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La crise financière et les nouvelles régulations financières nécessaires à une reprise durable en 2011

30 Juin 2009

Hôtel Mercure

75014 Paris

Réservation obligatoire


Spécial réformes


Où en sommes nous?

Mars 2009

 

 

Quelques mots du Président :

Une démocratie vivante, des libertés politiques réelles, la défense de l'entreprise privée, l'enrichissement des citoyens et des entreprises par la réduction de la dépense publique, c'est le but du laboratoire d'idées
Héritage
&Progrès,
"Think tank" et organisme de lobbying de la société française.

 

 

La Société Civile veut être mieux entendue du pouvoir politique.
Celui-ci doit être son serviteur et avoir pour seul souci d'améliorer la vie individuelle et collective de ses citoyens. Constater les dysfonctionnements, proposer des solutions, tout en faisant fructifier 25 siècles de civilisation,
c'est aussi le but d'Héritage&Progrès

 


Editorial Mai 2009

Les USA, la France et la crise


Au moment où l'électorat est invité à se prononcer sur la politique européenne, le scepticisme et l'abstention semblent recueillir la majorité des suffrages. Pourquoi ?
Sans doute parce que les électeurs sont bien conscients qu'on ne leur propose aucune politique sérieuse pour l'Europe et que ces élections ne comportent aucun enjeu.
Les Etats-Unis dominent et nous inquiètent. Le PIB américain est rappelons-le du même ordre que le PIB européen. Mais alors que celui-ci se répartit sur 27 Etats et 500 millions d'habitants, l'Amérique et ses 300 millions d'habitants présente une grande unité.
Le symbole d'ouverture au monde que représente le vote Obama n'empêche pas ce grand pays de nous inquiéter :

- La position financière des Etats-Unis s'est considérablement aggravée en un an. Certes la dette américaine est très forte depuis maintenant trente ans mais elle était jusqu'à présent assez largement compensée par les avoirs américains à l'étranger et les investissements étrangers aux Etats-Unis.
La position nette - avoir moins dette - a été la plupart du temps soit positive, soit légèrement déficitaire, entre 1970 et aujourd'hui. Mais en 2007, cette position est devenue négative à moins 13 % et en 2008 à moins 37 %.
La capacité chinoise à s'imposer dans la politique économique américaine devient considérablement plus forte. Lorsqu'on pense à la Corée du Nord et à l'Iran sur le plan du risque atomique, ou à l'Afrique sur le plan des matières premières, on ne peut que s'inquiéter de cette situation.

- Le budget militaire américain pour 2009 est reconduit par le gouvernement Obama au même niveau qu'en 2008. Il représente à lui seul l'équivalent du budget militaire du monde entier.
Les Etats-Unis n'ont plus les moyens de le supporter avec un déficit budgétaire qui va dépasser 10 % du PIB.
Le Président Obama et la nouvelle administration démocrate semblent avoir peu de moyens pour peser sur le complexe militaro-industriel américain.

- La puissance militaire américaine semble mal adaptée aux risques de conflits actuels.
Une puissante CIA comptant plusieurs dizaines de milliers de personnes arabisants, sinologues, turkmènes, russophones bilingues paraît plus important qu'un huitième porte-avions.

- Le retrait des Etats-Unis d'Irak n'est pas garanti (Obama a déjà annoncé qu'une forte présence de conseillers civils et militaires serait maintenue) tandis que la présence militaire est renforcée en Afghanistan où la guerre ne peut être gagnée.
L'Afghanistan, Etat artificiel né à la fin du 18ème siècle, et refondé par la Grande-Bretagne en 1879, est un pays " fictif " dont les grandes tribus se rattachent tantôt à l'Iran, tantôt au Pakistan, tantôt à l'Ouzbékistan, tantôt au Turkménistan, tantôt même à la zone Ouigour de la Chine. Imposer l'unité à ce pays est quasiment impossible. Lui imposer la démocratie est une absurdité.

- La relance économique massive voulue par le Président Obama, comme le soutien aux banques et à la sphère financière, n'ont de sens que s'ils permettent d'améliorer la capacité de concurrence du pays, la défense de son industrie et donc l'augmentation de sa productivité.
Or, les dépenses de la nouvelle administration semblent être axées sur le sociale et notamment la santé, sur l'augmentation du SMIC et sur la croissance verte. Dans le même temps, les Etats-Unis ne semblent pas remettre en cause la protection douanière vis-à-vis de l'Asie.
Cet ensemble de mesures est évidemment contradictoire.

- Enfin la réforme de la sphère financière américaine est une condition nécessaire à une reprise durable.
Et là encore, la nouvelle administration semble relativement dubitative.
On ne sent pas de doctrine Obama, ni de doctrine démocrate dans un domaine où le " big business " et les grandes banques naviguent toujours à vue mais semblent préférer cette situation à une esquisse de planification redoutée plus que tout.
Déjà, les grandes banques américaines reconstituent leurs fonds propres à des couts très élevés pour se libérer de la tutelle de l'Etat… et repartir avant que des réformes sérieuses ne soient mises en place.

Le prochain gouvernement français devra affronter la vraie crise, celle de 2010.
L'année 2009 va connaître une vraie récession avec une diminution du PIB d'environ 3 %.
Tous les experts scrutent l'horizon en annonçant d'ores et déjà que 2010 sera l'année de la reprise, sans doute faible au premier semestre, mais consolidée au second.
Nous pensons l'inverse.
Sans avoir les méthodes de calcul et les grilles comptables de l'INSEE, ou d'autres organismes de prévisions, examinons quelques données sûres :
- La crise de 2008/2009, déjà forte, a pourtant été très amortie par plusieurs facteurs :
les retraités ont vu leurs retraites stabilisées ;
les fonctionnaires ont vu leurs salaires augmenter mécaniquement d'environ 3 % ;
les salariés mis au chômage (650 à 700 000 sur l'année) perdront peu de revenus avant 2010 parce que les plans sociaux sont lents à se mettre en place, que les ASSEDIC payent immédiatement les salaires en cas de faillite et que les indemnités chômage sont élevées et quasiment non plafonnées sur les six premiers mois.
Tout cela a empêché la crise de se faire trop sentir.
La meilleure preuve en est l'augmentation de la consommation des ménages qui continue sur les cinq premiers mois de l'année.
Par contre, en 2010, du moins pour les salariés du privé, le choc sera nécessairement important et d'autant plus que fonction publique et retraités ne devraient guère souffrir.

- Le déficit public était de 2,7 % du PIB en 2007. Il passe à 3,4 en 2008 et autour de 6 % en 2009.
Il semble exclu qu'il augmente encore nettement en 2010. Ce n'est donc pas lui qui viendra au secours des ménages.

-Le commerce international
va chuter d'environ 10 % en 2009 et nos exportations d'autant.
L'investissement des sociétés ralentit fortement de même que l'excédent brut d'exploitation.
Il est bien évident que la masse salariale diminuera à peu près dans les mêmes proportions.

- Enfin, les banques sont quasiment condamnées à remonter le niveau de leurs fonds propres et leurs crédits seront donc plus sélectifs.


Dans le délicat jeu à trois qui se pratique entre Etats nationaux, Europe et Etats-Unis, il ne faudra plus compter en 2010 sur les Etats-Unis pour tirer l'Europe, sur l'Allemagne et l'Angleterre pour tirer la communauté.
La France ne pourra compter que sur elle-même pour faire face en 2010 à une situation économique dégradée et donc à une crise sociale. Celle-ci n'a été évitée jusqu'à présent que parce que les syndicats français ne représentent plus que la fonction publique. Mais c'est un grave danger. Lorsque les syndicats n'organisent pas le mécontentement salarial et lorsque les partis de gauche ne présentent pas de solution au mécontentement de la population, c'est la rue et la banlieue qui risquent de les remplacer. 55



Editorial Avril 2009

Le bruit et l'agitation contre l'action.


Le bruit nous envahit, il étouffe la parole, il faut crier pour se faire entendre.
Est-il encore possible de réfléchir ?
On marche accompagné de son MP3 ou de son walkman, le téléphone portable sonne sans arrêt, la musique est omniprésente dans les magasins. Le bruit rend sourd.
Pascal disait que tout le malheur de l'homme venait de ce qu'il n'était pas capable de rester une journée entière seul dans une chambre. Que dirait-il aujourd'hui ?
La radio ouverte en permanence, la télévision allumée quatre heures par jour, Internet signalant les messages au fur et à mesure qu'ils apparaissent.
Les médias sont devenus si nombreux et si rapides qu'ils développent en moins de quarante-huit heures des informations au sens littéral du terme, fausses car jetées avant d'exister.
Dans les quarante-huit heures qui ont suivi le sommet du G20 à Londres, la fin de la crise semblait pouvoir être datée : dans six mois. L'après-midi les signes d'une reprise apparaissaient. En fin de journée la Bourse montait. Le matin suivant, la reprise était là. En fin de journée elle reculait. Le soir la crise repartait pour un an.
Le bruit étouffe toute réflexion. Il faudrait avoir le courage de ne plus lire de quotidiens, de parcourir les hebdomadaires et de ne lire que des revues.
C'est encore possible pour l'honnête homme. C'est hélas totalement exclu pour l'homme politique.
Il baigne dans le bruit et ne peut s'en abstraire. Cela veut dire qu'il n'entend plus.
Les politiques sont entrés dans cette société du bruit parfaitement décrite par Philippe Murray dans un recueil de nouvelles, critique du monde contemporain, qu'il baptise celui " des roues carrées ".
L'agitation, plus encore que le bruit, est significative de cette société des roues carrées.
Il ne fallait pas être Prix Nobel d'économie pour prévoir dès juin 2008 que 2009 serait une année à - 3 ou - 4 %.
Il fallait y préparer immédiatement l'opinion et, en même temps, travailler à des solutions fondées sur une récession clairement affirmée :
- des fermetures d'entreprises,
- une baisse des emplois d'au moins 500 000 personnes,
- une baisse globale des revenus, des déficits corrélatifs du budget et de la Sécurité Sociale,
- un endettement parallèle de même niveau.
Bref, agir dans la vérité. Or c'est l'agitation qui supplée à cette stratégie.
On affichait des prévisions de PIB à + 1 % en juin 2008, + 0,5 en octobre, 0 en janvier, - 1,5 aujourd'hui.
Combien de mois faut-il encore attendre pour moins 2 ou moins 3 ? C'est naviguer avec des roues carrées que de prévoir moins 1 % si le bâtiment est à moins 20, l'automobile à moins 15, le commerce international à - 10 et la consommation d'acier à - 40.
Même si tous les autres secteurs étaient stables ou en léger progrès, on n'en serait pas moins à - 3 %.
S'agiter, se déplacer, recevoir à Paris chaque comité d'entreprise touché, déclarer à chaque occasion que l'on va suivre personnellement les sous-traitants de l'automobile, les constructeurs, les pêcheurs, les éleveurs, les transporteurs... c'est peut-être politiquement indispensable mais cela ne devrait pas dépasser le niveau des parlementaires, des préfets, peut-être des secrétaires d'Etat, tandis que les ministres, le premier d'entre eux et le Président devraient se consacrer à l'essentiel.
La vaine agitation conduit les salariés à penser, une fois de plus, que les politiques ne servent à rien.
C'est aussi l'agitation qui devient, pour eux, la seule façon d'agir : saccager une préfecture, retenir les dirigeants, occuper les entreprises.
L'essentiel, c'est de travailler à des formules précises et chiffrées d'innovations sur le chômage technique et le chômage partiel.
L'essentiel, c'est de travailler à une nouvelle répartition des budgets permettant d'économiser sur les dépenses de l'Etat et des collectivités locales pour maintenir la consommation des salariés du privé.
L'essentiel, ce sont les solutions pratiques à prendre tout de suite pour éviter de passer le déficit de la Sécurité Sociale de 10 à 20 milliards d'euros.
L'essentiel, c'est de réduire la folie de la dépense publique et d'imposer aux collectivités locales des budgets à - 3 % c'est-à-dire adaptés à la crise alors qu'elles affichent pour 2009 des prévisions de fiscalité moyennes de + 5 %.

Dans le bruit on n'entend plus, dans l'agitation on n'agit plus, dans l'émotion on ne raisonne plus.

Au moment où l'on soigne une formidable crise de la dette et du crédit excessif par de nouveaux crédits - cette fois publics - et de nouvelles dettes - encore publiques - y a-t-il une vrai réflexion permettant d'éviter une rechute de la crise financière mondiale ?
Plus qu'une rechute, il faut craindre en 2010/2011 une seconde crise mondiale née des invraisemblables mesures prises aujourd'hui pour sauver un système que nul ne semble avoir le courage de réformer. 54


Editorial Mars 2009


Face à la crise, une seule réponse, investir. Oui, mais où?

La France entre en récession lourde pour deux ans.
Une question bien inutile est fréquemment posée par les milieux gouvernementaux : faut-il tenir un discours optimiste ou pessimiste, les Français sont-ils mûrs pour accepter la vérité ?
La vérité est que la récession se situera en 2009 entre moins 3 et moins 5 % parce que la mesure du PIB par la comptabilité nationale a de moins en moins à voir avec la réalité :
- moins 10 %, c'est la tendance d'évolution du commerce international ;
- moins 15 %, c'est la chute de la production industrielle entre fin 2007 et aujourd'hui en France ;
- moins 20 %, c'est la chute des mises en chantier de logements sur les douze derniers mois en France ;
- moins 8 %, c'est la baisse des immatriculations de voitures neuves en Europe mais, en janvier 2009, la chute a été de 27 % ;
- moins 19 %, c'est la chute de la production de voitures particulières en France en 2009. Par contre, la production de poids lourds est restée stable ;
- moins 12 % c'est l'évolution prévue pour le trafic aérien en France. Le tourisme évoluera partiellement ;
- moins 15 milliards d'euros, c'est le déficit du commerce extérieur français en 2008 avec un taux de couverture des importations qui passe de 93 % en 2006 à 88 % en 2008 ;
- plus 500 000, c'est le nombre de chômeurs supplémentaires entre septembre 2008 et mars 2009 inclus.

En face de toutes ces données, le gouvernement affiche une prévision d'évolution du PIB de l'ordre de moins 1,5 %. Est-ce réaliste ? Certainement pas.
Notons d'abord que le calcul du PIB représente fort mal la réalité.
Un seul exemple : la production intérieure brute de l'ensemble de la fonction publique varie selon l'importance des salaires et des charges réglés sur l'année.
Si l'évolution d'ensemble des salaires des fonctionnaires est de l'ordre de 3,5 % (1,5 % de hausse des prix et 2 % de glissement vieillesse-technicité-primes), le PIB de la fonction publique augmentera de 3,5 %.
Par contre, dans l'industrie et les services c'est la production effective de chaque secteur qui est prise en compte : nombre de voitures produites ou volume des prêts accordés par les banques.
La réalité de l'évolution économique pour 75 % des Français en 2009 sera proche de moins 5 %.
Les riches s'en tireront toujours. Les fonctionnaires augmenteront correctement leur niveau de vie.
Les plus pauvres seront sans doute un peu plus aidés par le Gouvernement.
Les classes moyennes et moyennes inférieures souffriront beaucoup plus. Les retraités aussi.
Que faire ? Le Gouvernement a choisi : INVESTIR.
Mais ce choix n'en est pas un car la vraie question est INVESTIR OU ?

Investir oui, mais pour l'emploi, pour la productivité, pour l'exportation.
Il est étonnant qu'après les déclarations du Gouvernement sur la relance par l'investissement, et après la publication par le Premier ministre d'une liste de 1 000 projets prioritaires à lancer immédiatement, les journalistes aient été si peu nombreux à analyser le choix de ces projets.
La liste des 1 000 a été publiée lors d'un conseil interministériel sur l'aménagement du territoire.
Elle était largement inspirée d'une part des contrats de plan Etat/régions, d'autre part des projets des grandes entreprises et services publics en attente de financement.
De ce fait, les mille projets avaient le caractère d'un catalogue à la Prévert : détournement ferroviaire d'une métropole régionale, restauration d'une cathédrale, contournement routier d'une grande ville, achèvement d'un musée d'art moderne, développement du canal Seine-nord, construction d'une cité universitaire, apport à un Partenariat Public Privé hospitalier, etc.
Certains de ces projets sont reconnus par le monde économique comme des éléphants blancs : la liaison transalpine Lyon/Turin, le canal Seine-Nord Europe, le TGV Rhin-Rhône avec ses trois branches dont chacun sait que la rentabilité voyageurs est nulle alors que l'utilité pour le fret est évidente, mais n'a guère besoin de 320 km/H.
Sur les 26 milliards du plan de relance, les grands projets ferroviaires, les collectivités territoriales, les grands services publics se taillent la part du lion. Comme le soutien bancaire et le soutien à l'industrie automobile et à ses sous-traitants. C'est ce que l'État sait bien faire.
Mais il faudrait plutôt qu'il réserve la plus grande partie de ces 26 milliards à développer des entreprises ou des services permettant immédiatement :
- de développer les exportations ;
- de développer la productivité d'industries viables et d'avenir ;
- de développer l'emploi immédiatement ;
- enfin, de soulager immédiatement la pénibilité et la fatigue des Français.
Impossible de détailler ici les critères permettant de déceler les entreprises correspondantes aux trois premières priorités.
Mais pour la quatrième, une évidence devrait s'imposer aux pouvoirs publics : la modernisation du réseau ferroviaire et routier de l'Île-de-France.
C'est un scandale permanent que de voir les millions de voyageurs prisonniers d'un réseau ferroviaire périmé et saturé, d'un réseau RER totalement sous-dimensionné, d'un réseau routier de banlieues en déshérence parce qu'une idéologie anti-automobiles refuse d'investir dans de nouvelles liaisons autoroutières ou quatre voies alors que Pékin en est à la construction de son septième périphérique.
La modernisation des transports de la région Île-de-France devrait être un impératif catégorique.
Elle éviterait le stress, la fatigue, l'angoisse des retards au travail et permettrait tout simplement une meilleure productivité des travailleurs qui assurent plus de 20 % du PIB français.
Plutôt que de satisfaire les maires de quelques grandes métropoles, c'est aux Franciliens moyens qu'il faut penser. 53



Editorial Février 2009


La grève, le pouvoir, la crise et les petits oiseaux.


Pourquoi la grève ?
La France est un étrange pays où les passions collectives s'expriment avec vigueur mais sans aucune logique.
La crise nous affecte tous. Faisons donc grève et l'Etat résoudra tous nos problèmes.
La grève, c'est la grande " geste " du peuple rassemblé pour demander au pouvoir de prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire le chômage, augmenter les salaires, diminuer les taxes, renforcer les services publics et garantir les acquis sociaux.
La grève réussie, c'est l'unité syndicale réalisée pour une seule grande et belle journée, les présidents des huit principales centrales alignés côte à côte, leurs bras droits au second rang, l'opposition politique au troisième.
La grève efficace, c'est une réunion générale autour d'une immense table de cinquante couverts, trois par syndicat, trois par puissance politique - le Premier ministre et les cinq principaux ministres intéressés - et six pour le Président de la République. Le Pouvoir, c'est l'image de la puissance. Les syndicats estiment qu'il peut tout faire, augmenter les salaires, réduire le chômage, diminuer les taxes...
La population n'y croit guère mais reprend espoir à chaque présidentielle d'autant plus que des gestes spectaculaires lui font penser qu'après tout on peut toujours trouver à tout instant dans les armoires normandes de la République 100 millions pour la pêche, 1 milliard pour les éleveurs de cochons, 5 milliards pour l'automobile, 10 milliards pour les banques, 30 milliards pour la relance et 100 milliards pour l'ensemble du déficit public prévu l'an prochain.

Le pouvoir peut très peu. Dans un monde économiquement et financièrement unifié, la crise se répand comme une épidémie contre laquelle aucune barrière sanitaire n'est possible.
L'Europe est loin d'être assez forte et assez unifiée pour aider globalement ses membres. Mais elle est déjà devenue trop fédérale pour laisser à chacun sa liberté d'action.
L'Europe est devenue une entrave sans être un soutien.
Deux exemples l'illustrent :
1 - La France décide une forme spécifique d'aide à Peugeot et Citroën. Pourquoi pas à Toyota qui fabrique sur notre territoire autant de voitures ?
Pourquoi les Japonais ne fermeraient-ils pas leurs usines en France pour sanctionner cette grave entrave à la concurrence ?
Pourquoi protéger l'automobile plutôt que d'autres secteurs industriels ? Parce que la voiture est un produit coûteux ? Certes, mais d'autres le sont : l'informatique de haut niveau, les équipements industriels...
Enfin, peut-on décider de soutenir deux de nos grandes entreprises sans penser aux conséquences sur la concurrence européenne et les nouveaux entrants de l'Europe centrale ?
2 - La France décide de prêter des sommes considérables à ses banques pour renforcer leurs fonds propres. La définition de ceux-ci n'est pas la même en France et dans les grands pays européens.
Bruxelles n'a pas pris les mesures nécessaires pour harmoniser la définition de ces fonds propres.
Elle est différente aux Etats-Unis et en Europe. Par rapport aux banques américaines, les fonds propres des banques françaises sont inférieurs de plus de 50 %.
Ce qui est particulièrement grave lorsque les banques ont peur de se prêter entre elles.
Les entreprises peuvent augmenter les salaires, pas le Pouvoir.
Les entreprises peuvent développer les exportations, pas le Pouvoir.
Les entreprises et les particuliers peuvent payer des impôts pour alimenter la machine, pas le Pouvoir.
Celui-ci ne peut guère qu'emprunter grâce à la garantie que lui donnent 60 millions de Français.
Sa seule capacité est de bien répartir les 30 ou 40 milliards supplémentaires qu'il empruntera cette année.
Et la querelle sur la relance par l'investissement ou la consommation est sans intérêt.
L'investissement concerne principalement de grands travaux d'infrastructures et le secteur du BTP.
Ce sont donc essentiellement des salaires versés chaque mois et donc de la consommation.
De plus, la part des produits importés est analogue dans les biens d'équipement et dans les biens de consommation.
La seule discussion intéressante sur ce sujet devrait porter sur le soutien aux industries exportatrices.
Ce sont elles qu'il faut privilégier au maximum pour ne pas ajouter au déficit public, le déficit du commerce extérieur.

