacher à son discours économique
qui ne peut pas être aujourd'hui très libéral.
Par contre, le projet législatif issu de la quinzaine de conventions
de l'UMP montre une forte sensibilité à ces valeurs du conservatisme
ouvert.
Les valeurs de société nous semblent beaucoup plus importantes dans
le débat électoral qui va s'ouvrir.
En tout état de cause, le débat politique de cette année 2007 sera
centré sur les valeurs de la droite et du centre :
5 candidats font aujourd'hui autour de 60 % dans les intentions
de vote : J-M. Le Pen, P. de Villiers, N. Sarkozy, J-F. Bayrou,
C. Lepage. 30
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2007
- Une année pleine d'espérance et pleine d'actions
Au seuil d'une nouvelle année les vœux sont toujours d'espérance
mais l'espérance n'existe que par l'action qui l'accompagne.
" Il
n'y a pas de bon vent pour celui qui ne sait où il va " dit un proverbe
universel.
De même il n'y a pas d'espérance sans actions pour la faire advenir.
Cessons de nous plaindre du passé, du déclin, des politiques qui
nous ont gouvernés hier.
Mais travaillons avec les " nouveaux politiques " en leur soumettant
des propositions et des projets précis pour demain.
Face au déferlement démagogique qui va
envahir les médias durant quatre mois, proposons des solutions réalistes.
Le prochain gouvernement, confronté aux réalités économiques et
financières, sera heureux de les trouver " prêtes à l'emploi ".
C'est à cette espérance active que va s'employer
la petite équipe d'Héritage&Progrès en 2007 en agissant dans deux
grands domaines :
1 - Le logement et particulièrement les quest | |