L'étendue du désastre financier n'est pas encore connue.
L'étendue des fausses valeurs détenues par les banques et les sociétés financières n'est sans doute encore connue qu'à 50 %.
Un bilan peut faire l'objet d'une très mauvaise évaluation - nous préférons cet euphémisme au terme de trucage - un an. Deux ans cela devient difficile, trois ans c'est impossible.
Où en sommes-nous aujourd'hui ? L'alerte a été donnée en juin 2007. La période allant de l'été 2007 à la fin de l'été 2008 est celle de " la drôle de crise " un peu analogue à la drôle de guerre entre septembre 1939 et mai 1940.
Le départ de la grande crise a été la vente par Merrill Lynch d'un portefeuille de 30,6 milliards de dollars de CDO (Collateralized debt obligations) pour une valeur de 6,7 milliards.
Le calcul était vite fait. Si l'on multipliait la valeur totale des CDO existants sur le marché mondial par un coefficient de perte analogue, tout le système bancaire américain faisait faillite.
C'est ce qu'on a senti deux mois plus tard avec la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.
Nous en sommes donc aujourd'hui à un an et demi de la drôle de cette drôle de crise mais à la première année des " bilans contestables ".
Attendons-nous à ce qu'ils soient encore contestés tout au long de l'année 2009.
On ne verra vraiment parfaitement clair dans le système financier mondial qu'en mars 2010.
D'ici-là, les plans de relance occidentaux seront toujours plus ou moins bien adaptés. Mais ils sont surtout gros de bouleversements monétaires et de stagnation économique.
Il n'est pas exclu, il est même vraisemblable, de voir le dollar à 1,50 euros.
Il n'est pas exclu, il est même vraisemblable, de connaître des rechutes boursières et de voir le CAC40 à 2 500 points.
C'est faire preuve de beaucoup d'optimisme de penser que la relance sera là en 2010, le retour de la stabilité serait déjà une très bonne nouvelle.

Et les petits oiseaux ? Ils sont des millions à se protéger du froid et à courir et voleter dans nos jardins à la recherche de leur nourriture, se débrouillant pour picorer ici et là insectes, graines et vermisseaux capables de les faire vivre.
Dans la crise, les moineaux sont assez sages pour ne chercher aucun refuge ni dans la grève, ni dans le Pouvoir. Chaque salarié, chaque individu, chaque auto-entrepreneur, chaque retraité - car les retraites, elles aussi, baisseront - devra faire preuve d'une grande résilience et s'adapter à une conjoncture inmaîtrisable.
Chaque fonctionnaire se cramponnera naturellement à ses acquis et à sa sécurité et le Gouvernement serait bienvenu de faire remarquer à la population toute entière qu'ils devraient être les derniers à manifester.
2009 et 2010 seront difficiles, n'en doutons pas.
Croire que le Pouvoir et la grève y peuvent quelque chose, c'est faire preuve d'une insondable légèreté. 52



Editorial Janvier 2009


"Ce n'est pas le doute, c'est la certitude qui tue " Fr. Nietzsche

Au moment où débute une grave crise économique, la plus forte depuis la seconde guerre mondiale, les réactions de trop de leaders d'opinion sont marquées par des certitudes aussi étonnantes que dangereuses.
Les uns voient dans un retour de l'Etat - dirigiste à droite, socialiste à gauche - une potion magique.
Munis d'un viatique infaillible - le sens de l'intérêt général - et d'une compétence financière supposée sans faille, ce sont les gouvernements, quels qu'ils soient, qui vont remettre la machine en route.
Politiques et hauts fonctionnaires, munis de ce viatique, feront beaucoup mieux que les banquiers.
Les autres estiment à l'inverse qu'une réforme du système économique et financier en place ne doit en aucun cas remettre en cause l'efficacité du libre marché bancaire et monétaire.
Contester la liberté des banquiers et des fabricants de produits financiers, leur mode de rémunération, l'équilibre naturel des marchés financiers leur semble erroné.
D'ailleurs, disent-ils, la faute vient essentiellement des banques centrales - par définition étatiques - qu'elles soient indépendantes ou non.
Le marché intégralement libre n'aurait jamais connu de crises aussi importantes.
Les certitudes dirigistes ou libérales l'emportent sur l'idée de remettre en cause sans aucun tabou un système dont il n'est pas excessif de penser qu'il peut mettre l'économie mondiale en faillite.
Au lieu d'amorcer une réflexion en profondeur, chacun se cramponne à ses certitudes et répète en fermant les yeux les articles de sa foi.
Cinq chiffres à méditer.
Parmi le flot d'évaluations - toujours en milliards d'euros et de dollars - fourni quotidiennement par la presse, cinq chiffres semblent absolument essentiels pour comprendre la crise :
- 1 - 50 000 milliards de dollars, c'est le chiffre du PIB mondial sur lequel s'accordent l'ONU et l'OCDE.
- 2 - 200 000 milliards de dollars, c'est le total de l'encours des obligations, actions et actifs des banques commerciales (rapport Fond Monétaire International - avril 2008).
Lorsque les actifs bancaires font quatre fois la production mondiale, c'est-à-dire quinze à vingt fois les budgets des Etats, il n'est pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que le pouvoir des grandes banques est très supérieur au pouvoir des chefs d'Etat.
Le pouvoir, ce n'est pas nécessairement le pouvoir de diriger et le pouvoir de faire. C'est aussi le pouvoir d'ignorer et le pouvoir d'empêcher.
Mme Lagarde et M. Ricol, le médiateur du crédit, pèsent-ils vraiment le poids de M. Pebereau, le Président de PARIBAS? Rappelons que le total du bilan de cette banque était de 1 700 milliards d'euros en 2007 alors que le total des budgets publics la même année (Etat + Sécurité Sociale + collectivités locales + Europe) était de l'ordre de 800 milliards, deux fois moins.
- 3 - 600 000 milliards de dollars, douze fois le PIB mondial, c'est l'ensemble des produits dérivés fabriqués par la sphère financière depuis trente ans.
Certes, ce chiffre qui paraît gigantesque et presque hors de toute mesure, doit être relativisé car il figure en triple, quadruple, quintuple, etc. dans les bilans des divers gestionnaires de fonds filiales de groupes, filiales de banques, etc. C'est ainsi que pour la faillite de Lehman Brothers, le jeu des compensations semble aboutir au fait que 10 % seulement des actifs contestés devaient réellement être annulés. Admettons que ce pourcentage soit excessif car la plupart des banques de dépôts classiques jouent moins sur les nouveaux produits financiers que les banques d'affaires. Même si ce pourcentage de fausse monnaie n'était que de 5 % ou 3 %, ce chiffre aurait de quoi effrayer, pour ne pas dire terrifier, les responsables financiers. Car 3 % de 600 000 milliards de dollars, c'est encore près de 20 000 milliards, c'est-à-dire beaucoup plus que le PIB des Etats-Unis.
Si ces faux actifs représentent beaucoup plus que la production du pays le plus riche du monde, c'est l'économie mondiale toute entière qui est menacée de faillite ou plutôt, pour être plus proche de la réalité, de " faillite systémique ". Cela signifie, tout simplement, qu'il faut changer de système.
4 - 25 000 milliards de dollars, c'est l'encours de la dette publique des Etats-Unis et de l'Europe.
La question de la dette que semblent négliger aujourd'hui la plupart des leaders politiques (à l'exception notable d'Angela Merkel) va devenir la question essentielle des années 2009 et 2010.
Le forum de Davos a d'ailleurs centré cette année ses travaux et ses inquiétudes sur ce sujet. Car 25 000 milliards de dollars de dettes, cela veut dire que l'ensemble du monde occidental devra émettre des obligations de dettes souveraines considérables pour rembourser, régler les intérêts et surtout financer les plans de relance que l'on jette en pâture à l'opinion publique.
Les organisations internationales avancent aujourd'hui le chiffre de 3 000 milliards pour ces émissions. Il faut y ajouter le plan de relance Obama - 1 000 milliards - et les nouveaux plans européens qui semblent surgir.
Et voilà pourquoi il faut attacher la plus grande importance aux rapports entre la dette publique des pays riches et les réserves de changes détenues par les pays qui ont des soldes commerciaux et financiers positifs depuis plusieurs années.
- 5 - 5 à 6 000 milliards de dollars, c'est le total des réserves de changes des pays qui financent les dettes américaines et européennes.
Ce chiffre est tout petit par rapport aux immenses problèmes que posent les chiffres précédents. Et surtout, il est totalement lié à trois facteurs : le prix du pétrole et du gaz qui s'effondre avec la crise, le prix des matières premières qui baissent pour les mêmes raisons, les importations occidentales en provenance d'Asie qui nourrissent les réserves de changes asiatiques.
Les seules émissions de dettes souveraines en 2009 peuvent représenter les 2/3 de ces réserves mondiales de changes.

Alors, en 2010 ? Les propos qui précèdent n'ont pas pour but d'être alarmistes mais réalistes.
La méthode Coué et la politique de l'autruche n'ont pas lieu d'être lorsque le péril est non pas annoncé mais déjà là.
Il est tout à fait irréaliste d'établir des prévisions de croissance françaises et européennes autour de 0,5 à 1 %.
En 2009, la récession sera forte.
En 2010, la reprise ne sera au rendez-vous que si les bonnes solutions ont été trouvées. Rien n'est moins sûr.
C'est pourquoi, répétons-le, " ce n'est pas le doute qui tue, c'est la certitude ".

Nos économistes, nos responsables professionnels, nos leaders d'opinions et nos politiques doivent travailler sur la recréation d'un système financier sans se poser la question de savoir si les solutions sont plutôt libérales ou plutôt dirigistes.
La refonte du système pourrait peut-être s'inspirer de quatre principes :
1 - Tous les éléments inclus dans un produit financier structuré et dans un véhicule de transfert d'actifs, doivent faire l'objet d'une notation.
2 - Le système économique et financier interdit tous les éléments comptables aboutissant à la tyrannie du court terme.
3 - Il est interdit de faire des paris financiers, sauf à immobiliser une partie importante de la somme pariée sur la durée du pari.
4 - Toute banque recevant un volume significatif d'argent public accueillera dans son conseil d'administration un ou deux représentants du gouvernement jusqu'à ce que la somme reçue ait été remboursée. 51



Editorial Décembre 2008

Le pourcentage d'imbéciles est le même dans toutes les professions : " L'argent et l'intelligence ne sont pas liés. "

Les propos en italique sont signés de J-K. Galbraith, économiste américain, qui a publié en 1990 un remarquable petit opuscule intitulé " Brève histoire de l'euphorie financière "
Trois facteurs selon lui se retrouvent depuis 1930 dans toutes les crises financières.
- 1 Les financiers s'imaginent toujours avoir trouvé un instrument quasiment magique qui les entraîne à fuir le réel : l'effet de levier.
- 2 La mémoire financière est brève et, en cas de hausse, phagocytée par l'euphorie du moment.
- 3 Le monde politique et économique est dans l'illusion que l'argent et l'intelligence sont liés.
Dans un monde où 95 % des hommes estiment leurs revenus insuffisants, la plupart d'entre eux pensent que le maître de sommes gigantesques - le banquier - possède un génie particulier.
Il n'en est évidemment rien mais il faut que le roi soit nu pour s'en apercevoir.
La faillite du fonds Madoff permet ainsi de constater qu'une bonne centaine de dirigeants de fonds spéculatifs, de banques, de chefs d'entreprises, de très grosses fortunes privées, sont des imbéciles au sens le plus complet du terme, c'est-à-dire sont incapables de raisonnement et susceptibles de n'importe quelle crédulité.
C'est apparemment le cas de la très brillante banque espagnole Santander, de deux des premières banques britanniques, HSBC et RDS, du Néerlandais FORTIS et d'une banque suisse qui passait pour une des plus puissantes, l'UBS.
C'est aussi le cas en France de NATIXIS (filiale des Caisses d'Epargnes), qui perd 450 millions (Philippe Dupont - Président, D. Ferrerro - Directeur général, J-M. Moriani - Directeur de la banque d'investissement et de financement), de BNP PARIBAS, 350 millions (Michel Pébereau - Président, B. Prot - Directeur général, G. Chodron de Courcel et J-L. Bonnafé - DGA) et d'AXA 100 millions (Henri de Castries - P.D.G., Denis Duverne - Directeur des finances, Ch. Condron - P.D.G. AXA Financial Etats-Unis) .
Pourquoi ces financiers réputés compétents ont-ils fait perdre dans ce seul fonds Madoff un milliard d'euros aux épargnants français ?
Parce que le fonds Madoff a donné à ses investisseurs depuis une quinzaine d'années un rendement extraordinairement stable et extraordinairement élevé de 12 à 13 %.
Et pourquoi ces financiers ont-ils cru à ce rendement, bien qu'il soit extraordinairement stable et extraordinairement élevé ? Parce qu'ils aiment tellement l'argent qu'ils finissent par y croire…
Et pourtant ! Chacun sait que si l'on veut avoir un rendement élevé de son capital, il faut prendre des risques. Les fonds placés à la Caisse d'Epargne rapportent 2 à 4 % selon les époques.
Les obligations des grandes entreprises cotées peuvent rapporter 4 à 5,5 %, exceptionnellement davantage en pleine crise.
Les gérants des meilleurs fonds de placement destinés aux retraites des salariés américains perçoivent des primes importantes lorsqu'ils parviennent à des moyennes annuelles de rentabilité de 7 %
Il est donc évident pour toute personne de bon sens que passer de 7 à 13 % est rigoureusement impossible dans le cadre d'un fonds de placement composé de paniers de valeur mutualisés.
Il faut nécessairement prendre des risques considérables pour aboutir à un tel résultat.
Nos grandes banques sont sensées avoir des services d'études économiques sérieux.
Faut-il croire qu'aucun de ces services n'a été capable d'attirer l'attention des dirigeants de NATIXIS, BNP PARIBAS, AXA, CREDIT AGRICOLE et SOCIETE GENERALE hier sur l'extraordinaire anomalie constituée par des rendements de 12 ou 13 % quinze ans de suite ?
La crédulité financière est l'avatar naturel d'une volonté de profit totalement irrationnelle.
Les groupes sociaux " banquiers ", " ouvriers ", " employés de surfaces ", " agrégés de philosophie " comportent tous la même proportion d'imbéciles et de gens intelligents. Le niveau des diplômes n'a aucune signification.
Les admirateurs de Lénine, Staline, Mao Tsé Toung, Castro ont été proportionnellement aussi nombreux chez les diplômés de l'Ecole Normale Supérieure que chez les ouvriers. Peut-être un peu plus car la CGT, le premier syndicat de salariés français, n'a jamais représenté plus de 50 % des votants aux dernières prud'homales alors que les diplômés de l'ENS…
Quant à nous, Français moyens, n'avons-nous pas souvent versé dans la même crédulité en pensant que nos entreprises et nos banques pouvaient nous donner régulièrement 10 ou 15 % d'intérêts ?
L'étendue de la crise financière d'aujourd'hui surprend, accable, consterne. Et elle est très loin d'être terminée.
Le dernier numéro de la revue " Agefi " indique que, pour la première fois, le volume des CDS (Credits Default Swaps) a diminué de 1 % au 1er semestre 2008. C'est extrêmement peu puisqu'il avait connu une croissance moyenne de 45 % au cours des six derniers semestres. Mais, dans le même temps, la banque des règlements internationaux indique que
" L'encours notionnel mondial des dérivés de gré à gré poursuit son expansion. Il atteint le montant pharamineux de 863 000 milliards de dollars, en hausse de 21 % au 1er semestre 2008 ".

Qui peut encore croire que la crise systémique a atteint son sommet en novembre et qu'après six mois difficiles, l'économie repartira au second semestre 2009 ? 50



Editorial Novembre 2008

A crise nouvelle, remèdes nouveaux.

Comparer la crise de 1929 à celle d'aujourd'hui est un non-sens.
La science, les techniques, les équipements industriels, les biens de consommation, les systèmes de crédit, tout ce qui fonde le système économique mondial a tellement évolué dans les 80 dernières années que l'idée même de vouloir comparer des crises séparées de près d'un siècle est aberrante.
De même, se raccrocher à la grande négociation de Bretton Woods qui a fixé le fonctionnement du système économique mondial au lendemain de la guerre de 1940, pour penser une nouvelle organisation conçue par les vingt plus grandes puissances économiques du monde, c'est confondre un symbole, une image, et une réalité.
Bretton Woods n'était pas un accord international. C'était une organisation conçue par les Etats-Unis avec l'accord du Royaume-Uni et de la Suisse à un moment de l'histoire où aucun autre pays n'avait de pouvoir financier, ni le Japon, l'Allemagne, l'Italie, la Russie et la France, tous ruinés par la guerre, ni la Chine, l'Inde et l'Asie sans existence économique. D'ailleurs, Bretton Woods est mort en 1971 lorsque les Etats-Unis ont abandonné la convertibilité du dollar en or.
Pour bien comprendre les raisons qui font de la crise de 2007/2008 une crise totalement nouvelle que la plupart des économistes ont été incapables de prévoir, un chiffre donné par un grand banquier, M. André Levy-Lang, éclaire et explique le paysage :
" Aux Etats-Unis, l'ensemble de la dette portée par le système financier a atteint des sommets historiques. Elle est passée du 10ème de la dette non financière en 1980, à dix fois cette dette en 2007. " (Crise bancaire et risque systémique pp. 53 et suivantes, rapport Ramsès 2009.)
Ce n'est pas pour faire image que M. Levy-Lang a cité deux fois le chiffre de 10 :
10 % de la dette non financière en 1980,
10 fois cette dette en 2008.
Cela veut dire que la dette non financière a été multipliée par cent.

C'est une réalité tirée de la totalisation des bilans de ce que l'on appelle aujourd'hui la sphère financière, une sphère distincte de la sphère bancaire mais hélas totalement interdépendante.

Une seconde donnée permet d'éclairer la réalité des risques encourus par le système financier.
Le gouvernement américain après avoir fourni à City Bank 20 milliards de dollars pour augmenter sur le champ ses fonds propres lui a fourni une garantie de 306 milliards de dollars sur ses produits structurés.
A titre de comparaison, les prélèvements obligatoires de l'Etat français sont aujourd'hui du même ordre, environ 300 milliards d'euros.
Or, même si City Bank est aujourd'hui la première banque américaine, elle représente sans doute moins de 5 % du total des établissements financiers américains.
Cela veut dire que le risque encouru par le gouvernement américain, pour sauver son système financier, peut parfaitement se monter à 6 000 milliards de dollars.
En fait, ces chiffres qui donnent le vertige sont encore très éloignés de la réalité.
La réalité c'est que l'ensemble des produits dits structurés (on désigne globalement par ce terme tous les produits financiers qui ne sont pas directement liés à un client, particulier ou entreprise), représente des montants 5 ou 6 fois plus importants. Le bon grain et l'ivraie y sont si mélangés que tous ont besoin de garanties.

Il s'agit donc aujourd'hui d'une crise entièrement nouvelle et donc totalement incomparable avec toutes les crises antérieures aux années 1980.
Ce qui est aujourd'hui le plus grave, c'est ce caractère à la fois entièrement nouveau et d'une ampleur sans précédent, de la crise.
Le monde politique, y compris les parlementaires et les ministres réputés les plus intelligents, ne la comprend pas.
Les ministres des finances des grands pays de l'OCDE ont proposé et pris des mesures contradictoires ou différentes d'un mois sur l'autre.
Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de leur ministre des finances M. Paulson, ont montré non pas une valse hésitation, mais un véritable désarroi.
Le gouvernement français a manifesté une totale absence de réalisme en voulant faire remplacer les banquiers par les préfets. Des conférences devraient avoir lieu dans chaque département entre préfets et banquiers locaux pour se saisir de tous les litiges touchant au crédit et les faire remonter à Paris auprès de M. Ricol.
Sachant que la France compte 2,5 millions d'entreprises et que les ménages demandent 1 million de crédits " longs " (logements ou autre) chaque année, M. Ricol devra rapidement engager 10 000 salariés pour faire face à la demande. Toute plaisanterie devrait être écartée d'un sujet aussi grave.
La vérité, c'est que les plus grands banquiers interrogés sur la gravité de la crise et le moyen d'en sortir répondent aux abonnés absents.
Les meilleurs économistes font de même.
Les gouvernants font semblant.
C'est pourquoi une seule chose est certaine : l'année 2009 sera très lourde, plus lourde qu'on ne le dit pour ne pas en rajouter au désarroi général. Une reprise est certaine.
La prévoir pour 2010, 2011 ou 2012 est totalement aléatoire.
L'Europe, comme trop souvent en retard d'une guerre, ne pense qu'à une nouvelle réglementation du système financier. Elle ne s'aperçoit pas que celui-ci est déjà mort.
La moitié des hedges founds aura fait faillite en 2008.
La plus grande partie des produits structurés disparaît d'elle-même puisque leur marché n'existe plus.
A crise entièrement nouvelle, remèdes entièrement nouveaux.
Le temps de la prospective est venu.
L'espérance réside dans la très grande souplesse de l'économie américaine et le très grand pragmatisme des dirigeants du pays qui ne s'embarrassent guère de savoir si une politique est " de droite " ou " de gauche ". Elle réside aussi dans l'économie chinoise dont les dirigeants sont tout aussi pragmatiques et qui peuvent rapidement remplacer la dynamique d'une exportation à prix cassés par la relance des équipements publics et de la consommation intérieure. 49



Editorial Octobre 2008


Comprendre la sphère et la crise financière

La lecture des journaux financiers rend la plupart d'entre nous interloqués.
Que signifient, en effet, tous ces termes d' " asset management, Hedge founds, private equity, fonds de pension, fonds souverains, fonds européens UCITS, SIV, titrisation, produits dérivés, achats à découvert, options, swaps, CDS, CDO, CMO, ARM, taux variables capés, LVO, prime d'illiquidité… ".
Il est indispensable aujourd'hui d'acheter le petit " Que sais-je ? " de Bertrand Jacquillat sur les 100 mots de la finance. On n'y trouvera malheureusement pas d'analyse systémique de la sphère financière.
Tentons de la définir en partant de l'image simple des trois cercles de l'économie :
1 Le premier cercle est celui des entreprises qui produisent, investissent, épargnent et distribuent des salaires à leur personnel, c'est-à-dire aux ménages.
Ces entreprises et ces ménages sont engagés dans une sorte de mouvement permanent de progression, d'invention, de croissance. Toute idée d'arrêter ce mouvement (le mythe de la croissance zéro du Club de Rome ou de l'écologie économe) contredit la nature même de l'humanité. Donnons une valeur de 100 à ce premier cercle. Cette croissance a besoin de crédits, donc conduit à un second cercle, celui des banques.

2 Le second cercle est constitué par l'ensemble du système bancaire.
Ce système distribue les crédits nécessaires au financière développement des entreprises et à la consommation des ménages.
L'endettement des ménages américains et britanniques représente 110 % du PIB des deux pays, celui des ménages européens 40 à 80 %.
Les crédits demandés par les entreprises ne peuvent que croître en fonction de la concurrence et de la mondialisation. Ce cercle constitué par l'ensemble des banques commerciales classiques est en prise directe avec le premier cercle, celui de l'économie réelle.
Les crédits accordés aux particuliers comme aux entreprises sont des produits dont les valeurs sont connues et appréciées par rapport à la qualité des emprunteurs.
Ce second cercle représente en valeur un chiffre d'affaires trois fois et demi supérieur au premier car c'est tout l'ensemble de l'économie mondiale, et plus particulièrement de l'Occident, qui vit à crédit.
Les liquidités nécessaires aux banques pour financer ces crédits sont fournies pour une faible part par les pays développés et pour l'essentiel par les grands producteurs de pétrole et de matières premières, les excédents des pays émergents qui s'industrialisent rapidement, Chine, Inde, dragon asiatique…
Donnons une valeur symbolique de 350 à ce second cercle.

3 Le troisième cercle est celui de la finance.
Les entreprises qui le constituent sont les gestionnaires d'actifs, les banques d'affaires, les " Fonds " de toute nature, au total quelques 5 000 sociétés.
Ce troisième cercle s'est constitué progressivement depuis vingt-cinq à trente ans à partir d'une idée simple développée par l'ensemble des banques commerciales classiques : se défaire en tout ou en partie, des risques des crédits qu'elles ont accordés.
Ces crédits sont de plus en plus importants.
L'ensemble des Nations occidentales vit de plus en plus à crédit et, consciemment ou non, les banques ont pensé utile, puis nécessaire, puis indispensable de se défausser de leurs risques sur un troisième cercle : celui de la sphère financière.
Celle-ci se compose aujourd'hui de milliers de sociétés, parfois filiales de banques, parfois indépendantes, souvent liées par un interbancaire complexe mais fonctionnant de façon autonome.
Les entreprises de cette sphère fonctionnent sur un marché bien particulier, le marché financier où l'offre et la demande ne sont plus des produits dont on peut apprécier la quantité et la qualité.
L'offre de ces entreprises, c'est une technique particulière, celle des " paris " fondés sur les calculs de probabilité.
La demande est considérable car ces techniques de " paris " fonctionnent sur le court terme, d'une journée à deux mois, très rarement trois mois.
Elles s'appliquent à tous les types de crédits comme à tous les produits financiers : actions, obligations, titres de toute nature, monnaie, matière première…
Ces techniques sont largement dominées par des hommes formés aux mathématiques et aux statistiques.
Ils manient parfaitement les algorithmes algébriques, le calcul des probabilités, l'analyse statistique des corrélations multi-variées.
Ils sont le plus souvent issus en France de Polytechnique, mais la plupart des grandes business schools mondiales ont des doctorats spécialisés dans ces techniques.
La demande quant à elle est considérable.
Les banques estiment que leur intérêt est de mutualiser au maximum leurs crédits par la technique aujourd'hui généralisée de la " titrisation ".
Cette technique permet un mélange maximum de titres représentant les crédits les plus variés fondus dans un magma permettant de mélanger les risques les plus forts avec les risques les plus faibles, et donc d'empêcher toute notation, toute évaluation de la réalité de ces risques.
Or toutes ces sociétés financières n'achètent pratiquement jamais de façon durable, mais à crédit, à terme, à découvert, à option pour revendre aussi vite à d'autres.
Ainsi, la demande est, sinon illimitée, du moins dix fois plus importante que la demande de crédits de l'économie réelle.
Disons que la troisième sphère représente un volume de 5 à 600.

A titre d'exemple, trois chiffres sont cités par George Soros dans son ouvrage sur la crise financière : " La valeur nominale totale des CDS (Credit default swaps) en cours est estimée à 42 600 milliards de dollar. A titre de comparaison, la capitalisation boursière du pays est de 18 500 milliards de dollars, le marché des valeurs du trésor de 4 500 milliards seulement. "

Cette troisième sphère prend naturellement beaucoup de risques puisqu'elle ne fonctionne que sur le pari et la probabilité.
De plus, elle travaille avec des marges faibles, mais des sommes considérables.
Les banques en effet, si elles consentent des crédits sur une base par exemple de 5 %, ne vont pas s'en défaire à 7 ou 8 %. La marge de la sphère financière sera plutôt de 0,5 à 1,5 %. Mais, parallèlement, son investissement sera très faible -- elle ne travaille qu'à terme et à crédit - tandis que son profit sera très fort : une option payée 1 peut rapporter 10 ou 20.
" La titrisation a entraîné un développement considérable du recours à l'effet de levier. Alors que le dépôt de garantie est fixé à 10 % pour les obligations ordinaires, les obligations de synthèse émises par les CDS ne requièrent qu'un dépôt de 1,5 %... Tout cela ne pouvait que mal finir. " (G. Soros, page 21).

Les grands patrons de nos banques font parfois sourire lorsqu'ils estiment que plafonner leur niveau de rémunération à 500 000 euros est dangereux car ils risqueraient de filer à l'étranger où leurs talents seraient beaucoup mieux reconnus.
Le talent, par exemple, de la direction générale du Crédit Agricole qui s'est fait convaincre par de très brillants mathématiciens qu'il existait des fonds dits " de performance absolue " où les gains étaient garantis à 100 %, dans tous les cas de figure, y compris l'écroulement de la Bourse et des marchés financiers.
Ils en ont pris pour quelques 8 milliards et en ont donc perdu 4… Quel talent !

Cette analyse des trois sphères de l'économie, 100 pour l'économie réelle, 350 pour le système bancaire traditionnel, 5 à 600 pour la sphère financière est purement descriptive et, nous en avons bien conscience, très sommaire.
Elle n'apporte aucune solution à la crise actuelle.
Elle se borne à l'expliquer.
Toutefois, cela conduit naturellement à mettre en valeur le seul remède possible : certainement pas de refinancer les banques et la sphère financière responsables de ce gâchis. Il faut le faire dans l'immédiat mais il serait catastrophique de ne pas remédier aux vices profonds du système.
Ni l'économie, ni la finance ne doivent être soumises aux sciences du hasard et de la probabilité.
L'argent doit être prêté à des entreprises et à des hommes sur des projets et non sur des algorithmes.

La réforme en profondeur de l'ensemble de la sphère financière est indispensable.

Si elle n'est pas entreprise et pour partie réalisée dès le début de l'année 2009, ce sera une crise pour rien… ou pour en préparer une autre bien pire encore. Mais nous ne connaissons pas encore la profondeur de celle-ci ! 48

La rentrée politique
Un théâtred'ombres,
Lademain une crise sociale ?


Editorial Septembre 2008

La rentrée politique
Un théâtre d'ombre,
demain une crise sociale?

Toute réforme doit être jaugée à l'aune de la diminution de la dette publique.
Rien de changé dans la vie politique de la rentrée.
Le gouvernement continue à parler de réformes à longueur de journée alors qu'il ne concentre pas ses efforts sur la seule réforme qui permettrait de donner des marges de manœuvre à l'économie et au pouvoir d'achat :
l'équilibre des comptes publics et la réduction de la dette.
Il faut sans cesse revenir à l'essentiel, parfaitement résumé dans le rapport de la commission Pébereau
" Rompre avec la facilité de la dette publique ".
Cette dette atteignait 1 067 milliards d'euros en 2004, 1 250 aujourd'hui. Soit une augmentation de 17 % en trois ans et demi. 46 à 51 milliards, ce sera le coût des seuls intérêts de cette dette selon le taux que nous consentiront les grands fonds nationaux ou privés qui dominent la finance mondiale.
Ce chiffre est à comparer :
- 20 milliards, le budget de l'enseignement supérieur et la recherche,
- 31 milliards, le budget du Ministère du travail, des affaires sociales, du traitement du chômage,
- 36 milliards, le coût de la Défense nationale.
C'est assez dire que la France n'a strictement aucune marge de manœuvre.
On est vraiment lassé, voire indigné, de voir que, de trimestre en trimestre, l'équilibre de nos comptes publics est repoussé, avant-hier à 2009, hier à 2010, aujourd'hui à 2011, demain... ?

La réforme en France : voter une nouvelle loi, inventer un nouvel impôt.
Pendant ce temps, la vie politique française continue avec les deux piliers habituels qui soutiennent son action :
faire des lois, créer des impôts.
La plupart des lois proposées par le Gouvernement sont inutiles et masquent plutôt le refus de prendre les décisions que permet déjà la législation actuelle.
Elles masquent aussi la faiblesse ou l'absence de courroies de transmission solides entre le gouvernement et l'administration.
Le prochain projet de loi sur le logement est hélas l'illustration flagrante des ces deux vices du système politique français.
Plusieurs articles du projet sont consacrés à un timide début de réforme du système HLM. Ils sont inutiles puisque, aujourd'hui, le ministre peut retirer son agrément à tout organisme HLM qui remplirait trop mal son rôle.
Mais rien sur la réforme profonde du système, ni sur le maintien dans les lieux.
D'autres articles sont consacrés à la lutte contre l'habitat indigne, les quartiers dégradés, l'insalubrité etc.
A croire que l'inculture législative règne dans les milieux dirigeants.
Il existe une bonne dizaines de lois sur le sujet depuis la grande époque Claudius Petit - Sudreau.
Prévoir dans la loi un " programme national " de plus et un " plan " de plus est totalement inutile.
Une petite avancée législative est certes prévue dans deux articles du texte pour améliorer l'offre foncière et l'aménagement privé. Elle aura moins de portée que n'aurait eu le changement de quelques hauts fonctionnaires de l'équipement adeptes forcenés de la planification urbaine. Ou la rédaction d'une circulaire impérative précisant aux DDE qu'elles doivent tout faire pour améliorer l'offre foncière et libérer les initiatives des constructeurs et des élus dans tous les domaines.
Quant à l'inventivité fiscale de nos ministres et de l'administration, elle n'était pas à démontrer mais huit nouvelles taxes créées ou en projets immédiats illustrent la " créativité " de nos élites : il n'est de bonne réforme que de nouvelle taxation.
François Fillon - et Laurence Parisot semblent avoir mis un terme à ce prurit fiscal... jusqu'à quand ?

Une crise sociale possible.
Nous évoquions en juin une réelle inquiétude pour la rentrée sociale de septembre. Rien ne s'est produit.
L'opinion publique, les syndicats et les associations semblent assommés par une crise financière indéchiffrable, voisine de 1 000 milliards de dollars, peut-être davantage. Ici les chiffres n'ont plus aucun sens.
Chacun sait qu'elle aura des répercussions sur l'économie, la croissance et le pouvoir d'achat.
Mais dans le même temps, l'écart se creuse entre les privilégiés, les classes moyennes et les classes populaires. Chaque mois parvient une nouvelle information sur la rémunération des présidents des grands groupes cotés, les parachutes dorés dont ils bénéficient lors de leurs départs, contraints ou volontaires, leurs stock-options, leurs retraites.
Nicolas Sarkozy, candidat, avait promis de les taxer(1). Qu'en est-il ?

Les cadres " très " supérieurs quittent leur job avec deux ou trois ans de salaires, parfois plus.
La grande masse des cadres et des classes moyennes voit ses salaires stabilisés avec la mondialisation.
La France est absolument contrainte à réaliser des réformes. Mais, on l'a vu, les moyens financiers n'existent plus pour en amortir le coût. La révolution de 1789 est née de la crise des farines. Les événements de 1968, d'une étincelle dans une cité universitaire de Nanterre.
Le Président et son gouvernement doivent travailler sur une réduction drastique de la dépense publique, c'est-à-dire de la dette, et donc des trois budgets de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité Sociale. L'hyperactivité présidentielle,
l'agitation frénétique de Jean-Louis Borloo,
la passion écologique de Nathalie Kosciusko-Morizet,
la lutte des présidentiables du Sénat pour triompher au jeu " Qui veut gagner des millions ? ",
les quarante réformes en cours créent un brouillage des ondes où tout devient inaudible.
Pour les Français, la seule chose qui compte au moment où la crise économique et financière crée une angoisse bien justifiée, c'est le maintien de leur pouvoir d'achat et l'augmentation de celui des plus faibles.
Attention à l'étincelle. Il n'est pas toujours vrai que le feu peine à prendre en période de crise ; et il peut s'étendre vite dès que celle-ci semble achevée, à tout le moins contenue.
La perte de 23 sénateurs n'est pas un signe négligeable.

(1) Rappelons les 5,6 millions d'euros perçus par Serge Tchuruk, les 6 millions de Pat Russo et, plus récemment, le départ du DG de Sanofi-Aventis, M. Gérard Le Fur qui, resté moins de deux ans à son poste part avec 2,7 millions d'euros, plus une part à négocier, plus un supplément de 150 000 euros bruts mensuels (1 million de francs chaque mois) durant trente mois, plus des stock-options dont le montant reste secret. On croit rêver ! 47


Editorial Juillet 2008

Société civile, ne jamais baisser la garde devant la société politique

Entendons-nous bien : il n'est pas question de tomber dans une critique démagogique et populiste de la société politique, du parlementarisme, des systèmes électifs et des hommes qui dirigent nos régions, nos départements et nos communes.
La France, comme toutes les Nations, a besoin d'un système politique où deux ou trois grands partis permettent d'évacuer les passions collectives et de donner une issue à des frustrations croissantes par des alternances réalistes. Par ailleurs, ce sont bien les Français, chacun d'entre nous, qui élisent les parlementaires et les dirigeants territoriaux qui nous gouvernent.
Et ce n'est pas " par défaut " que nous les élisons car c'est nous qui, dès le départ de leur carrière, au plus petit niveau de la commune ou du canton, les encourageons à nous représenter et à monter de plus en plus haut pour mieux le faire.
Nos politiques sont les nôtres. L'exemple même en est notre Président. Nous l'avons bien élu avec plus de 53 % de nos suffrages.
Nous l'avons élu pour réformer et il le fait.
Il est clair après douze mois de pouvoir qu'il a fait bouger les lignes et que les 64 réformes qu'il s'enorgueillit d'avoir lancées sont bien en cours.
Echecs, difficultés, sondages en berne n'ont pas découragé notre Président.
La réforme de l'Etat, la révision des politiques publiques, la modernisation du code du travail et de nos structures économiques restent ses priorités. La société civile n'en a pas d'autres.
Les priorités du Président sont les siennes mais, très simplement, elle constate que les moyens de les atteindre peuvent être différents, les méthodes autres, les objectifs mieux cernés, les étapes mieux précisées.
C'est pourquoi, après vingt ans d'immobilisme, chacun hésitait dans les milieux réformateurs et libéraux à critiquer le Président, son entourage, son gouvernement et sa majorité puisqu'enfin les élections avaient porté au pouvoir un homme et un ensemble majoritaire capables, cette fois, de faire bouger la France.
Nous avions oublié que cet ensemble restait totalement partie intégrante de la société politique.
Ne parlons pas ici de défauts ou de qualités mais simplement des caractéristiques propres de cette société politique. Elles sont connues.
Ses grands dirigeants sont des chefs de meutes qui chassent en groupe mais restent solitaires.
Chacun d'eux croit détenir toute la vérité et pense être seul à pouvoir l'imposer, le premier plus que les autres.
La société politique quant à elle a un seul objectif prioritaire : l'élection, avec un objectif secondaire, la réélection.
D'où la nécessité de ménager la Droite et la Gauche et de se situer à l'hyper-centre en se souciant toujours un peu plus de la critique que de l'approbation :
- la majorité estime l'ISF stupide mais une minorité, dangereuse, refuse sa suppression ;
- la majorité estime les 35 heures stupides, mais une minorité y tient fermement ;
- la majorité sait parfaitement que les retraites ne seront plus payées sans travailler quarante et un ans, mais un grand nombre de salariés peu qualifiés, peu autonomes dans un travail souvent répétitif ou pénible s'y opposent ;
et mille exemples de ce type peuvent être pris.
Le monde de l'entreprise, le monde syndical et associatif, les élites que secrète spontanément la société civile ont d'autres méthodes car elles ne vivent que de leurs résultats et non de l'élection et de l'argent des autres.
Certes, quelques chefs d'entreprise du CAC 40 et quelques patrons de syndicats peuvent prolonger au-delà de trois ou quatre ans des échecs patents. Ce n'est jamais le cas des 3 millions de petits patrons et d'exploitants.
L'échec financier, l'absence de résultats, conduisent à la faillite ou à la déchéance.
La société politique peut, au contraire, augmenter les impôts à plus de 50 % du revenu national ou emprunter trente ans de suite tout en s'assurant une retraite dorée.
Les plus conscients, les plus sages, le savent et le regrettent.
Un de mes amis politique - un sage - me disait récemment :
" Nous sommes des infirmes, travailleurs, dévoués, souvent compétents mais il nous manque un membre : la sanction. Si nous échouons, il nous reste toujours l'emprunt ou l'impôt. "
C'est pourquoi Alain Lambert, ancien président de la Commission des finances du Sénat a claqué la porte du Président de la République et a rappelé la seule réforme qu'il lui semblait indispensable de réaliser : l'inscription dans la constitution de l'équilibre budgétaire des dépenses publiques hors investissement. Cette inscription devant être naturellement assortie de sanctions sans échappatoire. 46


Editorial Mai 2008


Hyper Président ou grand patron

Dans le monde de l'entreprise, on connaît bien les conditions de réussite d'un grand patron
- 1 avoir une vision prospective claire,
- 2 savoir s'entourer des meilleurs dans chaque domaine, commercial, financier, juridique, technique...,
- 3 savoir déléguer, c'est-à-dire faire confiance, féliciter, accepter les erreurs inévitables des collaborateurs capables de prendre des risques.
Dans le monde politique les conditions du succès sont les mêmes.
La vision prospective défendue par le candidat Nicolas Sarkozy a séduit dès le premier tour une proportion inattendue des électeurs - 31 % et au second tour plus de 53 %.
Certes le talent oratoire du candidat y était pour quelque chose, comme d'ailleurs quelques discours sur le pouvoir d'achat, l'éducation et la recherche que la situation financière ne permettait pas de mettre en œuvre.
Il reste que, pour l'essentiel, la vision des réformes nécessaires et l'esprit libéral qui y présidaient, étaient clairement exprimés.
C'est ainsi que les Français l'ont perçu et que malgré quelques impairs, vite pardonnés, ils ont donné au nouveau chef de l'Etat un niveau de confiance très élevé jusqu'en février.
Ce qui semble malheureusement aujourd'hui clair, c'est que les deux autres conditions, le choix des hommes et surtout la capacité à déléguer, ne sont pas au rendez-vous.
Un gouvernement se compose certes en fonction des apports personnels de chacun pendant la campagne électorale et du poids électoral des tendances. Mais sur les 34 ministres et secrétaires d'Etat, il est indispensable que les postes clés soient donnés à des responsables d'une compétence incontestable et que, pour les autres, la solidité des membres des cabinets puisse suppléer à quelques insuffisances.
Mais là n'est pas l'essentiel.
C'est dans la délégation de pouvoirs et dans la capacité à faire faire que l'expérience d'une année semble hélas peu concluante.
Et l'on ne voit pas comment remédier à une situation qui est la marque très profonde d'un caractère.
Le président, comme un grand patron, doit savoir déléguer et faire confiance pour travailler efficacement avec une douzaine de personnes :
- le premier ministre,
- le président du groupe parlementaire,
- le chef du parti politique majoritaire,
- les cinq à six ministres clé de l'équipe gouvernementale et
- les cinq à six membres clé de son cabinet.
Il doit savoir aussi choisir parmi ceux-ci les hommes capables de s'abstraire du phénomène de cour pour l'informer avec franchise sur les évolutions de l'opinion et du monde économique et politique.
La méthode de travail de notre président est très éloignée de ce mode de gestion de l'entreprise France.
Et son caractère spontané, impulsif, fougueux, conforte sa méthode.
On ne répond pas à une grève d'enseignants, à la télévision, une heure après la dissolution du cortège.
On ne demande pas à chaque enfant du primaire d'adopter un enfant juif assassiné sans avoir pris le temps d'en parler à quelques responsables concernés comme Simone Veil.
On ne décide pas la suppression de la publicité dans l'audiovisuelle publique sans avoir décidé du financement de remplacement.
Un président de la République ne prend pas parti sur les travaux à faire sur la ligne A du RER !

Il est vital que le Président cesse de s'occuper de tout, ce qui a pour conséquence de brouiller les perspectives, d'obscurcir l'horizon et de faire disparaître les priorités.
55 réformes, ce n'est ni trop ni trop peu, ce n'est plus rien, tout simplement parce que la plupart d'entre nous ne comprennent plus où l'on va et qu'on ne peut motiver les hommes sans perspectives.
Le numéro du Point, daté du jeudi 29 mai 2008, consacre une vingtaine de pages à la psychologie de notre Président. Une dizaine d'articles à consommer avec modération car la psychanalyse n'est pas une science exacte.
Toutefois la convergence de tous ces commentaires conduit à un constat assez clair. 45

Editorial Avril 2008


Il n'est pas simple de prévoir ce que sera la situation française dans un an.
Qui aurait pu prévoir en 1957 le retour du général de Gaulle ? ou en 1967 l'arrivée de mai 1968 ?
Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages depuis maintenant près de trois mois.
Il peut certainement rebondir pour trois raisons :

- d'abord parce que c'est un grand professionnel,
- ensuite parce que les Français savent que la plupart des réformes prévues sont indispensables,
- enfin parce qu'il n'existe aucune solution à gauche.
Mais quand ?
Occulter l'essentiel de sa vie privée est indispensable : c'est fait.
Revenir à une certaine distanciation dans l'exercice de la fonction présidentielle est nécessaire : c'est en cours.
Mais attention, il risque d'y perdre du naturel et de la proximité comme il en a déjà perdu en remplaçant des allocutions spontanées sans notes, souvent convaincantes, par la lecture de discours préparés.
On ne change pas de personnage sans dommages.
Le problème de fonds est d'abord un problème de pédagogie et de communication.
La pédagogie des réformes est absolument indispensable. Trop de rapports sont pris pour des projets. Trop de projets sont annoncés de façon imprécise et inquiétante. Trop de détails - souvent faux - sont mis en valeur par une presse toujours prête à critiquer. Trop de véritables réformes, fondamentales pour l'avenir, ont été noyées par des annonces trop nombreuses.
Il faut remettre de l'ordre dans l'ensemble du projet gouvernemental pour rassurer les Français.

Les réformes engagées sont pourtant considérables mais ne donnent aujourd'hui que des résultats infimes :
-la réforme des régimes spéciaux des retraites est faite. Elle a coûté cher en concessions faites à la CGT.
On en sentira les résultats dans trois ans.
-L'autonomie des universités est votée mais aucune méthode de sélection des étudiants n'a été mise en place et les droits d'inscription restent nuls. La débureaucratisation du corps enseignant n'est pas entamée.
-Le plafond fiscal à 50 % est en vigueur mais l'impôt sur la fortune n'a pas été supprimé.
On ne sait donc pas encore si la fuite des capitaux va cesser, encore moins si les milliers de gros revenus qui ont quitté la France ont l'intention d'y revenir.
- La carte judiciaire a été réformée comme la carte hospitalière le sera certainement dès cette année et sans doute aussi la carte militaire. Les inconvénients de ces deux mesures sont frappants ; par contre leurs avantages ne se verront que dans les budgets 2010/2011.
- La fusion UNEDIC - ANPE est faite. Mais la lourdeur administrative des structures ne permettra guère une amélioration radicale de la recherche d'emploi avant un an ou dix-huit mois.
Des réformes considérables sont en cours dans le domaine des relations du travail et de la représentativité syndicale. - -Enfin, les premières mesures de la révision des politiques et des dépenses publiques sont annoncées pour le budget 2009.

Toutes ces réformes sont impopulaires dans la mesure où elles n'apportent aucun revenu dans le portefeuille des Français tandis que la dette publique continue d'augmenter et que les budgets de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité Sociale restent très déficitaires.

Tenir un an et plutôt dix-huit mois sur la même ligne de réforme alors que la conjoncture économique se ressent nécessairement de la crise monétaire mondiale, c'était une tâche facile avec 60 % d'opinion favorable, ce sera évidemment beaucoup plus difficile avec 30 %.
D'autant qu'au malaise populaire s'ajoute le malaise des élites économiques et politiques qui s'inquiètent d'un mode de gouvernance peu cohérent.
Dans un pays démocratique on a besoin de partis politiques forts, de parlementaires appuyant et contrôlant le gouvernement, d'un premier ministre chef d'équipe et d'un Président conduisant l'ensemble.
Or, aujourd'hui, le parti politique, sans chef, est muet. Le Premier Ministre a un rôle effacé, le président et son cabinet s'occupent de tout sans être en prise directe, comme aux Etats-Unis, sur une équipe gouvernementale. La troïka du pouvoir n'est pas manifeste. L'urgence est de la rendre visible. 44


Editorial Mars 2008

Crise financière mondiale et élections municipales françaises

Les Français accordent une telle importance au pouvoir politique - beaucoup plus d'ailleurs qu'à la démocratie - que la journée du lundi 17 mars a vu la presse écrite comme la radio et la télévision, consacrer la totalité des ses éditoriaux et la quasi-totalité de ses premières pages aux résultats des élections municipales.
Dans la même matinée, les gouvernements américain et britannique, la Banque Européenne, le gouvernement japonais organisaient des réunions de crise avec leurs ministres des finances et les meilleurs experts, pour étudier en extrême urgence les moyens de faire face à la crise financière mondiale.
On n'attendait certes pas que la crise financière couvre la moitié des premières pages.
Mais qu'elle soit totalement absente (à l'exception d'une colonne sur cinq dans Le Monde) en dit long sur le nombrilisme de la presse française.

Une crise financière mondiale.
Depuis un an, les banques et compagnies d'assurances distillent trimestre après trimestre des informations concernant leurs risques sur les crédits hypothécaires et les dépréciations nécessaires.
Ces entreprises ont confirmé de début février à aujourd'hui 20 mars 2008 la gravité de leur situation.
En regroupant simplement les informations financières " grand public " données par Les Echos, La Tribune et d'autres, on évalue aujourd'hui les pertes de ces entreprises à :
- Banques américaines 215 milliards de dollars ... 145 milliards d'euros
- Banques européennes ... 81 milliards d'euros
- Compagnies d'assurances et de réassurances américaines ... 40 milliards d'euros
Total : 265milliards d'euros
C'est seulement aujourd'hui que l'on commence à se préoccuper de la situation des assureurs et des réassureurs.

Ces chiffres ont peu de signification si on ne les compare pas à d'autres grandeurs.
265 milliards c'est à peu près le total des impôts prélevés en France par l'Etat et les collectivités locales, y compris les cotisations sociales : 290 milliards en 2006.
Toutefois, ces chiffres ne tiennent pas compte des besoins financiers, beaucoup plus importants, qui risquent de se produire avec les prêts aux entreprises consentis ces dernières années à des conditions défiant toute prudence.
Ces crédits, comme ceux de l'immobilier, ont été titrisés et ont été à l'origine d'autres produits dérivés de ces crédits titrisés.
Si les crédits immobiliers ont donné naissance à 241 milliards de dépréciation, il est possible que des sommes non pas équivalentes mais supérieures apparaissent au fur et à mesure de l'année 2008 lorsque les crédits bancaires vont se réduire et laisser apparaître, en raison de la défaillance des entreprises, les mêmes effets que le crédit hypothécaire.

Ceci avec trois conséquences :
- une forte baisse de la valeur du dollar passée de 1 euro en 2001 à 1,60 euro le 17 mars 2008.
- une baisse parallèle des réserves monétaires mondiales puisqu'aujourd'hui, 60 % des réserves des banques centrales sont en dollars contre 27 % en euros, 5 % en yens, 8 % en francs suisses et en livres sterling réunis.
- une réduction dans l'avenir des crédits au commerce et à l'industrie, comme de l'ensemble des crédits à la construction.
Toutes les conditions d'une crise mondiale sont réunies.
Certes les banques centrales savent y faire face mais à quel prix à court terme et avec quelle perspective à moyen et long terme ?
N'oublions pas la stagnation de l'économie japonaise durant 7 ou 8 ans malgré un taux de la banque centrale voisin de 0 %.

Pourquoi rappeler la gravité de cette situation ? Tout simplement parce que le Président de la République avait parfaitement compris dans l'année précédent les élections que l'augmentation du pouvoir d'achat ne pouvait venir que de la croissance et que celle-ci était totalement liée à des réformes structurelles profondes.
La crise actuelle mondiale ne l'y aide pas.
Peut-il encore réaliser ces réformes dans le contexte d'impopularité qui est le sien et après des élections municipales qui ont montré un évident virage à Gauche et, plus encore, une désaffection certaine du corps électoral manifesté par l'abstention ?
Nicolas Sarkozy a montré dans le passé qu'il était un formidable " animal " politique. Il a bien sûr parfaitement compris d'où venait sa baisse de popularité. La pente ne sera pas facile à remonter mais elle peut l'être.
On ne peut que souhaiter sa réussite car il n'existe aucune autre solution à moyen terme.
Soutenir le Président et le gouvernement, c'est soutenir les réformes indispensables pour adapter la France à la concurrence internationale, réduire la dette et le chômage et reprendre avec l'équilibre budgétaire les moyens de relancer l'investissement.43


Editorial Février 2008

Après huit mois de gouvernement les Français sont-ils mécontents ? Oui.

Une série de sondages portant sur deux périodes successives de 2 et 3 semaines a constaté une chute de confiance envers le Président de la République, variant de 15 à 20 %.
A ce stade, il est absolument inutile - et dangereux - de mettre en avant des explications du type
- " les réformes engagées n'ont pas encore donné de résultats ",
- " la presse est responsable d'une campagne sur le pouvoir d'achat sur lequel le Gouvernement n'a pas de prise ",
- " les médias sont responsables d'une exposition excessive de la vie privée du Président "...
Ces explications valent ce qu'elles valent : bien peu de choses.

Il y a deux raisons et deux raisons parfaitement claires à la chute de la côte de confiance du Président :
1. les axes essentiels du projet de réforme présidentiel sont devenus quasiment illisibles en moins d'un mois. Trop de réformes tuent la réforme ;

2. la vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français comme très éloignée de la leur.
Le projet de réforme présidentiel est devenu quasiment illisible en un mois.

Lors de notre dernier éditorial, nous avions voulu montrer l'importance et la cohérence des réformes autour de douze lois ou décrets pris en 2007 et de six chantiers dont on savait qu'ils allaient s'ouvrir dès le premier trimestre 2008.
Cela faisait déjà beaucoup et nous avions bien noté que toutes ces mesures étaient parfois incomplètes et constituaient de simples cadres à remplir ultérieurement.
Deux éléments ont depuis brouillé les cartes au lieu d'éclaircir le paysage : la conférence de presse du Président et le rapport Attali.
Au cours de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a fait un exposé trop long - près de 50 minutes - en ne laissant aux journalistes que le même temps, ce qui était insuffisant lorsqu'on invite 300 personnes. 20 questions posées équivalent à 280 personnes frustrées.
De plus, sur le fonds, le discours du Président a été peu compréhensible.
Les Français sont prêts à accepter toutes les réformes si elles sont clairement exprimées autour d'idées fortes qui les concernent clairement :
- comment améliorer leur situation et leur revenu,
- comment améliorer le destin de leurs enfants :
- Diminuer un endettement insupportable qui conduit bientôt à faire du paiement des intérêts le premier budget de l'Etat et interdit les investissements productifs (l'Etat en faillite).
- Augmenter les salaires et réduire massivement le chômage en conduisant une vraie politique de croissance à 3 % ou plus (la réforme aujourd'hui pour la croissance demain).
Tous les chefs d'entreprise savent bien que, pour faire adhérer l'ensemble des salariés à une politique, il faut et il suffit d'expliquer longuement et clairement les axes de cette politique, de répéter ces explications et de montrer les perspectives positives attendues. Au lieu de cela, nous avons entendu des propos relativement hétéroclites que, sur les conseils d'Henri Guaino, le président a articulé autour d'un thème intellectuel particulièrement fumeux " La politique de civilisation ".
Citer Victor Hugo, Jaurès, Blum, Mendès-France, Pinay ou de Gaulle est toujours utile.
Citer Edgar Morin, intellectuel particulièrement abscons, ancien communiste resté résolument socialiste, auteur récent de trois volumes hermétiques destinés à montrer que notre société est complexe et que, par conséquent, aucune solution n'est simple, c'est courir à la catastrophe.
Pour afficher un haut niveau de réflexion philosophique et sociologique, M. Guaino aurait peut-être intérêt à s'appuyer davantage sur Alexis de Tocqueville que sur Edgar Morin.
L'idée " pompeuse " de politique de civilisation est à cent lieues des préoccupations des Français et notamment des cadres qui ont massivement voté Sarkozy :
réduire la dette pour pouvoir investir, augmenter la croissance pour augmenter le pouvoir d'achat.

Enfin est arrivé le rapport Attali : " 300 décisions, autour de 20 réformes fondamentales ".
Et là, le Président a commis une erreur certaine en indiquant qu'il approuvait d'emblée l'ensemble du rapport et qu'il en mettrait en œuvre l'essentiel. C'était la phrase de trop.
D'abord parce qu'un rapport s'étudie avec d'être approuvé ou critiqué.
Ensuite, parce qu'aucun rapport n'est à prendre ou à laisser dans sa totalité.
Enfin parce que l'ensemble des réformes doit correspondre dans un pays démocratique non pas à un rapport de techniciens, quelle que soit sa valeur, mais à un programme électoral et à une majorité parlementaire.
Jacques Attali n'a strictement aucune légitimité à dire que son rapport est à prendre ou à laisser. C'est au Président et au Parlement de prendre et de laisser ce qui leur semble souhaitable.

La vie privée du Président, surexposée, apparaît aux Français décalée et très éloignée de la leur.
Les Français - contrairement aux Américains et aux Anglais - ont la sagesse, en règle générale, d'autoriser leurs dirigeants politiques à avoir la vie privée qu'ils souhaitent.
Peu de gens se seraient préoccupés d'une liaison du Président avec telle ou telle femme : c'est son choix.
Par contre, ce qui n'est pas passé, c'est la rapidité d'une part, l'affichage de l'émoi amoureux et du coup de foudre d'autre part.
Les turbulences de son second mariage et l'annonce impromptue du divorce ont déjà surpris. Le " coup de foudre " et le remariage trois mois plus tard ont semblé à beaucoup un signe de jeunesse inquiétant.
C'est sans doute cette question de la vie privée qui empêchera - combien de temps ? la remontée de la confiance, quelle que soit l'efficacité de la politique présidentielle.
" Amour, sur ma vertu prends un peu moins d'empire ", faisait dire Corneille à Eurydice.
Un disque va sortir. Mille journalistes vont reprendre les paroles de chansons qui, comme toutes les chansons, parlent d'amour.
Qu'il le veuille ou non, quelles que soient les précautions prises, le Président s'installe pour un an dans un maelström médiatique où vaudeville et show-biz, vont nécessairement chevaucher en permanence la politique économique et sociale. Elle risque de passer au second plan et de devenir inaudible, comme les deux derniers discours sur l'Europe et sur la politique des banlieues.
Dans le monde qui est le nôtre, le vrai pouvoir appartient aux médias.
Quel dommage !

Pour la première fois depuis l'arrivée du Général de Gaulle et le plan Rueff-Pinay, un président faisait bouger les lignes. Son bilan en neuf mois était déjà considérable.
Une série de réformes réputées impossibles était lancée :
- les régimes spéciaux de retraite,
- le droit du travail et la fin du contrat par consentement mutuel,
- le maintien des jeunes de 16 h 30 à 18 h 30 pour les devoirs à l'école,
- la réduction forte du nombre des fonctionnaires,
- un début d'autonomie des universités, etc.
Les ministres et leurs cabinets avaient des feuilles de route précises.
Une vague législative et surtout une impulsion politique très forte était donnée
.
Il est évident que Nicolas Sarkozy ne va rien abandonner de sa stratégie dans les mois qui viennent. C'est avec anxiété que nous attendons la suite... en misant sur le talent politique indéniable de notre Président. 42



Editorial Décembre 2007


Bilan de l'année 2007 et de sept mois de gouvernement

Les douze années de présidence de Jacques Chirac ont été si routinières que le contraste avec les sept premiers mois de gouvernement Sarkozy en est presque... aveuglant.
Douze grandes réformes ont été réalisées, sept d'entre elles sont partielles ou incomplètes.

Douze grandes réformes...
1. Les deux lois de juillet et de décembre 2007 sur les heures supplémentaires et le rachat des RTT correspondent bien à l'idée simple et vraie que pour gagner plus il faut travailler plus. La critique constatant que les entreprises sont libres ou non de donner des heures supplémentaires reste juste. Mais on constate déjà que sur les fameux " 14 milliards de cadeaux fiscaux ", près de six milliards concernent ces heures supplémentaires. C'est donc que la mesure a été très efficace.

2. La loi sur l'exonération des intérêts des emprunts pour l'accession à la propriété est également une excellente mesure. C'est un relais plus efficace et plus juste qui devrait se développer avec la diminution vraisemblable des niches fiscales Robien et Borloo.

3. Le plafonnement de la fiscalité personnelle à 50 % du revenu doit permettre de freiner considérablement les sorties du territoire provoquées par l'impôt sur la fortune.
Rappelons que cette fuite de capital est de l'ordre d'un milliard d'euros par an.
Si on la diminue de moitié ce sera déjà un très beau résultat.

4. La suppression des droits de succession pour 80 % des ménages est une excellente mesure.
Il ne faudrait pas aller plus loin car le maintien de droits sur les successions importantes est une mesure qui allie justice et efficacité aux yeux de tous les gouvernements de philosophie libérale.

5. La réforme des régimes spéciaux de retraite permettra d'économiser environ 5 milliards d'euros par an, ou plus exactement 4, car les compensations obtenues par les bénéficiaires de ces régimes sont de l'ordre de 1 milliard. L'essentiel était d'unifier le système. Des réformes ultérieures seront alors plus faciles à prendre.

6. La réforme de la carte judiciaire était indispensable. Elle a été menée tambour battant.
Restent à prendre toutes les mesures d'aménagement pour une application juste et proche des citoyens.
Il faut saluer le courage du ministre qui a affronté toutes les professions judiciaires.

7. L'autonomie des universités était une mesure strictement indispensable.
Chacun sait qu'actuellement toutes les écoles, grandes moyennes ou petites, permettent mieux l'accès à l'emploi que des universités surpeuplées, encombrées de faux étudiants et paupérisées...
Il était plus que temps d'adopter cette réforme pour redonner un minimum de valeurs aux diplômes universitaires, en tout cas aux diplômes des meilleures universités puisque la concurrence va enfin s'établir.

8. Une première réforme du Code du travail est passée un peu inaperçue parce qu'elle a consisté à réécrire les textes avec obligation de rendre la loi accessible et intelligible.
Certains textes passent du domaine législatif au domaine réglementaire.
On s'apercevra dès l'an prochain de son importance. Cet énorme travail qui porte sur plus de 2 500 pages n'attendait que le gouvernement pour être examiné au Sénat puis à l'Assemblée.

9. La réforme des minima sociaux a été engagée sur un plan expérimental par la création du Revenu Social d'Activité (RSA) dans vingt-sept départements.
Cette réforme est fondamentale car elle touche environ 1,2 million d'allocataires.

10. Un petit début de réforme de l'assurance maladie a été engagé avec une franchise très limitée et plafonnée annuellement.

11. La fusion des Assedic et de l'ANPE est prête, elle sera examinée au parlement le 8 janvier 2008.

12. L'obligation d'un service public minimum en cas de grèves.
Cette réforme est pour l'instant une simple loi cadre qui demande un règlement détaillé pour chaque entreprise nationale concernée. Elle devrait aussi être étendue à l'école et sans doute à d'autres secteurs.

Douze grandes réformes... parfois incomplètes
Il s'agit bien sûr des trois précédentes, mais aussi de réformes qui passent pour achevées alors qu'elles constituent de simples cadres:
Les régimes spéciaux de retraite devront nécessairement subir d'autres adaptations en même temps d'ailleurs que le régime général.
Elles seront plus faciles puisque les règles de base sont maintenant admises.

La carte judiciaire a été réformée non pas, comme on l'a dit, à la hussarde, mais selon un schéma général que pratiquement tous les ministres précédents avaient approuvé.
Il reste que l'application va demander un travail intense et continu durant au moins deux ans.

L'autonomie des universités n'aura jamais aucun sens si elle n'est pas accompagnée d'un minimum de sélections et d'un coût d'inscription significatif.
Les étudiants considèrent comme normal de payer un permis de conduire 1 500 euros ou plus, et scandaleux de payer 150 euros pour être admis à tous les avantages de l'enseignement supérieur !!!

La fusion des Assedic et de l'ANPE regroupe deux monstres bureaucratiques peu efficaces.
Il reste d'ailleurs à côté les missions locales et diverses associations qui tentent de pallier à ces insuffisances.
C'est tout le système qui doit être revu car le chômage ne baissera pas d'un iota avec cette fusion.


Six chantiers essentiels sont ouverts : ils seront conclus en 2008
1. La réforme institutionnelle. Le comité présidé par Edouard Balladur a remis ses conclusions. Elles feront l'objet en 2008 d'un texte qui devrait en retenir l'essentiel avant d'aboutir à une réforme constitutionnelle à Versailles.

2. La réforme de l'Etat. Pour la première fois, celle-ci n'a été confiée ni à un secrétariat d'Etat, ni à un ministère, mais à la Présidence de la République, le Secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant en portant le poids.
C'était la seule condition pour que cette réforme éternellement repoussée voit enfin le jour.
Vingt-six équipes d'auditeurs mêlant des hauts fonctionnaires et des cabinets privés ont passé en revue l'organisation et les missions de huit ministères avant la fin novembre.
Tous les autres services publics sont en cours d'examen avec l'objectif de terminer en mai/juin. Un premier conseil de modernisation des politiques publiques a eu lieu en décembre. Deux autres suivront.
L'essentiel de la réforme sera connu en juin et le budget 2008 sera fondé sur ces nouvelles données.

3. La compétitivité française et le rapport de Jacques Attali.
Le Président de la République a souhaité que cette étude soit très étendue, couvre tous les aspects de la compétitivité y compris les aspects sociaux et culturels pour aboutir à un rapport ayant la même importance que le rapport Rueff-Armand demandé par le Général de Gaulle en 1958.
Il faut évidemment attendre pour en mesurer l'importance et le caractère pratique.

4. La modernisation du marché du travail.
Dans ce domaine, c'est le MEDEF et les principaux syndicats de salariés qui ont commencé à travailler avant la présidentielle. Ce travail a été poursuivi toute l'année sachant que le Président de la République estimait indispensable d'aboutir à un accord fin 2007 début 2008.
En effet, c'est de la fluidité du marché du travail que dépend en grande partie la baisse du chômage.
Tous les exemples étrangers le montrent.
Or, à la dernière réunion du 7 décembre, tous les syndicats pensaient qu'un accord était possible sous un mois.

5. La politique du logement.
Là encore, le retour à une véritable économie de marché, la réforme du système HLM et la libération d'une offre foncière abondante sont les conditions du développement de la construction.
Dans un discours prononcé à Vandoeuvre courant décembre, le Président de la République a tracé les grandes lignes de la réforme.
La réécriture complète du Code de l'urbanisme ne se fera pas avant 2009. Mais plusieurs réformes de l'urbanisme opérationnel et du secteur HLM seront réalisées en 2008.

6. Un plan Marshall pour les banlieues.
L'intention est évidemment plus que louable, la réalité semble pour l'instant... extrêmement limitée.
Le problème de nos banlieues, et des zones urbaines sensibles, est d'une extrême gravité.
On en connaît toutes les données depuis vingt-cinq ans.
La dernière émeute de Villiers-le-Bel où, pour la première fois, au moins cinq criminels ont utilisé des armes à feu et blessé des CRS et des gendarmes ont rappelé l'urgence du problème. Nous avons déjà dans d'autres chroniques longuement évoqué les questions à traiter. Il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui on en est très loin.


Deux contre-réformes ne peuvent avoir que des conséquences négatives et graves
1. Le Grenelle de l'environnement.
Qu'il faille sacrifier à la pensée politiquement correcte, aux grands mouvements d'opinion et à la pression médiatique pour se faire élire, c'est une chose.
Qu'il faille y céder est une autre chose.
Nous ne pensons d'ailleurs pas que le Président de la République et son gouvernement ont tout cédé devant la vague de l'écologisme médiatique. Au contraire, il nous semble qu'avec beaucoup de prudence, la plupart des " décisions " ont été transformées en " orientations " qui seront revues et appliquées avec prudence dans le temps. Il reste qu'en donnant la parole principalement aux adeptes du principe de précaution et à des associations qui ne réalisent aucun travail scientifique sérieux, le gouvernement peut se diriger dans des voies sans issues.
C'est un peu le cas de la loi sur le droit opposable au logement votée sans aucune réforme du système HLM et se heurtant tout simplement à l'absence de logements.
Faudra-t-il demain acheter une grande partie de nos semences et même de notre nourriture à l'étranger parce qu'on aura bloqué la modernisation de notre culture ?
La partie principale de la réduction des gaz à effet de serre vise le bâtiment et les transports.
Dans ces deux domaines, les objectifs ne tiennent aucun compte des prix.
Or chacun sait que, pour parvenir à une très forte réduction de la facture énergétique, le coût du bâtiment doit augmenter d'environ 25 %.
A un moment où le marché du logement est saturé par la hausse des prix des huit dernières années, qui paiera ?
Pour ce qui concerne les transports, chacun sait que le transfert de la route vers le rail est un mythe absolu et que le coût en est rédhibitoire.

2. La suppression du dépôt de garantie versé lors de la signature d'un bail.
La mauvaise tenue du marché de l'investissement immobilier qu'il faut sans cesse relancer par des mesures de niches fiscales plus ou moins arbitraires (Périssol, Besson, Robien, Borloo) tient essentiellement au fait que cet investissement est d'abord risqué et ensuite peu rentable.
En une seule année, 90 à 100 000 décisions de justice sont prononcées pour expulser un locataire. Sur ce total, environ 25 000 accords amiables interviennent et 9 500 expulsions sont réalisées.
Pour tous les autres, soit le chiffre considérable d'environ 60 000, la procédure peut s'éterniser. Elle dure en moyenne deux ans, parfois cinq ans ou davantage.

Chaque propriétaire ayant connu ce type de difficulté et de procédure en parle à dix autres et en décourage autant. Le dépôt de garantie a d'ailleurs un aspect très bénéfique pour le locataire. Lorsqu'un problème intervient sur quelques semaines, et même sur un mois ou deux, le propriétaire cherchera un accord amiable et une solution d'étalement avant de renvoyer le locataire sachant que le dépôt de garantie lui évite de tout perdre.
Même les formules de Locapass et de fonds de solidarité logement qui mutualisent ce dépôt ne sont souhaitables que si le propriétaire perçoit directement la somme demandée.
Sinon, dans un marché dominé par la rareté, on sait bien que le propriétaire s'arrangera toujours pour obtenir un faux dépôt de garantie : deux mois de loyer d'avance, dessous de table, argent au noir, préférences pour les fonctionnaires ou les gros salaires etc... Ce sont toujours les plus pauvres qui en pâtiront. 41

Editorial
Novembre 2007

Politique de la rustine et exigence de vérité.

1 - Un début de retour d'inflation pose le problème du pouvoir d'achat.
Jacques Marseille qui refuse d'édulcorer sa pensée pour quelque raison que ce soit a publié récemment dans Le Point (15/11/2007) un excellent éditorial intitulé " La politique de la rustine ".
Il dénonce ainsi les multiples rallonges de subventions - et donc d'impôts - que l'Etat se sent obligé de faire lorsque des manifestations " un peu rugueuses " se produisent : les marins pêcheurs, la SNCF et les étudiants hier, les fonctionnaires aujourd'hui.
" Cette politique de la rustine, dit-il, légitime les rapports de force parce qu'elle fait croire à tous les Français que ces manifestations violentes suffisent pour décrocher de l'Etat Père Noël les millions et les milliards qui devraient faire l'objet d'expertise un peu plus raisonnée. "
Qui pourra demain condamner ces minorités qui bloquent l'université, les transports, les tribunaux...
" Qui pourra croire que l'Etat est en faillite s'il peut en quelques heures débloquer des sommes qui ne sont pas si dérisoires. "
Sachant par ailleurs que tous les prix vont augmenter puisque non seulement le pétrole mais toutes les matières premières, notamment agricoles, sont emportés par le mouvement de hausse.
Ce mouvement inévitable est par ailleurs très heureux puisqu'il traduit l'accès de la Chine, de l'Inde et de toute l'Asie à la consommation dont profitait hier uniquement l'Occident.
Et Jacques Marseille conclut : " Aux indications de long terme que donne le marché, il n'est en fait qu'une seule réponse possible et légitime : répercuter dans le prix de vente les coûts de revient qu'ils sont amenés à subir du fait de cette nouvelle donne mondiale. L'Etat ferait mieux de changer les pneus fatigués plutôt que de s'acharner à la pose de rustines."

2 - Une seule réponse, réduire la dépense publique et le coût des monopoles.
Mais comment, alors, augmenter le pouvoir d'achat si tous les prix de détail, et notamment les prix les plus courants - alimentation, habillement - s'envolent ?
Il n'y a bien sûr qu'une seule réponse : réduire le coût de l'Etat, des collectivités locales, des monopoles et des ententes.
La France est littéralement " shootée " à la dépense publique : équipements fastueux, grands stades, grandes bibliothèques, grands opéras, grands théâtres publics, grands festivals, grandes manifestations, grandes fêtes, grandes réceptions, grands travaux, grands musées, rien n'est jamais trop grand pour l'Etat, pour nos maires et présidents de régions et de départements.
De plus, les Français qui n'ont guère de formation économique réclament partout la gratuité au nom de la culture, du loisir et du plaisir. Pour les vieux, pour les jeunes, pour les familles nombreuses, pour les familles monoparentales, pour les handicapés, pour toute catégorie signalée par quelques désavantages... autrement dit, pour tous.
Ils oublient naturellement que la gratuité n'existe pas et que tout a un coût.
Ce coût se retrouvera naturellement dans la TVA, dans la CSG et autres RDS, dans les taxes pétrolières, dans la taxe d'habitation ou tous autres impôts qui sont finalement beaucoup moins payés par les riches que par la totalité de la population, même si elle l'ignore.
En outre, il est clair que certains secteurs sont dans une situation de monopole ou d'entente et ignorent ce qu'est la concurrence. C'est aussi le cas de toute une série de professions réglementées qui vont du notariat aux auto-écoles, en passant par une foule d'entreprises, d'agences publiques et d'administrations qui ne vivent que de normes et de réglementations.
Beaucoup attendent avec impatience le rapport Attali sur les blocages de la croissance en espérant que le Gouvernement portera ensuite le fer sur les obstacles recensés.
En attendant, le Président de la République n'a pas voulu d'un budget de rigueur au moment où les réformes de base allaient être réalisées, c'est-à-dire fin 2007 et courant 2008. Sa position est parfaitement compréhensible.
Mais le budget 2009 devra absolument montrer aux Français que l'on ne peut pas avoir à la fois plus de pouvoirs d'achat, plus d'Etat et plus de collectivités locales.
L'année 2009 sera l'année de la rigueur.
C'est maintenant qu'il faut commencer à en faire la pédagogie.
40



Editorial Octobre 2007


Le réveil difficile de la belle endormie.

C'est la France notre belle endormie.
Elle est restée très belle. Les étrangers l'adorent et les Français s'y sentent finalement très bien sauf, sans doute, 15 % de ménages dont les revenus sont trop bas pour suivre le train de la vie sociale courante.
Certes, le niveau de vie n'augmente plus que très faiblement.
Certes, notre belle endormie ne se soucie guère des dettes qu'elle laisse à ses enfants.
Mais enfin, tout cela ne paraissait pas encore assez dramatique pour angoisser la population.
L'inquiétude régnait, sans plus.
Il a fallu les années Chirac marquées par une exceptionnelle inaction, l'échec du référendum européen, la révolte des banlieues en octobre 2005, la réelle stagnation du pouvoir d'achat pour que les Français décident d'un véritable changement politique.
Ce changement s'est incarné dans l'élection de Nicolas Sarkosy.
Sous une forme certes très différente, le vote pour Ségolène Royal et la forte baisse de l'extrême gauche dénotaient aussi ce désir de changement.
Et maintenant qu'il est là, on mesure tout ce qui est à faire, on s'effraye de l'étendue des réformes nécessaires, on s'angoisse des délais et l'on s'interroge déjà sur les résultats des premières mesures avant même leur parution au Journal Officiel.
Car il faut s'attaquer à tout à la fois .
- Au déficit de l'assurance maladie,
- Au déficit actuel des régimes spéciaux et à celui, programmé, du régime général des retraites,
- A l'endettement dont les intérêts représentent le second budget de la Nation
- Au déficit budgétaire
- Au chômage de masse et au faible taux d'activité de la population en âge de travailler
- Aux contrats de travail et à l'ensemble du droit du travail
- A l'investissement des entreprises en très forte baisse depuis dix ans
- A la productivité de la Fonction Publique
- A l'excès des importations provenant de pays hors de tout contrôle social
- A la politique agricole commune
- A l'intégration des immigrés de la première ou de la deuxième génération
- A la rénovation de tout l'urbanisme des banlieues massacrées dans les années 1955/1980
- Au financement des universités et de la recherche
- A l'organisation du primaire pour empêcher 20 % des enfants d'arriver au collège sans la maîtrise de l'écriture et de la lecture.
Et tout cela, dans un cadre international toujours aussi difficile avec les risques des nouveaux états nucléaires (Corée du Nord, Pakistan, Iran), de la puissance grandissante de la Chine, du risque pétrolier mondial, d'une immigration incontrôlable tant que les problèmes de la pauvreté africaines et asiatiques ne seront pas résolus.

Et voilà pourquoi la presse, toujours submergée par le court terme et l'émotion titre chaque matin : mais que fait Sarkosy ?
Sarkosy va trop vite et veut tout faire à la fois.
Sarkosy va trop lentement, il parle mais n'agit pas.
Sarkosy réforme les apparences mais ne s'attaque pas aux réalités financières.
Sarkosy touche à tout mais ne règle vraiment rien.
Sarkosy décide de tout sans consulter... mais non, Sarkosy laisse trop de liberté au Parlement qui ralentit ou modifie trop les textes.

Les libéraux le jugent dirigiste et les dirigistes libéral.
La droite le juge trop sensible à l'ouverture vers la gauche et l'écologie,
la gauche le voit " débaucheur et électoraliste ".

Eh bien, fort heureusement, l'homme paraît blindé. La ligne politique qu'il poursuit semble très claire, on peut l'approuver ou la critiquer mais elle est cohérente :
c'est celle d'un excellent connaisseur de la vie politique qui sait que les réformes échoueront si elles ne sont pas bien adaptées aux circonstances.
C'est " l'anti Turgot ". Turgot nommé Ministre des Finances par Louis XVI avait dans ses cartons dix projets de réformes tous plus importants les uns que les autres. Il n'en a réalisé qu'une et a du quitter son poste très vite car ses projets ne pouvaient être imposés dans une année de disette en pleine révolte des farines et sans l'appui ou du moins la neutralité du peuple et des classes intermédiaires.

Nous sommes dans un régime démocratique où la réforme ne se fait pas sans un certain consensus populaire car les techniques de blocage sont nombreuses, pour ne pas dire innombrables si l'opposition se sent soutenue par la majorité et si elle les utilise toutes : le Conseil d'Etat, le Conseil Constitutionnel, le Parlement et l'obstruction technique des amendements sans oublier l'essentiel : la rue.
Il est vain de recommander à la Presse, prudence, sagesse et raison.
Le dernier numéro de l'Expansion est un bon exemple de l'énervement médiatique.
Rédigé le 15 octobre 2007, c'est-à-dire sept semaines après les quinze jours de vacances du gouvernement, il rédige déjà un cahier spécial sur le bilan provisoire de Sarkosy commenté par François Hollande, François Bayrou et Jean-Pierre Raffarin.
On ne saurait prendre plus de recul et choisir des commentateurs plus objectifs !!!

Peut-on vraiment juger une politique, et surtout dans un climat aussi nouveau avant au moins un an de travail complet, septembre 2007/septembre 2008 ?
Pour notre part, nous traiterons une par une les solutions mises en œuvre au fur et à mesure que les questions sont posées mais en nous gardant d'une appréciation générale ...... sauf si ...39


Editorial septembre 2007


Pour une juste mesure du temps.

Dans toute action humaine il y a un temps pour la préparation, un temps pour l'action, un temps pour la réponse, un temps pour l'analyse des résultats.
Le Président de la République en parlant du prochain budget a évoqué ces quatre temps.
2008, a-t-il souligné, sera une année de transition car on ne refait pas en six mois le budget d'un Etat accoutumé depuis maintenant trente ans au laxisme et au déficit.
De plus, la réforme est déjà difficile à faire passer dans un pays où chacun la souhaite pour les autres mais jamais pour soi. Elle ne peut être accompagnée en même temps d'un plan de rigueur trop strict.
2009, sera la première année fondée sur un budget entièrement nouveau préparé par tout un travail d'audit conduit ministère par ministère.
C'est cette année-là que l'on pourra juger début 2010.

Mais qu'il est difficile d'échapper à l'agitation du microcosme qu'évoquait Raymond Barre et à la fébrilité de la presse quotidienne qui donne toujours l'image d'un nid de fourmis agité par la hure d'un sanglier.
Tandis que les uns critiquent l'agitation excessive du nouveau président, les autres regrettent déjà le 30 septembre que les résultats ne soient pas au rendez-vous !!!
La réforme d'un Etat moderne, c'est le rocher de Sisiphe !
Chacun de nos codes compte mille à deux mille pages. En outre, chacun d'eux se croise avec les codes voisins.
Dans le domaine de la construction il en est au moins trois : le code de l'urbanisme, le code de l'environnement, le code de la construction. Il faut en rajouter deux autres : le code civil et le code des collectivités locales car celles-ci ont maintenant tout pouvoir en matière d'urbanisme.
La mécanique législative est d'une extrême complexité, qu'il n'est d'ailleurs pas toujours souhaitable de réduire car c'est aussi une des conditions de la démocratie, de la protection du droit des citoyens, de la protection de l'opposition.
Il fallait que l'équipe de Nicolas Sarkozy soit déjà formidablement organisée pour avoir pu traduire dans la réalité, c'est-à-dire dans des décrets d'application, une bonne dizaine de mesures législatives extrêmement lourdes prises entre le 3 juillet et le 5 août par un Parlement convoqué en session extraordinaire.
Et l'on ne mesure pas l'étendue du travail effectué dans chaque ministère alors que toutes les équipes n'ont eu que cinq semaines depuis les vacances.
L'action de Christine Boutin, ministre du logement, qui a vu et revu en septembre la totalité des leaders de la profession (plus de 30 syndicats professionnels et combien d'experts !) et bien avancé la réflexion sur sept à huit réformes importantes de l'urbanisme et de la construction en est un bon exemple.
La précipitation est la plus mauvaise des solutions.
Comme les législations de circonstance nées d'une émotion populaire aussi compréhensible que dangereuse. Imaginons la rentrée et que les étudiants soient dans la rue, leurs droits d'inscription ayant été augmentés librement par chaque université! Aurait-on pu lancer dans ces conditions la réforme des régimes spéciaux ?

La phrase de François Mitterrand " Laissez du temps au temps " est véritablement entrée dans la conscience populaire encore qu'elle ait bien mal servi puisqu'elle a laissé au temps le temps de ne rien faire.

Ayons au moins la patience de laisser à Nicolas Sarkozy les quinze mois qui viennent pour entreprendre ce que nous pourrons juger en 2009 qui marquera le vrai bilan de la réforme. 38
Editorial Juillet 2007

Fin du tout politique, début des réalités : combattre le Diable dans les détails.

Depuis septembre 2006, les Français ont signifié à leurs dirigeants qu'ils croyaient au retour de la politique et à la possibilité d'y trouver une solution à leurs intérêts individuels par le biais de l'intérêt collectif.
Pour parler simple, ils ont dit haut et clair que la politique pouvait servir à quelque chose.
Et ils ont voté pour un président élu avec 53 % des voix et le taux de participation le plus élevé depuis 40 ans.
De plus, deux mois après le second tour des présidentielles, tous les sondages accordent au gouvernement un niveau de confiance de l'ordre de 65 %. Ce sont des conditions exceptionnelles pour réussir une véritable politique de rupture et de réformes dont une grande majorité de Français sent qu'elle est nécessaire.
Mais c'est le 3 juillet, ouverture de la session spéciale du Parlement, que tout commence.
Car tout commence vraiment lorsqu'il y a projet de loi, puis décrets d'application, puis circulaires, puis réalités administratives.
Le Diable se cache dans les détails à tous ces niveaux.
- D'abord le projet de loi.
De l'idée développée dans un discours électoral au projet, la distance est souvent grande.
Le projet lui-même doit s'assurer de trois conformités : avec les textes et la jurisprudence du Conseil d'Etat, avec la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, avec les directives européennes et la jurisprudence de la Cour de justice.
Ce n'est pas une mince affaire.
- Après passage en commissions et vote de l'Assemblée, les décrets d'application se font toujours attendre. Certes, l'administration peut être pressée, voire bousculée et contrainte mais cela prendra toujours quelques mois plutôt que quelques semaines.
- Enfin viendra le temps des circulaires d'application afin que chacun sache au niveau des départements et des communes, comment les textes doivent être interprétés et appliqués.

On le voit, tout cela est un travail redoutable et l'énergie inlassable déployée par notre nouveau Président ne peut hélas en aucun cas remplacer les centaines ou plutôt les milliers de prudences et de temporisations locales.

C'est tout un pays qu'il faut mettre en mouvement et 25 ans de mitterrandisme et de chiraquisme ne nous ont guère habitués à l'ardeur, à l'audace et à la détermination.
Et c'est pourtant à cette seule aune que pourra être jugée l'action présidentielle et législative. 36


Editorial Juin 2007

Le Parlement et la société civile dans un paysage politique entièrement nouveau.
Le Parlement élu les 10 et 17 juin 2007 comptera une majorité de plus de 400 députés, moins de 160 pour l'opposition. Ce phénomène est entièrement nouveau, même si en 1968 la majorité issue de la dissolution était presque aussi forte.
Quelles que soient les interprétations de ce vote, et notamment du taux d'abstention, il est clair qu'il s'agit d'un soutien total au programme et à la personne du Président de la République.
Si les abstentions ont été fortes, elles confirment que les Français loin d'être inquiets par la personnalité très volontariste de Nicolas Sarkozy lui donnent en quelque sorte un blanc-seing en disant :
" Nous ne sommes peut-être pas vos partisans mais nous acceptons de tester une autre politique, la vôtre. "
Ce vote " présidentialiste " nous fait entrer dans un autre régime, le régime présidentiel.
Nous pensons, pour notre part, qu'il s'agit d'une très bonne orientation mais à deux conditions :
- que le Parlement joue son rôle,
- que la société civile sorte de la faiblesse qui est la sienne en France.

Le Parlement d'abord.
450 députés (chiffre probable, le 11 juin, jour où cette lettre est rédigée) c'est évidemment une majorité très hétérogène.
On y trouve des hommes de tradition planificatrice et constructiviste qui ont fait leur carrière politique au début d'un gaullisme marqué par la puissance de l'Etat, de la haute fonction publique et de l'ENA.
Ces hommes sont souvent plus proches d'une partie du parti socialiste que de la droite traditionnelle.
Un deuxième groupe de parlementaires est au contraire de tradition libérale, certains venant du giscardisme et d'autres de l'UDF.
Deux inter-groupes parlementaires représentaient bien cette tendance : Les Réformateurs animés par Hervé Novelli et Génération Entreprise animée par Jean-Michel Fourgous.
Un troisième groupe de parlementaires vient de la démocratie chrétienne : il s'agit d'une bonne partie de l'UDF ralliée à l'UMP par Pierre Méhaignerie et du nouveau centre qui a quitté François Bayrou.
Un petit nombre de députés représentent encore une quatrième tendance : celle qui s'était vivement opposée au traité de Maastricht et qui avait animé le NON au référendum sur la constitution européenne. Ils sont peu nombreux mais représentent une vraie tendance politique.
Enfin un cinquième groupe se revendique sinon de gauche du moins " du très social " : il va des amis de Philippe Seguin hier à Christine Boutin aujourd'hui.
S'ajoutent à ce panorama d'autres clivages liés aux hommes : les premiers fidèles de Nicolas Sarkozy, les derniers fidèles de Jacques Chirac, les proches d'Alain Juppé, de François Fillon, de Dominique de Villepin...
Difficile aujourd'hui de prévoir ce que souhaiteront le Président de la République et le Premier Ministre.
Pour nous, il nous semble indispensable de créer une " respiration parlementaire " très forte redonnant à l'Assemblée Nationale des pouvoirs qu'elle a totalement perdus avec la constitution de 1958.
Ces pouvoirs doivent être clairement affirmés dans une réforme constitutionnelle.
Ils doivent aussi s'exprimer par la création de " courants ", qu'on leur donne ce nom ou qu'on les appelle autrement.
L'essentiel est qu'il existe dans cette énorme majorité des tendances qui expriment clairement la diversité des électeurs et donc des Français.
Il faut, à l'UMP, une droite, un centre et une gauche pour reprendre les images traditionnelles.
Gageons d'ailleurs que nombre de personnalités du centre et de la gauche rejoindront cette majorité car cinq ans c'est long et dix ans plus encore.

Pour une société civile forte.
La société politique tient en France une place considérable, tradition hélas très ancienne dont Tocqueville a montré dans " L'ancien régime et la révolution " qu'elle existait bien avant les années 89/99 et le centralisme napoléonien.
Le groupe formé par le gouvernement, les cabinets ministériels, les hauts fonctionnaires et responsables des grandes agences publiques est le cœur de cette société politique que le Parlement est censé contrôler mais qui, en fait, s'y identifie. Et ce d'autant plus que les parlementaires sont le plus souvent présidents de conseils généraux, maires de grandes villes, présidents de régions et qu'ils s'appuient eux aussi sur les quelques 2 millions de fonctionnaires territoriaux.
En face de cette société politique plus puissante en France que dans tous les autres pays, on trouve des structures professionnelles très éparpillées au niveau patronal comme au niveau salarial.
- Le MEDEF constitue un savant équilibre de pouvoir entre 600 syndicats professionnels et 85 branches ou fédérations. -Les salariés se regroupent dans 6 grands syndicats dans lesquels les syndicats de fonctionnaires sont dix fois plus puissants que les autres, tandis que de nombreux " autonomes " n'ont pas le droit de vote aujourd'hui mais l'auront sans doute demain.
- A côté de ce mouvement syndical, les thinks tanks et clubs de réflexion représentatifs de la société civile au vrai sens du terme - c'est-à-dire en dehors de tout corporatisme professionnel - sont très peu présents.
A gauche, en-dehors d'ATTAC, on trouve quelques associations et groupes d'intellectuels autour de grandes figures universitaires et sans moyens financiers.
A droite, la société civile s'est davantage développée autour des idées libérales.
Il est absolument fondamental qu'elle puisse faire entendre sa voix en face d'une société politique marquée par une spécificité trop connue : elle gouverne par l'impôt et par l'emprunt et ignore tout du risque entrepreneurial, du compte d'exploitation de l'entreprise et du contrat de travail des simples particuliers. 36


Editorial Mai 2007

Passion .......... Raison ......... Election

Un peu de philosophie n'est peut-être pas inutile au moment où la France change de Président et peut-être d'époque.
En introduction à cette réflexion, j'aimerais citer quelques phrases d'Albert Memmi tirées d'un merveilleux petit livre intitulé " Ah quel bonheur ! "
" Submergés par nos émotions, piégés par nos sens, leurrés par notre imagination, nous devons nous en remettre à notre raison.
Mais comment pouvons-nous sans un vain orgueil nous targuer de raison alors que nous sommes si souvent submergés par nos émotions, piégés par nos sens, leurrés par notre imagination, téléguidés par notre part d'ombre, tiraillés par l'avidité de nos intérêts et même par des préjugés honteux et tenaces ?
Peut-être est-ce cela précisément la raison et la sagesse.
L'effort de tenir compte de tout, comme un bon capitaine qui, ayant bien calculé son itinéraire, prévu les aléas de la route, évalué l'état de la mer, la force et la direction des vents, maintient sa barre dans la bonne direction.
Notre capitaine c'est notre raison et le résultat toujours menacé de ses efforts devrait en être la sagesse.
Depuis Socrate et Freud, en passant par Leibniz et Schopenhauer, nous savons qu'une large partie de nous-même échappe à notre contrôle direct.
Mais nous nous efforçons de cerner, de réduire ce double inconnu afin de nous conduire au mieux. Nous tâchons de distinguer entre le constat et le vœu, le jugement et le préjugé, la démonstration et l'apologétique religieuse ou profane.
Dans cette superbe entreprise, la raison est notre capitaine. Il peut se tromper, naviguer médiocrement, quitte à refaire ses calculs et à rectifier sa route.
Mais que ferions-nous sans lui ? Sinon nous en remettre aux démagogues et aux sorciers de toute sorte ?
"

Il n'est pas inutile de méditer ces lignes pour comprendre et éclairer les réactions d'une partie non négligeable de la droite et de la gauche à l'élection de Nicolas Sarkozy.
Cette élection, il est vrai, est significative. Ce n'est pas seulement l'élection d'un homme, c'est le choix par une claire majorité des Français d'un président porteur d'un programme de droite - pour la première fois depuis la libération - et de valeurs conservatrices et libérales clairement affirmées.

- A gauche, impossible de convaincre des hommes par ailleurs intelligents, sensibles et cultivés que Sarkozy ne va pas expulser illico les musulmans, les noirs, les francs-maçons, les protestants, les juifs, les clochards, les infirmes.
Impossible de les convaincre qu'il n'existe pas de programme affirmé de suppression du PACS, des radios-libres, des divorces par consentement mutuel, de l'avortement, de la mixité scolaire, des comités d'entreprise, du droit de grève... L'eugénisme est en filigrane.
En tout état de cause, la dictature est déjà là avec le monopole de la presse par le CAC40, une majorité parlementaire au pas de l'oie, un parti quasi-fasciste, en un mot, un homme capable de tout.
Il ne faut ni en rire, ni en sourire.
Car l'action politique est difficile dans un climat où toute décision est examinée dans un climat de totale défiance, où toute action est suspectée avant même d'être entreprise.
La raison c'est aussi de comprendre la passion. Elle est parfois, hélas, paroxystique (cf. plus loin l'article de Libération).

- A droite, impossible d'envisager que les mesures phares d'un programme libéral puissent être appliquées, même partiellement. Le service minimum est déjà repoussé d'un an, comme le sera la réforme des régimes spéciaux de retraite, le contrat de travail unique, les heures supplémentaires détaxées et " déchargées ".
La carte scolaire ne sera jamais libérée, les réformes Robien jamais confirmées, l'université jamais autonomisée.
On tourne le dos à une politique du logement libérée en proclamant un impossible droit opposable.
La fin des déficits budgétaires est remise à cinq ans, le train de vie de l'Etat ne sera jamais réduit pas plus que les subventions aux centaines d'associations inutiles, aux spectacles sans spectateurs et à leurs intermittents.
Bref la politique étant par nature démagogique et ruineuse (c'est l'Ecole du " Public Choice " qui l'affirme) Sarkozy nous a bien eus, il n'est qu'à voir les heures passées à convaincre Védrine, Kouchner, Allègre, Notat, Jouyet, Morin, Leroy, Attali, Martin Hirsch et autres de sa bonne volonté et de son désir de les voir participer au gouvernement.

La passion n'est ni de gauche ni de droite, elle est partout.

Notre capitaine dit Albert Memmi c'est notre raison. A-t-elle disparu dans le gouffre des critiques de droite et de gauche ?
Il faut une volonté de fer pour conquérir la possibilité de se présenter avec l'appui d'un parti de masse à la présidentielle.
Il faut une volonté peu commune pour rassembler son camp, du centre gauche au centre droit, de ses ennemis intimes à ses concurrents d'aujourd'hui... et de demain.
Il faut une stratégie d'une grande qualité pour mener la course en tête, sans aucune interruption, du 1er septembre au 6 mai.
Il faut un désir d'action constant et sans faille pour promettre de faire ce que l'on a annoncé. Promesse d'autant plus dangereuse qu'elle a été affirmée urbi et orbi.
Il faut enfin une rare faculté d'adaptation pour appliquer dès la victoire une politique prenant à contre-pied tous ses adversaires et saisir que, psycho-sociologiquement, on ne peut réussir que par la séduction.

Bref, la raison constate que Nicolas Sarkozy était le meilleur professionnel et le plus gros travailleur de l'équipe.
Claude Allègre conclut avec la voix de la raison que " Nicolas Sarkozy était supérieur à Ségolène Royal dans tous les compartiments du jeu : l'intelligence personnelle, la compétence, la précision du programme, le dynamisme. "

Et l'opinion, très majoritaire, a finalement suivi la raison puisque le nouveau Président possède aujourd'hui un capital confiance considérable : 70 % des Français approuvent son programme et la composition du gouvernement.

Et maintenant, que faire ? A travers les vagues, les changements de vents et d'alliances et quelques premières mesures symboliques, se dégager le plus possible des passions de droite et de gauche, et ne rien attendre de décisif ni d'un homme, ni d'une majorité ou de combinaisons politiques.
Des années de réflexion et une longue année de campagne électorale nous ont permis de savoir où se trouvent la vérité économique et la raison politique.
A chacun de nous, à chacune de nos associations de s'y atteler en portant la parole de la société civile et des entrepreneurs à nos nouveaux gouvernants.
Les ministres et leurs cabinets doivent être informés, sollicités, poussés vers les réformes que chacun connaît.
Les parlementaires doivent être conduits à jouer leur rôle de contrôle et de suggestions.

Dans le régime présidentiel qui est maintenant le nôtre, le cabinet et l'entourage du président doivent être sans cesse documentés et alertés par nos associations.
En un mot, les appréciations de toute nature sur ce qu'est ou ce que n'est pas Nicolas Sarkozy, sur ce qu'il a fait ou fera sont bien vaines.
C'est maintenant que le travail commence.
C'est à chacun de le faire en étudiant ses dossiers, en proposant ses réformes et en redonnant la barre à notre capitaine : la raison. 35


Editorial avril 2007

Quelques-uns d'entre vous nous ont reproché de ne pas prendre partie pour l'un ou plusieurs des douze candidats à l'élection présidentielle.
Ce n'est pas le rôle d'un organisme d'étude et de réflexion, comme le nôtre, de recommander un vote, ou plusieurs, quelle que soit l'importance du scrutin.
Pourtant, après avoir lu de très nombreux éditoriaux, articles ou controverses sur ce sujet dans notre famille politique, il m'a semblé souhaitable d'intervenir d'abord en donnant la parole à deux de nos amis et en y ajoutant quelques réflexions personnelles.

D'abord le point de vue d'un homme qui milite depuis plus de vingt ans pour la réforme de l'Etat et qui a fondé le premier véritable " think tank " français, l'IFRAP, Bernard Zimmern :
" Le futur est-il libéral ou conservateur ?
Depuis le retrait d'Alain Madelin de la vie politique, les défenseurs du libéralisme, généralement qualifiés immédiatement d'ultra-libéraux par la gauche, se multiplient.
Ils s'empressent de dénoncer les actions de Nicolas Sarkozy ou certains de ses discours, qui, selon eux, ne sont pas conformes aux canons du libéralisme :
- son interventionnisme auprès d'Alstom ou d'EADS,
- le droit opposable au logement, etc.
Et les ex-libéraux d'apporter leur soutien qui à Jean-Marie Le Pen, d'autres de rallier François Bayrou, d'autres enfin de soutenir Nicolas Sarkozy mais seulement du bout des lèvres.
Pourtant, tous ou presque tous disent s'inspirer du modèle américain ou des réformes qui ont remis sur les rails de la croissance et du développement des pays comme le Canada, la Nouvelle-Zélande ou l'Australie. Mais ce qui a réussi dans le monde et particulièrement outre-atlantique, ce n'est pas le libéralisme, c'est le conservatisme, un mélange d'idées prises chez Bastiat, Hayek, et, plus proche, Friedmann, mais s'appuyant sur un réalisme et écartant tout dogmatisme.
Comme l'a expliqué un humoriste, la première ambition d'un conservateur est de conserver. Conserver quoi ?
D'abord soi-même, son existence, sa liberté et son avenir.
Et cela n'a jamais exclu l'intervention de l'Etat lorsque celle-ci était justifiée.
Mais ne l'autorise certainement pas lorsque l'appel à la régulation par l'Etat n'est autre qu'une excuse pour certains d'étendre leurs pouvoirs et leurs privilèges.
Ce qui est remarquable dans le discours de Nicolas Sarkozy, c'est qu'aucun principe n'est poussé à l'extrême et que toute réflexion est toujours tempérée par un réalisme tiré de l'expérience.
Ce qui déboussole parfois les puristes.
Notre pays a trop souffert de définir ses politiques avec des concepts creux inventés par des manipulateurs de la pensée publique, les 35 heures, la redistribution entre riches et pauvres censée justifier le poids écrasant des charges, alors que s'il y a redistribution, elle se fait seulement en faveur de quelques classes de privilégiés, etc.
Il serait temps que nous commencions à ancrer nos décisions sur la réalité, sur un diagnostic des faits appuyé d'études approfondies et non sur des chimères ou des dogmes.
Nicolas Sarkozy paraît en avoir fait le centre de sa stratégie et de sa communication avec les Français.
Et comme c'est la saison pour chacun de dire ses préférences, tout le travail en profondeur que j'ai mené à l'IFRAP depuis 20 ans avant d'en abandonner la présidence, me pousse à considérer qu'il est le seul (avec un autre " petit candidat " intègre mais qui n'a aucune chance) capable d'être un conservateur et de remettre notre pays sur ses rails.
Mais voter pour lui ne signifie pas lui donner un blanc-seing.

S'il est élu et s'il retrouve une majorité au Parlement, le vrai travail commence. "


Ecoutons encore le point de vue d'un économiste qui est un excellent observateur de l'économie " concrète ", et notamment des marchés financiers : Jean-Pierre Chevallier.
" Voter pour Nicolas Sarkozy au 1° comme au 2° tour est une évidence.
S'il n'est pas élu, la politique économique antilibérale sera la même que celle qui a été menée depuis 1981.
Depuis cette date, notre croissance est toujours un peu inférieure à celle des Américains.
Finalement l'écart de richesse est important après cette longue période de 25 années.
Une rupture s'impose comme le disait Nicolas Sarkozy, mais il n'ose pas le répéter trop fort car tous les Français sont contre le libéralisme : la gauche (c'est à dire presque la moitié des électeurs) et au moins la moitié de la droite, sont viscéralement anti-américaines.
La plupart des Français sont encore dans leur tête au XIX° siècle : ils croient que le monde serait plus vivable si personne ne travaillait dans des entreprises polluantes pour gagner de l'argent !
Nicolas Sarkozy louvoie contre l'adversité pour être élu.
Certaines de ses déclarations sont loin d'être libérales, oui, mais ce sera pire avec tout autre président ! et il n'y en aura qu'un. "


Votez pour de bonnes conditions de travail après juin 2007

Pour ma part je voterai pour un homme correspondant à la conclusion du texte de Bernard Zimmern qui me paraît la phrase la plus importante dans tous les messages politiques reçus depuis un an et que je paraphraserai ainsi :
Voter ne signifie pas donner un blanc-seing. Le vrai travail commencera avec celui qui sera élu en souhaitant naturellement qu'il trouve une majorité au Parlement.
La campagne électorale a développé un flot de propositions dont beaucoup sont irréalistes, démagogiques, symboliques.
Mieux vaut dans ce domaine s'arrêter non pas à ce qui se dit depuis trois mois, mais à ce qui s'est écrit dans les conventions de l'UMP et dans les propositions du parti socialiste, l'UDF ayant été discrète dans ses études programmatiques avant le démarrage de la campagne.
Les propositions du parti socialiste sont énoncées dans un programme d'ensemble qui a choqué et découragé les experts les plus sympathisants.
Certes, ces propositions ont été nuancées, parfois retirées, parfois confortées par Ségolène Royal qui a tenu à conserver une assez grande liberté dans son programme. Même si son indépendance d'esprit peut la conduire à des mesures plus réalistes et plus efficaces sur le plan économique, il reste qu'elle s'appuie sur un corps de doctrine, un ensemble de propositions et surtout une majorité parlementaire avec laquelle il sera difficile de travailler.
Certains leaders du P.S, les Rocardiens, les partisans de DSK et de Bockel peuvent être ouverts à quelques propositions libérales. Mais ils sont très loin d'être majoritaires et c'est avec la majorité qu'il faudra travailler.
Les propositions de François Bayrou veulent faire naître une troisième force entre le PS et l'UMP, ce qui peut sembler à beaucoup un idéal, ou du moins une alternative souhaitable dans la vie politique française.
Comme apparaît souhaitable toute idée de contre-pouvoir à une majorité trop forte, tentée d'abuser de sa puissance. Toutefois, pour que ce projet soit crédible il faudrait que François Bayrou se déclare franchement libéral ou franchement social-démocrate. Car il faudra bien gouverner soit avec les uns, soit avec les autres.

La France a absolument besoin de grandes réformes et de réformes urgentes comme en ont eu besoin et en ont réalisées les Anglais, les Allemands, l'Europe du nord, le Canada, l'Australie etc...
Il faut pour cela être précis et préparer clairement ses alliances.
F. Bayrou envisage t'il de travailler avec une majorité partisan des 35 heures, de la retraite à 60 ans, des régimes spéciaux, du retour à l'interdiction des licenciements ?
Les électeurs du centre droit peuvent-ils y retrouver leurs petits ?
Les propositions de l'UMP ont été préparées avec beaucoup de détails et de précisions dans des conventions conçues, organisées et suivies par Nicolas Sarkozy et l'équipe qu'il a formée autour de lui depuis dix-huit mois.
Les conclusions de ces conventions satisfont à 80 % les positions économiques et sociales défendues par les libéraux.
Sur le plan des valeurs de civilisation, de société, d'éducation, nous nous reconnaissons aussi pour l'essentiel dans les thèses de ces conventions.
Certes, dans nombre de discours électoraux, il s'est écarté de la ligne définie par cet ensemble de conventions. Pourquoi ? Parce que c'est un homme politique qui n'a pas envie de perdre des voix en défendant un libéralisme doctrinal, facile à proclamer lorsque l'on est loin des manettes de l'action gouvernementale.

Pour faire 30 % au premier tour et 54 au second, il faut bien évidemment quitter tout point de vue idéologique et se couler dans une sociologie électorale mouvante.
A cet égard, il est parfois irritant d'entendre en permanence les reproches énoncés par les libéraux autoproclamés " de stricte obédience " contre les politiques toujours accusés de trahir la pensée libérale au profit de l'électoralisme.
Il y a à notre sens un temps pour l'éducation et la pédagogie économique et politique - c'est le temps de la longue durée - et un temps pour la campagne électorale - un an pour la préparer et trois mois pour la gagner.
On ne peut pas demander à un candidat à l'élection présidentielle de faire l'éducation politique de la population en trois mois. 33

Editorial Mars 2007

Nous l'avons dit et nous le répétons depuis neuf mois : l'élection présidentielle de 2007 se jouera totalement à droite avec le retour des valeurs malmenées depuis 1970 et la recherche de nouvelles normes pour une vie sociale compromise par les excès de l'individualisme et du relativisme qui l'accompagnent.

Les derniers sondages qui évaluent les chances des candidats à la présidentielle confirment encore ce point de vue. Nicolas Sarkozy (26/28 %) et François Bayrou (22/24 %) représentent ensemble plus de 50 % des intentions de vote. Jean-Marie Le Pen est stabilisé autour de 14 %. Les petits candidats de droite font ensemble 1,5 %.
La droite est ainsi à 66 %, les deux tiers de l'électorat, du rarement vu pour une élection nationale.
Une partie importante de la presse et, plus encore, de l'édition, reflète bien cette évolution de l'opinion.
Le mensuel " Enjeux Les Echos " titrait un numéro spécial le mois dernier : " Tous réacs ? Ordre, travail, patrie... les valeurs traditionnelles reviennent en force. " L'historien Jean Sévilla publie le même mois l'ouvrage " Moralement correct " avec, en sous-titre, " Recherche valeurs désespérément ".
On notera que dans les trente dernières années, les grands succès intellectuels - et les grands tirages - ont concerné des auteurs remettant en cause radicalement beaucoup d'idées reçues du siècle dernier : François Furet et Mona Ozouf ont entièrement réinterprété la Révolution française, séisme dont la France ne s'est remise qu'au prix de 130 années de secousses permanentes.
Pascal Bruckner, dans " Les sanglots de l'homme blanc ", s'est attaqué au tiers-mondisme et à la repentance :
Aider les autres c'est déjà savoir qu'on a beaucoup à leur apporter plutôt qu'à se dénigrer.
Le " Livre noir du communisme " a révélé le désastre politique et moral d'une idéologie qui a fait 100 millions de morts. Les grands moralistes de l'époque sont Alain Finkielkraut, Jean-Claude Guillebault, Philippe Muray, Evelyne Sullerot, Michel Schneider, Pierre Manent, Marcel Gauchet, Pierre-André Taguieff, Raymond Boudon.
En économie une évolution identique s'est produite. Marx et l'économie planifiée ont littéralement disparu du paysage.
Schumpeter l'école autrichienne et tous les Nobel d'économie les ont remplacés.

Il en va de même en histoire et dans l'ensemble des sciences sociales.
Les grandes revues intellectuelles reconnues sont " Commentaire ", " Le Débat ", " Le meilleur des mondes ".
C'est pourquoi, plus que jamais, nous pensons que celui ou celle qui aura le plus de chances de l'emporter sera : le candidat d'une droite décomplexée qui affirmera haut et fort les valeurs traditionnelles du conservatisme en y associant les valeurs modernes du libéralisme social et politique, autant que du libéralisme économique.
le candidat d'une gauche qui n'aurait pas peur d'abandonner la phraséologie du socialisme français traditionnel et qui n'hésiterait pas à montrer sa modernité en reconnaissant le réel... et quelques erreurs, notamment en matière de partage du temps de travail, d'âge de la retraite, de refus de l'évaluation et du contrôle des politiques sociales et des politiques culturelles.

Un grand pays démocrate a besoin d'une vraie gauche et d'une vraie droite, d'une gauche démocratique reconnaissant l'efficacité du marché, d'une droite démocratique ouverte aux évolutions sociales. 32

Editorial Février 2007

Deux mois avant les élections présidentielles, on aimerait qu'un débat de fond soit clairement engagé autour de quelques orientations essentielles qui conditionnent l'avenir.
Et ces orientations doivent s'accompagner impérativement d'un refus ferme et définitif du déficit budgétaire.
Pas de nouveau programme sans que l'on trouve, en face, les moyens de revenir à l'équilibre des finances publiques. Pourquoi ?
Tout simplement parce que payer des intérêts sur les dépenses de fonctionnement est inadmissible.
Le simple règlement annuel des intérêts de la dette publique dépasse aujourd'hui 40 milliards d'euros, autant que le budget de la défense nationale.
Dans un pays où l'on trouve encore un pourcentage trop élevé de ménages qui ont du mal à boucler leur fin de mois, comment accepter que l'on dépense au sens littéral du terme, pour rien, 40 milliards par an, soit le salaire moyen de 2 millions de Français.
Aujourd'hui, parmi nos candidats à la présidentielle, qui affirme cette priorité ?
Il ne s'agit pas, comme on le voit quotidiennement dans la presse, de chiffrer tel ou tel promesse de tel ou tel candidat, pour telle ou telle catégorie sociale.
La plupart de ces promesses sont possibles à réaliser mais à une condition, et une seule : que l'on indique en face les moyens de diminuer parallèlement - et davantage - les dépenses publiques et, par conséquent, la dette.
Hélas, dans ce domaine, contrairement au Beaujolais nouveau, les programmes nouveaux ne sont pas encore arrivés. Après 30 ans d'alternance entre une Droite gaullo-chiraco-constructiviste-étatiste, et une Gauche socialiste-archaïque, la majorité des Français souhaite vraiment la rupture.
- La Droite qui avait plébiscité la candidature de Nicolas Sarkozy lorsqu'elle était marquée sous le sceau de la rupture - de mai à septembre 2006 - s'inquiète plus qu'on ne le croit d'un discours plus modéré qui doit sans doute beaucoup à la nécessité de rallier un camp chiraquien et gouvernemental qu'il faut bien regrouper.
- La Gauche, elle, est clairement divisée en deux camps : celui des révolutionnaires et celui des réformistes socio-démocrates.
Les révolutionnaires souhaitent une autre société, une alternative à l'économie de marché, au capitalisme, à la démocratie libérale. Leur division et leur absence complète de solutions crédibles entraînent leur marginalisation : 10 % des intentions de vote pour 5 candidats. Difficile de produire aujourd'hui un nouveau " Manifeste du Parti communiste ". La Gauche réformiste semble totalement incapable aujourd'hui d'accoucher une doctrine tout au moins " un corpus " analogue à celui du parti social démocrate allemand après Bad-Godesberg ou à celui du New Labour en Grande Bretagne. Plus d'aides diverses et variées pour plus de catégories sociales, pour plus de secteurs économiques ne font pas une politique.
Les socialistes ne semblent pas avoir compris que le " peuple de Gauche " ne souhaite ni la généralisation des 35 heures, ni le maintien des privilèges des fonctionnaires et l'extension de la fonction publique, ni la renationalisation d'EDF et de divers services publics.
L'Institut de l'Entreprise réalise des efforts bien inutiles en tentant de chiffrer les promesses de nos candidats : 35, 50, 70 milliards ?
Ces chiffres sont d'autant plus " vains " que l'imprécision domine dans des promesses où le vague se dispute avec l'incertain.
La seule chose qu'il faudrait chiffrer ce sont les dépenses que l'on peut économiser parce qu'elles sont strictement inutiles.
Un rapport confidentiel de l'administration en juillet 1999 en chiffrait le total à quelques 15 milliards d'euros par an.
Que serait-ce si ce rapport avait été fait par des auditeurs d'entreprises autrement rigoureux !
Oui, les marges de manœuvres existent, mais il faut d'abord chiffrer l'économie réalisable avant de chiffrer la dépense. 31

Editorial Janvier 2007

Au seuil de cette année électorale, il est important de se poser la question des valeurs et des idées qui vont dominer notre société dans les prochaines années ?
Et comment ces valeurs et ces idées ont évolué dans les cinquante dernières années ?
Il nous semble que trois grandes périodes se sont dessinées depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
De 1945 à 1965, la France comme toute l'Europe a été dominée par la valeur travail - il fallait reconstruire - et par les valeurs sociales : il fallait que chacun soit solidaire dans cette reconstruction. Expansion économique, démocratie et syndicalisme se sont épaulées mutuellement.

De 1965 à 1980 une vague hédoniste s'est répandue aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord.
Portée d'abord par le mouvement étudiant, elle s'est rapidement diffusée dans les tranches d'âge de 40/50 ans.
Ses aspects positifs ont sans doute été à l'origine d'un retour ou d'une redécouverte de l'individualisme libéral. Ses aspects négatifs, et notamment une remise en cause trop radicale de toutes les formes d'autorité, ont conduit à un retour du conservatisme.

Les années 1980/2000, ont été marquées par les présidences Reagan, Thatcher, et Kohl.
Crise pétrolière et concurrence internationale se sont associées pour imposer vingt années de conservatisme et de retour des valeurs de responsabilité.
C'est durant ces vingt années qu'a eu lieu le grand retour de l'économie de marché, la fin du constructivisme et ce qu'Elie Cohen a désigné par le terme de " Capitalisme financier de marché ".
La France seule s'est écartée de cette tendance, en raison sans doute de la très faible pédagogie politique qui a marqué les années Chirac.

Les années 2005/2010 devraient être dominées en France par " un conservatisme ouvert ".
Conservatisme parce que les valeurs du travail, de la famille, de la responsabilité individuelle, de l'éducation, de la sécurité reviennent au premier plan des préoccupations des Français.
Ouverture parce qu'on ne reviendra pas sur un certain nombre d'acquis des décades précédentes :
- une forte revendication d'indépendance et de liberté garantie par la judiciarisation de la vie sociale,
- des relations amoureuses et familiales très diversifiées,
- une volonté de conduire sa vie professionnelle de façon plus indépendante.
Ce conservatisme ouvert pourrait favoriser une gauche intelligente qui comprendrait que l'avenir de notre société est plus proche des convictions de Tony Blair ou de Bill Clinton que de Lionel Jospin.
Il favorisera tout autant la stratégie de Nicolas Sarkozy si elle est marquée par une politique clairement favorable à une rénovation de l'école, à une volonté de rendre l'université efficace et utile, au retour de la valeur travail, à la responsabilité personnelle et familiale, à la promotion de l'initiative et de l'entreprise.
La réforme de l'Etat devrait s'appuyer, à gauche comme à droite, sur la liberté personnelle, la lutte contre la bureaucratie, l'efficacité de l'administration et la valorisation des fonctionnaires.
Celle-ci sera fondée sur leur utilité et leur productivité et non sur la stabilité de l'emploi.
C'est ce qui a été fait en Suisse, en Suède, au Royaume-Uni, au Canada, en fait presque partout dans les dernières années.
A notre sens, un homme fort intelligent comme Dominique Strauss-Kahn est passé tout à fait à côté de cette évolution des valeurs sociales.
Ségolène Royal a eu quelques accents qui permettent de penser qu'elle perçoit cette évolution. Notamment parce qu'elle centre souvent son discours sur la famille, l'école, le travail et la sécurité.
Est-elle capable d'abord d'évoluer de façon plus complète, ensuite d'imposer cette évolution à son parti ?
Nicolas Sarkozy nous semble avoir bien perçu l'ensemble des phénomènes sociaux récents.
Certains libéraux ont tort de trop s'attacher à son discours économique qui ne peut pas être aujourd'hui très libéral.
Par contre, le projet législatif issu de la quinzaine de conventions de l'UMP montre une forte sensibilité à ces valeurs du conservatisme ouvert.
Les valeurs de société nous semblent beaucoup plus importantes dans le débat électoral qui va s'ouvrir.
En tout état de cause, le débat politique de cette année 2007 sera centré sur les valeurs de la droite et du centre :
5 candidats font aujourd'hui autour de 60 % dans les intentions de vote : J-M. Le Pen, P. de Villiers, N. Sarkozy, J-F. Bayrou, C. Lepage.
30

2007 - Une année pleine d'espérance et pleine d'actions

Au seuil d'une nouvelle année les vœux sont toujours d'espérance mais l'espérance n'existe que par l'action qui l'accompagne.

" Il n'y a pas de bon vent pour celui qui ne sait où il va " dit un proverbe universel.
De même il n'y a pas d'espérance sans actions pour la faire advenir.
Cessons de nous plaindre du passé, du déclin, des politiques qui nous ont gouvernés hier.
Mais travaillons avec les " nouveaux politiques " en leur soumettant des propositions et des projets précis pour demain.
Face au déferlement démagogique qui va envahir les médias durant quatre mois, proposons des solutions réalistes.
Le prochain gouvernement, confronté aux réalités économiques et financières, sera heureux de les trouver " prêtes à l'emploi ".
C'est à cette espérance active que va s'employer la petite équipe d'Héritage&Progrès en 2007 en agissant dans deux grands domaines :
1 - Le logement et particulièrement les questions du foncier et de l'urbanisme
2 - La délinquance des jeunes et la sécurité, élargie à la politique de la ville et à la rénovation des banlieues.

La question du logement a repris une place prioritaire dans l'esprit des Français depuis le début de l'hiver.
Pour une raison simple : Sept années de hausse des prix très fortes ont abouti au fait que les ménages consacrent aujourd'hui, à leur loyer où à leurs mensualités d'accession à la propriété, 25 % de leurs ressources, près de 33 % si l'on y ajoute la taxe d'habitation, la taxe foncière et les petites taxes annexes.
Cette proportion de 33 % est une moyenne qui recouvre 20 à 25 % en secteur social et 40 à 45 % en secteur privé. Ces chiffres expliquent parfaitement que près de la moitié des Français se sentent aujourd'hui très inquiets à l'idée de quitter un logement social où ils se savent protégés.
Ils connaissent la même inquiétude s'ils veulent déménager dans le secteur libre, sachant qu'un nouveau loyer sera presque toujours plus élevé que l'ancien tandis que l'achat d'un logement est exclu sans apport personnel.
Après 18 années de faible volume de constructions - 300 000 par an de 1984 à 2002 - et le refus de toute réforme dans le secteur HLM, la situation du marché est devenue critique.
Et ce ne sont pas les flots de démagogie qui se déversent aujourd'hui autour du droit au logement qui règleront ce problème.
L'ouvrage d'Héritage&Progrès, et les fiches que nous adressons régulièrement aux parlementaires, reçoivent un excellent accueil dans le monde politique et dans la presse.
Nous poursuivrons ce programme de diffusion des nos idées toute l'année 2007.

La délinquance des jeunes, la sécurité et la politique de la ville.
Ce second chantier va démarrer cette année avec la collaboration d'une véritable directeur d'étude et de programme que beaucoup d'entre vous connaissent déjà, Mme Coralie Fiori-Khayat.
Un groupe de travail se constitue autour d'elle et d'Héritage&Progrès avec des juristes, des hauts fonctionnaires de police, des membres du corps judiciaire, des spécialistes de terrain et des chercheurs.
Nous vous tiendrons rapidement au courant des premiers travaux de ce groupe.

Nous suivrons aussi bien sûr l'évolution de la campagne électorale.
Non pas pour examiner chaque semaine les propos hélas bien convenus que les candidats développeront sans grands risques car, chacun le sait, " Les propos des discours électoraux n'engagent que ceux qui les écoutent ".
M
ais pour tenter de bien comprendre ce qui se trouve derrière les mots, les discours et les médias. Et de discerner le " très probable " à travers le " tout est possible " que proclament bien abusivement nos candidats.

Alors, oui, une année riche d'espérance et riche d'actions auxquelles nous espérons tant participer.

Christian Julienne


Editorial Octobre 2006

Le meurtre d'Anna Politkovskaïa

Le mois d'octobre a été marqué par des événements d'une grande gravité : l'explosion de la première bombe atomique nord-coréenne, la constitution progressive d'un front anti-américain financé par le pétrole d'Hugo Chavez en Amérique du Sud et bien sûr le prolongement des conflits en Irak, en Afghanistan, à Gaza, en Somalie.
Rien ne nous paraît pourtant plus important que le meurtre d'Anna Politkovskaïa.
Nous avions parlé dans une précédente lettre Héritage&Progrès de son ouvrage sur le déshonneur russe.
Il faut lire aussi ses trois derniers livres qui permettent d'expliciter complètement les dérives de la politique de Poutine en Russie.
On ne peut plus d'ailleurs parler de dérives. Il s'agit en fait d'une politique systématique qui étend une chape de plomb sur toute la vie économique et sociale du pays.
De la suppression de toute télévision libre à la mise au pas de la presse écrite,
de la condamnation totalement arbitraire du président de Youkos à la main mise sur toute l'économie énergétique,
des pression sur l'Ukraine à la menace clairement militaire contre la Georgie,
et finalement des menaces à l'assassinat du symbole du journalisme libre en Russie,
on assiste à la liquidation du peu de démocratie qui semblait être née en Russie entre 1990 et 1996.

Si cet événement nous semble le plus grave de tous c'est qu'après la dépendance énergétique du Moyen Orient, la France et l'Europe semblent accepter une dépendance énergétique analogue avec la Russie.
Et cette situation se double d'une menace plus directe lorsqu'on voit l'Etat russe se dissimuler derrière son pseudo capitalisme pour investir dans EADS-Airbus ou dans Arcelor-Mittal.

Nos dirigeants étaient-ils inconscients lorsqu'on voyait Jacques Chirac prôner une alliance germano-russo-française pour créer un contrepoids à la politique des Etats-Unis ?
Et que penser de G. Schroeder acceptant le poste de président du gazoduc russo-allemand où la Russie est majoritaire?
Angela Merkel qui connaît le communiste de l'intérieur semble avoir mis bon ordre à cette idée, mais la menace reste entière.

Que le meurtre d'Anna Politkovskaïa ne demeure pas impuni ! Et qu'au moins, il serve à nos dirigeants et leur donne un minimum de remords alors qu'ils semblent avoir perdu tout sens moral, perdant ainsi d'ailleurs tout sens des réalités économiques. Car on ne négocie pas avec des assassins. Sauf à se munir d'armes supérieures aux leurs et à être prêts à s'en servir. 29


Editorial Septembre 2006


Approfondissement ou rupture

Rupture profonde dans la stratégie conduite par nos gouvernements depuis trente ans préconisée par certains ou approfondissement de l'action gouvernementale conduite depuis quatre ans et demi, ce que semble souhaiter le Président de la République ?
La rentrée est marquée par cette controverse essentielle qui va donner le ton général de la campagne présidentielle. Et cette controverse est loin d'être sémantique. Chacun doit aborder les sept mois qui viennent avec ce questionnement.
- Ou bien la France ne va pas si mal.
Il faut seulement donner ici ou là quelques coups de pouces pour relancer la machine économique, opérer quelques réformes suffisantes pour améliorer les choses, infléchir l'action en faveur de telle ou telle catégorie sociale pour remédier à des situations trop difficiles ou trop injustes.
- Ou bien la France va très mal.
Les données optimistes fournies jour après jour par le Gouvernement ne reflètent pas la situation sociale.
Elles ne sont qu'un moyen de communication inspiré de la méthode Coué et ne servent qu'à masquer la réalité.

Le dernier ouvrage de Thierry Desjardins - " Assez de mensonges, d'hypocrisies et de promesses " - illustre bien évidemment la seconde réponse.
Ce livre est parfois excessif mais il est remarquablement documenté et l'essentiel reflète bien la réalité.
Un second document illustre également la thèse de la rupture : c'est l'interview de Jacques Chereque dans Les Echos, et l'on sait que celui-ci est plein de bonnes volontés, qu'il est profondément réformateur et prêt à faire évoluer le syndicalisme français... à condition qu'on lui donne du grain à moudre.
La France, ne le cachons pas, va très mal : elle n'a pas 2,2 millions de chômeurs mais 4,3. Si l'on retient non pas la catégorie 1 des demandeurs d'emploi mais l'ensemble des catégories 1 à 8 : préretraités, stagiaires de toutes sortes, chômeurs en fin de droit, dispensés d'inscription à l'ANPE etc...
De plus, nous l'avons souvent souligné ici, les chiffres du chômage n'ont aucun sens.
Les seuls chiffres utiles sont ceux de la population active ayant emploi.
Et, pour ceux-ci, la France est dans les trois dernières places des pays développés.
La grande pauvreté touche 15 % de la population, mais 25 % des ménages connaissent une situation difficile.
Et la politique de suppression des charges sociales entre 1 et 1,5 SMIC tire tous les salaires français vers le bas.
Une faible croissance depuis 25 ans ne permet guère d'améliorer le pouvoir d'achat réel des Français.
Le taux d'expansion du PIB est, sur vingt ans, inférieur à 2 %.
La population continuant d'augmenter de 0,5 à 0,6 % par an, le revenu disponible par ménage n'est plus que de 1,3 à 1,4 %.
Les prélèvements obligatoires d'une part, la hausse des coûts du logement et de tout ce qui s'y rapporte (taxes, redevances, abonnements fixes...) réduisent encore cette part.
L'éducation est aujourd'hui le problème fondamental de notre société :
- au niveau du secondaire où la proportion de bacheliers n'est plus significative d'un niveau de connaissance ;
- au niveau du supérieur surtout où les universités, dont le budgets sont misérables et qui voient déferler en masse des étudiants qui seront sélectionnés par l'échec après avoir perdu deux ans.

Enfin, aucune réforme de structure n'a vraiment été réalisée .
- La dette publique n'a cessé d'augmenter.
Le gouvernement se glorifie de tomber autour de 3 % du PIB pour le déficit budgétaire, c'est-à-dire, ne l'oublions pas, autour de 20 % de déficit du budget lui-même.
- La réforme des retraites n'a pas résolu la moitié du déficit prévu d'ici 5 ans.
- La réforme de la sécurité sociale et des dépenses de santé s'avère totalement inefficace.

Alors oui, c'est une rupture que les élections présidentielles devraient apporter.
Ce n'est pas un hasard si les deux candidats favoris des Français apparaissent porteurs de cette rupture.
Jacques Marseille l'a souligné lors du dernier débat qu'il a animé à Héritage&Progrès sur ce sujet.

Reste aujourd'hui l'essentiel : le grand débat aura-t-il lieu, les candidats auront-ils le courage sinon de tout dire, du moins de laisser entendre et comprendre qu'ils sont décidés à aller loin dans la réforme ?
L'école américaine de philosophie économique dite du " public choice " a montré les ravages que provoque inévitablement la démagogie politique, surtout dans des pays où la dépense publique ne fait pas l'objet de critiques à priori.
C'est sur la crédibilité et la confiance dans les hommes que se joueront nos choix. 28

Editorial - Juillet 2006

La pensée libérale orpheline

Mois de Juillet, mois d'activité couvrant un grand nombre d'informations qui manifeste l'intense activité de beaucoup d'amis.
Activité intellectuelle mais aussi activité militante.
Jean-Pierre Chevallier nous envoie comme à l'habitude d'excellentes chroniques économiques sur les relations entre taux de croissance et productivité, masse monétaire et inflation, aides publiques et emprunts...

Jean-Louis Caccomo nous livre toujours de brèves chroniques sur l'exception française et la pensée unique : il n'y a pas de mal nécessaire, il n'y a que des incompréhensions persistantes et des aveuglements suicidaires.

Max Falque fait le bilan des rencontres d'Aix-en-provence qui ont été un vrai grand succès, sur les droits de propriété, l'économie et l'environnement.
Il prépare déjà la conférence internationale de 2007 tout en travaillant à la publication des actes de la réunion des 1, 2 et 3 janvier.

Yves Roucaute annonce la publication du numéro 1 de " Eclair mag " qui se propose de publier sur Internet un magazine couvrant tout le champ de la bataille des idées.

Michel Desgranges, le patron des Belles Lettres, continue de publier avec Alain Laurent, la série d'ouvrages de l'excellente collection " Bibliothèque classique de la liberté ".
Dans sa chronique hebdomadaire (quel travail !), il rend compte des deux derniers livres parus, celui de Bruno Leoni " La liberté et le droit " et celui de Lysander Spooner " Les vices ne sont pas des crimes ". De ce dernier, Michel Desgranges indique qu'il a totalement bouleversé ses habitudes de penser et que s'il devait se reconnaître un maître il prononcerait son nom. Quelle incitation à le lire !

Alain Madelin annonce pour la rentrée un ouvrage dont le titre fait espérer beaucoup : " Psychanalyse de l'anti-libéralisme ". En effet, si Raymond Boudon explique de façon très rationnelle " Pourquoi les Française n'aiment pas le libéralisme ", la dimension psychanalytique nous semble une réponse sans doute plus pertinente.

Christian Saint-Etienne poursuit un remarquable travail de fonds. Il sera avec nous à l'Institut de Locarn le 15 septembre pour y développer ses idées sur " une stratégie PME pour la France, appliquée à une des rares " vraie région " françaises, la Bretagne ".

Douce de Franclieu profite du mois d'août pour organiser en plein été une manifestation voisine du festival de jazz de Marciac, avec l'équipe d'Alternative Libérale et plusieurs conférenciers bien connus, Charles Gave, P. De Guénin...

L'ALEPS nous convie comme chaque année à son université d'été à Aix-en-Provence. J'espère que nous nous y retrouverons nombreux les 28, 29 et 30 août. Le programme est encore une fois très alléchant et très ouvert avec de nombreux experts européens qui constituent de solides références.

Contribuables Associés programme le 23 octobre une très grande réunion au Palais des Congrès avec les principales associations soucieuses de réformer l'Etat et de réduire la dépense publique.

Héritage&Progrès prépare une rentrée très active. D'abord le lancement du premier livre de l'association sur la politique du logement. Ensuite l'organisation d'un dîner de travail sur le traitement comparé de la délinquance des mineurs en France et aux Etats-Unis. Enfin, l'organisation d'une réunion sur le commerce international et le libre échange.
Notre assemblée générale se tiendra autour du 15 septembre.
Votre président est déjà sollicité dans plusieurs groupes de travail et réunions sur la politique du logement à partir du mois d'octobre.

L'équipe d'Alternative Libérale, aujourd'hui partagée entre une association et un parti politique, déploie une grande activité militante à l'occasion de la période de vacances. Les médias semblent commencer à rendre compte de cette activité et de ces idées.

Alors, pourquoi ce sentiment d'une pensée orpheline ?
C'est que, comme nous le disions dans la Lettre Héritage&Progrès N°26, (Le pouvoir intellectuel dans la France d'aujourd'hui), cette grande activité intellectuelle n'est pas traduite dans des essais plus courts et plus brefs à caractère politique, n'est pas relayée dans les médias, n'est pas reprise par les leaders d'opinions.

Certes, il existe une excellente revue trimestrielle qui reprend beaucoup de nos idées : la revue Commentaire, seule parmi vingt autres.
Certes il existe un bon news magazine très proche de nous : Le Point, accompagné d'ailleurs par Valeurs Actuelles et le Figaro Magazine.
Certes les équipes proches de Nicolas Sarkozy travaillent avec beaucoup d'entre nous.
Mais tout cela ne se traduit pas sur le plan politique.
Deux groupes parlementaires pourraient relayer ce pouvoir des idées en travaillant concrètement à les intégrer dans des projets législatifs : le groupe des réformateurs et le groupe " Génération Entreprise ", ces deux groupes réunissant souvent les mêmes parlementaires.

Encore faudrait-il qu'il existe entre le monde des idées et le monde politique, non seulement des passerelles, mais même des structures comme ont pu fonctionner le club Jean Moulin dans les années 1960 et le club Saint-Simon dans les années 1980. Ce n'est pas le cas. Inutile de se complaire dans le regret ou la critique.

Continuons de déployer la même ardeur en sachant que, tôt ou tard, la vérité comme la liberté, finissent par prendre le pouvoir.
Mais sachons aussi nous regrouper et nous élargir car rien ne sert de vouloir être sans cesse plus proche de la pureté doctrinale... et plus loin du pouvoir politique. Celui-ci, dans une démocratie, que cela nous plaise ou non, est électoral. 27


Editorial - Juin 2006

La France peut-elle vivre sans gouvernement ?

Le hasard du calendrier et les jours favorables du mois de juin font que nous avons participé ces derniers jours à trois grandes manifestations professionnelles.
Les dirigeants de ces professions recevaient ministres et parlementaires en représentation à leur congrès.
Ils se posaient en même temps de façon très pratique une vraie question : la France peut-elle vivre longtemps sans gouvernement ?

Nous n'avons plus de gouvernement. Enfin tranquilles ?

Car le fait est là. Nous n'avons plus de gouvernement capable de prendre des décisions importantes et chacun sait, au niveau professionnel, qu'aucun problème ne sera résolu avant l'été 2007.
Est-ce si grave ?
Dans un premier temps, on peut répondre non.
Au contraire, l'absence de gouvernement depuis la fin du CPE et le début des procédures de l'affaire Clearstream, provoque chez beaucoup une sorte de sentiment de paix et de tranquillité.
On se souvient de la réponse du PDG de Ricard à la question : Que demandez-vous surtout à l'Etat ?... Qu'il nous foute la paix.
C'est en effet la revendication première des chefs d'entreprise aussi bien que des professions libérales, des enseignants et de toute la société civile : avoir la paix, ne pas changer de loi chaque année, ne pas recevoir une nouvelle circulaire chaque semestre, ne pas connaître une nouvelle injonction publique chaque trimestre.
Durant un mois, il faut reconnaître que l'absence de gouvernement a semblé sinon bénéfique, du moins agréable et tranquillisante pour tous.
L'idéal libertarien apparaissait enfin possible : l'Etat limité à la gestion des affaires courantes.
Et pourtant ce n'est pas si simple. Non. La France ne peut se passer d'un Etat actif.

D'abord sur le plan international.
Tous les professionnels auxquels nous avons parlé sont sur ce plan unanimes : la France disparaît de la scène internationale. On ne se soucie même plus de lui demander sa position, son opinion, ses intentions. La chaise est vide.

Sur le plan national, cette période de calme masque en fait la nécessité de prendre des décisions essentielles alors que nos dirigeants pratiquent la politique de l'autruche :
- la fausse réforme de la Sécurité Sociale accroît encore cette année nos dettes de 10 milliards d'euros.
- La fausse réforme budgétaire, dite LOLF, ne résout pas plus les problèmes du budget 2007 que les lettres de cadrage.
- Les grandes entreprises semi-publiques, ou faussement privées, posent des questions redoutables : Arcelor, Gaz de France, EADS et quelques autres.
- La fébrilité du tandem Villepin/Borloo n'a guère de chance de résoudre le problème du chômage et la crise du logement car ces deux grandes questions demandent des réformes de structures beaucoup plus que de nouveaux contrats ou un peu plus de HLM.

La France peut très bien vivre avec un gouvernement ne s'occupant pas d'une foule de détails, ne passant pas son temps en effet d'annonces, ne lançant pas chaque mois un nouveau projet de loi le plus souvent inutile.
Mais elle a besoin d'un gouvernement s'occupant de l'essentiel, ce qui est rigoureusement impossible aujourd'hui.
L'idéal serait sans doute dans les neuf prochains mois un gouvernement de type Raffarin, adoptant un rythme aussi tranquille que possible tout en étant prêt à s'occuper des urgences.
Plutôt un Jacques Barrot ou un Antoine Rufenacht qu'un Jean-Louis Borloo.26


Editorial - Mars 2006

On pensait que le monde politique se lancerait avec détermination dans la lutte pour les présidentielles de 2007, après le mois d'août, mois des universités d'été et en septembre avec le retour des vacances et la rentrée parlementaire.
En fait, dès le mois de mars, les premiers groupes se forment et s'organisent pour peser dans ce grand débat. Des clubs se constituent autour de personnalités que nous connaissons bien.
Nous savons qu'ils travaillent d'ores et déjà pour les uns ou pour les autres, ou même qu'ils entendent simplement être là pour se compter et pour compter le moment venu.

Quelle doit être la position d'un groupe comme le nôtre qui réunit une centaine de membres effectifs et actifs, environ 800 destinataires de notre " Lettre ", une vingtaine d'entreprises et d'experts qui suivent attentivement nos travaux ?
Les sollicitations des uns et des autres sont déjà et seront nombreuses.
Il nous semble pourtant essentiel de garder un cap très clair et de ne pas céder aux sirènes des partis politiques... tout en restant bien sûr proches des milieux parlementaires et gouvernementaux qui peuvent seuls porter nos idées au seul niveau qui compte, celui de la réalisation ; c'est-à-dire celui de la loi.

Notre groupe de réflexion a pour but de promouvoir des idées, c'est-à-dire de les lancer, de les approfondir, de les passer au crible de l'analyse, de l'expertise et de la critique puis de les proposer et de les pousser auprès des décideurs politiques.
Nous savons bien que nos idées sont relativement proches de celles de plusieurs tendances et groupes politiques.
Ne craignons pas de les nommer : le Groupe des Réformateurs, le Groupe Génération Entreprise, le Groupe des proches de Nicolas Sarkozy, le Groupe des amis de Pierre Méhaignerie, et des structures plus petites comme la Gauche Moderne (club de J-M. Bockel P-S.) ou Alternative Libérale.
Nous souhaitons créer - c'est maintenant chose faite - développer et approfondir des relations confiantes avec tous ces groupes.
C'est la tâche quotidienne de votre bureau et des plus actifs de nos membres.
Il faut continuer à persévérer quelles que soient les luttes politiques qui ne vont pas manquer de diviser les uns et les autres.
Il faut le faire en gardant notre cap : celui de l'étude et de la réflexion qui n'est pas celui des campagnes politiques.
Que nos amis l'emportent au cours de ces campagnes - nous les avons cités -, nous en serons naturellement très heureux et nos idées passeront mieux dans la prochaine majorité parlementaire.
Mais en attendant ces prochaines campagnes, nos études et nos propositions continueront de s'adresser à tous, ou du moins à tous ceux qui veulent bien nous écouter sur tout l'échiquier politique.

C'est dans cet esprit que nous vous avons invités à être là le 7 mars auprès de nos amis réformateurs.
C'est dans le même esprit que nous vous inviterons à d'autres manifestations montées par des responsables politiques dont nous connaissons l'intérêt pour nos propositions.
Mais toujours sans exclusive et en souhaitant l'ouverture la plus large possible.
Il appartiendra ensuite à chacun de choisir son champion en toute connaissance de cause. 25

 

 

Editorial - Janvier 2006

La politique ne peut pas vivre sans vision d'avenir

La commission européenne a fait conduire dans six pays européens une enquête très fouillée sur les jeunes et la politique.
Le rapport qui rend compte de ce travail ne peut laisser personne indifférent tant l'image qui en ressort est négative.
A peine deux jeunes sur dix font confiance à leur gouvernement et un sur dix aux partis politiques.

Ce résultat n'est finalement pas bien étonnant car sans vision d'avenir, sans philosophie politique, comment intéresser la jeunesse mais aussi l'âge mûr à l'action de gouvernements qui par ailleurs doivent traiter de sujets d'une complexité croissante et d'une technicité accessible aux seuls spécialistes.

Or, de philosophie politique, en Europe, personne n'en a plus.
La dissidence soviétique a apporté dans les années 80 un nouveau souffle aux idéologies de la liberté.
Une série de philosophes des pays de l'Est ont donné des armes intellectuelles puissantes aux mouvements politiques et syndicaux en Pologne, en Hongrie et en Tchécoslovaquie.
Dans l'Europe du Nord une vraie philosophie sociale-démocrate s'est développée autour de Olof Palme.
Au milieu des années 50, une équipe d'hommes remarquables a su fonder et développer le concept d'Europe unie : Robert Schumann, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi.
Plus tard, dans les années 80, au Royaume-Uni, Margaret Thatcher a totalement réhabilité le libéralisme et Tony Blair en a pris le relais.
En dehors de ces quelques personnalités, l'histoire européenne est, depuis 40 ans, un désert idéologique.
Or l'homme ne vit pas que de pain. Sans autre idéal que celui de la consommation matérielle et relationnelle (l'amour liquide selon le titre de l'ouvrage de Z. Bauman), comment redonner à nos pays et à l'Europe confiance dans " le politique " ?
Alors, pour 2006, souhaitons à l'Europe et à la France, chacune dans son domaine, une grande vision, une vraie philosophie de l'action :
Et d'abord pour l'Europe, la conscience et la fierté de son histoire, conditions de sa réelle existence.

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, historien a publié dans Le Point du 5 janvier 2006 des propos recueillis par Elisabeth Levy qui nous ont semblé lumineux et dont nous nous autorisons à reproduire ici quelques lignes: " Au cours du débat sur la laïcité, F. Bayrou a expliqué qu'il était chrétien, croyant et enchanté que les rédacteurs du traité constitutionnel européen aient décidé de ne pas mentionner les racines chrétiennes de l'Europe.
Eh bien moi qui ne suis ni chrétien ni croyant je suis consterné par cette négation de l'histoire.
Le substrat, la véritable infrastructure des Nations, ce sont la culture commune, la langue commune, les épreuves partagées. On n'échappera pas à l'histoire en la niant.
Le résultat c'est que l'Europe est sûrement une réalité économique, peut-être un projet politique, pour certains un choix idéologique, mais pas une entité culturelle, pas quelque chose de charnel. On n'a pas envie de coucher avec cette Europe là.
Or c'est pour moi une évidence d'historien : l'Europe est divisée en cultures, en langues, mais repose sur un substrat de civilisations commun qu'on ne trouve pas ailleurs. Il faudrait que les européens regardent leur civilisation avec les yeux d'un étranger.
Et comment ne pas voir que l'Europe est le fruit d'un double souvenir, celui de l'empire romain et celui de la chrétienté.
Au moment où l'empire se replie commence une deuxième phase dans laquelle l'Europe se confond avec la chrétienté, la " christianitas " qui se coule dans les cadres administratifs et mentaux de l'empire.
Le christianisme aurait dû avoir pour capitale Jérusalem, là où le Christ est monté sur la croix et où s'est constituée la première église. Et pourtant, il s'installe à Rome. C'est dans ce cadre que se construit une civilisation vraiment unique et extraordinaire qui est celle de l'Occident latin. Ses frontières sont dessinées par les ordres religieux mais aussi par les universités..... L'idéologie des droits de l'homme est universaliste. Mais elle ne permet en rien d'établir des distinctions et de tracer des frontières.
Si l'Europe ne se définit que par les droits de l'homme, elle n'existe pas car il n'y a pas d'existence sans territoire et l'un des drames de l'Europe est précisément qu'elle ne sait pas se donner des frontières physiques car elle est incapable de se donner des frontières mentales.
Elle ne sait pas définir un " eux " et un " nous ". Cette frontière entre eux et nous n'est pas forcément hostile ni imperméable. Mais pour être amicale et poreuse, il faut d'abord qu'elle existe.
Les peuples ne peuvent pas se reconnaître dans cette fuite en avant...
(Le Point, jeudi 5 janvier 2006, n° 1738, pages 70 à 72).

Et pour la France qu'elle sache se convaincre que l'avenir peut être brillant après 25 ans d'immobilisme.
François Mitterrand et Jacques Chirac avaient ceci de commun que, ne sachant comment résoudre les problèmes, ils adoptaient la solution dont leur prédécesseur Monsieur Queuille avait fait une doctrine :
" Il n'est pas de problème qui ne se résolve si on le laisse attendre suffisamment longtemps "
- Le chômage ? Le baby-boom finira par partir en retraite...
- La dette publique ? L'Europe finira par nous sanctionner et nous lui ferons porter le chapeau.
- Les impôts ? Si la moitié des ménages ne payent pas d'impôt sur les revenus, cela fait au moins 50 % des gens qui ne s'inquiètent pas des taux de prélèvement publics.
- Les fortunes qui partent à l'étranger ? Elles restent en général dans les pays voisins. Convainquons ceux-ci de les taxer... l'Europe est là pour unifier les systèmes fiscaux.
- Les milliards de déficit de la Sécurité Sociale ? Augmentons les tickets modérateurs d'un euro, puis deux, puis cinq, puis dix, puis cent... Les Français s'y habitueront tranquillement.

Alors, quand on entend notre nouveau premier Ministre, M. de Villepin, proclamer qu'il va réduire la dépense publique en 5 ans, mais qu'il ne va commencer qu'en 2007, on pourrait en être désespéré.
Mais non car cette fois-ci les Français semblent avoir compris.
Un sondage récent vient de nous informer que le président le mieux élu de la Vème République (80 % des voix) ne trouve plus aujourd'hui qu'un Français sur 100 pour souhaiter qu'il se représente1.
Le nouveau président de l'UMP a trouvé le mot qu'il fallait pour lancer enfin un nouvel élan dans la vie politique française : le mot de rupture.
Socrate, le premier des philosophes, a fait du langage le fondement non seulement de sa logique mais aussi de sa doctrine.
Et le langage est vraiment, en politique comme ailleurs, le moteur le plus puissant de toute activité. C'est un langage clair de nos dirigeants qui peut seul permettre à la fois la reconnaissance de nos erreurs et l'espérance en l'avenir.
Car il est vrai que depuis 25 ans nous avons tout faux et l'ouvrage de Denis Jeanbar n'est pas excessif.
Aucun effort n'a vraiment été tenté dans aucun des domaines qui plombent l'économie et le revenu des Français.
Et c'est par la description de nos erreurs qu'il faut commencer, sans langue de bois, sans précaution excessive, sans cacher les responsabilités. Lorsque ce travail de mémoire n'est pas fait, les sociétés ont toujours les plus grandes difficultés à sortir de leur fossé :
l'exemple de l'URSS et des Balkans est frappant.
C'est ce travail sur le langage de la vérité qui fonde toute la sagesse socratique et qui permet de développer une nouvelle idée de la connaissance, de la vertu et de l'avenir :
- Pas de droits sans devoirs.
- Pas de nouveaux avantages sociaux sans développement de la richesse.
- Pas de développement de l'immigration sans développement de l'emploi.
- Pas de développement de l'emploi sans modification profonde du Code du travail.
- Pas de réduction de la dette publique sans réduction de la fonction publique.
- Pas d'attitude sottement belliqueuse vis-à-vis des Etats-Unis sans doctrine de remplacement approuvée par les plus importants de nos partenaires européens.
- Pas d'intégration des immigrants de cultures éloignées sans changement de méthode, qu'on l'appelle discrimination positive ou autrement.
- Pas de sécurité sans concertation sociale et rigueur judiciaire.

Il faut dire et redire, en même temps ce que l'on décide et ce que l'on fait.

L'action, c'est aussi un langage :
" L'âme ne peut être guérie que par des discours qui agissent comme des envoûtements " disait Socrate à Charmide.

Puissent nos leaders politiques devenir socratiques en 2006 en même temps qu'ils agissent.
Soyons optimistes : il semble que sur tous les points précédents des changements sont amorcés et parfois lancés, comme le contrat nouvelle embauche et le contrat emploi jeune. La course à la rupture a peut-être commencé.24